LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

10 décembre, 2014

L’HOMME FUSIONNEL

Classé dans : Esprit — inconnaissance @ 20:54

Qu’est-ce qui nous détermine sinon les pensées qui nous viennent et qui, à la place de la réalité, de l’existence, véhiculent tout un tas de jugements, de normes, d’objectifs, de critères dont le seul résultat est de procurer soit du plaisir, soit du déplaisir au moi. Elles nous déterminent parce qu’elles passent pour faire autorité, pour être vraies. Quand la pensée est là, le monde n’y est plus. Elle s’impose à nous au lieu de passer pour un phénomène mental aussi impersonnel et conjoncturel que la pluie qui tombe.

Ces pensées nous harcèlent et nous empoisonnent la vie comme le ferait un essaim de mouches tournoyant autour de nous. Comment en profiter dans ces conditions. Elles sont une source inépuisable de déplaisirs. Mais de plaisir aussi, car elles expriment le bien et permettent au moi, quand il peut correspondre aux normes, critères, jugements véhiculés par les pensées, de se sentir dans le bien, d’être fier de lui. (c’est le prof qui a réussi à rétablir l’ordre dans sa classe, l’éducateur qui a réussi à faire entendre raison à l’enfant, la personne qui croit avoir correspondu à une de ses valeurs etc etc etc)

Ainsi, notre référent ce n’est pas la réalité (ces échanges dans une classe, ce que fait l’enfant) , ce sont des pensées. Notre source de satisfaction, ce sont des pensées. La cause de nos tourments, ce sont des pensées. Le moi est esclave des plaisirs et déplaisirs qu’elles lui causent, il cherche le bien, il est esclave et prisonnier de l’idée du bien, telle qu’elle est véhiculée par la socioculture que ses pensées reflètent, Elles lui fournissent une identité et l’entraînent.

Rien d’autre que le plaisir ou le déplaisir et le jugement ne nous convainquent dans les objets de pensée.

Combien ne seront pas terriblement choqués par cette réponse de Ramana MAHARSHI :

- Question : Je ne vois que misère autour de moi

- M : lorsque vous n’avez pas conscience du monde, vous n’êtes pas affecté par ses souffrances Par conséquent, intériorisez-vous. Voyez le Soi, ce sera la fin de ce monde et de ses misères…..S’il y a des pensées, elles se matérialisent. S’il n’y en a pas, il n’y a rien à matérialiser.

Les objets de pensée ont disparu.

Le moi évolue vers la mégalomanie de toutes les façons possibles car la dimension imaginaire, dans les pensées, est insatiable.

«  Vous vous sentez vide….vous vous plaisez à toutes ces choses que vous utilisez pour échapper à votre soi-disant vide. Le fait d’y prendre plaisir est ce qui crée ce sentiment de vide en vous. Mais ces choses, ces machins ces amusements ne peuvent remplir ce vide qu’elles ont elles-mêmes créé «  (UG)

Le moi est seulement le moi des autres, c’est seulement un moi pour les autres. C’est le programme des programmeurs.

Qui, en soi, se sent obligé de faire comme les autres ?

Qui, en soi, se sent obligé d’avoir les mêmes buts que les autres ?

Qui, en soi ,se sent obligé d’être d’accord avec les autres ?

Qui, en soi, se sent obligé d’avoir les mêmes valeurs que les autres ?

Qui, en soi, se sent obligé de partager les sentiments et les opinions des autres ?

Qui, en soi, accorde de l’importance à ce que pensent les autres ?

Qui, en soi adhère, sans discuter, au projet collectif ?

Est-ce que ce qui est à l’oeuvre pour forcer notre adhésion n’habite pas nos pensées ? Est-ce que les actions des autres, les buts des autres, les jugements des autres, les valeurs des autres, les sentiments et opinions des autres, les pensées des autres ne se confondent pas avec le bien ?

Plaisir ou déplaisir de coller ou de ne pas savoir coller à ces comportements, buts, jugements, valeurs, sentiments opinions, pensées. Première description de l’homme fusionnel : l’identité comme principe de fusion.

Identités de..but, sentiments etc qui font que, subconsciemment, on peut se dire, jusqu’à un certain point : lui ou elle est moi. « Je » est lui ou elle. L’identité conduit à une sorte de confusion mentale. C’est la voie royale de la projection. Quand l’idée d’identité, de similarité entre des personnes est admise (aimer son prochain comme soi-même. Mais quelle justification à ce « comme »? Il ne faut pas que le prochain soit totalement différent, il faut du même pour qu’il y ait du comme. ) on va pouvoir imaginer et projeter tout ce qu’on voudra comme éléments identiques. Et occulter les différences. Et on ne peut pas aimer une personne autant qu’une autre si les deux personnes sont différentes. D’ailleurs l’amour ne se mesure pas.

Les différences nous inquiètent. Le mystère gênant de l’autre est comblé, on a affaire à un autre soi. 

