LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

6 mai, 2015

APOSTASIE

Classé dans : Histoire — inconnaissance @ 19:45

« La vie est une histoire racontée par un idiot, pleine de fureur et de bruit, et qui ne signifie rien. « écrivait SHAKESPEARE dans Macbeth. Parler consiste souvent à disserter sur le général. C’est une histoire.

Qu’est-ce qu’une histoire ? (un conte, une fable, une fiction, un roman, un mythe etc)  : elle se caractérise toujours par le fait qu’elle renvoie à un modèle d’homme ou de société auquel croit celui qui la raconte. Le conteur s’autorise de ce modèle. Il exclut que ce modèle pourrait être faux (c’est la conviction) ou que ceux à qui il s’adresse pourraient avoir d’autres modèles – et donc se moquer du sien comme il se moque des leurs – ou ne pas en avoir et ne pas en vouloir. Quel philosophe, quel politique, quel psychologue etc ne parle pas au nom d’un supposé bien général. Celui qui a une vision globale du bien et qui y croit, se trahit rapidement par le fait qu’il cherche à convaincre, à convertir, qu’il cherche à avoir raison. Lequel ne sera pas interloqué, si vous lui dites : vous partez d’un modèle d’homme ou de société qui ne m’intéresse pas.

Qu’est-ce que l’histoire ou le général : ne pas parler de soi, s’adresser à tout le monde en maniant des éléments collectifs ou faire entrer des éléments de culture censés être partagés. Voir cette posture permet de ne pas être dupe des jolies valeurs que l’orateur utilisera. Car c’est voir son désir et y rapporter les moyens qu’il utilise. Evidemment, il y a toujours, dans ce cas, un système, une doctrine, une discipline. La religion est une histoire. La politique est une histoire. La morale est une histoire. La littérature est une histoire. L’éducation est une histoire. Et à chaque fois, il y a un modèle d’homme ou de société. Qui parle en dehors de toute doctrine, tout système ? On adhère à l’histoire parce que tout le monde semble y adhérer. 

Quel mot impliquant un jugement de valeur, ne renvoie pas à un tel modèle ? Ce n’est qu’un élément d’une histoire . A chaque système sa terminologie – on trouve névrosé ici, péché là, délinquant là etc – à chaque modèle, ses attributs. Le cliché ou le préjugé dont nous parlions aux sujets des mots, c’est simplement le fait que l’on se raconte la même histoire.

Pousser ce raisonnement jusqu’au bout, c’est le scepticisme de PYRRHON (dont on dit qu’il a omis de porter secours à ANAXARQUE qui se noyait pour ne pas prendre parti)

Il y a deux raisons de ne pas raconter d’histoire. La première : on sait. Point final. Le seconde : on ne sait pas et on accepte tout à fait de ne pas savoir . (on peut chercher, mais au moins, on admet qu’on ne sait pas) C’est la spécialité des religions d’avoir su habiller le mystère avec de merveilleuses histoires. Quand le mystère n’en est plus un, catastrophe.

On a vu que l’on se pense et que l’on s’aime, en gros et en détails, comme on nous a pensés et aimés. Mais si on se pense et si on s’aime ou si les autres nous pensent et nous aiment d’une certaine façon, qui est ce « se », ou ce « nous » ? Le personnage d’une histoire. Un de ces innombrables objets de pensée qui ne sont pas des réalités sensibles. (accessibles à la science) Mais toutes les notions morales, esthétiques, spirituelles, psychiques ne sont là que pour orner, armorier cet objet de pensée « soi ». Quel sens, quelle utilité, quelle raison d’être à toutes ces notions si l’objet de pensée-soi n’existe plus. Comment ferait-on pour les objectiver, les décrire, en faire un objet de science  ?

