LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

1 mars, 2016

DE LA GRÂCE AU DEVOIR

Classé dans : Honte — inconnaissance @ 14:02

Se penser. Se = soi = idée de soi, forcément, car le vrai, réel soi est un mystère. Se ou soi, ici, est un objet de pensée. Un objet inclus dans la pensée en question. (A chaque pensée, un soi différent) Or, cette pensée doit être positive ou exprimer ce qu’il aurait fallu faire pour être positif. Elle utilise des critères socio-culturels définissant cette positivité.

Soyons clairs, on se pense avec des mots comme devoir, honnêteté, compétence, responsabilité etc avec des mots tels que art, savoir, vacances, rémunération, femme ou homme etc ou des mots comme effort, peur, hésitation etc ou des mots servant à nous situer socialement . Il suffit qu’on s’en serve pour se définir, se caractériser, par la pensée, et qu’un jugement de valeur soit associé. Bien moins nombreux sont les mots qui ne servent pas à nous penser,

Le besoin de pensée positive, gratifiante. est un besoin puissant . Il nous occupe beaucoup. C’est qu’on est sous la coupe de nos pensées, et qu’on a besoin que ces pensées nous disent qu’on est bien. C’est la dictature du Bien ou de l’idée du bien.

Plus le besoin est grand, plus il y a de pensées et plus il y a de dépendance. A l’inverse, on pourrait imaginer que l’objet de pensée soi ne soit plus confondu avec soi, (se penser ne reviendrait plus à se penser, le premier se est une pensée, le second se, ce qu’on est véritablement) ou que la positivité des pensées de soi nous soit indifférente. (« je m’en fiche à un point que ça me donne une idée de l’infini ») Tellement indifférente que ces pensées deviennent inutiles, vaines, et qu’elles finissent par disparaître. C’est en ce sens qu’une certaine méditation peut être bénéfique : à la condition qu’elle amenuise l’effet des pensées sur soi ou atténue leur pouvoir. Mais l’indifférence grandissante à l’égard des pensées qui ont soi comme objet ou la dépendance à ses pensées est difficilement perceptible objectivement, de même que la fréquence ou l’omniprésence des pensées, car elles peuvent agir en sourdine et activement. Pourtant, les pensées, cela va, cela vient, cela varie. Soi est autre chose.

Ce besoin de pensées positives est plus ou moins tyrannique s’il ne nous est pas possible d’être libre par rapport à ce qu’apporte les pensées, par rapport à ce jugement des pensées. Autrement, on pourrait décider, là, sur le champ, de rester froid, insensible, neutre, impassible, voire étranger devant n’importe quel propos. Juste parce qu’on l’a décidé. Arbitrairement. Mais de façon efficace. Or, même la lecture nous remue souvent, alors une personne présente ;.. !.Cela signifie simplement -et cela peut être salutaire – que des propos atteignent celui que nous pensons être.

La situation change déjà considérablement quand, au lieu d’être mené par l’idée du bien, de poursuivre le bien, c’est l’idée du bon ou plus exactement l’effet que l’on ressent comme bon sur soi qui devient central. Le bien ou l’idée du bien est complètement conditionné, il dépend entièrement de notre éducation et de notre milieu, c’est une production de la pensée. Alors que le bon est juste un effet, l’effet d’un instant, et l’organisme participe.

Notre rapport aux pensées, c’est notre rapport aux critères socioculturels dont elles sont constituées. C’est un rapport à ces critères, pas un rapport avec des éléments concrets de la réalité ou des faits avérés. On n’a jamais vu que ce genre d’éléments pouvait nous rendre esclaves. .La puissance, l’apparence de vérité, dont ces critères non directement reliés à des référents sensibles sont revêtus, c’est le pouvoir des pensées sur nous. C’est à dire que la pensée est, elle-même, à soi seule, le référent. Les critères culturels sont les repères d’une société donnée, ils expriment toutes les formes de bien selon elle. Ou, en négatif (stéréotypes, rigidité etc) ce qu’il aurait fallu faire pour être bien. Mais en l’absence de preuve de leur vérité, le meilleur moyen de leur donner du crédit, c’est de les investir , de les chérir, de les magnifier au maximum.

