LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

3 septembre, 2017

CE QUI DEVRAIT ÊTRE

Classé dans : Generalisation — inconnaissance @ 20:10

On devrait partir des faits suivants.

1 Tout échange verbal (ou épistolaire) avec quelqu’un d’autre nous conduit automatiquement à nous penser avec les éléments de langage fournis par l’autre.

2 On n’a pas besoin d’autrui pour être conscient d’exister. Autrui ne commence à exister pour soi qu’à partir du moment où on le pense. Pour que l’autre existe (pour moi) il faut d’abord que j’existe. Ensuite, seulement, il existe.

3 L es seules raisons que nous ayons de penser autrui sont d’ordre égoïste ; un désir, un devoir qu’il faut accomplir par intérêt. (et réciproquement, c‘est valable pour autrui).

4 Si je ne m’identifie nullement à cet objet de pensée-moi ainsi créé par l’échange, il ne me pose aucun problème.

« Demain, tous stériles ? » (France-culture) Cela sonne comme un avertissement. On se pense avec « demain » en se projetant dans le futur. On se pense avec « stérile » en s’imaginant stérile. Voilà l’objet de pensée constitué.

Si je m’identifie à cet objet de pensée, la nature, le rôle de cet objet sont d’une grande importance. Je prends immédiatement rendez-vous avec le médecin pour demander des analyses et éventuellement un traitement.

Or, tout nous enjoint à nous identifier à notre objet de pensée. A quoi est-on invité par les représentants officiels, toutes les figures d’autorité, les médias, les intellectuels, les moralistes, les religions etc ? A prendre les sujets au sérieux, les valeurs au sérieux pour s’engager, pas avec désinvolture ou humour  Quel rapport a-t-on avec la langue ? Que se passe-t-il, pour nous, avec le « sens ». ? Quelle liberté celui qui nous parle accepte-t-il de nous donner. ? Quand c’est un ordre, aucune.

En tout cas, c’est à partir et en fonction de cet objet de pensée auquel on s’est identifié que l’on répond ou réagit. La seule question qui vaille, dans ces conditions, est : ma façon de me penser dans le cadre de la langue ou de la culture c’est à dire des rapports sociaux m’est-elle préjudiciable ? L’altruisme, cela va cinq minutes, mais il n’y a pas de mal à éviter de se faire du mal, même involontairement. Et c’est valable quel que soit le type de propos que l’on nous tient. Ce qui nous guette, c’est une idée du genre : pas de raison de se poser la question de son préjudice, inutile ou vain de concevoir quelqu’un qui subirait un préjudice, soi ne compte plus en face de ce qui se présente. . C’est le cas lorsqu’on nous donne un ordre. Il faut s’oublier. Très souvent, soi semble ne plus compter au sens où on se pense bien conformément à la façon dont on nous le prescrit.

Si vous êtes un employé, si vous avez un patron, on peut dire que vous ne faites rien. Mais c’est le mot « vous » qui est important, parce que, bien sûr, vous travaillez. Mais vous faites ce que veut le patron, vous le faites comme il le veut, vous poursuivez le but qu’il veut. C’est lui qui décide le pourquoi, le pour quoi et le comment. Donc vous n’agissez pas conformément à vos buts, vos désirs, votre idée. Vous suivez. De la même manière, si c’est une idée générale, une cause collective, une valeur commune qui vous mènent, vous guident, vous déterminent, et pour autant que vous n’y retrouvez pas votre désir, votre but, votre idée personnels, vous ne faites rien, vous suivez. C’est cela l’altruisme. C’est faire la volonté de Dieu, des autorités, des autres, du groupe,. pour la satisfaction de Dieu, des autorités, des autres. Et pour faire cela, il faut se mettre à leur écoute, il faut se plier à leurs exigences, il faut leur donner la priorité et s’oublier. De la même façon que la foule des employés passe sa vie à servir des patrons, la foule des altruistes passe sa vie à se dévouer pour des idées générales, des causes collectives, des valeurs communes pour la simple et unique raison, souvent, que l’altruisme est une valeur qui se suffit à elle-même, une valeur dont on peut se contenter comme éthique.

