LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

16 août, 2016

lA GENTILLESSE INVOLONTAIRE

Classé dans : Gentillesse — inconnaissance @ 14:50

On peut avoir l’impression que la société se présente comme un ensemble de lois et de codes (ne pas tuer, ne pas voler, rouler à droite etc) que l’on respecte pour se mettre en règle avec elle. Une société se présente aussi – et peut-être surtout – comme un ensemble de valeurs, de qualités abstraites qu’il faut épouser. Par exemple, lorsque l’on nous invite à être un bon citoyen, cela signuifie, dans un Etat socialiste, épouser et incarner les valeurs promues et rabâchées par le président, son premier ministre, la ministre de la justice, la ministre de l’Education nationale. Vous voyez le genre ! (explication déjà donnée précédemment : quoi que fasse, quoi que dise l’Etat, c’est le Bien, par définition, et il n’a rien à. justifier ou à démontrer. Le juge dit la justice, l’Etat dit le bien. C’est ce qui rend le métier de politique impossible : il doit toujours être le porte-parole du Bien. Et ce rôle, soit lui monte à la tête, soit le rend hypocrite et cynique au plus au point ; ou un mélange des deux Drôle de phare ! )

Quand on a bien épousé les valeurs inhérentes à une société (on n’a jamais fait l’organigramme de la nôtre) , quand on les prend très au sérieux, quand on a à cœur d’être un bon citoyen, on milite. On reprend les autres, on leur fait la leçon quand ils enfreignent une loi, on leur fait la leçon aussi quand ils ne sont pas conformes aux valeurs en question. Mais dans ce cas, avec les adultes, la posture est difficile à assumer, (de plus en plus d’ailleurs) voire un peu ridicule. (voir par exemple en ce moment le problème posé par la valeur à accorder à l’anti-valeur burkini )  C’est bien pourquoi on est un peu gêné, pris au dépourvu avec un être qui respecte toutes les lois et toutes les règles mais n’épouse aucune valeur. Que dira-t-on de lui ? Asocial ? Immoral ? Inhumain ? Mufle ? Odieux ? Ce que l’on pensera, pour le moins, c’est qu’il est dépourvu de gentillesse. Traduction : il n’a pas à l’égard de ces valeurs (la citoyenneté par exemple ou l’hospitalité) la bonne volonté, la confiance, l’affection, l’esprit de dévouement qu’il faudrait. On dirait même qu’il les méprise, ce qui revient à mépriser la bonne volonté, la confiance, l’affection, l’esprit de dévouement de ceux qui s’y adonnent Quel toupet ! (exemple, ZEMMOUR n’est pas gentil, il heurte le sentiment général)

La gentillesse involontaire , c‘est l’altruisme apprivoisé, adouci, modeste, patient, persévérant. Il s’agit d’éviter à tout prix de froisser, de faire de la peine, de choquer, d’être insensible. C’est aussi, comme nous allons le voir, la composante essentielle du lien social. .

La gentillesse se consacre essentiellement aux sentiments, aux émotions, aux plaisirs et déplaisirs, aux bonheurs et malheurs de l’autre. C’est son champ d’action. Et pour cela, il faut aiguiser et mettre en œuvre ses propres sentiments, ses propres émotions, ses propres plaisirs et déplaisirs de façon à être au diapason de l’autre. Ce n’est pas une question d’intelligence, de facultés intellectuelles, de raison, de réflexion. On ne nous dira pas : vous avez tort, (parce que ;..) on nous dira, vous faites de la peine. (et il y en a qui ne supportent pas qu’on leur cause certaines peines)

La gentillesse involontaire, (naturelle, compulsive, automatique etc) est une disposition d’esprit, une habitude ancrée, un tempérament (c’est plus fort que soi) presque une nature. La gentillesse involontaire nous possède, nous sommes propriétaires de la gentillesse volontaire. Nous la mettons en œuvre quand cela nous convient. (psychologiquement parlant, le problème vient de la mère : on doit être gentil pour être uni, on doit être uni pour être aimé)

Tous les objets dont on parle (référents des mots : ce que vous avez à l’esprit quand vous utilisez un mot)sont des objets de savoir ou des objets de croyance. S’ils existent, on peut, par des moyens appropriés, en savoir quelque chose. Même si ce savoir est incomplet ou sera réactualisé, on peut compter dessus. S’ils n’existent pas (dans l’absolu ou si leur existence n’a pas encore été prouvée) ce sont des objets de croyance. (c’est ainsi : tant qu’on y croit, ce n’est pas encore un fait) Tout ce qui n’existe que dans l’esprit et nulle part ailleurs tel que cela existe dans l’esprit, est un objet de croyance. (croyez-vous que l’amour, tel que vous le concevez, existe, de façon identique dans l’esprit de quelqu’un d’autre ?) Il n’y a pas de vérité à leur sujet. Pourtant on en parle d’abondance. (Attention, pas d’amalgame. Ce n’est pas parce que le rôle de l’activité humaine dans le réchauffement climatique est un fait scientifiquement prouvé, que le jugement que l’on portera sur les répercussions de ce réchauffement l’est aussi.)