La pensée introduit la séparation penseur-pensée ou introduit la conscience d’un objet de pensée. Si cet objet est censé être soi, quatre conséquences. D’abord il y a fracture entre le penseur et l’objet de pensée qui sont pourtant censés tous les deux être soi. (lequel est le bon?) Ensuite, cet objet de pensée, fruit d’une pensée, est complètement intégré dans la pensée dont on a vu qu’elle était complètement conditionnée. (Quel « je » quand vous ne recourez à aucune idée, connaissance préexistantes. Essayez de n’utiliser que des idées qui ont été prouvées) Ensuite, je peux dire que : ce n’est pas de moi que je suis conscient puisque cet objet de pensée-moi est une pure création de la culture. C’est un objet culturel. Comment pourrait-on ne pas se penser dans le cadre d’une histoire ou selon une histoire ? Enfin, cet objet de pensée n’existe pas, c’est le fruit d’une histoire. .En dehors des connaissances biologiques ou médicales, on ne sait pas qui on est, on ne sait pas ce qu’est un homme. Mystère. Donc Histoire. » Je » ne suis pas assis sur cette chaise, si je suis conscient d’être assis sur cette chaise, je me raconte l’histoire de quelqu’un qui est assis sur cette chaise.

«  Vous ne pouvez en aucune façon vous séparer de cet organisme vivant sauf à travers des concepts ou des idées qui vous ont été inculquées. ….Vous voulez savoir ce que vous êtes. Le problème est là. Vous n’avez aucun moyen de savoir. Vous ne pouvez pas le savoir. … La connaissance que vous avez de vous-même a créé le vous et vous apporte son aide pour expérimenter le vous-même en tant qu’entité » (UG)

On refuse de ne pas savoir, car donner un sens à sa vie l’exige (comme pour donner un sens à l’univers : il faut pourvoir raconter comment il est né : l’origine. Et le fait qu’il soit impossible de savoir ce qui s’est passé avant le mur de PLANCK ne nous arrange pas du tout. Voir la lumineuse conférence d’Etienne KLEIN : « Dieu et la science ».  D’après cette conférence, la science moderne (depuis GALILEE) n’a rien tiré de l’étude des textes religieux ou philosophiques. Elle n’est même pas faite pour être traduite en langage courant. )

« Ainsi, ceux qui pensent dominent le monde, tant que dure l’époque des frocards et des maîtres d’école. Ce qu’ils pensent est possible, mais ce qui est possible doit être réalisé «  doit toujours être réalisé. Ce sur quoi on s’appuie, les raisons, les vérités sur lesquelles on compte ne sont jamais incontestables, décisives.

Pour quelle raison devrions-nous adopter l’histoire d’un autre ? Est-ce que la nôtre n’est pas préférable puisqu’il ne s’agit que d’une histoire ? D’abord on n’est pas libre de s’en débarrasser tant qu’on y croit, ensuite, c’est notre histoire. Ce n’est qu’à partir du moment où on a compris qu’on n’était pas ce personnage, qu’on peut jouer à être un autre personnage.

L’apostasie consiste à renoncer publiquement à une confession, à une foi . On pourrait aussi considérer que c’est l’abandon affiché, de la croyance en l’histoire que se raconte tout le monde, c’est à dire que les notions qui passent pour être des qualités morales, des vertus, des choses estimables, des valeurs citoyennes aux yeux de tout le monde nous sont complètement étrangères.

Le racisme est un délit. OK Si on ne respecte pas la loi, on sait ce qui nous attend. (On parle toujours du même racisme d’ailleurs, on parle de celui qui consiste à juger l’autre inférieur sur une base ethnique ou de couleur de peau ou de sang.  On ne parle jamais de celui qui consiste à se juger supérieur sur la même base) Mais est-ce que l’égoïsme est un délit ? Est-ce que l’infidélité est un délit ? Est-ce que le nationalisme est un délit ? Est-ce que le royalisme est un délit ? Est-ce que le machisme est un délit ? Est-ce que l’athéisme voire ce qu’on appelle, le laïcisme, est un délit etc non. Quelle importance peut bien avoir celui qui condamne ces opinions au nom d’un autre modèle, ce n’est pas parce qu’il surfe sur un discours établi, qu’il a raison ? C’est son histoire. Pas la mienne.

Qu’est-ce que c’est que les idées, les opinions, les jugements, les valeurs, les croyances que l’on nous a transmis sinon une histoire ?

