LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

14 décembre, 2009

ET LA GRAMMAIRE ETAIT DIEU

Classé dans : Grammaire — inconnaissance @ 14:13

Nous comprenons, étant enfants, que le monde était là avant nous. Et nous faisons peu à peu sa connaissance. Encore aujourd’hui, nous nous voyons comme un voyageur sur cette terre qui nous a accueillis et qui nous survivra. Qui oserait dire le contraire ?

En fait, cette pensée est à reconsidérer. Le monde en question, celui que nous connaissons, est né au cours de notre existence. C’est la création, l’invention de ceux qui nous l’ont présenté et expliqué au moment et à l’endroit où ils nous l’ont présenté et expliqué. Ce monde dans lequel nous pensons débarquer n’existait pas avant. Et si on veut bien y réfléchir, il a déjà beaucoup changé depuis notre enfance. Dans ces conditions, il semblerait que chacun vive dans son monde. Mais ce n’est pas tout à fait exact.

Quelque chose n’a pas été inventé par ceux qui nous ont expliqué le monde, quelque chose était commun à ceux qui expliquaient le monde à leurs enfants, quelque chose se transmet de génération en génération, quelque chose est considéré comme un donné indiscutable, comme le fondement même de toutes nos connaissances : la grammaire.

Grammaire selon le tlf, définition de la linguistique : «Etude objective et systématique des éléments et des procédés qui constituent et caractérisent le système d’une langue maternelle»

Nous parlons ici des éléments et procédés constituant et caractérisant ce système. 

Depuis toujours, nous cherchons notre vérité dans le sens, nous remettons en cause le sens, nous changeons le sens, mais la grammaire est comme sacrée, tabou.

Un linguiste a-t-il déjà comparé les langues du monde en cherchant les constantes, les structures communes ?

Un peu de grammaire (Grévisse Bon usage. 11e ed. revue) :

(C’est moi qui souligne)

« Le nom ou substantif est le mot qui sert à désigner, à nommer les êtres animés et les choses»

«Le sujet est le terme point de départ de l’énoncé ; il désigne l’être ou l’objet dont on dit quelque chose et qui s’actualise dans un verbe. Pour trouver le sujet, on fait devant le verbe la question qui est-ce qui ? Pour les personnes et qu’est-ce qui ? pour les choses»

« Le verbe est un mot qui exprime soit l’action faite ou subie par le sujet, soit l’existence ou l’état du sujet, soit l’union de l’attribut au sujet»

« Le complément d’objet énonce la personne ou la chose sur laquelle passe l’action du sujet ; cette personne ou cette chose est présentée comme supportant l’action, comme étant l’objet de l’action, comme marquant l’aboutissement, l’achèvement du procès.

Complément direct : objet de l’action ou résultat de l’action. Complément indirect : direction action. Complément circonstanciel (on appelle cela autrement aujourd’hui) : circonstances, repères de l’action

«L’attribut ou prédicat exprime la manière d’être que l’on affirme du sujet par le moyen d’un verbe exprimé ou sous-entendu»

«L’adjectif est un mot que l’on joint au nom pour exprimer une qualité de l’être ou de l’objet nommé ou pour introduire ce nom dans le discours»

«La conjonction est un mot invariable qui sert à joindre et à mettre en rapport, soit deux propositions, soit deux mots ou groupes de mots de même fonction dans une proposition.» (voir conjonctions de coordination et de subordination)

Est-ce que les noms, sujets, verbes, compléments, adjectifs et conjonctions désignent seulement des fonctions (comme + ou x en mathématiques) ?

Non, le nom est censé désigné un être ou une chose censés exister réellement. De même pour le sujet. Le verbe est censé désigner une action déterminée et réelle. Les prédicat et adjectif sont censés désigner des caractères censés exister réellement. La conjonction est censée désigner un rapport censé exister réellement.

Nom : qu’est-ce qui prouve que quelque chose de réel soit ainsi désignable, et donc soit identifiable et permanent ?

