LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

2 mai, 2019

ACCIDENT VASCULAIRE SOCIETAL

Classé dans : Illusion — inconnaissance @ 12:03

L’oubli de tout jugement commun ? Comment cela ? Il suffit de regarder autour de soi dans la journée et de se demander : quelle part de jugement commun ou d’opinion générale intervient dans son propre regard ? Quand il s’agit de quelque chose de très personnel, très privé, une petite, quand il s’agit de quelque chose que tout le monde peut voir : une grande. Qu’a-t-on à dire quand on veut être un peu sérieux, sinon des choses banales, courantes. ? Qu’est-ce que tout le monde peut voir ? Soi par exemple. Et l’autre aussi. .

La question de l’opinion des autres, de l’opinion courante pourrait-elle ne plus se poser ?  

Un objet courant, un coin de ville, une activité quelconque, un commerce, une catégorie sociale, une personne, qu’est-ce que c’est ? Que sait-on vraiment d’eux ? N’est-ce pas surtout une pensée convenue qui nous vient à l’esprit ? Une pensée dont on peut croire qu’elle est partagée par les autres ? Une pensée ? Plutôt un jugement qu’un savoir. Il serait souvent utile de se demander honnêtement : mais que sais-je au juste au sujet de ceci ou de cela ? Parce que si c’est peu de chose, si c’est incertain, il y a de fortes chances que ce que je dirai sera un copier-coller de ce que j’ai entendu ou lu ici ou là . Au moins, on se trompera ensemble, et on ne se trompera pas s’il s’agit d’être un bon camarade. Que puis-je penser ou dire sous peine de sanction si c’est faux ? Ah cela ne rigole plus, comme dans un interrogatoire de police.

« Nos pensées sont des citations, , nos émotions des imitations » disait Prajnanpad. Mais nous ne nous en rendons pas compte, et nous sommes très contents de fonctionner ainsi.

Tout ce qui peut être vu, surtout, doit être reconnu. Vous comprenez de quoi je parle et vous comprenez ce que je suis. (en principe) Reconnu par des inconnus, reconnu par le voisinage, reconnu par l’entourage, reconnu par les ancêtres même. Quelle lourde responsabilité.  

France Culte : «Léonard de Vinci, anatomiste de génie «  Que ne raconte-t-on pas sur le génie. c’est quoi un génie ? « Philippe Bouvard, un cancre rusé «  Allez , réveillons tout ce qu’on a lu ou entendu sur cancre et sur ruse.

Qu’ai-je à faire de Bouvard ? Je ne le rencontrerai certainement jamais. Qu’il fasse ses tours de piste et c’est tout. Qu’ai-je à faire de ce qu’on appelle un génie ? Que sais-je ? Ai-je une chance de rencontrer le genre de génie qu’on m’aura défini ? N’est-ce pas une imbécillité sans nom de proclamer à qui veut l’entendre qu’untel est un génie ? On prétend me conduire à lui vouer un culte ? Pourquoi m’intéresser à ce genre de propos , pourquoi me construire un personnage social avec les idées qu’il faut au sujet de tout ça ?

Qu’avons-nous à faire d’un adjectif que quelqu’un d’autre colle sur quelque chose, quelqu’un ou nous-même ? On peut se dire aussitôt que cet adjectif, d’usage courant, peut être utilisé par bien d’autres personnes et collé de la même manière. On peut penser que si on nous traite de ceci ou cela, les autres risquent d’en faire autant. Billy Budd a été traité de. mutin,.il a envoyé son poing dans la gueule de son accusateur, c’était une réponse qui ne concernait que l’accusateur, alors que ce dernier s’autorisait déjà (avec un terme courant) d’une vérité qu’il n’était pas le seul à connaître. Et en plus, il s’autorisait de son grade : autre sujet de respect collectif.  

Peut-on n’éprouver aucun intérêt pour une conduite collective ou un usage de mots courants, de jugements ordinaires ? Oui, si on sait que cela n’est qu’un on-dit,, qu’une rumeur, qu’une opinion courante, et qu’il n’y a aucun vrai savoir là-dessous. Au contraire, si on accepte que l’on nous qualifie ainsi, on risque de réutiliser cet adjectif à la prochaine occasion, on adoptera ce genre de conduite .

Sur le bulletin d’un élève, un enseignant le félicite, parce qu’il est coopératif . De quel droit ? Qu’est-ce qui lui permet de militer pour une société où être coopératif est une valeur ? De porter un jugement sur une façon de se comporter sous prétexte qu’être coopératif est à la mode, c’est à dire qu’il y a un jugement partagé sur « être coopératif. »  ? Qu’est-ce que c’est que ce principe éducatif à deux balles ? Du convenu. Et si l’enfant ne veut pas être coopératif, si ses parents n’y tiennent pas non plus, faut-il que l’enseignant leur fasse la leçon ? Que le sbire se mêle de ses affaires.

