LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

27 octobre, 2017

LA DESOBEISSANCE SI VILE

Classé dans : Desobeissance — inconnaissance @ 15:08

(A la mémoire de quelques fortes têtes, des vraies, mes amis, qui n’ont pas trahi.)

La désobéissance est rare et a généralement très mauvaise presse. Tout nous pousse à obéir. Allons-nous nous soustraire à la marche du monde, à l’ordre établi, aux mœurs, aux coutumes, aux usages, aux lois, aux ordres, aux règlements  ? Nous sommes plongés dans un monde qui nous fait connaître en permanence ses innombrables volontés. L’obéissance devient une habitude.

Plus communément, désobéir c’est affronter une autorité et les gens qui nous entourent. On devient vite un bouc émissaire. Quand l’ordre auquel on désobéit est du genre à passer pour évident, indiscutable, très précieux, quand il est synonyme de devoir sacré ou presque, quand il ne viendrait même pas à l’esprit de s’y soustraire tant tout le monde y adhère, la désobéissance est synonyme de flétrissure.

Désobéir, c’est s’opposer à une autorité, défier l’idée d’autorité qu’elle représente, et défier tous ceux qui ont obéi à cette autorité, soit parce qu’ils sont d’accord avec l’autorité soit parce qu’ils auraient bien voulu lui désobéir mais qu’ils n’en ont pas eu la force. Dans ce cas, soit ils sont heureux de trouver quelqu’un qui fait ce qu’ils auraient aimé faire, soit ils en veulent à cette personne de leur rappeler qu’ils ont été lâches et qu’ils sont faux.

Mais puisque tout nous pousse à obéir, puisque nous avons pris l’habitude d’obéir, puisque toutes les figures d’autorité peuvent compter sur le fait qu’elles ont l’ordre établi avec elles, la majorité avec elles, et puisque nous sommes en relation permanente avec tout cela, nous sentons que désobéir, c’est s’exclure, c’est risquer le rejet, le bannissement etc .Or, par définition, par nature, l’individu est différent de la collectivité, il s’en démarque, il a ses impératifs à lui.

Faut-il obligatoirement être général pour avoir le droit d’exister ? Un général acceptable Du genre : « je pense donc je suis «  Penser est un terme général. La pensée est une faculté commune aux hommes et autorisée voire estimée.  Donc ça va . Vous pouvez exister comme cela. Mais ne dites pas « je copule (plaisir) donc je suis «  les animaux aussi copulent, et ce n’est pas une activité aussi noble que la première.. Et ne dites surtout pas : je ne sais pas ce que c’est que cette pensée et ce que c’est que cet être que les mots désignent. L’inconnaissance est interdite en ce qu’elle est incompatible avec la prétention au savoir des mots. C’est nier leur crédit. Et d’autre part, penser, être, copuler même sont des termes généraux, ils renvoient à une culture, tandis que l’inconnaissance renvoie plutôt à un état de conscience personnel. Et là, ça ne va plus.

La première forme de désobéissance, on en a tous fait l’expérience un jour ou l’autre, c’est l’hésitation, la réflexion, le doute, la réserve, le scepticisme quand on est seul à s’y adonner. C’est déjà une façon de remettre en cause une décision qui allait de soi et un sentiment collectif. C’est déjà une forme de résistance personnelle, individuelle, singulière à une vérité générale.

Mieux vaut continuer à généraliser quand on est un penseur. un philosophe etc La désobéissance en tant que phénomène social plus ou moins isolé ou que type de comportement collectif ou que concept, on peut lui attribuer des causes générales, lui assigner des indications ou des contre-indications, des limites, du sens social. Et puis ce penseur pensant, dissertant et théorisant de cette manière, on peut être sûr qu’il va obéir à sa façon à quelque vérité établie. Y-a-t-il un prescripteur dans la salle ?  ! Oui, on est là. Oh là non, vous êtes trop nombreux. Non ne venez pas tous. 

Inversement , exister ou même vivre sans nul besoin de s’appuyer sur une raison recevable par la société ou une collectivité quelconque, qu’est-ce que cela voudrait dire ?

D’abord, désobéir sans obéir . Car dans l’immense majorité des cas, il faut obéir pour désobéir. On ne sort pas vraiment du cadre que nous avons défini en préambule.

