LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

28 février, 2014

PARTIR DE SOI, 3

Classé dans : Histoire — inconnaissance @ 14:20

Partir de soi, ce n’est pas partir de soi, c’est à dire d’une idée de soi. On part de soi quand on ne se fait aucune idée de soi.

Quand on ne se fait aucune idée de soi, on se rend compte que tout cela n’était qu’une histoire, une histoire que l’on nous raconte, une histoire que l’on se raconte. Et la première histoire que l’on se raconte ou que l’on nous raconte, c’est l’histoire de soi. Dès que soi est de l’ordre d’une idée, c’est une histoire. Car sans l’histoire que l’on nous a racontée à ce sujet, sans notre foi dans cette histoire, que nous resterait-il ? Qu’y aurait-il ? Rien. Nous n’avons qu’une histoire pour faire exister cette idée de soi.

Le tout petit enfant se met à comprendre que l’on parle de lui, et, sans aller plus loin, il accorde du crédit à ce qu’on dit de lui. L’histoire de lui-même commence. Sauf qu’il ne se demande jamais si les autres savent de quoi ils parlent, savent qui est celui dont ils parlent. Ce « lui » n’est que l’idée qu’on lui inspire de lui. Et cette idée commence à interagir. Et ceux qui lui parlent, parlent au nom, ou à travers l’idée d’eux-mêmes qu’ils se sont forgés, parlent au nom de leur histoire.

C’est donc juste uniquement une histoire, une grande, une histoire aux innombrables chapitres et aspects. La culture, c’est surtout cela. Cela consiste par exemple à commenter les commentaires sur l’homme des commentateurs précédents, eux-mêmes ayant commenté les commentaires etc En fonction de l’histoire que l’on se raconte et que l’on nous a racontée sur l’homme, on réagit à l’histoire que nos prédécesseurs racontent sur l’homme. Quant à remonter à la source, à juger sur pièce, impossible. L’homme n’est qu’une idée générale, une histoire très ancienne. 

« Tout ce qu’on dit de nous est faux, mais pas plus faux que ce que nous en pensons « (VALERY) Tout ce qu’on raconte sur l’homme est faux, mais pas plus faux que ce que nous en pensons.

Quelle éclatante manifestation de l’histoire, également, que l’idée du général, du commun ? On fait preuve de bonne volonté, de confiance, et on accrédite l’idée qu’il y a un bien général, qu’il y a des qualités, des vertus, des valeurs communes, objectives. C’est vraiment une histoire que l’on se raconte. Mais chacun se raconte sa propre histoire à propos de cette qualité ou valeur dite commune, à propos des effets bénéfiques sur les autres de ces vertus ou valeurs dites communes.

Quelle preuve a-t-on ? Quelle vérification ? Aucune. 

Si un tel « commun » existait, un groupe fondé sur lui, existant par lui, existerait aussi de façon éclatante. En réalité, on sait que l’unité d’un groupe ne dure guère et ne fonctionne pas bien. Il suffit de regarder les échecs éternels de ceux qui veulent constituer un groupe sous leur autorité.

Tout ce qu’on nous dit sur ces généralités est faux, mais pas plus faux que ce que nous en pensons.

Tous les noms communs sont communs comme dirait LA PALISSE, ce sont tous des catégories, (chat, maison, automobile, étoile, ça regroupe tout ce qui satisfait aux critères de..) mais ce ne sont pas tous des catégories ou des généralités humaines, abstraites, et normatives ou prises pour des idéaux. 

« Dans un état laïc , où certains croient au ciel alors que d’autres n’y croient pas, la seule référence commune acceptable des valeurs est l’Homme» (KAHN) .

Seule référence commune ? Commune ? c’est votre histoire, parlez uniquement pour vous, pas pour les autres. 

Que sais-je d’autre de « laïc », de « ciel », de » référence commune des valeurs » de « homme » que ce que la culture m’en a dit ?

Nous sommes différents, je ne vais pas commencer à croire en ce qu’elle dit sur l’existence de ces choses qui n’existent que dans l’histoire, sur leur caractère commun comme le dit l’histoire, je ne vais pas commencer à épouser ses jugements, je ne vais pas commencer à penser pour les autres. C’est à moi de juger de ces choses, si je peux les trouver, ou de me baser sur ma propre expérience et cela ne concernera que moi-même. 

Les hommes sont aussi stupides que leurs histoires ou leur croyance en leurs histoires.

En matière de conviction, de dogmatisme, quant à la réalité de ces choses dont on raconte l’histoire, il y a des cas pathologiques, des gens qui semblent être des synthèses. Soit ils sont obtus, soit ils se moquent de nous.

Qu’est-ce que c’est que ces gens qui, non contents de nous rebattre les oreilles avec leurs histoires, ne supportent pas qu’on les mette en doute ou qu’on s’en désintéresse ? Qu’est-ce que c’est que ces ayatollahs des jugements de valeur présentés comme des dogmes. Qu’est-ce que c’est que ces hurluberlus qui voudraient être les porte-paroles patentés des concepts ? Qu’est-ce que c’est que ces gens qui nous demandent simplement de croire, sans pouvoir nous baser sur notre propre expérience ? (Et je te reprends pour un prétendu stéréotype par-ci, et je te fais un procès pour un mot de travers par là) Et dire que ce sont les gens les moins recommandables qui se permettent ce genre de jugements.

Bon, alors, si on cesse de faire semblant, si on suspend notre croyance, si on refuse de combler, avec une mémoire docile (bien dressée par nos maîtres) et une foi naïve, le doute, l’ignorance, la perplexité qui nous envahissent quand on doit se situer, se positionner par rapport à des généralités, si on laisse tomber l’histoire à leur sujet, que se passe-t-il ?

On est obligé de partir de soi en absence de toute idée de soi. (ou de l’autre)

C’est exactement ce qu’explique UG : « La société culturelle nous a créés, en tout et pour tout afin de maintenir la continuité et le statu quo. Conjointement, elle a créé une idée : celle de l’individu. Mais en réalité, il y a conflit entre les deux : l’idée de l’individu, et l’impossibilité de fonctionner en tant qu’individu séparé et distinct de la totalité de la pensée et des expériences de l’homme »

 

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