LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

2 juin, 2020

VOLONTE DE BIEN OU HUBRIS

Classé dans : Hubris — inconnaissance @ 14:48

Nul doute que celui qui purge une peine de prison de 10 ans et qui a accepté son sort, son lot, n’a pas de grands projets et ne se prend pas pour un sauveur.

Il est toujours savoureux d’entendre deux penseurs manier des concepts qui ont une longue histoire, utiliser des grilles d’interprétation des comportements collectifs connues, et proposer, à partir de cela, en fonction de cela, un chemin de salut pour les générations d’aujourd’hui et de demain, sans se demander si les gens d’aujourd’hui se reconnaissent dans ces catégories de pensée, et fonctionnent toujours ainsi. S’ils sont si savants que cela et si sûrs d’eux, ils devraient réussir, sans coup férir, dans leur entreprise.

Ils peuvent se disputer sur l’interprétation du passé, souvent, c’est sans importance pour le commun des mortels. Peut-être d’autres penseurs seront-ils intéressés et influencés, mais les penseurs de ce niveau ne sont pas nombreux. Cependant, il fut un temps où Talleyrand pouvait dire «  il faut agiter le peuple avant de s’en servir « et on peut toujours craindre que quelque leader et quelque slogan bien choisi rencontrent une aspiration latente du peuple. On fera alors de ces leaders ayant du entraîner les foules de grands hommes. Pas moi.

Le monde se divise en deux catégories, il y a ceux qui veulent instrumentaliser les autres, le public, ou les utiliser – des sous-sous Talleyrand – et il y a ceux qui n’y pensent pas. Chacun sait ou peut facilement savoir dans quelle catégorie il se trouve.

C’est une question de rôle que l’on s’attribue par rapport aux autres. Et il y a deux sous-catégories dans la première. Il y a ceux qui en appellent ouvertement à l’opinion publique (les militants par exemple) , sinon très nombreux, du moins très bruyants en ce moment, et il y a ceux qui essaient d’instrumentaliser le public en cachette, sans le reconnaître. Les maîtres en communication.

Les faits sont têtus, et qu’on en prenne connaissance ou qu’on les ignore, ils restent vrais. S’il nous arrive d’éprouver un plaisir personnel, spontané, imprévu, dans la rencontre, l’expérimentation d’une chose, (une activité précise, une nouvelle personne etc) je peux vous garantir que le meilleur moyen de gâter ce moment, de le corrompre, c’est de nous demander quel bien on pourrait faire à cette occasion, c’est de vouloir l’inscrire dans un projet de bien. On devient un grand personnage , on acquiert une toute autre dimension en faisant cela. Ce n’est pas si rare. Quand on est bien possédé par les idées de bien en vigueur, ces idées qui exercent une pression terrible sur l’objet de pensée-soi , elles trouvent aussi à s’appliquer avec les autres. C’est le militant ou le croyant ou le penseur convaincu ou le bienfaiteur de l’humanité etc qui reprend le dessus. En effet, dès lors, on ne cherche plus des gens avec qui on pourrait partager notre plaisir, on cherche des gens qui pourraient, soit épouser notre cause, soit se rallier à nous pour nous aider. Leader cherche suiveurs.

Penser le bien, c’est forcément penser collectif, c’est penser le bien d’une collectivité. C’est un bien en général. Cela aussi, c’est un fait. Les mots généralisent, et quand un mot est un but, il est général. Vous connaissez la réponse de Bohr à Einstein à propos des dés. Un remake hier. Des grands spécialistes des USA disaient sans douter, qu’un président des USA est censé rassembler les Américains. C’est l’attitude convenue. C’est bien. Sauf qu’on pourrait répondre : qui êtes-vous pour dire à Trump ce qu’il doit faire ? S’il pense autrement, est-ce vous qui êtes Président ?

Pouvez-vous, même, concevoir votre bien sans recourir à des idées générales ? Je veux …hum ! Qui est ce je qui se rallie à un bien partagé ?

Ce qui nous démoralise, c’est de ne pas pouvoir faire le bien qui se présentait dans notre esprit. Perdre cette envergure collective, dur ! Perdre le plaisir d’être un bienfaiteur, dur ! Echouer à faire la volonté de notre conditionnement alors que nous connaissons des gens qui ont incarné ce bien , dur ! Ne pas être le produit de telles pensées, ne pas pouvoir s’identifier à un objet de pensée prometteur, n’être rien, dur ! La société a ses critères en fonction desquels elle estime les gens ; Retrouver le moral, retrouver des proportions modestes et n’être que soi-même.

Qu’est-ce qu’on ne voit pas, n’entend pas, ne lit pas sans avoir aussitôt à l’esprit l’idée d’un bien ?

Il y a quelques autres petits faits qu’il est difficile de nier. Tout ce qu’on s’est plu à discerner, nommer et définir dans la vie de l’homme, tout ce qui se passe en lui, tout ce qu’il montre, ne peut pas être autre chose que des manifestations de sa vie, des expressions de sa vie. (on appelle cela peur, espoir, refoulement, désir, haine, amour, courage, peu importe) Qu’on les ait isolées et nommées ne suffit pas pour en faire des entités indépendantes. Non seulement elles ne sont pas séparées du reste de la vie de la personne , mais en plus, elles sont de même nature que le reste de la vie de la personne, et elles obéissent aux mêmes lois. (c’est la vie psychique, organique) Et on n’est pas surpris quand ces manifestations particulières que la culture s’efforce d’évoquer se résorbent ensuite dans le tout.

