LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

20 mars, 2015

LA MEMOIRE EMOTIONNELLE

Classé dans : Emotion — inconnaissance @ 15:55

Qu’est-ce qu’un groupe ? Ce sont plusieurs personnes qui sont censées être d’accord sur quelque chose, elles forment un groupe rassemblé autour de ce quelque chose. Autour de quoi ? Pas de n’importe quoi, d’un objet de désir qui sera presque toujours abstrait. Il y a l’objet de désir religieux, l’objet de désir politique, l’objet de désir sociétal, l’objet de désir éthique, l’objet de désir plaisir, l’objet de désir expertise ou excellence. Pour qu’un groupe soit un groupe et non une addition de personnes séparées, il faut qu’un sentiment soit partagé : l’amour de l’objet, le dévouement pour l’objet. C’est la communion, l’unité de sentiment qui forme le groupe. (évidemment, plus les membres du groupe se fréquentent, plus le contrôle mutuel est fort, plus le groupe est soudé)

Le sentiment d’appartenir à un groupe, de quelque nature qu’il soit, (fans de poker ou Témoins de Jéhovah) suppose donc obligatoirement que ses membres partagent ces sentiments pour l’objet de désir et en donnent des preuves. On ne peut pas appartenir à un parti politique sans embrasser son idéal ou objectif et sans prouver sans cesse son engagement et son amour pour cet idéal ou cet objectif.

Pourtant, il arrive que l’objet de désir d’un groupe évolue, change ou même qu’il s’estompe. Ce n’est pas pour cela que le groupe se dissout, du moins immédiatement. L’espèce humaine est ainsi faite qu’un groupe peut continuer à fonctionner, au moins un certain temps, en tant que groupe, même quand il ne sait pas trop autour de quoi il est rassemblé. Il suffit que ses membres continuent à se reconnaître mutuellement autour d’un certain nombre de critères, et continuent à respecter les rites, les formes, les manières de se comporter habituelles. Les hommes ont besoin d’appartenir à un groupe. Ces signes quotidiens de reconnaissance leur permettent de croire qu’ils sont dans le même bateau. Qui se ressemble s’assemble pour former un club, une communauté etc  

Une société ou une nation fonctionne un peu ainsi, le projet, l’objectif est vague, mais la communauté continue d’exister bon an, mal an. (sauf si des éléments étrangers et fortement différents viennent perturber gravement ce fragile équilibre)

Que partage-t-on ? De quelle façon se reconnaît-on ? A quoi est-on fidèle ? Autour de quoi échange-t-on ? (je sais de quoi les fans de poker parlent. Je sais que lorsqu’un vicomte rencontre un autre vicomte, ils se racontent des histoires de vicomte) Les membres d’une société se démènent à propos de quoi ? A l’évidence, ce sont les mœurs, la morale, les rapports humains qui occupent notre esprit et qui permettent de se reconnaître. Les messes-médias, les grandes cérémonies, les grands rendez-vous ou rythmes sociaux sont là pour les orchestrer et les vivifier. L’essence de ces mœurs, de cette morale, de ces rapports n’est-elle pas de nature émotionnelle ?  

La mémoire humaine est différente de celle d’un ordinateur. Elle ne sert pas seulement pour retrouver sa route, faire la cuisine ou exercer sa profession, elle doit aussi permettre de se souvenir des opinions, sentiments, émotions qu’il faut associer aux choses, aux faits, aux gens, aux idées. On en a un bon exemple : mémoire, mémoire, devoir de mémoire dit-on Voir ce que cela signifie. C’est ce genre de mémoire, celle des émotions, des sentiments, des jugements, qui est important.

Le groupe est aussi une idée abstraite. On n’a pas seulement été élevé dans l’idée que ces émotions, sentiments, jugements étaient précieux, sacrés, on a aussi été élevé dans l ’idée qu’ils devaient être ceux de tout le monde parce que ce qui était l’objet de ces sentiments, de ces émotions, de ces jugements (Dieu, patrie, parti, liberté, égalité, fraternité etc) était censé être collectif, commun. Donc commun aussi était leur sens.

La mémoire émotionnelle n’est pas née d’hier, d’où une disposition préexistante et impérieuse à l’égard des choses, des gens et des idées..