Or si on examine ce qui porte ou ce qui anime ces croyances, on constate que c’est un jugement. Il y a investissement. On y met du cœur. Quand Jean-Louis DEBRE défend fièrement « l’autorité de l’Etat », on entend bien combien il est motivé pour faire briller «  l’autorité » et « l’Etat. » . Quand on dit que l’immigration est une richesse pour la France, c’est pareil, que l’égalité est une valeur de la République, c’est pareil. Etat, richesse (morale évidemment) , égalité ne sont pas des objets de savoir mais des objets de croyance. (croyez-vous que l’Etat, dans l’esprit de Jean-Louis DEBRE est identique à l’Etat dans votre esprit ? ) D’où l’investissement, le cœur , la ferveur que l’on met dans les déclarations . Pour convaincre, car le but est de convaincre, on s’appuie sur des croyances plus fondamentales. L’égalité renvoie à l’humanisme, autre objet de croyance) Plus la croyance est difficile, ambitieuse, plus il y a d’investissement. La croyance a besoin d’être partagée.

Tout objet de croyance ainsi investi est une valeur. La valeur, c’est l’investissement de ce à quoi on croit. On fait de cet objet un objet dont l’acquisition nous permettrait d’être mieux sur un plan ou un autre. (dans l’opération, il n’entre guère de mesure précise des bienfaits que cela apporte)

La vie en société implique des croyances communes- mais ne vaudrait-il pas mieux qu’elles soient bien conscientes et librement acceptées, de façon à pouvoir être modifiées ou abandonnées si elles ne nous conviennent plus. (faire de ces croyances, une sorte de mise) En groupe, on a tendance à communier autour de valeurs sociales, morales etc communes, à se lancer des compliments qui consistent à rendre hommage à ces valeurs. La gentillesse est de mise. La bêtise aussi.

Seulement voilà, pas une seule valeur, pas une seule qualité morale, pas un seul devoir auxquels on n’attribue pas un auteur, même s’il est obscur, lointain, enfoui, mystérieux. Toute valeur ou toute qualité morale est une demande .( une injonction ou un devoir) S’il y a une demande, il y a un demandeur humain ou surhumain. Cela vient d’ailleurs, mais cela vient à nous. Cela a bien une source. La génération spontanée n’existe pas. Et il y a bien un destinataire en retour. On rend compte, on témoigne. Nous n’avons pas, nous, décidé un jour, en connaissance de cause, d’adopter telle ou telle valeur. On l’a fait par conformisme. Pour satisfaire le désir d‘un autre. L’éducation est une demande permanente au nom du bien, et des différentes formes qu’il prend, au nom d’innombrables objets de croyance. . Et il faut attendre longtemps avant de commencer à vérifier la justesse ou l’efficacité des injonctions paternelles ou maternelles ; On ne fait, pendant tout ce temps, que satisfaire la demande pour faire plaisir. Et on est puni parce qu’on a fait de la peine.ou trahi la confiance ;

Si la croyance aux valeurs est aussi répandue, si cela revient à faire plaisir à un obscur demandeur, et si la gentillesse est un tempérament dont on ne peut se défaire et que l’on exprime constamment, imaginez les conséquences. La gentillesse est au service de l’investissement, de la ferveur associés aux valeurs, aux jugements, aux croyances. Beaucoup de croyances ou beaucoup de jugements, beaucoup de valeurs et beaucoup de gentillesse à leur égard, on devine ce que cela donne. C’est pour le gentil, la lampe pour le papillon. Tout ce que les autres valoriseront deviendra une occasion de faire plaisir . L’union sur une base affective remplace l’accord sur la base d’un raisonnement approuvé. C’est ce qu’on appelle , le lien social. Il n’y a plus qu’à faire appel à cette gentillesse pour faire avaler ou adopter n’importe quoi. Puisque la valeur ou la croyance ne tient que par l’investissement dont elle est l’objet, ne pas participer à cet engouement c’est prendre ses distances par rapport à cette valeur ou cette croyance. Autant dire que la pression sociale s’exercera pour qu’il n’en soit pas ainsi.

