LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

9 avril, 2012

JE T’APPARTIENS, 2

Classé dans : Generalite — inconnaissance @ 10:29

Le recours aux idées générales est tellement inhérent à la langue qu’on n’y prête plus attention, même quand ces idées sont de grandes causes abstraites et « ronflantes ».

Le crédit ou la force des pensées peut aussi être exprimé par un principe représenté par l’expression : « au nom de »…(principe, justement, qui est peut-être remis en cause aujourd’hui). Quelque chose existerait au bout de « au nom de » et il serait légitime de parler au nom de ce quelque chose. Si « au nom de » est admis, incontournable, la pensée est totalement déterminante. Si « au nom de » est douteux, la pensée perd de son pouvoir. « Au nom de » nous gouverne donc plus ou moins. « Au nom de » est partout. C’est une autre façon de présenter le principe de généralité. On peut s’amuser à commencer à en faire une liste.

Au nom de la société

Au nom du bien commun

Au nom de la lutte contre le réchauffement climatique

Au nom de la France.

Au nom des Français

Au nom de Dieu

Au nom des droits de l’homme

Au nom de la charité

Au nom de l’amour

Au nom du progrès

Au nom de l’entreprise

Au nom de l’ordre

Au nom de la paix

Au nom de la citoyenneté

Au nom du courage

Au nom de l’honnêteté

Au nom de la loi

Au nom de l ’équité

Au nom du socialisme

Au nom de la concurrence

etc etc

Ou noter quand on les fait parler dans les propos : « L’amour –> c’est l’essence dans le moteur ; –> c’est la condition émotionnelle pour que l’épanouissement ait lieu mais ce n’est pas l’objectif. L’objectif, c’est l’action, la dynamique de vie (–> c’est l’objectif) ». (Serge HEFEZ) Ah…bon….Si vous le dites.

En parlant et en utilisant des mots au sujet des hommes, ce n’est plus seulement une façon de dire comment soi, personnellement, on comprend, interprète ces mots dans sa vie personnelle, c’est attribuer à tous les autres le sens que l’on donne à ces mots (le même amour, le même Dieu, le même artiste etc pour tout le monde) et destiner à tous les autres les conclusions que l’on tire de ce sens.

Comment ça au nom de la société, de la France, de l’amour, du socialisme, de la concurrence, de la paix etc etc etc…qui seraient ceci, qui feraient cela ? Vous n’avez pas le monopole de la société, de la France, de l’amour, du socialisme etc etc…Tout ça, je connais. Que prétendez-vous savoir que je ne saurais pas ? Que prétendez-vous leur faire dire qu’ils ne me diraient pas ?

Ce qui est sous-entendu, c’est l’idée : « vous savez le… » Je ne sais rien du tout en ce qui vous concerne.

Il n’y a pas d’accord, ne tablez pas sur un accord : comment ça ma société, ma France, ma charité etc auxquels vous faites allusion, ou bien comment ça votre France, votre paix etc qui seraient aussi les miens ? Quel commun ?

Chaque fois que, dans des propos, on se réfère, on fait allusion à une généralité et que l’on se présente comme le porte-parole patenté de celle-ci face à un destinataire (ce qui est le cas chaque fois que l’on fait référence à un mot en lui conférant un sens commun), on compte bien réquisitionner le destinataire. La société, l’amour, la paix seraient des réalités. « Au nom de » (y faire référence pour tout le monde) signifie que tout le monde sait de quoi il est question. Et comme personne ne sait exactement de quoi il est question – inutile de le nier – on est prêt à accepter, à prendre en considération ce que le locuteur va nous en dire, à se laisser enseigner par lui.

Comme il est magique cet effet généralisation : si on fait attention aux gens, si on veut les comprendre, dans ce moment, on ne pense pas une seconde que l’on peut les généraliser. Mais dès que l’on s’accroche à un mot, on se raccroche à sa fonction généralisante et on est prêt à mettre ces mêmes gens, et bien d’autres, dans sa boîte. 

Comment être libre si on croit profondément que c’est la généralité (société, France, amour, Dieu etc) qui s’exprime dans la pensée exprimée ? Comment être libre, quand on croit à la réalité de cette généralité, quand on croit que généralité = vérité ?