Il y a d’innombrables formes atténuées ou dérivées de l’ordre : prescription, menace, injonction, appel, exhortation, etc

De l’autre côté, l’auteur ou les auteurs de l’ordre, de la prescription, de la menace, de l’injonction, de l’appel, de l’exhortation sont toujours très conscients de leur intérêt. Dieu ne veut qu’une chose, c’est se voir, se reconnaître lui-même dans ses fidèles. Non seulement il a créé l’homme à son image, il a fait un miroir dans lequel il peut se mirer (comme la reine dans Blanche-Neige) , mais il attend que les hommes tâchent de ressembler à l’idée qu’il donne de lui-même et renoncent à leur volonté propre. Le croyant, c’est l‘esclave selon SADE :. «  l’estime que j’aurai pour toi ne pourra jamais être que relative, ou, pour m’expliquer plus clairement, qu’une estime proportionnée au degré d’utilité que je recevrai de toi ; or, cette utilité, du moment que je suis le plus fort, ne peut plus consister que dans les actes d’esclavage les mieux constatés de ta part. Alors seulement nous aurons tous deux parfaitement rempli les rôles pour lesquels nous a créés la nature ; moi, lorsque je t’assouplis à mes passions, de quelque genre ou de quelque nature que ce puisse être ; toi, lorsque tu en subis les effets «  On connaît les dommages de cette attitude quand elle est relayée par chacun dans la vie quotidienne : ce qu’on aime chez l’autre, ce qu’on veut y voir, ce sont ses propres idées, ses propres convictions. On peut ne pas s’occuper du préjudice fait du moment que c’est pour la bonne cause.

Quand un système de pensée, une doctrine ou une idéologie prétendent dire ce qu’est ou ce que doit être la nature humaine, les lois qui doivent la gouverner, les réactions qu’elle doit avoir (c’est leur monde idéalisé) , ils nous proposent une façon de nous penser.

Ils utilisent l’ordre, la prescription, la menace, le chantage, l’injonction, l‘appel, l’exhortation etc pour que nous adhérions à leurs dogmes. Si on se pense ainsi et que cela entre en contradiction avec ce que l’on est, il y a division, fracture, conflit au moins sur l’instant (comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés….euh, pas vraiment envie là..) Et si notre nature est telle qu’elle ne pourra jamais correspondre à la conception qu’ils en ont, ce conflit sera permanent.

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes tant qu’on pouvait fonctionner dans le cadre des idées, du conditionnement culturel que l’on nous avait inculqués. La pensée sur l’homme, sur le bien peuvent être coupés du réel et se donner éternellement raison. C’était le règne de la théologie, de la morale, de la philosophie qui se passent de l’expérimentation et de la vérification. C’était le temps béni où les prémisses, les présupposés, n’étaient jamais remis en cause, et conduisaient immanquablement à la conclusion prévue par la culture du moment. « Le « je pense donc je suis » pose d’emblée que je suis je, ou que le je de je pense et le je de je suis, c’est le même.

Peu importait même que rien ni personne n’ait jamais pu produire une conception de la nature des hommes telle qu’elle soit réaliste, la réalisation de cette conception pouvait rester un objectif à long terme, et la fracture entre la théorie et la réalité passer pour une conséquence de nos fautes. Mais quand des disciplines scientifiques comme la paléoanthropologie, la génétique, les neurosciences, la physique des particules, l’intelligence artificielle ont commencé à étudier la nature humaine, le prestige des systèmes ci-dessus et leur pouvoir sur les hommes ont sérieusement commencé à en prendre un coup. . Et tout laisse à penser que les choses vont s’aggraver. Changement radical : il n’est plus question de ce qui devrait être mais de ce qui est. Ceux qui se lamentent sur le déclin de l’idée de progrès ou de tout autre grand moteur de l’histoire devraient penser à cela. Certains crient au relativisme, d’autres au nihilisme, d’autres à l’individualisme, d’autres au scepticisme, d’autres à la perte des repères, d’autres à la crise de l’autorité, d’autres à la décadence etc De quoi rire. Qui comprend que certaines réalités sont plus têtues que les articles de foi d’autrefois ? Les faits sont têtus et les fées sont perdues.

Quoi ? Mais le progrès (dans le sens d’avancement) des connaissances bat son plein. Seulement ce n’est pas forcément celui que les bonimenteurs attendaient .

On ne peut plus dire que ce qui est n’existe pas ou n’a aucune valeur et que seul compte ce qui devrait être, on est obligé d’admettre l’existence de certaines données, et de quelque chose comme l’individu et d’en tenir compte. Le discrédit de plus en plus marqué de ce qui devrait être est une menace terrible pour les systèmes ci-dessus. .Les auteurs des ordres, des prescriptions, des menaces, des injonctions, des appels, des exhortations commencent à êtres vus comme peu réels.