L’intelligence, la réflexion sont au repos. L’affectif prime. (voir la tronche du Pape)

papet

                     C’est la fête de l’Aïd

La gentillesse (et ses formes diverses) à l’égard des personnes et de la société et de ses valeurs tourne à la complaisance, à l’aveuglement, à la naïiveté ou la bêtise. L‘opinion, l’engouement, le jugement, la croyance, le parti-pris, la conviction etc ça court les rues. Les objets de croyance sont innombrables. Allons-nous, avec nous gentillesse cajoler toutes ces manifestaions en leur accordant une importance irrationnelle parce que l’on ne peut pas faire autrement  ? Si notre nature est telle qu’on ne peut pas se permettre de prendre la distance nécessaire et de procéder aux examens et analyses nécessaires, notre compte est bon. (affaiblir l’instinct des hommes, cela commence dès l’enfance, et cela doit continuer ensuite) Quand on demande à un enfant d’être gentil, cela revient à lui demander d’être bête. Dès qu’une nouvelle valeur est mise sur la sellette, que d’efforts déployés, de plaidoieries, de motivation, d’éloquence, que de cœur on met pour la faire adopter.

C’est complètement artificiel. Où que l’on regarde, on doit admettre que la nature n’est pas ainsi, l’être ainsi constitué est complètement éthéré.

On se donne l’impression de ne pas faire les caprices de tel ou tel en épousant des valeurs ou des qualités morales. Mais c’est pire, on voue sa vie à une idéologie (tout cela appartient à un système global qui prétend être la vérité de la vie) sur laquelle on n’a aucune prise et aucun contrôle et qui, contrairement aux caprices d’une personne, exclut complètement et définitivement l’existence de son propre désir. Il n’y a pas d’autres alternatives, ou bien un désir n’est pas le sien, il émane d’un autre, de quelque chose d’autre, il vient à nous, ou bien c’est le sien, il émane de soi, du centre de soi. Qu’est-ce qu’exister si ce n’est pas assumer, rassembler, affirmer, ses propres désirs. (Assumer = la conscience acquiesce, or dans la conscience, il y a la conscience de soi .) Comment peut-on dépendre du désir de l’autre pour exister alors que pour que l’autre existe, il faut d’abord que nous existions. Et pourtant, c’est le but de l’éducation ou de la culture : nous faire douter de notre propre existence. .

Il faut se demander d’où vient cette importance primordiale de l’état d’âme de l’autre. Quest-ce qui rend ses sentiments, ses émois, ses plaisirs si sacrés pour nous qu’on ne puisse se permettre de les égratigner ou de les ignorer  ? Il y a d’abord le fait que l’on a fait de l’univers des sentiments et des émois, la valeur suprême, que notre modèle d’homme consiste à faire le bonheur de l’autre par un dévouement complet à l’autre, une sorte de communion permanente. Il faut en permanence être l’autre. L’altruisme par l’affectivité. C’est le Bien central. (domaine où les catholiques, par exemple, sont bien meilleurs que les juifs orthodoxes) Et d’autre part, il y a le sentiment de culpabilité que nous inspire le fait de jouir de notre propre vie. (la vie est jouissance. Renoncer à la jouissance, c’est renoncer à la vie). Dans la relation à l’autre, il est exclu que l’on prenne du plaisir. Ce serait s’engager sur une mauvaise voie., non altruiste. Danger ! C’est seulement le plaisir de l’autre qui compte. On doit d’y consacrer. (vie ou plaisir par procuration)

La croyance immémoriale dans le libre-arbitre de l’homme et dans sa volonté propre et efficiente fait que nous voulons toujours expliquer nos actes et paroles par la parole, assumer le fait que l’on a agi conformément à une pensée bien consciente et préalable. Quand on est seul, on s’y prépare, quand on est en société on s’y évertue. Ainsi, on se soumet au verbe. Pas de chance, le verbe ou l’ordre culturel exprime une demande permanente. Ce désir écrase complètement notre propre désir puisque l’on s’évertue à montrer qu’on se conforme au désir des autres, qu’on est le désir des autres. Son propre désir à soi n’est même pas imaginable dans un contexte où la parole fait la loi. La gentillesse, c’est servir de repas tous les jours au fauve.

Pour se convaincre de ces deux explications, on peut, d’abord, lire la biographie de grands personnages historiques ou prendre conscience que lorsqu’on est dans l’action, engagé, on n’est pas atteint par cette communion émolliente. On peut ensuite prendre conscience que la jouissance ou le plaisir personnels, évacuent le sentiment de culpabilité . Prendre un plaisir intense à agir élimine tous les problèmes existentiels. La gentillesse a besoin de passivité.

On remarquera, dans ces conditions, combien la position de certains est hypocrite quant à la question de l’euthanasie active. Si , conformément au raisonnement ci-dessus, on possède sa propre vie, si c’est un bien propre que l’on peut et doit donner, on est également libre de s’en séparer.C’est une décision personnelle. Si la vie nous dépasse et si on ne fait qu’y être associé un moment, il n’y a pas de raison de se sentir coupable de la servir en soi. Autrement dit, la vie, on la possèderait pour la donner, mais pas pour s’en débarrasser. Ou on la servirait chez les autres, mais pas en soi.

CGT-Energie Anjou 49 |
Bella et le syndrôme " BALBOA" |
Jeunes dans la ville |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Pensée..!?
| targuist
| Gabon, Environnement, Touri...