Les éthiques ou les morales en question, les idées-valeurs censées être celles de tous, sont à la fois sources de lien, de rassemblement, de cohésion et sources de divisions, de conflits, de guerres. Pour le lien, c’est la croyance collective dans le fait que l’on pourrait vivre conformément à elles parce qu’elles seraient efficientes. (ah si, ah si ) En théorie, en pensée, tout est toujours magnifique, désirable, facile. Ah si les gens étaient généreux, la générosité régnerait, quel paradis !. Ben oui, mais si c’est pas le cas, il y a de bonnes raisons à cela. Qui sait, votre idée est peut-être invraisemblable. Il ne reste plus qu’à continuer à rêver. Pour les conflits, il suffit de s’apercevoir que lorsqu’on désobéit, 99 fois sur cent au moins, c’est au nom d’un autre ordre, d’une autre sorte de devoir (censés être meilleurs ou supérieurs. Et c’est là que ces si belles idées-valeurs donnent toute leur mesure et engendrent toutes sortes d’utopies. ) Donc on veut obéir à cet autre ordre ou cet autre devoir. Obéissance toujours.  Et on essaie, dans la mesure du possible, de faire progresser voire de faire triompher cet autre monde. Finalement, ce n’était qu’une lutte de pouvoir. C’était parce qu’on voulait le pouvoir ou parce qu’on voulait que nos idées triomphent. Et les adversaires, c’est normal, ne l’entendent pas de cette oreille. Les uns soumis, et les insoumis, quelle différence ? (peut-on désobéir à la loi ? Lit-on Mais oui, bien sûr, si on a toutes les chances de pouvoir remplacer la loi à laquelle on désobéit par une loi à laquelle on obéit. Allez, vous connaissez la réponse : on peut quand c’est au nom d’un bien supérieur. Pour avoir une bonne note, il faut connaître le bien supérieur qui a cours aujourd’hui. Car c’est une question d’époque, de contexte, de lieu)

C’est simple de savoir pour qui roule un média quelconque, il suffit de repérer de quelle forme de désobéissance il fait l’éloge. (pour FC c’est vite fait)

Mais alors que serait une désobéissance sans obéissance à autre chose, sans appétit de pouvoir ? (vous savez, cette soif de pouvoir que l’on cache soigneusement quand on n’a pas le pouvoir, mais que l’on exhibe, et qui est si admirée, quand on l’a. ) Pour parvenir au pouvoir, il n’y a pas d’autre solution que de rassembler beaucoup de monde derrière soi. Et pour cela, il faut que les gens se rassemblent derrière quelque chose auquel ils croient, et il faut avoir l’air de correspondre à une sorte de modèle. Il faut qu’ils vous obéissent. Que peut un homme seul , un homme qui ne peut utiliser personne ? Ainsi va le monde, les empires, les royaumes, les ordres établis se font la guerre pour que ceux qui les représentent en profitent.

La désobéissance est une preuve d’intelligence et de caractère chez un enfant. Elle signifie qu’il ne s’est pas laissé embobiner, enjôler, embrigader, suborner par les adultes et qu’il est plus ou moins prêt – jusqu’à un certain point au moins – à affronter la désapprobation, le conflit, la sanction, le désamour. L’enfant est plus ou moins porté à admirer, idéaliser, embellir, ses parents. Il en a besoin semble-t-il. C’est un effet de sa faiblesse , de son ignorance, de sa naïveté, de son besoin d’avoir des modèles, des repères (ah les célèbres repères!). Ce besoin ou ce désir crée l’objet du désir. Quand il est capable de se déprendre quelque peu de ce besoin, de commencer à se poser en tant qu’individu autonome, c’est le signe d’un destin futur.

Certains restent des enfants toute leur vie. Jusqu’à un certain point. Et je ne parle pas des facultés de s’émerveiller, de la curiosité, de l’ouverture au monde, de la confiance, de la vitalité, de l’amour de la vie de l’enfant, je parle des fantasmes infantiles. Et cet infantilisme consiste à croire que des gens incarnent les qualités humaines qu’on leur a appris à vénérer. Ils ont besoin de voir chez certaines personnes ces qualités, et tout dépendra de celles qu’on leur aura mis dans la tête. (désir de voir de la sagesse, on voit de la sagesse, désir de voir de la trempe, on voit de la trempe, désir de voir de l’amour, on voit de l’amour, désir de voir de l’intelligence, on voit de l’intelligence etc Dis-moi quelles sont tes admirations, je te dirai comment est ton moi) Ils continuent à idéaliser tous ceux qu’ils peuvent.

