LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

15 août, 2020

LE MOT NU MENT AUX VIVANTS

Classé dans : Dualite — inconnaissance @ 20:29

 » N’embrasse pas les morts : car ils étouffent les vivants  » (Marcel Schwob)

Passer du monde des sens au monde du sens, il n’y a pas de panneau, de barrière ou de signal pour indiquer que l’on passe de l’un à l’autre; Cela se fait progressivement et insensiblement.

On ne le remarque pas parce qu’on ne se le dit pas, mais les sens n’ont pas de destinataire. Personne n’entend, ne voit, ne sent, c’est une fonction naturelle qui ne dépend d’aucune décision, d’aucune volonté. Et bien sûr, il ne nous vient pas à l’idée, dans ces conditions initiales, que ce qui est vu, entendu etc doit être porté à la connaissance de quelqu’un d’autre. C’est. C’est tout.

Ce n’est que lorsque l’on pense à ce que l’on voit, entend, touche etc qu’il nous vient à l’esprit que notre pensée pourrait s’adresser à quelqu’un d’autre. Tout est là et le restera jusqu’à la fin.

L’apparition, les conditions d’apparition de ce destinataire et l’influence qu’il peut avoir ne sont guère examinées. On peut pourtant prendre conscience que lorsqu’un destinataire apparaît, vient le souci de la communication ou de la mise en forme de ce qu’on va lui communiquer. C’est que le destinataire est la priorité. Pas de communication en vue, ce qui est reste ce qui est. Communication en vue, ce qui est doit adopter la forme requise pour être présenté à l’autre. C’est toujours comme ça. Communication ininterrompue, ce qui est disparaît pour laisser la place à ce qui doit être. (dialogue avec un interlocuteur extérieur ou intérieur, peu importe)

Aujourd’hui, après tout ce temps passé dans le monde du sens au détriment du monde des sens, avec l’habitude que nous avons prise de vivre pour communiquer, nous pouvons constater que nous ne sommes plus au fait des phénomènes qui apparaissent dans notre conscience et qui sont le résultat de ce que nos sens nous apportent et de nos réactions conditionnées au monde qui nous entoure. Règne plutôt le sens qu’un destinataire toujours présent pourra accueillir et accepter. Nous sommes totalement dévoués à l’autre, à sa vie, oubliant, méprisant complètement notre propre vie. C’est lui qui vit en nous. Ce n’est pas vous qui mourez, c’est lui qui meurt. Et si vous le faites mourir pour rester, de votre côté, bien vivant, si vous laissez tomber le sens commun, vous aurez des problèmes.

Les autres communient dans un rite, il serait mal venu de ne pas l’aimer. On est avec des gens importants, dans un cadre très respecté, il serait mal venu de n’y prêter aucune attention. Et puis qui comprendrait ces choses intimes ? Tandis que sortant les formules de circonstance, en se glissant dans le personnage que le sens ambiant suggère, appelle de ses voeux, on n’aura pas de problèmes avec les autres..

Plusieurs humanitaires français ont été tués en Afrique. (je ne sais plus combien). Il est de bon ton de se lamenter quand il y a mort; Il est de bon ton de se lamenter encore plus quand ce sont des Français; Il est de bon ton d’être encore plus triste quand ce sont des humanitaires; Et c’est horrible d’être assassiné. C’est sur ce ton qu’il faut parler. Ces gens allaient faire les bons samaritains en Afrique avec nos sous, Ils savaient – étant donné les conditions – qu’ils couraient un risque. Et je ne savais même pas qu’il y étaient. Cela relativise beaucoup ma peine et si cela pouvait faire réfléchir les autres !..

En parlant ainsi, je fais des concessions, je prends en compte le sens commun de humanitaire, Afrique, assassinat, je partage en partie des sentiments communs. Autre solution. Laissez-moi avec ça, ce n’est pas de mon ressort.

L’hypocrisie, oui, mais au service des autres, de la société, pas à son propre service. Là, quand il est démasqué, c’est la réprobation. (quoi, vous m’avez dit que j’étais belle pour me séduire ? )

L’hypocrisie prouve simplement qu’aucune parole ne peut être vraie , sinon, il y a longtemps que tout serait réglé.

Il y a tant de moyens d’être agréable, il y a tant de raisons d’être agréable, il y a tant d’occasions de l’être, il est si convenable de l’être, il est si important de l’être, qu’on a fini par ne faire que ça. Quand est-ce qu’on ne donne pas vie aux convenances ?

Donc, sans crier gare, même lorsqu’on est seul, un destinataire apparaît dans notre conscience. On était seul, on ne l’est plus. Cela a été très rapide, très subtil. Alors, en soi, il y a comme un pont jeté vers….ou comme un mouvement vers…qui n’existait pas auparavant. L’existence de « deux » parait aller de soi, même être souhaitable. Qu’est-ce qui circule entre les deux ? Un savoir. C’est quelqu’un qui sait – qui croit savoir , qui voudrait savoir– qui s’adresse au destinataire.

