LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

8 juin, 2015

C’EST AINSI QUE LES HOMMES VIVENT

Classé dans : Don — inconnaissance @ 19:39

Qu’est-ce qui nous ennuie ou nous peine dans une personne attristée ou en colère , est-ce vraiment ce que ressent cette personne elle-même ou est-ce le fait que la colère ou la tristesse ne font pas partie des choses souhaitables selon notre idée de ce qui est souhaitable chez tout le monde ? Savons-nous quelle part de notre gêne doit être attribuée au fait que cette tristesse ou cette colère ne collent pas à notre morale ou notre idéal ? Il y a de fortes chances que cette colère ou cette tristesse – ou toute autre manifestation perturbante – nous soient complètement égales si elles concernent une personne que nous ne portons pas du tout – mais alors pas du tout – dans notre cœur. S’il faut que la personne ne fasse pas partie de cette catégorie pour que nous soyons touchés, on peut penser que c’est par empathie que nous partageons ses émotions. Sauf que la question demeure : quelle part d’amour ou de considération pour une image sociale entre dans la composition de notre amour ou de notre considération pour une personne. La cause de nos sentiments positifs pourrait être de nature complètement culturelle. (je l’admire parce qu’il semble incarner l’image même de ma qualité morale favorite)

Il y a peu d’occasions où l’on peut dire que l’on voit une personne indépendamment de toute idée morale ou de tout idéal.

Rapidement dès la tendre enfance, et de façon progressive, envahissante, subtile, nous avons été détournés de nous-mêmes pour prendre en compte le groupe, pour prendre fait et cause pour ses intérêts, pour en faire l’objectif. C’est pourquoi nous ne savons pas très bien où nous en sommes des raisons de nos sentiments.

Prenons l’exemple de l’école. C’est la première grande occasion où l’enfant est confronté avec une structure sociale organisée (une institution) et avec un groupe constitué (la classe) Quand on se demande comment, dans ces conditions, il est détourné de lui-même, de ses propres intérêts pour devoir servir l’intérêt d’une idée générale et d’un groupe, on constate les choses suivantes.

On a tendance à lui faire croire qu’il doit bien travailler pour faire plaisir à l’enseignant, à ses parents, pour se conformer à la règle qui s’applique à tous, pour correspondre à des critères de bien (savoir ses leçons, restituer l’enseignement, faire comme on a dit) qui s’appliquent à tous. Corollairement, il apprend à être un membre du groupe, à se fondre dans lui, à placer l’intérêt du groupe au-dessus du sien. Il apprend ce que c’est que d’être admiré par le groupe. C’est déjà se mettre au service de la collectivité, soit de la collectivité représentée par des critères culturels (tous les mots qui servent à désigner la bonne façon de faire ou d’être) , soit de la ‘collectivité représentée par la classe. Les deux. (Et maintenant, on en remet une sacrée couche avec un égalitarisme effréné qui nie les singularités individuelles) On lui apprend la gueuserie (humilité + dépendance).

On le dissuade de penser qu’il travaille dans son seul intérêt. Il y a très peu de chances, dans ces conditions, que l’enfant se dise : je veux être meilleur que les autres, je veux devenir très fort, je veux dépasser cet enseignant qui ne me paraît pas terrible, je veux plus tard avoir une excellente place. Et pourtant, c’est avec ce désir-là, cette ambition-là, cette fierté-là, cette assurance-là, cette volonté-là, qu’il a les plus grandes chances de réussir, pas en courant après des considérations fluctuantes, des idées générales fumeuses, des bons sentiments ; pas en courant après de nobles causes, parce que c’est avec ces nobles causes qu’on le fera courir pour rien. A moins que, plus tard, il ait la chance de pouvoir faire partie de quotas, de minorités visibles, de discriminations positives, d’être coopté pour des raisons idéologiques diverses (associations, partis, organisations etc) et de faire son trou. Le désir personnel explique des réussites spectaculaires d’enfants étudiant à la maison, ils ne sont pas perturbés par d’innombrables facteurs étrangers à l’étude. L’institution les suspecte de ne pas être socialisés comme il faut, preuve que son objectif principal n’est pas d’instruire mais de former des citoyens. (par exemple : chasse à ce qu’elle a décidé d’appeler des stéréotypes ) Elle a sans doute peur de voir surgir des gens qui n’auraient pas été formatés.