Sujet : qu’est-ce qui prouve qu’il existe un point de départ, une origine, et comment connaît-on l’auteur de l’action ?

Verbe : qu’est-ce qui permet d’isoler et d’identifier une l’action définie ?

Complément d’objet : que sait-on de ce sur quoi porte l’action ?

Attribut et adjectif : que sait-on de celui à qui s’applique cet attribut ou cet adjectif ? Qu’est-ce qui prouve qu’un attribut ou un adjectif désigne quelque chose de réel et d’identifiable ?

D’où viennent donc la fonction nom (justification de la désignation), la fonction sujet (pourquoi un auteur), la fonction verbe (qu’est-ce qu’une action), la fonction complément (destiné à seulement subir), la fonction attribut ou adjectif ? Quelles connaissances les justifient ?

Si rien de tout cela n’est justifié, la grammaire n’est pas légitime.

La langue n’est-elle qu’un jeu que l’on a inventé de façon gratuite ?

Si les éléments et les fonctions grammaticales ont quelque rapport avec une réalité, si ce n’est pas un simple jeu n’existant que pour lui-même, ils doivent s’appuyer sur du réel.

Mais les signifiants n’ont pu que servir à désigner des apparences, des schémas comportementaux et des rapports de cause à effet fondés seulement sur des apparences ou, comme nous écrivions dans l’article :  » Abuser du pacte » , sur des usages habituels et convenus.

En vérité, la langue ne fait rien d’autre que de désigner superficiellement la façon de penser et d’agir des hommes, elle en rend compte ou elle la détermine, la prescrit.

Il est évident qu’une qualité ne peut être qu’une de celles que les adjectifs existants peuvent exprimer ; un rapport ne peut être qu’un de ceux que les conjonctions existantes peuvent exprimer ; une action ne peut être qu’une de celles que les verbes existants peuvent exprimer ; la manière d’être ne peut être qu’une de celles que les attributs existants peuvent exprimer ; l’être ou la chose ne peuvent être qu’un de ceux que les noms existants peuvent désigner.

Autrement dit, il n’y a d’êtres ou de choses, de qualités, de rapports entre des êtres ou des choses, d’actions, de manières d’être etc que ceux que les éléments de la langue prévoient. Peu importe le sens, d’ailleurs chacun apporte le sien comme on l’a vu, c’est la langue qui prescrit.

Essayez donc de faire quelque chose, de juger quelque chose, de désigner quelque chose ou quelqu’un sans avoir recours aux catégories de la langue. Essayez d’agir, d’avoir une opinion, de désigner avec un esprit dépourvu de pensée !

Où trouverions-nous un auteur, un décideur et un acteur autre part que dans la langue qui fournit le sujet et son action sur les compléments ? Où trouverons-nous des comparaisons, des jugements, des qualités autre part que dans la langue ?

Comment ferait-on pour attribuer une volonté, pour penser de quelqu’un qu’il est l’auteur sans la langue ? De quelle intention, de quelle décision, de quel choix êtes-vous capable quand vous ne vous prenez plus pour le sujet censément être le point de départ d’un procès ?

La légitimité de la grammaire n’a jamais été prouvée, et ne le sera jamais. (Qui a jamais pu démontrer le bien fondé des fonctions désignation, auteur des actions, attributions de qualités etc ?) Et comment peut-on nous assimiler ou nous réduire à quelques apparences observables ou perceptibles ? Ses fonctions et ses désignations resteront gratuites. Au nom de cette légitimité fantôme, la grammaire se donne le droit de prescrire, d’ordonner le monde. Ce n’est que son roman. Et c’est uniquement parce que le langage a un sens, une cohérence, une logique, que l’enfant se met à croire que le monde et la vie qu’il décrit en ont un.

