LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

25 juin, 2015

PEAUX D’ÂNE

Classé dans : Instinct — inconnaissance @ 15:35

Ce que l’on possède vraiment, ne dépend pas de la permission ou de l’avis de qui que ce soit. Ce que l’on possède vraiment, c’est d’abord notre nature, nos facultés. Et il est inutile de classer ces facultés, cette nature, ces propriétés en matériel, spirituel ou en charnel, cela revient à se prendre pour un saucisson. Toutes mes perceptions, du seul fait que mes sens fonctionnent, font partie de moi, inconditionnellement. Cela m’appartient. Je n’ai pas à demander si je peux sentir ce plat ou entendre cet oiseau. Et il se trouve que ces facultés sensorielles ne caractérisent ou ne définissent pas un sujet du sens, un moi. C’est, à la fois, impersonnel et singulier. D’autre part, si je comprends, c’est ma compréhension ; si j’ai une vraie connaissance, je l’ai bel et bien, indépendamment des autres. L’émotion que je ressens, le désir que j’ai, mes gestes, mes inclinations sont aussi ma propriété, ma nature. Tout cela peut se développer. On comprend que plus ses possessions augmentent et plus on grandit. C’est l’expansion. Jusqu’à ce que …..

Il y a des choses que l’on croit posséder, du moins on en parle ainsi, mais on ne les possède pas vraiment, voire parfois pas du tout. On dit qu’on possède un corps, une voiture, une maison ou un appartement, une garde-robe, un métier, on dit qu’on a des loisirs, on dit qu’on a des opinions, des idées, on dit qu’on a des habitudes…. mais en réalité ce n’est pas à nous au même titre que ce dont on parlait plus haut. On se trompe souvent en pensant qu’on possède ces choses au vrai sens du mot posséder : avoir à sa disposition, en avoir le monopole.

En premier lieu, dans la mesure où la présentation et l’usage de certains des biens matériels sont définis et prescrits par d’autres, ils ne nous appartiennent pas . Ma voiture m’appartient dans la mesure où je m’en sers. Elle ne m’appartient pas dans la mesure où ses caractéristiques et son usage obéissent à d’autres règles que les miennes. Ou bien que ne fait-on pas pour mettre son corps en conformité avec le désir des autres ? Or, s’il faut que notre temps, notre énergie, notre argent, soient dépensés en faveur de ce qui ne nous appartient pas, c’est du servage.  On ne fait que travailler pour les autres.

On va sans doute répondre que beaucoup de choses, dans notre vie quotidienne, échappent à cette catégorie. L’Etat ne réglemente pas tout, ne surveille pas tout, loin de là. L’Etat, non. Mais il n’y a pas que lui.

A quoi sont destinés majoritairement les efforts psychiques que nous faisons. A agrandir notre patrimoine, à augmenter nos propriétés comme nous l’indiquions plus haut ? Non. Si nos opinions, nos sentiments, nos idées, nos désirs, notre comportement, nos réactions doivent être tels que d’autres que nous le décident, si c’est à eux qu’il faut demander la permission pour en faire état, à eux qu’il faut demander comment en faire état, ils ne nous appartiennent pas. S’il faut les falsifier – se falsifier puisqu’au départ, cela nous appartenait (spontanéité, nature personnelle) – pour recevoir le visa d’exploitation, si pour cela il faut se surveiller beaucoup, se contraindre beaucoup, cela devient problématique car ils occupent une grande place dans notre existence. C’est un travail de cireur de chaussures, mais le cireur de chaussures, lui, au moins, ne prétend pas que les chaussures lui appartiennent. Il peut même sembler, parfois, que l’on passe sa vie à faire ce qu’on nous dit, à faire ce qu’on doit faire.

Et quand les autres reconnaissent leur bien, on n’est pas plus avancé, ni les uns, ni les autres.

Avant de pouvoir faire quelque chose qui n’est pas bien, quelque chose que la morale réprouve, avant d’être dans l’état où il n’y a plus de bien ou de morale qui tienne, il faut pouvoir agir d’un esprit libre sans mauvaise intention, comme le faisait l’enfant il y a bien longtemps, quand la pensée ne le tenait pas encore dans ses griffes. Il faut éliminer tout ce qui affaiblit notre instinct.

Le mot instinct, ici, est débarrassé de la culpabilité qui s’attache à lui du fait du christianisme, de l’aspect dangereux qui s’attache à lui du fait du freudisme et de la négation dont il est l’objet du fait que tout serait culturel. (triomphe du socioculturel et du psychologique) C’est un sens ancien qui signifie : Impulsion profonde et intense parce qu’innée, don, disposition naturelle, force vitale.(la nature ou le tempérament d’un enfant se détecte très vite)

On sait très bien comment faire pour amoindrir, étouffer, éteindre l’instinct dont nous parlions, l’instinct qui permet à l’être de se fortifier et de se déployer. Il suffit d’exploiter, d’aggraver ses faiblesses – et la faiblesse de l’enfant est évidente – il suffit de le culpabiliser, de l’humilier, de le rabaisser, de le décourager, de lui faire peur, de l’amollir, de détruire sa confiance en soi etc

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.                                . C’est dur d’être élevé par des salauds

Cela donne : à qui, à quoi ne voulons-nous pas faire de peine ? Combien d’esprits supérieurs ne projetons-nous pas dans le monde ? Dans quelle mesure ne nous sentons-nous pas coupables de bien des choses ? Combien de sacrés nous intimident, nous paralysent, nous rendent humbles et d’un respect démesuré  ? .Combien de gens ne devons-nous pas admirer sous prétexte que ce sont des autorités ou des grands personnages , ? .