Par quelle aberration en est-on arrivé à faire de ces manifestations des entités séparées, permanentes et répertoriées  ? C’est simple.

Hubris. Ceux qui en sont gravement atteints ont élaboré un système de pensée qui donne à chaque fait humain son sens, sa place, sa valeur. Il s’agira bien sûr de ce qu’une culture retient, nomme. Ce système est bon pour tout le monde, toujours. Une imbécillité en vertu de quoi, les manifestations humaines sont extraites, objectivées et intégrées dans le système de pensée qui se fiche des individus particuliers comme de l’an quarante.

Ce système est passé dans les têtes, s’y est installé et règne. Il règne parce qu’il possède un énorme avantage sur la diversité, la pluralité, les singularités : il est un produit de la langue et il est fait pour la communication.

Communiquer, c’est utiliser du commun .Il faut bien que le destinataire sache de quoi on parle. Il faut une connaissance commune. La communication est propice aux lieux communs, aux clichés, aux préjugés, aux vérités établies. C’est le plus petit dénominateur commun. Dès qu’on veut creuser et être personnel, on en arrive à ne plus parler de la même chose et à ne pas se comprendre.. Communiquer, c’est partager des sentiments. Communiquer, c’est favoriser le partage, l’union. Et voilà, une publicité qui a réussi. Elle est dans toutes les têtes, dans toutes les bouches, dans tous les coeurs. Et c’est ainsi que le système doit régir la vie des hommes ;

En réalité, on ne rejette pas les manifestions, on ne les condamne pas, c’est le système en nous qui veut imposer sa loi. La volonté de changer l’objet de pensée-soi n’est pas notre volonté si nous ne sommes pas libre de vouloir autre chose, si nous ne pouvons pas faire autrement que de nous y soumettre. C’est la volonté de ce qu’on nous a mis dans la tête.

Si c ‘était notre volonté, on pourrait la justifier, l’assumer,. Quand ce n’est pas notre volonté, on est obligé d’invoquer des idées générales du bien en vigueur. On peut très bien reconnaître avoir fait une faute, avoir fait du tort à quelqu’un, sans penser le bien. . On n’a pas besoin de généraliser, d’en faire un système, il suffit de se mettre à la place de l’autre en question.

On peut s’aimer soi-même (narcissisme) parce qu’on considère qu’on a mieux que d’autres incarné les valeurs de la société, et on peut s’aimer soi-même parce que l’on considère qu’on n’a pas incarné les valeurs de la société. On peut aimer nos propres défauts, les traits de caractères, les comportements que la société réprouve si on réprouve soi-même les idées, principes, valeurs au nom desquels la société nous condamne. Sa volonté cesse de peser. On s’aime sans vergogne.

« En ce qui me concerne, ayant un jour compris
Qu’une femme adultère est plus qu’une autre exquise,
Je cherche mon bonheur à l’ombre des maris.
Ne jetez pas la pierre à la femme adultère,
Je suis derrière… » (Brassens)

Si ces manifestations ne sont en rien séparées et différentes de ce que nous sommes, les rejeter, c’est se rejeter soi-même. C’est qu’on a opté pour le système au détriment de soi-même.. On est appelé à se haïr. On est appelé à être son propre bourreau. C’est ce qu’on appelle le bien.

Dans quel monde vit-on ? Dans le monde voulu, imaginé par le système de pensée qui a hiérarchisé tous les éléments de la vie des hommes pour les comparer à des utopies ou dans le monde réel ?

Si on a passé son temps à faire, non pas sa propre volonté, mais la volonté d’un autre, sans pouvoir faire autrement, sans même se rendre compte qu’on faisait la volonté d’un autre et qu’on n’était pas en mesure de faire autrement, qui est le responsable ?

Un autre fait irréfutable : on s’identifie facilement à l’image, l’idée de soi, l’objet de pensée soi . C’est une sorte de reconnaissance. C’est bizarre parce que ce soi-disant soi est totalement dépourvu de volonté. Où est la volonté ? Qui veut ? On est un esclave zélé qui s’ignore. L’esclave appartient au maître, l’objet de pensée-soi, appartient à la société.

Un cas particulier très intéressant !

USA USA ! América ! In God we trust, in Dollar too.

L’épopée continue. C’est passionnant d’appartenir à la première puissance du monde, de faire partie du Peuple Elu, Lumière du monde entier.

En conséquence, c’est difficile de choisir quand ces deux objectifs fondamentaux s’affrontent. Premier objectif, la puissance américaine. Deuxième objectif, l’éthique, la morale sociales et individuelles. La force ou la Justice. La culture très violente ou humanitariste ?

Entre les deux, le coeur balance et particulièrement le coeur de « l’ordre et la loi « . Est-ce que l’ordre et la loi vont être pour la puissance ou pour l’éthique ?

S’il faut sauver l’Amérique, que faut-il sauver exactement ? Passionnant d’être un bon, américain !

Et c’est amusant d’être un observateur extérieur. Parce que le rôle des USA à l’égard des autres nations (mélange variable de puissance et de bons sentiments ) c’est entre les Américains eux-même que cela se rejoue.  Plus ces deux pôles s’exacerbent et s’écartent, et plus le vide, entre les deux, s’accroît. « 

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