Les politiques en font constamment la démonstration. Ils ne font qu’employer des formules convenues, des idées convenues, des mots toujours valables dans tous les cas. (« On agit » comme dit l’autre) Tout cela est vague, bien-pensant, bien intentionné, c’est un joujou très simple qui permet toujours pourtant de recueillir l’assentiment de tous. Le jour ou les gens ne se contenteront plus de ces propos bons à tout et réclameront du concret, du précis et des résultats, les choses risquent de changer sérieusement.

La grâce, c’était au début ; on était en dehors de ces histoires, pas engagé. on s’en fichait mais on a consenti à jouer le jeu pour faire plaisir, par gentillesse. Le devoir, c’est : on n’a pas le droit de s’en ficher et ce serait mal de ne pas commenter les commentaires. .Ce qu’il y a, c’est qu’on est passé de l’un à l’autre sans s’en rendre compte, et donc sans comprendre pourquoi. Que les opinions des autres soient devenues des affaires d’Etat, que les commentaires des autres aient été à ce point intégrés et adoptés, voilà qui devrait nous sidérer. .

Et maintenant, ce qui apparaît de prime abord, c’est que cela ne va pas, on n’est pas content, on est déçu, malheureux, parfois catastrophé, parce qu’on n’a pas réussi ce qu’on voulait, on n’a pas été à la hauteur, on a raté. Mais qu’est-ce qu’on a raté ? Quelque chose qu’on désirait personnellement faire ou quelque chose qu’on nous avait demandé de faire, quelque chose qu’on désirait personnellement obtenir ou un résultat qu’on nous a demandé d’obtenir ? On n’a pas atteint un objectif qui nous était cher à nous-même ou un objectif qu’on a endossé.  ? Pour le savoir, il suffit de se demander si on a un quelconque compte à rendre dans l’affaire. Car ces critères, certains du moins, sont des objectifs, des idéaux que l’on a épousés. Demandez à quelqu’un pourquoi il fait partie d’un projet, d’un groupe, il vous sortira ce genre de banalité. En revanche, si c’est mon propre désir qui est déçu, je sais bien ce qu’il en est, directement, sans intermédiaire, sans chercher de raison.

On aime les pensées positives, mais les raisons pour lesquelles elles sont positives ne dépendent pas de nous. On a longuement entendu parler d’elles, c’est tout. On reprend tout cela à notre compte. On reprend à notre compte ce qu’on a entendu. On ne fait que commenter des commentaires, à l’infini. Histoire de participer au discours ambiant. . Ce qui est le plus investi par les autres, cher chez les autres est devenu le plus investi, le plus cher, le plus prioritaire chez nous. De la même façon que l’on fait son devoir parce que c’est comme cela, qu’il faut bien, on commente les commentaires parce qu’il faut bien, c’est ce qu’il faut faire. Histoire de montrer qu’on a bien appris sa leçon.

Trois exemples parmi des milliers, des millions.

religion

« Une personne qui veut construire des murs et non des ponts n’est pas chrétienne. » (Pape François)

Il est convenu que l’idée d’élever un mur est à déplorer. Quel christianisme ? L’idée que le Pape François s’en fait. Evaluer le degré d’investissement de ces deux idées. Pouvez-vous dire : une personne qui veut construire des murs et non des ponts, est vraiment chrétienne ? Non ? Pourquoi ? Parce que vous n’êtes qu’un quidam.