Le visa, la permission, les prescriptions dégénèrent et donnent l’attente, la dépendance, l’assistanat. Puisque l’on en fait tant pour la société, on attend qu’elle nous récompense. (la mentalité victimaire, l’assistanat, l’obsession de sécurité sont le pendant, la conséquence du contrôle, des exigences, de l’endoctrinement extrêmes de la société. Les devoirs créent des droits. Si on nous traite comme des enfants, on se comporte comme des enfants. C’est logique)

Le bien est l’alibi de tous les systèmes de pensée Toutes les idéologies, tous les systèmes, quels qu’ils soient, s’autorisent du bien de la collectivité. Ils pointent tous vers un modèle d’homme désirable. Et la seule chose que nous retenons, ce n’est pas la faisabilité de ce projet, c’est le fait qu’il nous veut du bien, qu’il nous flatte. On veut combler un manque. (Car si on n’a besoin de rien, ces sirènes chantent en vain)

C’est le manque qui a dévoré l’instinct de l’intérieur et fragilisé l’individu. C’est un manque à être. Il fait que ce dernier va chercher à l’extérieur tout ce qu’il croit qui lui manque . L’être en question. Il part en quête d’un jugement positif, il veut acquérir le bien qu’il ne possède pas, tout cela représentant une forme d’être supérieure (jusqu’à l’être absolu qui est Dieu) Mais si c’est quelque chose qu’il ne possède pas, tout ce qui est extérieur, étranger, risque de lui plaire.

Concrètement, on croit savoir que ceci ou cela est un repère moral admis par tout le monde, c’est l’occasion de s’accrocher à lui pour être meilleur. On croit savoir que ceci ou cela ferait plaisir à l’autre, c’est l’occasion de montrer qu’on est prêt à faire plaisir en espérant de la reconnaissance. .On croit savoir ce que les autres apprécient ou apprécieraient en soi, c’est l’occasion d’investir dans cette façon d’être pour être estimé. C’est bien. On croit savoir, on a besoin de croire. C’est une chose qui dépend des autres, c’est cela qui compte, c’est des autres que l’on attend tout . Au point que l’on jalouse le succès, la réussite de quelqu’un, mais on ne prendrait pas les moyens, personnellement, d’obtenir ce qu’il a obtenu, on attend que la société nous y invite, nous en donne les moyens. C’est la reconnaissance de la société que l’on veut en fait, donc on ne peut pas ignorer cette société. Tout cela fonctionne en faveur d’une idée, l’idée de soi, dont le manque est toujours à combler. . Si cette idée de soi n’était pas un enjeu, cela ne fonctionnerait pas..

Oublier le bien, c’est donc oublier ce manque. La vertu, le bien ne peut que consister à faire passer un soi-disant intérêt collectif (conditionné) avant son propre bien. Don de soi. Pas de chance, c’est toujours raté. (C’est fait pour rater) Donc, c’est de notre faute. Donc, en nous fiant aux mots, en faisant des mots nos référents, si on accorde la moindre espèce de valeur, d’intérêt à un mot dont le sens est d’exprimer un bien collectif, on est fichu, on accentue (c’est sa fonction) le manque.. C’est de cette manière, grâce aux griffes du langage, surtout de certains discours, que l’on détruit l’instinct des individus : en les dépouillant de tout ce qui faisait leur être. 

Repère moral. La stigmatisation c’est mal ? La stigmatisation, c’est bien dans certains cas. Plaisir de faire plaisir ? C’est de la bêtise parfois. L’estime des autres ? A fuir parfois. Volonté, détermination, responsabilité etc du vent, c’est l’indigence des discours des politiques. Qui cela peut-il convaincre sinon des enfants qui attendent de l’amour en retour. 

Donc reprenons, si les émotions, sentiments, désirs, ressentis etc que nous nommons ont, par ce fait, un sens qui ne nous appartient pas, une valeur qui ne nous appartient pas, si c’est à ce qui ne dépend pas de nous que l’on est soumis, on tâche de rendre ces éléments du vécus conformes à ce que l’on attend de nous sans savoir pourquoi on doit le faire. Le sens général, la valeur générale, devenus les références, doivent commander l’idée de soi.

Certains consacrent leur vie au conformisme, en espérant qu’ils seront récompensés. Au bout d’un certain temps, ils ne s’en rendent même plus compte. Si le but est de faire partie d’un groupe, d’une collectivité quelconque, au bout d’un moment, on ne se rend même plus compte à quel point on est convenu. Quel intérêt une vie convenue, des propos convenus, une morale convenue ? La bonne image de soi. Le narcissisme. (ils font toute une histoire de leur éthique)

Finalement : ce qui n’est pas en notre pouvoir, ce qui est commun ou collectif ou général, ce qui passe pour une vérité établie, l’idée de bien, l’ignorance, c’est la même chose. C’est la crédulité, le suivisme.