Le deuxième niveau de compréhension de l’homme fusionnel consiste à constater la chose suivante. Les mots dont on se sert pour tout désigner n’ont pas seulement pour effet de nous voler notre vie, en ayant ce sens collectif qui ne nous appartient pas, sur lequel on peut si peu agir, si bien que la chose désignée cesse aussi de nous appartenir, (fut-ce notre main parce que « main » est un mot de la langue, de la culture etc si bien que j’ai avec cette partie intégrante de mon corps le rapport que l’on doit avoir avec le mot main culturel.) ils ont aussi pour effet de déterminer notre rapport affectif, avec ce qui est désigné. Ils imposent l’usage. Non seulement ma main ne m’appartient plus, mais j’ai avec elle le rapport sentimental, affectif, que l’on m’a appris à avoir. Le même, en principe que tout le monde.

Coller afin de ne pas déplaire. C’est terrible de penser que la dimension affective, psychologique, émotionnelle de nos rapports avec ce que les mots spécialement à dimension humaine désignent a été complètement formatée, conditionnée par notre milieu, notre entourage.

Les passions, les partis-pris, les affects, de la socioculture sont plus ou moins importants. En science, on devrait avoir un débat dépassionné. Mais beaucoup d’autres domaines, certains mots, concepts, idées déclenchent des torrents de partis-pris. Tout particulièrement ce qui touche à la vie en société, la morale, la religion etc

Non seulement notre vie psychique, nos relations ne nous appartiennent pas, mais nous sommes très fortement conditionnés, pressés, en vue de coller à la socioculture. (voir comme les partis -pris ou même les manies peuvent être parfois nombreux et intransigeants.

Le troisième niveau de compréhension de l’homme fusionnel consiste à constater la chose suivante. Non seulement ce dont il est question ne nous appartient pas. Non seulement notre rapport affectif, sentimental émotionnel à ce dont il est question n’est pas de notre ressort, mais en plus, nous n’avons pas la liberté de nous détacher de ce dont on parle. Nous devons faire fonctionner à plein notre imagination et notre adhésion.

Même quand on n’est pas le croyant d’une religion, il nous faut des choses spirituelles. Depuis que l’on parle et que l’on utilise des mots, on est « shooté » au spirituel, à l’imaginaire. Il y a tant de mots qui servent de tremplin pour l’imagination. Ainsi, ce seront des qualités morales, esthétiques, psychologiques, sociétales etc qui passeront pour des réalités transcendantes, on y fera allusion comme si tout le monde savait ce que c’est. Ces choses abstraites, spirituelles permettront d’envisager la fusion ,l’union ou la communion. Elles forment un ensemble, notre arrière-plan de pensées irrationnelles, de croyances, en fonction duquel on appréhendera l’autre, au nom duquel on verra l’autre comme un autre soi, au nom duquel on aura des attentes vis à vis de l’autre, ou on jugera l’autre, et à partir duquel nous raisonnerons. 

Car cet arrière-plan de pensée spirituel est l’univers où l’on peut fusionner. Dans notre imagination.

Rien d’étonnant. On a vu, en effet, que parler, c’est construire un monde, une société, une éthique. (C’est la dimension « commun ou général » des mots + la dimension axiologique. Exemple « espoir » : comme si on pensait à la même chose + c’est beau, c’est bien, c’est grand, ça me dilate) Disons-le en inversant : le monde tel qu’on le construit, avec son éthique, n’est qu’un produit de langage. Car ce monde que l’on élabore, c’est le monde dans lequel tout le monde pourrait ou devrait vivre. Et tout le monde en fait autant. Espoir d’accord, de fusion jamais satisfait. (vous ne voulez pas vivre dans mon monde ? NON. Vous dans le mien etc)

Et comme cet univers abstrait spirituel ne se rencontre jamais et ne convainc jamais personne, on est malheureux. (Mais dans quel état j’erre?) Le monde n’a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais ainsi. Les bonimenteurs ne livrent jamais la marchandise.

Essayez de vous tenir à l’écart de cet univers. 

Au bout du compte, on se sent faire partie d’une histoire collective que l’on imagine, on se sent faire partie d’une communauté que l’on imagine, on se sent faire partie d’un projet collectif que l’on imagine, on se sent sollicité et missionné par un intérêt collectif que l’on imagine. On se sent toujours en présence d’autres soi que l’on imagine. On est généralement bien disposé, enclin à dire oui, à participer, à nous intégrer, à vouloir satisfaire je ne sais qui ou je ne sais quoi pour je ne sais quelle raison, sans chercher plus loin. Il est difficile de se tenir debout au milieu du courant. Qu’est-ce que tout cela ne nous fait pas dire et faire pour aller dans le sens des autres et leur plaire. Qu’est-ce qu’on ne fait pas pour avoir de la valeur selon les critères socioculturels en cours.

C’est vraiment l’homme fusionnel. (Que nous devons beaucoup à la religion)

 

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