Morale

«  En France, est reconnu d’intérêt général un projet qui porte sur l’une des activités suivantes : philanthropie, éducation, sciences, social, humanitaire, sport, famille, culture, art, environnement, œuvre pour le bien collectif (par opposition à un cercle restreint d’intérêts particuliers « (Fondation de France) La philanthropie vous savez, l’éducation vous savez, le social vous savez, l’humanitaire vous savez, etc Chacun s’en fait une idée, et chacun porte un jugement positif à leur sujet, parce qu’il est convenu de porter un jugement positif à leur sujet. Cela permet de mettre n’importe quoi dessous. Du moment que l’étiquette reste, c’est bon. Ce sont des causes collectives. Cause collectives + jugement positif = intérêt général. Evaluer le degré d’investissement de tous ces concepts.

Pouvez-vous dire : est reconnu d’intérêt général un projet…. qui œuvre pour un cercle restreint d’intérêts particuliers «  Non ? Pourquoi ? Parce que vous n’êtes qu’un quidam.

Psychologie

« La liberté est source d’angoisse. » (CYRULNIK) Quelle liberté ? L’idée que l’auteur s’en fait et qui lui permet de porter ce jugement. Pas la liberté associée à faculté ou capacité personnelle, à puissance d’agir. (je suis libre de boire les meilleurs vins et de manger les meilleurs mets, d’envoyer mes enfants dans les meilleures écoles j’en ai les moyens. Je peux clouer le bec à mon patron, parce que je suis plus intelligent et plus compétent que lui. Et d’ailleurs je l’ai fait parce que c’est ma femme qui possède son entreprise) Quelle différence faites-vous entre liberté et pouvoir au sens large ? (cela fait longtemps que je me sers de mes yeux pour regarder, je n’ai jamais demandé si j’étais libre de m’en servir) L’angoisse dont il est question est celle de l’esclave qui a perdu son maître et qui a absolument besoin d’un maître. Il n’est toujours pas libre. Evaluez le degré d’investissement de liberté et d’angoisse. Pouvez-vous dire la liberté guérit de l’angoisse ? Non ? Pourquoi ? Parce que vous n’êtes qu’un quidam.

Quand n’est-on pas dupe de l’invitation à commenter des commentaires à l’occasion de toutes sortes de mots, d’idées, de projets, de causes, d’idéaux ? Si vous n’étiez pas un quidam, vous pourriez faire deux groupes avec les hommes et séparer ces groupes définitivement, ou œuvrer pour des intérêts particuliers en disant que les autres hommes devraient ensuite en bénéficier dans une certaine mesure ou satisfaire votre désir, obtenir votre plaisir, le désir et le plaisir chassent l’angoisse. (l’angoisse va avec l’amour)

Imaginez que l’on vous interpelle à propos de ces jugements, notions, projets, valeurs ou imaginez que vous interpelliez quelqu’un à propos de ces jugements, projets, valeurs ou imaginez qu’ils fassent partie de vos pensées vagabondes, en quoi ne font-ils pas référence à ce qui se dit, à la culture courante ? Imaginez que l’on ne sache rien de l’opinion, des discours ambiants à propos des mots, comment ferait-on pour mettre en cause quelqu’un ? On ne fait que répéter ou s’autoriser de ce qui est communément admis en s’abstrayant pour cette remise en cause. Si c’est ainsi, il faut en tirer les conséquences.

Le sentiment de culpabilité est moins fréquent que le sentiment de honte. Il suffit d’avoir été conscient d’avoir agi sans aucun remords ou d’être affranchi de ce que raconte sa conscience ou de n’avoir aucune estime pour celui qui voudrait nous inspirer des remords pour que ce sentiment ne soit plus efficient. En revanche, la honte, c’est à dire la peur ou l’idée d’être la risée de tous ou un objet d’opprobre pour tout le monde est beaucoup plus fréquente. (probablement une connexion avec la peur très ancienne du bannissement ou du bouc émissaire) Pour fuir la honte, on parle comme tout le monde, on agit comme tout le monde. C’est l’existence et le pouvoir d’une opinion collective qui est source de honte. Sans remords, on fait, sans honte, on assume. Elever un mur, se comporter en anti-chrétien peut susciter la honte si on tient à ce que les autres nous voient comme chrétien ou comme faiseur de paix et d’unité. La philanthropie, l’éducation, la science, le social etc peuvent susciter la honte, suite à une condamnation générale si on ne souscrit pas au jugement général à l’égard de ces choses.