Si on reprend la liste des « au nom de », ils peuvent être résumés en une seule formule : « au nom du bien commun ou du bien général de l’homme » puisque chacune des notions est censée représenter un bien commun. Comme si ce bien général existait et comme si l’homme existait. C’est parce que l’on accepte l’idée d’un bien commun exprimé par un mot et l’idée que l’on est un homme (généralité) concerné par ce bien général (deux idées ou concepts) que l’on est soumis à ce dernier ; c’est parce que l’on accepte que ce bien commun est connu de son porte-parole qu’on lui est soumis. Ainsi, il y aurait des porte-paroles d’une généralité appelée bien humain.

C’est mon bien, son bien, votre bien etc mais il n’est pas question d’interroger, d’écouter, de prendre en considération chacun de nous. Il n’est pas question que mon bien soit mon bien même s’il s’agit de moi, de ma vie après tout. On aurait des biens divers et concrets. Le bien doit être imposé à tous uniformément. C’est ce qu’impose l’idée même de généralité d’un bien. 

Les philanthropes autoproclamés, les bienfaiteurs ne veulent pas vous faire du bien à vous ou résoudre vos problèmes à vous, en se soumettant à votre jugement puisqu’il s’agit de votre bien, ils veulent faire le bien de tout le monde.

C’est ainsi que l’on édifie le je du petit être : puisque la langue postule qu’il est un je comme tout le monde – le je auquel s’adresse tu est forcément un je connu, collectif, sinon on ne pourrait rien dire, on ne pourrait rien faire – il faut bien dire quelque chose à son sujet : ce seront les généralités passant pour un savoir qui le penseront. On ne parle pas des individus autrement qu’en maniant des généralités sur les hommes, la société, dieu etc

De quelles généralités notre je dépend-il ?

Pour nous éduquer, nos parents, notre entourage se sont fait les porte-parole de ces généralités. Démarche aveugle, aberrante, ridicule, hypocrite..

Au nom de quelles généralités pensons-nous et nous pensons-nous ? Quelles généralités représentons-nous en tant que je ?

C’est le point fort du conditionnement : la généralité, c’est l’espoir ou la recherche d’union. Et la séparation, c’est parce qu’on n’est pas général.  

On ne sait plus rien voir , on ne sait plus rien concevoir, on ne sait plus rien faire sans idées générales du bien. C’est ce qui nous sépare du vif de la vie, de l’inattendu.

Qu’est-ce qui, de soi, n’est pas défini par la culture, qu’est-ce qui ne dérive pas du regard des autres, c’est à dire de l’idée que l’on se fait des idées que les autres se font de nous, qu’est-ce qui n’est pas dévolu à la communication ? Rien. L’idée même d’un soi vient des autres et est fondé sur l’idée d’une désignation générale, d’une généralité de la désignation.

« Je » ? Du ping-pong. De sorte que comme écrivait Liza HYDE : « nous ne faisons que faire semblant »

Vous êtes le personnage de quelle histoire, de quel roman ?

Evident qu’ils ne savent rien tous ces gugusses et que c’est leur conditionnement, leur culture ou leur savoir faire qui parle. Oh ils savent parler, mais ils ne savent pas de quoi ils parlent. 

On n’a pas remis en cause la vérité que ces mots pourraient renfermer, parce que l’on croit encore à l’existence de leur référent. Or, si ce référent existe, on doit pouvoir en dire quelque chose.

Ces mots sont donc à la source de nombreuses questions. Et voilà quelqu’un qui nous en parle : il ne va jamais fournir la réponse définitive, la vérité que l’on espère, et mettre un terme aux questions, parce que le référent ou la réalité, il ne peut pas le connaitre plus que nous, mais il va entretenir l’idée que ces mots contiennent de la vérité. (Ah oui….l’équité, on n’en parle pas assez, la vérité qui est dedans pâlissait, ça fait du bien d’en parler. Mon ego qui aime bien le bien qui est dans les pensées du bien frétille ou se pâme)

On voit que tous ceux qui parlent au nom du bien commun, des généralités sont des charlatans.

« Votre amour de l’Homme fait de vous les bourreaux des hommes « 

« Rien, aucun intérêt suprême de l’humanité, aucune cause sacrée ne vaut que tu la serves et que tu t’en occupes pour l’amour d’elle ; ne lui cherche d’autre valeur que dans celle qu’elle vaut pour toi « (Max STIRNER)

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