LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

10 novembre, 2015

L’ORDRE ETABLI

Classé dans : Generalisation — inconnaissance @ 13:06

Qu’est-ce que l’ordre établi ?. C’est une organisation, une structure sociopolitique qui sont déjà là. C’est une façon de se conduire, des coutumes, des croyances qui sont déjà là. C’est une culture, une histoire, un futur programmé qui sont déjà là. Ce sont des demandes, des lois, des valeurs, des idéaux qui sont déjà là . Tout cela a sur nos demandes, nos souhaits, nos désirs individuels, l’avantage énorme de l’antériorité, de la diffusion généralisée et d’une puissance infiniment supérieure.

Or, cet ordre établi, tel que nous venons de le définir et que nous allons continuer à le décrire, rencontre – et ce n’est pas un hasard – l’instinct de conservation de l’individu, l’amour inné, le caractère sociable de l’individu, le besoin d’agir et la bonne volonté de l’individu, la tendance lourde de l’individu de s’adapter au monde où il vit. C’est déjà beaucoup, et peu s’élèveront contre ce destin collectif. Mais en plus, avec le temps, l’ordre établi a pu passer dans les gènes. In fine, quelle différence y-a-t-il entre une fourmi-soldat exécutant automatiquement le programme pour lequel elle est conçue et un bon citoyen ? L’un et l’autre obéissent servilement. L’un et l’autre sont incapables de révolte. L’un et l’autre ignorent l’individualisme; L’un et l’autre ignorent qu’ils obéissent servilement. L’un meurt, l’autre végète.

L’ordre établi a partie gagnée, il peut continuer sa pression et rencontrer le désir fervent de participer à la marche du monde. (la mondialisation, c’est un fait inéluctable etc) Conformisme et pression ambiante collent parfaitement. (les velléités de se retirer au Larzac n’ont pas duré)

Autrefois, les dictateurs, les tyrans, les despotes avaient besoin de la violence, et d’une armée de sbires pour soumettre tout le monde. Et cela n’allait pas plus loin qu’une région puis une nation Nous avons fait de grands progrès depuis. On a découvert les lois de la manipulation mentale, du façonnage psychologique, et développé des techniques de surveillance et de propagande discrètes, subtiles, à l’échelle mondiale. (dans le petit village africain on écoute les mêmes programmes qu’en France) Les grandes guerres s’éloignent parce qu’on n’a plus besoin d’éliminer physiquement les ennemis.

Ceux qui protestent contre les entorses et les affronts au sacro-saint ordre établi (sacro-saint ordre social, politique, culturel, moral etc) sont les mêmes qui se lamentent sur les grandes tragédies de l’histoire et sur le sang versé. Ils aiment faire le procès des coupables encore et encore (ils ont leurs dadas) . Ils ne veulent pas savoir comment les coupables ont pu parvenir au pouvoir. Des fois qu’ils seraient obligés d’admettre qu’ils regrettent des événements dont ils chérissent encore les causes.

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que votre volonté soit faite

Il y avait une alliance entre les courants plaidant pour le service de la société ou de l’ordre établi et les courants spirituels, d’inspiration orientale ou chrétienne plaidant pour l’acceptation de ce qui est, pour l’abandon de toute volonté personnelle, pour l’abnégation. C’était ne pas avoir tenu compte des avertissements de SADE : « La seule cause de toutes nos erreurs vient de ce que nous prenons toujours pour les lois de la nature, ce qui ne vient que des coutumes ou des préjugés de la civilisation. » Les lois de la physique sont valables partout dans l’univers, les lois de la société changent selon les contrées.

Et maintenant il y a aussi une alliance entre l’ordre établi et les caprices d’un moi complètement façonné par l’ordre établi.

L‘individualisme, ce ne sont pas les caprices d’un moi saoûlé de publicité, de médias, de culture marchande, de réseaux sociaux et de mode.. A l’origine, cela consiste à faire prévaloir l’individu sur toutes les autres formes de réalité, à lui décerner le plus haut degré de valeur, bref, à en faire le référent ultime quelle que soit la culture ou la civilisation où il vit. Mais dites-moi, est-ce que la société ne tire pas sa légitimité de l’objectif qui consiste à faire le bonheur des individus ?

Le besoin de s’intégrer dans le monde, dans le groupe, de vivre sa vie n’a pas pour seules conséquences de mémoriser tout ce qui paraît utile afin d’apporter la réponse la plus appropriée pour y parvenir, de s’investir pour cela, elle conduit aussi à imiter les autres parce que les autres témoignent de l’ordre établi (eux aussi sont déjà là) et parce que l’on veut être accepté par eux. Et parmi ces imitations, il y a, sous-jacent, l’usage du langage.