Tout ce dont se sert le mental pour fonctionner, tout ce qui structure notre vision du monde et de la vie, vient de la grammaire. Voir la grammaire, c’est voir les rouages de son esprit. (On ne saurait changer le monde, la société sans la changer)

La nature de Dieu elle-même est contenue dans la grammaire. C’est là que l’on trouve tous ses attributs et l’idée même de la toute puissance et de l’omniscience.

Voir par exemple :

http://referentiel.nouvelobs.com/archives_pdf/OBS0908_19820403/OBS0908_19820403_103.pdf

et  http://www.dionysos.org/Langage-et-pouvoir-chez-Nietzsche

Quel rapport doit-on avoir avec le sujet ? Comment prendre tout ce qu’on dit du sujet ? Est-ce un inconnu, est-ce un étranger, est-ce un intrus, est-ce une supposition, est-ce une illusion, est-ce un véritable aspect de nous, est-ce nous ?

Ramana MAHARSHI met en évidence le ridicule de cette assimilation et l’inexistence du sujet de la langue (ou pensée-je), de ses attributs et de ses prétentions. C’est en tant que sujets de la phrase, définis par la phrase, rapportés aux éléments de sens de la phrase que les visiteurs interrogent MAHARSHI sans s’en rendre compte. Ce dernier pointe vers l’inconditionnel, vers ce qui permet au sujet d’apparaître et souligne que l’embarras ne vient que de cette identification au sujet.

En rapport avec la naissance du monde dont nous parlions :

M : « Les objets existent-ils en l’absence du sujet ?

Q : leur existence est indépendante du sujet

M : Est-ce vous qui dites qu’ils existent ou est-ce eux qui viennent à vous pour annoncer leur existence ?

Q : Je sais qu’ils existent

M : C’est donc seulement la connaissance que vous en avez qui détermine leur existence

Q : Même sans ma connaissance, ils continueront d’exister.

M : Prétendez-vous qu’ils existent sans que vous ayez connaissance d’eux ?«

Q : cette pensée-je s’élève de moi. Mais je ne connais pas le Soi.

M : Tout cela n’est que concept mental. Vous vous identifiez maintenant avec un faux je qui est la pensée-je. Cette pensée-je s’élève et s’évanouit, alors que la vraie signification du je est au-delà de ce va et vient. Il ne peut y avoir discontinuité dans votre être»

 

M : «vous êtes associée à la faculté de penser en état de veille et vous en êtes dissociée dans l’état de sommeil. Quelle est alors votre nature réelle ? Est-elle d’être associée à la faculté de penser ou bien d’en être dissociée ? «

Q : Qui suis-je ?

M : Trouvez-le vous-même

Q : Je ne sais pas

M : Réfléchissez. Qui est-ce qui dit : je ne sais pas. Qu’est-ce qui n’est pas su ? Dans cette affirmation, qui est le je ?

M :  » Vous avez perdu contact avec-vous-même et vous demandez aux autres de vous guider  » … » Pour qui est cette relativité ? Pour qui est cette imperfection ? L’Absolu n’est pas imparfait et ne peut rien demander. L’inanimé ne peut pas, non plus, poser la question. Entre les deux s’est donc élevé quelque chose qui pose ces questions et qui éprouve ces doutes, qui est-ce ? « 

M : Pour qu’il y ait karma, il faut qu’il y ait un auteur. Cherchez qui est l’auteur. Purushakara c’est l’effort. Cherchez qui l’exerce. …En recherchant l’auteur, celui-ci disparaît. Où est alors le karma.?

Q : Comment les actions peuvent-elles continuer à se dérouler si je n’agis pas ?

M : Qui pose cette question ? Est-ce le Soi ou quelqu’un d’autre ? Le Soi est-il concerné par les actions ?

Q : Non, pas le Soi. C’est un autre, différent du Soi

M : Il est donc clair que le Soi n’est pas concerné par les actions et que la question ne se pose pas.

 

Q : Qu’est-ce que l’illusion ?

M : Pour qui est l’illusion ? Trouvez-le. Alors l’illusion s’évanouira»

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