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La même infantile crédulité, la même sotte dépendance sont à l’oeuvre quand on attend d’idées-valeurs abstraites qu’elles se manifestent, qu’elles exercent leur pouvoir, qu’elles s’incarnent. C’est seulement un schéma inversé. Enfant on voit dans un adulte l’incarnation des qualités dont on nous a parlé. Adulte on veut croire en l’existence transcendante, magique, d’idées-valeurs que l’on ne parvient pas à coller longtemps sur des personnes. C’est qu’on a eu le temps de se construire toute une philosophie, une morale ou une éthique. Et on y tient. Et d’ailleurs on milite pour elle. On plaide en sa faveur ou on sait la reconnaître quand elle semble se présenter. .On la ressort à la moindre occasion. On a dans la tête un Jiminy Cricket qui nous dit : dans tel cas, faire ceci, dans tel autre cas, faire cela. Là c’est sûr que le recours aux raisons recevables par le groupe, que le penser collectif fonctionnent à plein régime.

La dépendance consiste à porter les mêmes jugements que ses parents pour faire plaisir aux parents, puis à porter les mêmes jugements que son groupe pour faire plaisir au groupe. On obéit comme cela aux jugements d’autorité qu’il faut. L’éloge, l’admiration, la fascination et l’espoir vont bon train. On est à la recherche de la preuve incarnée de l’existence de ses chères idées-valeurs. On s’emballe. On est plein de rêves. Dans ces conditions, jamais on ne désobéit pas.

Si on désobéit, on désobéit à quelque chose. On ne peut pas désobéir à rien. Si on multiplie les lois, les règlements, les normes, les directives, les devoirs, les impératifs etc c’est sût que le nombre d’occasions de désobéir augmentera. . Si on a la tête de plus en plus farcie d’exigences, c’est sûr qu’on aura du mal à être toujours tranquille avec sa conscience. Non ?

J’imagine que si on vous demande d’arrêter de respirer, vous allez désobéir (si c’est un médecin, vous allez le faire un moment mais pas longtemps). J’imagine que si on vous demande de toujours vous taire, vous n’allez pas le supporter. J’imagine que les filles ne seraient pas d’accord si on leur demandait, comme à une époque ancienne, de ne pas aller à l’école, de rester à la maison. J’imagine que si on vous ordonne de vous confesser à l’église, vous désobéirez si vous êtes athée etc A chaque fois, vous défendez vos droits individuels, ou vos besoins essentiels. Quelque chose d’intime dans la conscience. Vous n’avez besoin que de vous consulter vous-même pour prendre une décision. Et pourtant, pour justifier ces ordres, on vous trouvera des raisons respectables, on alléguera une certaine idée du bien commun. Cette désobéissance-là ne s’inscrit pas dans une soif de pouvoir social ou politique, (le pouvoir concerne aussi la vie privée, cela va de la mère-ventouse -coller aspirer – au petit tyranneau domestique) , elle n’est pas obéissance à un système de pensée. C’est la vie d’un être humain, qui réclame ses droits. Jusqu’où va ce respect de vos droits individuels, cette défense de vos libertés et de vos aspirations légitimes qui ne s’autorisent que de vous-même et de rien d’autre  ? Se poser la question, chercher à y répondre honnêtement, c’est s’engager sur le chemin de la désobéissance.. Parce que ce n’est pas prévu au programme.

N’est-ce pas ridicule d’attendre que l’on nous dise ce que l’on doit penser, aimer, vouloir, en toute chose dans la vie, comment il faut accomplir chaque geste, ce qu’il faut faire à chaque moment. On l’admettra assez aisément (quoique…) .Lorsque l’on agit en tant que concept dans le cadre d’une culture, en tant qu’idée-valeur en vigueur, on agit comme exécutant du concept ou de l’idée en question. Mais comme ce concept ou cette idée est une généralité sans substance, on perd toute substance. (le psychodrame n’est pas loin ! Bienfait!) Inversement, il est clair que la question de ce qui est recevable par la société, de l’utilité sociale, de l’intérêt général disparaît comme par enchantement lorsqu’on ne se soucie plus de demander la permission.