Le langage dit le monde et il dit aussi ce que sont les autres. Ce qui passe pour évident, ce qui est admis implicitement, est d’autant mieux intériorisé que ce n’est pas objectivé.

Ce que tout le monde fait, sans y penser, on le fera, sans se poser de question. Et ce que tout le monde fait, en parlant, c’est de renvoyer à des références supposée collectives, afin de toujours tabler sur un accord. Il faut bien comprendre comment cela se passe en détail dans son propre intérêt.

« Le changement, c’est maintenant » Dans l’impatience où étaient beaucoup de Français de changer de président de la République, ils ne se sont pas demandés de quel changement il était question (pourquoi pas en pire) , et que devait-on entendre par « maintenant ».

Cela, c’est ce que tout le monde ou presque admet aujourd’hui. Ce que tout le monde, sans doute, ne voit pas, c’est que l’auteur de ce slogan savait, certainement, que tout le monde pensait que tout le monde pensait à la même chose. Il faisait appel au besoin de changement de chacun. A mon besoin. A votre besoin. Je pensais qu’il pensait à mon « changement ». Vous pensiez qu’il pensait à votre « changement ». Je pensais que nous pensions tous au même « changement « etc. Nous pensions tous que l’orateur pensait à notre changement. C’est ce qu’il nous faisait croire, c’est ce que nous voulions croire. Plus de chipotage. On est bien hein, Tintin ! La politique c’est l’art d’agiter le peuple avant de s’en servir  disait TALLEYRAND. Avec de l’émotion, de la croyance…pas de la raison.

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Qu’est-ce que ça veut dire ? Que lorsque l’orateur prononce ce mot « changement », il généralise avec succès. Il en fait le changement (supposé) de tout le monde. Première victoire. Et nous, nous pensons tous que notre « changement » à tous est celui auquel l’orateur pense. Nous acceptons, entérinons sa généralisation. Seconde victoire. Et quelle victoire ! Mon changement = votre changement = le changement de celui qui parle. Chacun a généralisé sa propre conception de changement. L’orateur en bénéficie, il en fait partie.. (On pense qu’il pense à la même chose que nous, lui comme tous les autres) Nous nous comportons avec les mots comme les Hébreux avec le veau d’or. Nous sommes ridicules, stupides, c’est l’apparence et le comportement collectif qui nous entraînent !

« L’autorité, c’est la règle » dit Manuel VALLS. Même phénomène. On lui accorde le droit de généraliser en utilisant les mots autorité et règle parce que, nous-mêmes, nous généralisons. Nous pensons que tout le monde pense à la même chose que nous avec autorité, règle ; dont l’orateur (voire nous accepterions mal que les autres n’aient la même conception que nous.) Détaillons encore cette généralisation. Comparons deux points de vue opposés.

Point de vue 1 : THE autorité, c’est THE règle. C’est bien noté ?.(vous là-bas, dans le fond, c’est compris ?)

Point de vue 2 : De quel droit un homme, quel qu’il soit, (quel que soit son titre du moment ou ses diplômes) oserait exiger que tous les autres se soumettent, non seulement à l’idée d’autorité, mais à sa propre conception de l’autorité, de quel droit prétend-il ne pas parler seulement pour son propre compte ?

La seule raison qu’il puisse se donner pour faire une chose pareille, c’est le droit de parler au nom de la société, comme s’il en était le porte-parole officiel. Ah que moi je suis le chef de la société. Implicitement parler ainsi c’est dire : ah que moi j’ai le monopole de la France, de la République, de l’autorité etc..untel, c’est pas la France. .et ça ne choque personne. La société, c’est une généralité. La France, c’est une généralité. La République, c’est une généralité. etc quand on y fait référence, quand on prétend les désigner. Qu’est-ce que ça veut dire ? Cela veut dire que dès que l’on généralise à partir d’un mot (autorité, règle, changement etc) on fait exister ce genre de généralité (France ou république) pour légitimer cette généralisation. C’est la généralité France, c’est la généralité société qui donne ce sens unique et collectif à autorité, règle etc Voilà un motif d’ordre : mettre un mot (France) sur une généralisation censée exister (autorité) et confier à certains, qui ont l’importance et les moyens de diffusion nécessaires, la responsabilité de lui donner le sens désiré. C‘est donner un sens à l’ordre établi. Vous aimez les illusionnistes ?