Mais c’est ainsi que cela a commencé. On commence à exister à travers le regard des autres, les paroles des autres, les désirs des autres en les interprétant Il faut d’abord leur accorder une existence et un sens. Tout ce qu’on a pu accumuler alors, tout ce qu’on nous a transmis comme sens y contribue. On n’a pas de raison d’être là sinon par la volonté de nos parents et l’existence des lois biologiques, on n’a pas de raison d’être ce que l’on est, on n’a pas de raison d’adopter le monde, alors sans les autres pour justifier notre existence, que ferait-on ? Sans possibilité de se donner un sens grâce à eux, que ferait-on ?

Que sait-on, sinon, des gens, ? Nos sens ne permettent pas de leur donner un sens et une vie.

Ils existent pour nous soit grâce à nos sens soit à travers le sens qu’on leur donne. A travers le sens qu’on donne à leur regard, à leurs paroles, à leurs désirs. Ils n’existent que parce qu’on les pense.

Vivre pour les autres, vivre à la place des autres, depuis toujours, c’est vivre de leurs paroles, c’est faire vivre leurs paroles. .

La parole des morts, la parole des morts-vivants qui répètent les paroles des morts, la parole écrite, la parole des inconnus plus ou moins illustres, la parole de Dieu. Des gens qui ne répondent de rien.

Les pensées ne sont que des lambeaux, des déchets, des imitations, des souvenirs de paroles de morts, de morts-vivants, d’images mortes etc

Les morts sont bel et bien morts mais ils conservent une apparence de vie, une vie illusoire, parce que les vivants reprennent sous des formes appauvries leurs paroles et essaient de les rendre efficientes.

Les vivants renoncent à vivre et sacrifient leur vie à maintenir sous-respiration artificielle des cadavres. Acharnement thérapeutique extrême.

Nos pensées ne sont pas nos pensées, ce sont des lignes de code qui sont activées. Nous leur donnons vie, nous ranimons sans cesse la flamme, nous entretenons le feu, nous passons notre vie à essayer de les empêcher de disparaître, nous essayons de les appliquer. Nous en faisons même des sociétés, des institutions, parce que nous confondons les paroles et leurs auteurs depuis longtemps disparus. Une disparition que nous refusons obstinément;

N’est-il pas clair que nous sommes sous l’emprise des paroles de tous ceux qui nous ont éduqués, parce qu’ils avaient une aura, l’apparition miraculeuse dans notre existence d’un semblable qui s’occupe de nous et nous parle. Il est clair que leurs paroles n’étaient pas vivantes mais l’émission d’un robot bien programmé. Et pour cause, comme destinataire à leurs pensées, ça se posait un peu là. Un enfant (idée générale, sens commun) que l’on doit éduquer (idée générale, sens commun) en tant que père ou mère ou maître (idée générale, sens commun) Le destinataire, c’est tout ce que les morts ou leurs porte-paroles leur ont raconté sur l’enfant, l’éducation etc D’ailleurs, quelques années plus tard, on a commencé à s’en apercevoir.

Restent en effet leurs paroles avec lesquelles ils se confondaient puisque nous ne pouvons appréhender personne sauf sous forme de connaissance, de pensées. On est donc persuadé (et quelque fois certains se trahissent ) que si on oubliait complètement leurs paroles, on serait responsable de leur mort. Et le livre est un moyen excellent de conserver le texte, la lettre, afin de pouvoir bâtir autour de lui tout un roman, toute une légende, tout un imaginaire à grands renforts de persuasion et de diffusion.

De façon générale, il suffit que quelqu’un dépose un jour quelques mots à la suite qui, obligatoirement, représentent une demande à propos de quelque chose de foireux, pour que cette volonté prenne le pas sur la nôtre, sur notre désir, sur notre vérité vécue. Il faudrait que nous donnions sans cesse vie à ce qui est mort, cherchant quand, pourquoi, dans quel cas, cela pourrait s’avérer juste en oubliant de partir de soi ? Il faudrait, puisque ces gens sont morts ou absents, considérer que la vie est dans des mots plutôt qu’en nous-mêmes .

Pour autant que nous n’avons pas fait leur deuil ou que nous sommes restés sous leur emprise, nos pensées ont par nature la vocation de leur être agréables, c’est à dire d’être aussi fidèles que possible à tout ce qu’ils nous ont mis dans la tête. Le sujet-je ou le penseur s’adresse à un destinataire, un autre qui les représente. Il disparaît quand il n’y a plus de pensées .

Tout a une fonction propitiatoire – c’est la relation qui se met en place au moyen des connaissances que l’on a acquises. Le savoir : êtes-vous d’accord ? Les sentiments : les reconnaissez-vous ? Les désirs : les approuvez-vous ?. Rien de tout cela sans tenir compte des autres.

Un destinataire apparaît en même temps qu’un centre-soi, et ce dernier veut savoir s’il est ad hoc. Savoir, c’est la fonction du centre-je. Savoir savoir savoir . auprès des morts . Les vivants portent les morts. .C’est sur le je que pèse la responsabilité de se mettre aux normes et cela, c’est une question de savoir

N’est-ce pas terrible d’avoir comme motivation, le service du savoir , des sentiments , des désirs, des paroles des morts ?

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