On a d’abord cru que nos parents et maîtres (comme au-dessus) savaient, et on s’est occupé de collaborer, de protéger ce qu’on croyait être leur monde, d’épouser leurs causes. On a pris l’habitude de se dévouer pour tout ce qu’on nous désignait et qui passait pour des lois, des vérités générales, du bien. On pensait que tout le monde pensait comme cela. Et c’est une tendance qui n’a jamais disparu parce que ce sont des gens très chers qui l’ont initiée. On continue de se mobiliser pour des tas de choses que la culture ou la société nous désignent. Bonne volonté. Suivre l’opinion générale, c’est respecter ses parents et maîtres. Ce sont des opinions, mais on prend ça pour des vérités. Il suffit que cela fasse un peu l’actualité ou que cela soit une habitude autour de nous, et nous voilà partis.

Qu’est-ce que c’est beau quelqu’un qui s’abrite derrière une fonction, qui utilise des grands mots, qui semble parler au nom de tout le monde, qui surfe sur le sens commun, cela me donne les larmes aux yeux, d’ailleurs c’est plus que je n’en peux supporter, je coupe la réception.

Quand on parle, on peut aussi se demander à qui on fait référence : aux autres, ou à soi ? Ou quel but on a : collectif ou personnel ? Ce qui n’est connu que sous l’angle d’un jugement partagé, d’une opinion répandue – une valeur par exemple – représente un but collectif : militer pour., opiner pareil. Génie, génie ah ah. Mais fichez-moi  la paix dit le garnement avec votre « coopératif » douteux. Allez militer ailleurs si j’y suis crétin ! Et tels autres professionnels qui se croient investis d’une mission (opinion répandue) et prennent des airs, et oublient qu’ils sont payés par les contribuables, les clients, les patients etc

Vous vous faites des reproches ? Vous avez des sentiments de culpabilité ? Mais que valent les critères qui vous servent à vous juger ? 

On a le choix entre se ranger aux jugements des autres que notre pensée nous fournit automatiquement ou ne consulter que soi. Quelle idée convenue, quel jugement commun, quelle habitude de pensée pourraient être plus valables que ce qui de soi, se manifeste spontanément. Quelle raison sociale serait assez forte pour que nous renoncions à faire droit à ce que nous sommes ? La phrase de l’ami Bellamy ne lui va certainement pas bien (ce sont ses convictions, qu’il assume lui aussi, pas lui-même) mais elle peut nous aller : on ne va pas s’excuser de ce que nous sommes. C’est le résultat d’une adaptation constante de notre nature au monde, aux autres. On ne va pas demander pardon pour la nature du monde et des autres auxquels on a dû s’adapter. 

Être délivré de la responsabilité de convenir ou correspondre aux jugements communs sur soi (et sur les autres), d’être le soi des autres. Quel soulagement !

De fil en aiguille, on peut aller très loin. On peut commencer par ne pas vouloir se laisser influencer par tous les éloges, tout le ramdam que l’on fait autour de quelqu’un de vivant ou du passé et vouloir se faire une opinion par soi-même, résistant ainsi à l’air ambiant. On peut ensuite ne pas vouloir condamner quelqu’un sur la simple base de tout ce qu’on dit sur lui, de tout qu’il serait censé avoir fait. On peut encore ne pas adopter la même opinion que les autres sur une idée en vogue comme l’écologie ou l’islamophobie faute de posséder un vrai savoir à ce sujet. On peut cesser de prendre un concept pour une valeur – le progrès par exemple – tant qu’on ne sait pas quel véritable effet est attendu sur soi-même ou sur sa propre vie. On peut encore perdre l’habitude de porter des jugements puis perdre l’habitude de s’inquiéter des jugements que peuvent porter les autres. On peut alors, du coup, en venir à ne plus s’intéresser aux autres sous l’angle de ce qu’ils pensent sur tout et préférer être attentif à eux sous l’angle de ce qu’ils nous font, des plaisirs et déplaisirs, de toutes sortes qu’ils nous procurent. .Et il arrive que le plaisir ou la joie ne viennent plus du sentiment de partager les mêmes idées, les mêmes croyances. Et dans ce cas, on cesse de courir après ce genre de sentiment.

Attention, la société n’y trouvera pas son compte.  Elle a besoin que nous ayons confiance dans les jugements communs, que nous cherchions à faire comme tout le monde, parce que tout ce qui la constitue, tout ce qu’elle propose a la valeur que tout le monde lui donne. (même l’argent) On fait tant de choses pour ce que cela à l’air. Si plus personne ne croit à rien, si elle ne peut plus entraîner les foules, créer des engouements, répandre des opinions, fabriquer des idoles, faire mousser des rôles ou des missions, susciter des fantasmes ou des rêves, surfer sur des réputations et des préjugés….Partis comme cela, tous, on risque fort de provoquer un accident vasculaire sociétal. L’illusion ne circule plus or la société ne vit que d’illusions et ceux qui consacrent leur vie à essayer de l’améliorer, de la défendre, consacrent leur vie à une illusion. Ils sont payés en reconnaissance illusoire mais en argent sonnant et trébuchant.  

CGT-Energie Anjou 49 |
Bella et le syndrôme " BALBOA" |
Jeunes dans la ville |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Pensée..!?
| targuist
| Gabon, Environnement, Touri...