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Cette généralité est un leurre. La société pourrait être un pacte mais ce pacte n’est jamais exprimé, formulé. Il consisterait en un accord collectif sur la façon d’utiliser les mots., ou au moins un certain nombre de mots importants dont beaucoup d’autres dépendent . Il n’y a jamais d’accord, il n’y a jamais d’utilisation collective, et ce pacte n’est jamais exprimé. (Pour l’instant, tant que la démocratie est encore dans les limbes) On a donc affaire à un coup de force permanent.

De quoi « l’autorité » est-elle le nom ? Ce qui est désigné par le mot ne répondra jamais à l’appel et ne nous dira jamais ce qu’il en est. Seuls une apparence forte, des synergies fortes, des représentants crédibles nous convaincront que ce mot a quelque sens général. Nous nous dirigeons vers l’opposé avec les désordres, dérèglements, désintégrations actuels et à venir. Il est donc de moins en moins légitime de généraliser ou de parler au nom de la société, si tant est que cela ne l’a jamais été quelque peu.

Il faudrait commencer par ne plus se laisser abuser par ces faiseurs.

Mais le coup de force permanent n’est pas réservé à quelques édiles. Chacun s’y essaie avec plus ou moins de succès. Nous avons besoin de croire en l’existence et en la valeur de l’ordre établi puisque nous nous sommes construits, nous l’avons vu, grâce à lui, en fonction de lui, pour lui. Et il n’y a pas que dans notre façon de parler que nous généralisons, nous le faisons aussi, tout seul, en silence, en pensant. Chaque mot est un système dans nos pensées.

L’habitude étant prise de généraliser à l’occasion de chaque mot qui ne désigne rien d’autre que ce qui est dans l’esprit (avec des mots qui désignent du sensible, on vérifie que l’on sait de quoi il est question), nous étant construit mentalement sur cette généralisation, nos convictions, notre vision du bien ayant besoin de cette généralisation, nous ne saurions y renoncer, et nous sommes la dupe de ceux qui exploitent sciemment, cyniquement, le phénomène, pour nous mener par le bout du nez. « Il est des nôtres il a bu son verre comme les autres. »

Pourquoi vous généralisez ? Vous reprochez à quelqu’un d’être ceci ou cela (paresseux ou désordonné par exemple) ? Pourquoi tout le monde devrait-il être d’accord avec vous, adopter votre façon de voir ? Autrui peut trouver qu’il n’est pas ceci ou cela. Il peut aussi trouver qu’être ceci ou cela lui convient et n’est pas un problème. Ceci ou cela n’a pas à être généralisé. Mais c’est pareil, on parle ainsi, parce que l’on prétend être le porte-parole d’une idée générale de ce qui doit être. (l’autorité, c’est la règle) On parle ainsi parce qu’on pense que tout le monde donne le même sens, fait le même usage que soi, de ceci ou cela. On parle ainsi, très souvent, non pas en raison de quelque préjudice subi, mais parce qu’on tient à son propre système. On défend un système général .

Voyons, voyons. On ne peut généraliser, que parce qu’il y a des mots qui renvoient, non pas à des objets précis, mais à des on-dit. Charité ? Le mot renvoie à un jugement partagé. Autorité ? Pareil. Lâche, pareil. Vice, pareil. Homme, pareil. etc etc (Qu’est-ce qu’on dit ? ) Et on prétend vouloir faire de sa propre conception de tous ces mots, la conception de tout le monde. La preuve : imaginez un seul instant que vous ne puissiez que parler en votre nom et pour vous, que chacun ne puisse parler qu’en son nom et pour lui-même, uniquement. Que se passe-t-il avec les mots…;autorité, lâche, vice, homme etc ?….ça fiche tout par terre. Ils perdent leur valeur.

Où peut-on trouver des gens qui ne pensent pas et ne parlent pas au nom d’un ordre établi ? (avec plus ou moins de talent, de subtilité ou de détours savants) Qui ne généralisent pas à partir de leurs mots ? Qui êtes-vous sans votre foi profonde en un certain ordre établi ou si vous n’êtes plus le représentant d’un ordre établi ? Qui êtes-vous en tant que dévoué serviteur d’un ordre établi sinon un automate ?

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Non, on se sent tellement fort (regardez-les) quand on parle au nom d’un ordre établi, au nom d’une généralité. La raison en est simple. Dieu, la France, la République, l’Homme, la mondialisation, etc ne s’autorisent que d’eux-mêmes. Donc on s’autorise de généralités qui ne s’autorisent que d’elles-mêmes. Super ! Sauf qu’elles sont creuses, elles n’existent que parce qu’on y croit.

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Le veau d’or ? Il vaudra moins cher demain que le veau naturel (Paul VALERY) .

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