Ce qui devrait être, c’est l’idée préconçue, gratuite, qu’on nous a fourrée dans le crâne. Son seul fondement : des mots qui auront été sacralisés, idéalisés, sanctifiés. Des mots transcendants, autosuffisants auxquels on rend un culte, c’est à dire des mots qui sont en eux mêmes des jugements définitifs et généraux ;. (comme « je » Si on peut s’en prendre à quelqu’un en utilisant ses paroles que l’on prendra quasiment au premier degré, c’est bien parce qu’on peut les attribuer au je. ) Comment se penser et s’identifier à cet objet de pensée quand la pensée, elle-même, est bouffée aux mythes, quand les mots en question perdent leur aura. .La seule et unique justification de ce qui devrait être (de ce qui est jugé comme tel) est que cela devrait être et pourrait être. Mais quand ce qui est rend de plus en plus invraisemblable ce qui devrait être aïe aïe aïe ! !

Pourtant les bonimenteurs ont encore de beaux jours devant eux. Leur principal atout : la langue.

La langue, c’est sa fonction, c’est dans ses gènes, permet toujours de partir d’un cas particulier (d’une perception) pour en faire quelque chose de général. Et l’idée générale, on l’a vu, se transforme en un « ce qui devrait être » général. L’idée générale de stérilité devient une cause de lutte contre la stérilité. C’est là que l’altruiste trouve à intervenir. La prémisse étant : la perpétuation de l’espèce humaine . Mais ce présupposé ne colle pas avec ce que nous savons de l’histoire de l’espèce humaine.

L’altruiste est si bien au service de simples mots, sa croyance dans ces mots est si forte, que non seulement il prétend s’oublier au profit des idées, valeurs générales représentées par des mots, mais il n’aime pas que l’on s’attarde à défendre les intérêts d’individus particuliers. Ce qu’il veut, c’est se dévouer à ce qui est général, à ce qui est collectif en tant que général ou collectif . Les autres doivent en faire autant. Autrement dit, il croit qu’une collectivité en tant que telle, un groupe en tant que tel, ont une intelligence, une âme, une vertu.

Il emploie des mots dont la caractéristique est de désigner une certaine forme d’être, une certaine nature humaine, – ça, c’est la généralisation – et il part de l’idée que tout le monde doit s’y soumettre, doit les faire siens. Il adore l’intelligence, la vertu quand elles sont collectives, quand il peut les appliquer à tout le monde uniformément. Le « ce qui devrait être » est le même pour tout le monde. Il n’ose pas dire : ce qui est bon pour moi est bon pour toi, il dit ce qui est bon pour tout le monde doit être bon pour moi et pour toi. C’est l’injonction, l’appel, la prescription etc de telle sorte que chacun se pense avec ces concepts et s’identifie avec cet objet de pensée. Un trésor de la langue dans cette optique : « l’infinitif » (action) pris comme substantif ( idée fixe) dynamique (entraînement) Je me pense avec le réchauffement climatique, je m’identifie avec cet objet de pensée. cela devient une vérité, une raison d’être, je réponds et réagis en tant que tel, je pars en guerre contre les sceptiques.Je vous renvoie aux termes de la propagande.

Reste que même si ce réchauffement est prouvé et est dû principalement aux activités humaines, le reste est extrapolation. Le présupposé, c’est que l’activité de certains est néfaste pour l’humanité. Mais on n’a pas une vision globale et naturelle qui inclut le rééquilibrage qui s’ensuivra.