On hésite à dire : c’est mal, moins à dire : c’est une honte. (d’ailleurs c’est à la mode) Vous avez honte ? C’est que vous êtes un quidam. Sinon, vous vous protégeriez des conséquences de vos actes, des effets repoussants qu’ils peuvent avoir, vous pourriez les ignorer en laissant vos sbires traiter les conséquences dramatiques.

On a foi dans ces commentaires généraux parce que de toute façon, pour dire qu’ils sont erronés, il faudrait les comparer aux choses dont il est question. (de quoi christianisme, de quoi liberté, de quoi éducation, de quoi élever un mur est-il le nom) Impossible ! Il n’y a aucun risque,. .

Combien d’éléments du langage ne sont pas juste destinés à alimenter les commentaires, et y réussissent  de façon extraordinaire. C’est un jeu . C’est pour faire semblant. Mais aussi parce qu’on adore les histoires et la société en inventent constamment de nouvelles. L’histoire – une grande histoire – est déjà en place. Est-ce que les journalistes font souvent autre chose que de relever ce qui a du succès, ce qui perd du crédit, ce qui gagne en notoriété, de commenter à perte de vue  ?

Alors, va-t-on laisser ce qui se dit ou la culture courante ou des critères à la mode donner son sens et sa valeur à ce qui surgit dans sa conscience ? (quoi ? X emploie un mot et répète ce qu’il a appris son sujet, cela ne nous concerne pas) va-t-on continuer à s’appliquer des commentaires, à enrichir des commentaires, si cela se fait à son détriment ? Ces critères sont des catégories dans lesquelles on vous range au même type que bien d’autres , elles sont au-dessus de vous, elles vous englobent, vous enveloppent. Vous êtes définitivement logé comme on dit dans la police. Vous perdez votre liberté .Va-t-on continuer à avoir peur d’avoir honte ? Va-t-on se mentir, se renier, se falsifier, se réprimer pour tâcher de représenter au mieux tel ou tel commentaire, le commentaire que l’idée, le projet, le jugement, le mot font surgir ? Si oui, c’est vraiment que la grâce est devenue devoir.

Quand les pensées ne servent pas à se penser, c’est parce qu’elles sont étrangères à la conception que l’on a de soi, de l’homme. Elles semblent concerner, alors, des choses qui n’ont aucun rapport avec nous, avec notre nature. Mais que notre conception de l’homme change, qu’elle devienne matérialiste par exemple, et certaines pensées commenceront à parler de nous . Tant qu’on ne comprendra pas cela, d’éminents esprits comme Etienne KLEIN continueront à s’étonner que l’on parle comme on parlait il y a des siècles de certaines notions familières (temps, énergie ;..)  malgré des découvertes scientifiques majeures. L’idée que l’on a de soi, le moi social témoignent de la nature d’une société.  » La société ne vit que d’illusions. Toute société est une sorte de rêve collectif  » (Paul VALERY) Quel rapport entre une illusion ou un rêve -et le moi est aussi un rêve) et la science ? 

Il n’y a qu’une différence de degré entre celui qui fait tout pour plaire, pour coller aux attentes, qui est l’esclave des modes, du qu’en-dira-t-on et celui qui respecte les critères socioculturels en vigueur. Un germe de m’as-tu-vu est toujours présent. C’est ce qu’on dit qui fait la loi. Tous ces critères culturels ne sont rien en eux-mêmes, par eux-mêmes. On pourrait très bien en changer. On ne demande pas à chacun si ces critères sont bons pour lui, on en fait un bien commun. La dictature du Bien, avec toutes ses exactions, tous ses ravages, tous ses drames, ses horreurs, peut continuer, car le bien est toujours le bien général, et il suppose toujours que l’on sacrifie le bien de chacun. . L’égoïsme du bien commun ou de l’intérêt général est très lucratif.

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