Il y a des cas où les autres la respectent (goûts, préférences, inclinations..) Et il y a des cas où les autres ne la respectent pas. Peut-être même (voir la fin de l’article précédent) que la tendance est de moins en moins à la respecter. (idéologisation de tout)

Dans notre vie quotidienne, cette mémoire émotionnelle occupe une grande place : on se soucie d’être fidèle à ces sentiments appris, on se soucie de ne pas les oublier, on se soucie de les manifester, on se soucie de les purifier, de les authentifier, on se soucie de se les remémorer dans toutes les circonstances de la vie. En parlant, on exprime ces sentiments, ces émotions, ces jugements. Par notre attitude, nos réactions, nous exprimons nos sentiments, nos émotions, nos jugements, et il faut qu’ils soient conformes, conformes à l’attente du groupe.. Cette mémoire n’est pas naturelle, il ne faut pas qu’elle le soit, car la nature, l’expression de ces émotions, sentiments, jugements doit obéir à des normes, des critères établis. Il faut donc veiller à ce que ce soit le cas. Le groupe supporte mal les gens qui suivent une autre route.. (On entre en conflit beaucoup moins parce qu’on a des idées différentes que parce qu’on a des émotions, des sentiments opposés)

Cette mémoire peut nous rendre malade, c’est le cas lorsque les sentiments, jugements, émotions que l’on croit requis, obligatoires, sont très très nombreux, très tyranniques, très très sacrés. (pas difficile de trouver des exemples, n’est-ce pas?) Elle a d’autant plus de pouvoir qu’elle échappe à l’analyse, et qu’elle est envahissante. On se rend bien compte de l’omniprésence ou pas des scrupules, de l’importance des sentiments des autres, du souci de faire plaisir, de notre sensibilité à l’effet que l’on a sur les autres, des tourments éventuels causés par les problèmes des autres, de l’état plus ou moins émotionnel de notre conscience. Les hommes sont toujours semblables en pensée, (seulement en pensée, pas en fait), car chacun projette sur autrui son propre mental. On se rend compte que lorsque la situation concentre un grand nombre de ces éléments, notre émotion peut être très grande.  

La mémoire émotionnelle est là, puissante, efficiente, résistante, mais on n’a jamais examiné si elle était toujours justifiée, légitime, si elle était appropriée, pertinente, si elle n’était pas exagérée. On ne l’a jamais remise en cause, et ce, d’autant moins, que beaucoup de gens semblent avoir à peu près la même et qu’elle a souvent une excellente cote dans la culture, dans la société.

La mémoire émotionnelle est fondamentale pour un groupe (sauf si on est le chef du groupe, évidemment.) puisque ce qui le soude, ce sont des sentiments, des croyances. (Surtout, dites si vous voulez que vous ne croyez pas dans la bonté des hommes, mais ne dites pas que vous aimez cela)

Tout le monde sait ce que c’est qu’une machine à café, mais pas forcément ce que c’est qu’une machine à casser. L’exploitation de la mémoire émotionnelle, des réactions émotionnelles, sentimentales suscitées par la présence de certaines catégories de personnes ou d’événements, ou par certaines idées, parce qu’elles sont vues à travers des concepts qui ont été lourdement investis, embellis, amplifiés, est sans doute le meilleur moyen d’ôter tous les moyens de défense et toute la force d’une personne, surtout si elle est faible. 

La porte d’entrée dans la mémoire émotionnelle est : quelqu’un à qui faire plaisir. C’est ainsi que la mémoire émotionnelle réagit en toute circonstance, devant n’importe qui. C’est son centre de gravité. Ce quelqu’un n’a pas grand chose à voir avec un individu à découvrir, à comprendre. C’est une image. Elle n’est pas réelle.

En premier lieu, l’imagination joue un très grand rôle. On le sent tous, d’ailleurs, et la littérature nous l’a abondamment montré, cela se développe, s’amplifie, déferle mentalement. Cela nous fait remonter à la façon dont nous avons été éduqués : dans la croyance, le sentiment et le conformisme. On en a parfois fait beaucoup pour nous faire fantasmer, pour nous impressionner et pour nous suborner sentimentalement. Tout est bon pour susciter l’imagination (pour la bonne cause bien sûr). On n’est pas crédule sans être porté sur l’imagination et inversement, l’être imaginatif est crédule. (Excellent la religion, excellent!)

Il n’est pas possible de se mettre à la place de quelqu’un d’autre, de concevoir tout ce qu’il peut éprouver, de l’appréhender mentalement, sans imagination. Un peu, ça va, beaucoup, bonjour les dégâts. Et quand on n’a pas grand-chose comme données à se mettre sous la main, c’est pire.

C’est le premier étage de la machine à casser. Le second va concerner la nature de l’imagination et va mettre en place, non pas le principe du plaisir, mais le principe du faire plaisir.