Sans doute entendra-t-on : je ne suis pas chrétien et je n’ai pas l’intention de le devenir, je ne suis pas socialiste et je n’ai pas l’intention de le devenir, et même je ne suis pas cinéphile et je n’ai pas l’intention de le devenir, je ne suis membre de rien du tout et je n’ai pas l’intention de changer. Mais on entendra rarement : je ne suis pas courageux et je n’ai pas l’intention de le devenir, je ne prends pas de bonnes résolutions et je n’ai pas l’intention d’en prendre ( « Nous aimons bien nous moquer des bonnes résolutions. Mais le fait de ne pas en prendre augmente le risque de laisser persister dans nos vies des habitudes indésirables, que nous continuerons de subir, par passivité et inertie. «  Christophe ANDRE France-culture. Menace : augmente le risque de laisser persister des habitudes indésirables….Aïe aïe aïe Mais comme disait l’autre : le risque zéro n’existe pas) Je ne suis pas aimable et je n’ai pas l’intention de le devenir, je ne suis pas charitable et je n’ai pas l’intention de le devenir, je ne suis pas franc et je n’ai pas l’intention de le devenir, je ne suis pas gentil et je n’ai pas l’intention de le devenir etc Non pas que j’exclus, en certaines occasions, quand je le juge nécessaire, d’être tout cela, mais c’est si je veux, quand je veux, sans rendre de comptes, sans en faire une règle.. Il est donc parfaitement inutile de m’en parler comme si cela devait nous mettre d’accord. Ce sont des idées générales et je m’en moque comme de ma première chemise. Je ne me pense pas avec et je n’ai pas l’intention de le faire. Quand quelqu’un s’adresse à un collectif, et parle des hommes, je débranche le micro (pour qui se prend-il?), je m’en amuse ou j’en fais un exercice de déconstruction. .

De la même manière, ce qui, dans mes pensées, se présente comme des critères généraux, des valeurs collectives, des opinions générales est parfaitement inutile, je ne me pense pas avec.

Vous comprenez bien que dans vos rapports avec les autres, l’idée générale qui prévaut, c’est l’enjeu. S’y laisser prendre, c’est fatal.

Un exemple avec cette petite pièce où une mère défend avec brio la cause de sa fille en se sortant victorieusement d’un convocation préméditée :

https://www.francebleu.fr/infos/culture-loisirs/l-oeil-du-web-une-video-nous-alerte-sur-le-harcelement-l-ecole-1455818244

L’école est un lieu de parole. On peut parler des sujets.

Première idée : si les relations sexuelles entre les enfants sont autorisées dans l’enceinte de l’école, il faut le dire franchement. Et même l’inscrire dans le règlement intérieur.

Seconde idée. Si les garçons ont le droit de forcer les filles, comme semble l’indiquer l’attitude du professeur, il faut le dire aussi. que ce soit clair.

Au lieu que la seule idée qui devait faire autorité et dont tout devait dépendre était : ne pas frapper ses camarades.

Il n’y a rien, dans la conscience, dont on soit l’auteur ou que l’on ait voulu. Ni les pensées qui viennent, ni les émotions, ni les désirs, ne nous obéissent. Ni l’effet du monde sur nous, ni l’évolution de notre conscience ne sont de notre responsabilité. A chaque instant, tout cela est un donné, une chose qui nous arrive. Que faire de soi ? Mais nous sommes ce que notre hérédité, notre entourage, notre société, notre culture, les événements, les rencontres ont fait de nous. Et si on s’entête à vouloir se sculpter, se façonner, c’est tout aussi involontairement la conséquence de l’idée qui s’est enracinée en nous que se sculpter était bien. C’est toujours une partie de l’esprit qui veut imposer sa loi à tout l’esprit. Vous n’allez pas me dire que vous êtes celui qui pense vos pensées, qui décide de vos émotions, de vos désirs, qui commande à votre conscience.  Vous n’allez pas me dire que vous êtes le maître de ce qui vous plaît, de ce qui vous convainc, de ce que vous allez retenir. Vous n’allez pas me dire que vous avez choisi votre état de conscience de l’instant. C’est le résultat de ce qui s’est passé avant et que vous n’avez pas choisi. Vous n’allez pas me dire que vos choix n’étaient pas toujours le résultat des facteurs, des raisons, de votre compréhension du moment, conformément à ce que vous étiez c’est à dire à la valeur respective des différents paramètres. et qu’à l’instant de la décision vous étiez parfaitement libre et responsable. Vous n’allez pas me dire que vous n’êtes pas tout cela et qu’il ne faut pas compter avec tout cela. C’est ce que vous êtes. On peut insister pour dire que l’on est libre de choisir entre plusieurs options qui se présentent à l’esprit (mais même là…mais passons) mais on ne peut pas prétendre que l’on est libre des options qui se présentent c’est à dire qu’on ne les choisit pas.

Ce qui devrait être  doit intégrer tout cela. Le problème, c’est que l’on est unique et qu’il ne peut y avoir un « ce qui devrait être » général qui intègre ce que chacun est.

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