Le pli de servir des causes collectives, des idées culturelles étant pris à l’école, entre autres, d’autres objectifs que l’objectif défini et présenté par l’école interviennent et entrent en concurrence : des groupes à la mode, des modèles à la mode, des idées différentes à la mode, des idoles à la mode…..Que peut-on dire à cela ? Qui est responsable ?

Ainsi, même quand l’intérêt de l’enfant pourrait coïncider avec la mission de l’école (réussite scolaire) , cette dernière trouve quand même le moyen de le détourner de son intérêt bien compris pour lui faire servir autre chose. C’est l’élève tel qu’elle le conçoit.. Voie émolliente ou voie fortifiante ? .

Autant dire que plus tard, lorsque l’intérêt des individus est minime ou vague ou lointain, et quand l’intérêt d’une collectivité est puissant….

Si on veut donner un autre nom à ce renoncement à soi, un nom moins suspect, un nom plus consensuel, ce sera « amour ».

«  Amour sacré de la Patrie » (La Marseillaise) C’est l’amour qui est sacré, qui rend sacré. L’amour de Dieu, l’amour de ses parents, l’amour de la Patrie, l’amour de l’humanité, l’amour des valeurs en vigueur, l’amour du groupe, l’amour de tel grand personnage, L’amour du bien commun. . L’amour synonyme aussi de :  jugement de valeur,  panthéonisation,  élévation au pinacle,  devoir de servir les grands principes.

L’intérêt général et l’intérêt particulier sont forcément exclusifs l’un de l’autre. C’est par accident qu’ils peuvent fugacement coîncider. En effet, l’intérêt général consiste obligatoirement à faire abstraction de soi.

Dans l’évangile, on lit : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime « . Voilà le E=MC2 de notre existence. Donner sa vie, cela peut être le sacrifice suprême, cela peut consister aussi en une suite de renoncements à soi, de dons de soi, de sacrifices plus petits, de dons de sous-sous. C’est toujours la même chose, le même principe : c’est soi-même que l’on offre, soi-même que l’on sacrifie. C’est le don de soi. Expression dont il faut évaluer toute la portée. On renonce, par abnégation, à son amour de soi-même, à ses intérêts, à ses désirs, à son propre accomplissement personnel. L’énergie ainsi libérée va pouvoir être mise au service d’autre chose. Faire sien, faire servir à soi-même ou ne pas pouvoir faire sien. Si c’est à la collectivité que toute chose appartient, doit appartenir – un objet matériel , une personne, une idée, une valeur – c’est à elle qu’il faut se consacrer et c’est à elle qu’il faut donner tout cela. (l’objet dont l’utilisation est étroitement réglementée doit lui appartenir, la personne doit lui appartenir, l’idée doit être réalisée en elle, la valeur aussi ) Nos facultés, notre énergie sont mobilisées pour que cela arrive. Et souvent, ce n’est pas demain la veille. C’est autant de temps perdu pour le développement de ses propres capacités, de ses propres dons, qui obéissent à d’autres lois que celles de l’intérêt général. (Société à cœur ou au cœur)

L’amour. L’amour est censé exister dès qu’un collectif existe puisqu’il faut un lien entre ses membres. On ne peut pas mépriser cet amour puisqu’il est devenu un devoir en soi. Bref, que fait-on qui n’a strictement aucun rapport avec ce que la société aime.

Soi ou la société : des buts qui s’excluent. Chaque chose que je fais, chaque parole que je prononce, doit servir à l’intérêt général, au bien commun, à l’idée généreuse, à l’accord supposé, et pas à mon bien propre, je ne dois pas me l’approprier, m’en servir pour moi-même, à l’exemple de l’écolier qui ne réalise pas qu’il pourrait travailler pour lui-même. Chaque idée, chaque but, chaque action n’a de valeur que parce qu’ils représentent la collectivité, le bien collectif.