Soyons un peu cynique et partons de ce propos de SADE qui ne peut que choquer notre esprit occidental épris d’égalité et de justice. : « Comment voulez-vous en effet que celui qui a reçu de la nature la plus extrême disposition au crime, soit à cause de la supériorité de ses forces, de la délicatesse de ses organes, soit en raison de l’éducation nécessitée par sa naissance ou par ses richesses ; comment, dis-je, voulez-vous que cet individu puisse être jugé par la même loi, que celui que tout engage à de la vertu ou de la modération ? « 

Quand on a reçu une éducation ou un conditionnement très moral, voire spirituel ou religieux, quand on nous a inculqué l’idée que le bien inspirait la société, la vie des hommes, quand on nous appris à considérer que les concepts de valeur, et surtout certains (père et mère entre autres) , étaient sacrés, on ne peut qu’avoir une vision idyllique du monde. (il y a mille ans, on croyait cela, aujourd’hui, on croit cela, dans mille ans, on croira cela ) Les représentants éminents de ce monde sont alors tels que cette vision idyllique le veut. Les gens sont tels que cette vision le veut. En effet, on pense toutes ces personnes en fonction de notre système. Elles sont conformes à notre système, de même nature que notre système, elles ont la même valeur que notre système : idylliques, spirituelles, d’un prix sublime, d’une nature précieuse, bonnes profondément. Et notre rapport à elles doit en tenir compte. Nous serons donc remplis de scrupules, portés à l’idéalisation, soucieux d’être aussi purs qu’elles, aussi bons qu’elles, respectueux de toute personne que ce système aura surélevé. Nous chercherons toujours à faire plaisir pour prouver notre bonté, notre bonne volonté et obtenir de l’amour. Que d’émotion ! Que d’humilité et de timidité ! Que de naïveté et de crédulité ! C’est le sort prévu pour leurs enfants par les esclaves de la pensée. Et vous voudriez que l’on juge quelqu’un qui ne s’est pas fourvoyé dans cette vision idyllique, fantasmatique, qui n’est pas bourré de scrupules et de préjugés ridicules, qui n’est pas victime d’une imagination débordante de la façon dont cette pauvre victime d’une mémoire émotionnelle se juge ? Certes, il y a une loi, elle s’applique à tous, en principe (la loi de la jungle de SADE est impossible. Il faudrait être sûr d’être toujours le plus fort) , mais il y a mille façons de juger les gens. C’est selon les critères que l’on utilise et surtout selon notre conception du monde et de l’espèce humaine.

Nous l’avons écrit plus haut, le nigaud doit croire que tout le monde réagit comme lui car ce à quoi il croit, les formes spirituelles, morales, les concepts de valeur, sont à vocation collective. C’est ce qui doit permettre aux membres du groupe de se reconnaître . Si quelqu’un choque le nigaud, comme il est faible, il attendra de pouvoir se joindre au groupe qui s’en prend à celui qui choque. Cela arrive plus fréquemment quand celui qui choque ne respecte pas les grands symboles, les grandes choses sacrées d’un groupe, d’une société. On se prosterne devant eux  : un Dieu, un grand personnage, un chef, un symbole républicain, une tombe etc . Et vous ?

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Le mépris de cela passera pour un blasphème, un sacrilège, un crime de lèse majesté, pour de la goujaterie, pour de l’outrecuidance, ou autres. Mais ce qui est cher et sacré pour un groupe ne l’est pas forcément pour un autre.

Machine à casser.

Non seulement le nigaud a une image complètement irréelle, niaise de lui, non seulement il est envahi par l’émotion devant toutes les grandes et belles images irréelles du monde qu’on lui a mise dans la tête, mais en plus, comme il fait tout pour appartenir au groupe, pour être conforme aux critères de reconnaissance du groupe, il refoule, renie sa subjectivité, sa singularité, sa réalité individuelle pour entrer dans le moule en tant qu’élément de série. Je vous laisse deviner devant quel genre de personne il perdra tous ses moyens.

Excellent, la société pourra en faire ce qu’elle veut. Ah la société, ah les mœurs, la morale, les rapports humains qu’elle suppose, les signes de reconnaissance qu’elle impose. Quel pouvoir de bas en haut !

« Toute religion est un culte de la société, du principe qui régit l’homme social, aussi nul dieu n’est-il jamais le dieu exclusif d’un moi ; toujours un dieu est le dieu d’une société ou d’une communauté : d’une famille, d’un peuple, ou de tous les hommes « (STIRNER)

Un régime devient totalitaire, n’est-ce pas, quand il accroît le nombre des sentiments, émotions, jugements obligatoires et quand il met en place une police, un contrôle de ceux-ci. Quand la société se déglingue, la réaction normale des ringards est de regretter le temps où elle était mieux ordonnée, où l’autorité était mieux reconnue. « J’te suis pas dans cette galère «  chantait SOUCHON. Mais si on en est là, c’est que cela devait arriver, c’est que c’était déjà inscrit dans les bases et les principes qui réussissaient si bien autrefois.

 

 

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