Au fil de son existence, on s’est laissé enfermer dans la prison d’un grand nombre de concepts de valeurs socioculturels qui s’imposaient, qui passaient pour des vérités établies non négociables, et pas seulement homme, femme, mariage, père, mère, citoyen, chrétien musulman..

Avons-nous à nous soumettre à des choses dont le sens ne dépend pas de nous, dont la valeur ne dépend pas de nous, qui n’ont rien prouvé du tout, si cela doit nous engager ? . Seule une sorte de foi, de résignation nous empêche d’admettre que chacun imagine à sa manière ce que peuvent être tous ces mots sans référent sensible. Est-ce que vous partagez l’idée de ceci ou de cela de l’autre sous prétexte que ceci ou cela jouit d’une haute estime si vous êtes libre de le faire ou pas, de réfléchir et de vous faire votre opinion ? Jamais ! A quoi nous soumettons-nous alors ? A des âneries.

Que signifie foi commune (voir les hurluberlus agglutinés autour de quelqu’un)  ? Commune ? Cela durera beaucoup moins longtemps que les impôts . Foi ? C’est de l’obscurantisme si elle n’est pas exclusivement personnelle et assumée comme telle.

A l’inverse, ce qui nous satisfait, nous contente réellement n’a pas besoin de recevoir l’approbation ou le soutien des autres. Si telle vertu me convient, c’est à moi qu’elle convient, et c’est un fait pour moi. Je n’ai nul besoin de prêcher. Le seul moyen de ne pas se tromper est l’indépendance par rapport à tout ce qui paraît objectivement bien. Or on ne peut absolument pas savoir ce que vaut ce qui est objectif en matière humaine. Pour savoir, il faut l’incorporer, le faire sien. Et dans ce cas, l’avis des autres ne compte plus. Qu’est-ce que LE bien ? Une vérité établie. Qu’est-ce que ces mots de la morale dont on se sert ? Des vérités établies.

En ce sens, la stigmatisation est un droit, être déplaisant est un droit, être méprisé est un droit, haïr est un droit, ne pas faire plaisir est un droit, tourner le dos à tout ce qui est considéré comme le bien est un droit, si ça ne l’était pas, on ne serait pas libre intérieurement mais enfermé dans des limites fixées par d’autres. Et on n’a pas à demander aux autres la permission de trouver sa vérité.

Que fait quelqu’un qui nous fait un procès en reprenant un de nos mots ou en collant un de ses mots sur les nôtres ? Il recrée du commun, du collectif, du général, une vérité établie, une idée de bien, il ressuscite l’ignorance, et en faisant cela, il se discrédite parce qu’il ne sait pas ce qu’il dit. Il ne possède pas ce dont il parle, il joue au dévot, alors que l’on ne renvoyait qu’à un vécu singulier.

La dévotion, la piété, le culte, l’adoration etc en tant qu’ils sont partie intégrante d’une personne, partie de son existence, doivent être respectés, ils lui appartiennent. . Les objets de piété, de culte, de dévotion, en tant qu’ils sont définis comme une institution, comme ce qui échappe à notre pouvoir mais prétend être respecté peut être mis à mal. Il ferait beau voir que nous soyons obligés de considérer comme sacré ce qui ne l’est pas pour nous. Oui mais c’est très rarement à l’égard de quelque chose de totalement privé que l’on est dévot, c’est à l’égard de quelque chose que la collectivité a institué et consacré (C’est pourquoi on parle souvent du privé en matière de religion, et il est normal de combattre tout ce qui acquiert un pouvoir politico-social. Il était insuffisant d’écrire dans la loi de 1905 : l’Etat ne reconnaît aucune religion, il aurait mieux valu écrire : l’Etat est étranger à toute religion et à toute institution la représentant) .

Depuis des siècles et des siècles, on parle pour ne rien dire. Depuis des siècles et des siècles on déploie toutes sortes de stratagèmes pour créer un climat et faire croire à un accord. Depuis des siècles et des siècles, on chante, on fait brûler de l’encens, on lutte contre les oppositions, les divergences qui naissent à tout bout de champ. Alors que c’est inéluctable et que tout cela n’a pas d’importance. Car comme le dit Paul VALERY, tout ce qu’on dit de nous est faux et, tout ce qu’on pense de nous est faux.

S’il n’y a pas de référent sensible, il n’y a pas d’extériorité. L’effet d’extériorité qui résulte de ce que l’on désignait au-dessus est un effet trompeur. Stephen JOURDAIN : « l’extériorité spirituelle est une hallucination « Extériorité, c’est la séparation penseur-pensée ou sujet-objet. Spirituelle : il suffit de se demander ce qui, dans la pensée ou dans l’objet, peut posséder un esprit. Or, ce n’est pas difficile : tout mot renvoyant à la collectivité est un esprit. Si l’extériorité spirituelle est une hallucination, terminé !

 

 

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