La collectivité a un gros avantage sur nous. Elle a un programme tout tracé pour nous, tandis que nous, nous ne savons pas d’avance ce que nous serons, ce que nous voudrons. Elle sait où elle va, nous, non.

Pourtant, on n’est pas fait pour incarner n’importe quelle vertu, pour exceller dans n’importe quel exercice ou n’importe quelle fonction, pour aimer ou désirer n’importe quoi qui plairait à la société, pour ressentir tout ce qu’elle voudrait que nous ressentions. Il y a même des choses qui nous sont contre-indiquées étant donné notre personnalité, nos fragilités, nos limites, nos insuffisances.

Alors la désobéissance pour nous sauvegarder, nous préserver, nous respecter, est une nécessité qui ne s’autorise de rien d’autre que d’une conscience intime de soi-même quand on voudrait nous imposer ce qui plaît à la société, quand bien même les raisons que l’on nous donnerait feraient l’objet d’un large consensus ou représenteraient un ordre établi quelconque. Il s’agit, en fait, de cesser de se sacrifier en faisant passer systématiquement et docilement des raisons extérieures ou étrangères avant son propre ressenti. Désobéir, commence comme ça : cesser une fois, ou de plus en plus souvent, de se soumettre, par principe, par habitude, par résignation, à ce qui passe pour convenu ou consensuel. C’est une habitude que l’on a prise en considérant qu’on ne pouvait rien contre l’ordre du monde et qu’on n’avait qu’une chose à faire, le servir. .

Seulement, les raisons de l’obéissance sont essentiellement en soi. On n’obéirait pas à un représentant de l’autorité, à un ordre établi quelconque si on n’avait pas préalablement bien intériorisé tout un système de pensée, un système de jugements de valeurs où ce représentant de l’autorité ou cet ordre établi sont dotés d’une grande valeur, à commencer par l’idée d’autorité. Comment saurait-on que ceci ou cela mérite notre obéissance si un savoir préalable n’avait pas apposé sa grille sur le monde qui nous entoure. On obéit d’autant plus facilement que le devoir rappelé par un agent extérieur coïncide avec un devoir intérieur. Si le devoir intérieur n’existe pas, l’autorité extérieure pèse peu. Pas la peine de faire usage de violence à l’égard de ces formes d’autorité, pour la grande majorité, ce sont de simples exécutants malgré les airs qu’ils se donnent. . L’ennemi est à l’intérieur. C’est à lui qu’il faut apprendre à désobéir. Quand les forces de l’individu croissent, les forces de l’ennemi décroissent. La désobéissance disparaît quand on n’est plus que le pur produit d’une socioculture. C’est ridicule pourtant de suivre aveuglément des directives de notre pensée sous prétexte qu’elle exprime une raison recevable par la société ou présente des idées-valeurs en vigueur.

C’est important de repérer le moment où on invoque l’utilité sociale, le bien commun, où on s’en remet à eux, parce qu’on a tendance jusqu’à ce qu’on en soit délivré, à leur donner la priorité machinalement. Car la question n’est pas de la valeur comparée de notre désir et du désir de la société, cette dernière peut être meilleure, la question, c’est ce pli que nous avons pris, de toujours systématiquement prendre en compte l’utilité sociale, le bien commun, le général en sacrifiant sa propre conscience. Ce n’est rien d’autre que le pouvoir de la pensée conditionnée.  Ces pensées commandent, on obéit. Ce qui nous parvient de l’extérieur active, met en branle ce qu’il y a à l’intérieur. En quelque sorte, désobéir, c’est d’abord se désobéir. .

La mère des désobéissances, c’est de ne se soumettre à aucune justification sous prétexte qu’elle exprimerait du général, c’est à dire de refuser la construction ou la conception d’un monde ou d’un ordre quelconques, de cesser de penser le collectif. Et pour ce faire, il n’y a pas d’autre solution que de refuser de collaborer, de coopérer à quelque monde que ce soit, que de nier toute valeur au monde, idéologiquement ou spirituellement parlant s’entend. Bref, de renoncer au pouvoir (directement ou par procuration) .

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