«  De tout temps les efforts ont tendu à former des êtres moraux, raisonnables, pieux, humains etc (la liste est longue des concepts de valeur ndr) J’appelle cela du dressage. Ils échouent contre le moi incoercible, contre la nature propre, contre l’égoïsme « (STIRNER)

Le petit jeu permanent est celui-ci : feindre de s’autoriser d’un accord général mais en même temps demander la permission de la pensée générale en la convoquant pour pouvoir le faire. C’est cette demande de permission, plus subtile, qu’il faut mettre en évidence.

Soit on suit une raison culturelle, soit on part de soi, même dans les relations. Si on part de soi, on n’a pas besoin d’idées pour se justifier ; si on y renonce , si on suit une raison, elle sera culturelle, idéologique. Il y a aussi toutes sortes de raisons – affectives, intellectuelles, sociales – qui se présentent au moi. Ce qui a besoin de se justifier par la pensée (raisons diverses, généralisatrices et convenues) n’existe pas réellement tant que l’expérience n’est pas faite. Soit on sert, on satisfait je ne sais quelle cause, raison culturelle, soit on se satisfait. Direction : vers l’extérieur ou l’intérieur. C’est l’un ou l’autre. Pas les deux. Dans le premier cas, le moi est content (ego-narcissisme) dans le second, on est content, et il y a mille occasions, mille façons, de le faire, dans tous les domaines de la vie.. C’est pareil pour un jugement ou une critique, ses justifications, ses raisons sont une histoire.

La société, le milieu, ont produit cet être que nous sommes malgré eux (ou alors il faut remettre en action la guillotine) . Nous sommes produits malgré nous. Dès lors, aucune dette.

STIRNER : « L’objet fait de nous des possédés, aussi bien sous une forme sainte que sous une forme profane, aussi bien comme objet suprasensible que comme objet sensible «  Fixation, investissement. Mais ce ne sont pas des objets matériels qui sont objet de culte, ce sont des objets immatériels.

L’histoire, cela veut dire aussi que l’on ne fait que supposer, pour la faire fonctionner, que les autres ont de la vertu ou les qualités convenues. .

Faire de ces objets suprasensibles, de ces entités abstraites, un objectif aboutit à des stupidités sans nom. Par exemple l’égalité (qui fait partie de la devise de la République) Bien évidemment on ne peut pas porter des jugements de valeur sur la base de critères aussi arbitraires que la couleur de peau ou le sexe. Mais on ne peut pas viser non plus l’égalité. L’inégalité (diversité) est la loi. On remarquera que l’on fait toujours allusion à l’inégalité des milieux sociaux et culturels dans lesquels naissent et grandissent les enfants, et on prétend corriger leurs effets à l’école. (Finalement, on nivelle par le bas) Mais on ne parle jamais de l’inégalité la plus importante et la moins corrigible, celle qui est innée. On aura beau produire une éducation idéale, ce n’est pas pour cela qu’on fera un EINSTEIN ou un Victor HUGO.

Notons que cette inflation et cette montée en puissance de généralités abstraites, spirituelles, d’objets suprasensibles, ne peuvent qu’accompagner la mondialisation : le cadre et la dimension locaux, nationaux ne pouvant pas leur convenir : femme, homme, liberté, fraternité, culture, musulman etc tout cela est mondial ou international. Dommage que la richesse ne soit pas mondialisée, mais très concentrée. Nos sentiments à l’égard de ces objets immatériels, nos désirs pour eux font complètement partie de l’histoire. Leur plaire, les servir, les défendre fait partie de l’histoire.

Nous fonctionnons selon le principe de la réciprocité. Nous ne pouvons que voir dans l’autre un autre nous-même, attribuer à l’autre les mêmes sentiments, désirs, pensées que nous, que vouloir pour l’autre ce que l’on veut pour nous. On parvient à suspendre cette projection-identification, mais il n’est pas possible de ne pas y revenir. Et inversement, ne plus accorder aucune importance, aucune attention à soi conduit à ne plus accorder aucune importance, aucune attention à l’autre. Mépriser sa propre vie, c’est mépriser la vie de l’autre. Comment pourrait-il en être autrement ? C’est la même pensée conditionnée, la sienne, qui pense soi et l’autre. (qu’est-ce qu’un enfant de 2 ans pour un autre enfant de 2 ans ?)

 

 

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