Mais à qui fait-on ce don ? Qui aime-t-on beaucoup plus que soi ? Société, collectivité, concept c’est vague. Trop vague. Non ces choses n’ont aucune importance. N’importe qui, n’importe quoi fait l’affaire. Vous pouvez faire une fixation sur n’importe quoi. Ce sera juste une occasion, un prétexte. Car l’essentiel est d’adorer, de sacraliser, les mots eux-mêmes, la parole elle-même, la pensée elle-même.. Comme ils généralisent, comme ils font de l’abstrait, comme ils inventent du commun, c’est cela que l’on aime d’un amour sacré en même temps qu’eux. Socialisme, Dieu, écologie, Homme, pauvres…etc etc On débattra à l’infini du sens des mots, de la pertinence de la cause, on en changera peut-être ou on les corrigera à l’infini, peu importe puisqu’en adorant les mots, les concepts, c’est l’abnégation, l’oblativité, le renoncement à soi qui règne.

Quelle importance auraient les mots, quel amour pourrait-on avoir pour eux s’ils n’étaient pas, en même temps, ceux de tous, un bien pour tous, le bien de tous, l’idéal de tous, s’ils ne représentaient pas la collectivité, une collectivité meilleure. C’est la dimension générale qu’on aime en même qu’on les aime, sans s’en apercevoir. C’est simple à comprendre. Le moment où un concept par exemple censé pourtant décrire, exprimer la vie humaine se met à ne plus nous appartenir, mais devient quelque chose de séparé et de général est le moment où on doit décider de ne plus penser à soi, de renoncer à soi. Par exemple la liberté ne doit pas être ma liberté effective, concrète, propre, (réalité que je peux ressentir) mais la cause générale à laquelle je dois faire don de ma personne.

Avec un peu de bonne foi on peut constater que plus il y a utilisation et amour de ces mots dont la vocation est de désigner la collectivité, et plus il y a fanatisme. L’amour étant, comme dit VALERY un sentiment qui a tendance à croître ad infinitum, il ne peut que produire un sacré dont la défense doit être assurée par tous les moyens.

C’est comme ça : c’est l’évolution de l’espèce humaine, on hérite de toute cette culture. La fin du monde sera religieuse, c’est à dire percluse de sacré, ou ne sera pas. Il y a juste un gros problème que l’évolution n’a pu résoudre et qui grandit avec le temps, c’est que cet être entièrement consacré au don de soi est contre-nature, la nature des hommes obstinément, est une sorte d’égoïsme. Et c’est par des chemins tortueux, des contorsions mentales qui rendent malade, qu’on parvient à se persuader que le plus altruiste des actes n’est pas dicté, au moins en partie, par l’intérêt personnel. Car enfin, qui peut nier que le désir – tout désir – est le fruit d’un ressenti plus ou moins important, étendu, profond. On ne peut pas toujours isoler, repérer ce ressenti, en connaître la nature. Mais le désir en est l’aboutissement, l’expression. Ce ressenti n’est pas le ressenti d’un objet de pensée aléatoire et virtuel comme la pensée.

C’est simple, le jour où une religion, une idéologie, une vision du monde pourra entièrement se passer de promettre un avenir meilleur à celui qui s’y consacre ou à ses proches, on pourra véritablement dire que le désintéressement est la Vérité de l’Homme.

En attendant, ce n’est pas gai. Le but est toujours d’affaiblir voire d’éteindre l’instinct personnel au profit de l’intérêt collectif. Par exemple, on remarquera que l’on envie ou que l’on admire quelqu’un qui a réussi selon les critères de la société (glorification de ces critères sociaux collectifs) , sans se demander une seconde, si cela nous conviendrait, nous satisferait d’en faire autant. C’est surtout de la considération sociale que l’on est jaloux, que celle-ci soit exprimée publiquement ou qu’elle soit l’expression d’une pensée personnelle.

Ou alors c’est l’hypocrisie des adultes à l’égard des enfants. Ah les belles leçons de morale. On croirait entendre les politiques.

Ou alors, sans même s’en rendre compte, ses propres réflexions, ses propres pensées n’ont jamais pour but de toucher, de bouger sa propre conscience mais d’enrichir un tableau culturel en prenant soin de respecter les vérités établies.

Ou alors : langue, langue…du moment que la langue est belle , l’œuvre peut être complètement creuse, elle est accueillie comme un événement.

Le fond de pensée (ça pense disait LACAN) qui agit en sourdine, obstinément, continuellement, à quoi vous porte-t-il  sinon à ce don de soi que vous n’avez ni voulu, ni choisi ? (conditionnement) Plus on pense, plus on parle plus c’est le cas.

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