LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

12 avril, 2016

LIBERTE D’ÊTRE

Classé dans : Liberte — inconnaissance @ 19:40

Cela commence par une histoire d’homoncule.

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On a une idée de notre dépendance à la socioculture en considérant notre sensibilité aux qualificatifs élogieux ou désobligeants que l’on nous affecte.. Supposons qu’on nous qualifie de faible, de peureux, de stupide, de tordu, de vicieux de menteur, d’hypocrite, d’égoïste, de dur, de malhonnête etc etc Il y a le choix. Cela ne sort pas de rien, ce n’est pas une pure abstraction. On nous dit bien cela à propos de quelque chose. C’est le lien que nous établissons entre ce quelque chose (un acte, une parole, une attitude etc) et le qualificatif qui nous touche. Et cela nous touche d’autant plus que nous donnons à ce dont il est question la nature stipulée par le qualificatif. (vous êtes cela = je suis cela) C’est la dépendance totale. Exemple : la susceptibilité extrême de ceux qui se prennent pour les représentants du bien de la société et qui montent au créneau dès qu’un jugement leur déplaît.

Il ne faudrait pourtant pas confondre trois éléments. Il y a d’abord le sens d’usage du qualificatif, ce que la culture, le discours ambiant, le dictionnaire donnent comme sens à ce mot. Ce qui invite, de façon générale, à la répétition ou la récitation. (la peur, la colère, l’égoîsme , généralités bla bla bla) Il y a ensuite le sens que l’utilisateur donne à ce qualificatif . Cela mélange ce qu’il a entendu ou lu, et le sens plus subjectif du mot, l’expérience qu’il a de la chose. Et il y a enfin ce quelque chose qui fait partie de mon existence, de ma conscience (s’il s’agit de moi) La réalité humaine en question.

Quel rapport y-a-t-il entre un sens convenu, culturel et mon expérience personnelle ? Quel rapport y-a-t-il entre un sens subjectivo-culturel et mon expérience personnelle ? Est-ce que ce sens convenu ou subjectivo-culturel fait autorité et doit être considéré comme la vérité ou est-ce l’expérience personnelle (état de conscience) qui est la vérité ? La solution de facilité, la paresse, consistent pour celui qui m’attribue un quelconque défaut à rester dans le premier cas et à répéter ce qu’il sait. (vous avez fait cela, vous êtes ceci)

Ce genre de qualificatif est censé désigner quelque chose qui se passe en moi., et celui qui en est le mieux informé, c’est moi. Je suis en mesure de juger sur pièce. (je suis le mieux informé de ce que je ressens physiquement. Je suis le mieux informé de ma vie psychique, de l’effet que le monde a sur moi) A chaque fois que l’on se trouve en présence d’un mot, d’un concept, d’un substantif, d’un qualificatif , la question se pose de savoir si cela parle de nous ou pas. Libéralisme, émotion, ingénieur, père ou mère, type de personnes etc implique une part plus ou moins importante d’expérience, de sentiment, de sympathie ou d’antipathie personnels qu’il faut bien admettre, qu’on ne peut nier et qu’il n’y a pas de raison de juger si on en reste à ce niveau. Avec toute chose, on a un rapport singulier.. Il serait vain de nier ou de vouloir éliminer ce qu’on a ressenti dans le passé et qui nous a marqué. Cette mémoire-là et ce témoignage-là sont aussi respectables.Mais pour cela, il ne faut pas être un homoncule culturel, il faut être présent à sa propre existence.

Une société ou une culture a toujours plus ou moins tendance à refuser, rejeter, cette dimension individuelle et à considérer que la seule façon de voir et de vivre les choses est celle qui est en vigueur, qui fait autorité. Dans une société libérale, toute disposition d’esprit, contraire au libéralisme est une aberration. Dans une société très morale, tout ce qui est contraire aux valeurs morales essentielles est à éradiquer. (je ne suis pas croyant…si vous êtes croyant et vous l’ignorez) Existence différente interdite. Et ainsi, on peut condamner définitivement, sans se fatiguer, celui qui est différent selon le principe décrit dans l’article précédent : bien défini → condamnation de celui qui a fait le contraire. (« ne jugez pas et vous ne serez pas jugé » bien défini : ne jugez pas. zut ! ne jugez pas est un jugement, le jugement de ceux qui jugeraient)

Ou bien la culture impose sa vérité et me définit selon ses critères, son système (voir les disciplines qui servent à me définir : psychologie, sociologie, morale etc) ou bien je ne prends en considération, quand il s’agit de moi, que ce qui se passe en moi. (range ta chambre : ou bien c’est la chambre selon la socioculture ou bien c’est mon univers bien à moi) La difficulté consistant alors, quand on veut s‘exprimer, à trouver des mots qui pointent, évoquent, imagent, suggèrent, dessinent, ce qui se passe en soi en évitant d’en faire un savoir, un système ou en évitant que les autres se saisissent de ces mots pour en faire un système, un calcul. (« je trouve affligeants les immeubles très hauts » = je voudrais bâtir une théorie selon laquelle les immeubles très hauts sont laids. La première partie de la phrase – je trouve affligeants – qui signifiait : sentiment personnel, est occultée) Le citoyen parfait épouse parfaitement le sens prescrit par la société, quelle qu’elle soit. (heil HITLER) .

Tout cela n’est rien. Quelle importance a le sens que la culture attribue aux choses qui nous concernent ?. Les pensées répètent : la faiblesse, la peur, la stupidité, le vice, le mensonge, l’hypocrisie , le libéralisme, l’émotion, le père, la mère, l’amour bla bla bla . C’est la culture. (et après les grands défenseurs de la culture se plaindront qu’on a épousé certaines cultures qui leur déplaisent. On n’a pas pensé à leur demander avant leur avis ) L’homoncule a fait allégeance à cet ordre établi. Il lui rend sans cesse des compte, intérieurement ou extérieurement.

En réalité, jamais la pensée ne sera assez agile, souple, pour suivre l’évolution du vivant. De même que le moi est un négociateur qui assure l’interface entre l’individu et les autres, les pensées ou le mental sont un interface qui assure la communication entre l’organisme et le monde.

Les pensées sont surtout le dépôt de tout le conditionnement socioculturel dans tous les domaines. Elles le restituent, elles le réactivent, elles l’expriment. Nos pensées, c’est le monde (notre monde). Le rapport que nous avons avec nos pensées, c’est le rapport que nous avons avec le monde. Le prix, la valeur de nos pensées, c’est le prix ou la valeur que nous accordons aux choses du monde. Jeff FOSTER dit en substance : votre mental, c’est le monde. Voulez-vous en faire l’expérience ? Ôtez, un moment si possible, toute valeur au monde, à la société, comme si elle vous devenait absolument indifférente. Que vous reste-t-il alors de l’idée du bien que vos pensées présentent comme objectif, incontestable ? Qui vous a appris le bien ? Pourriez-vous prouver que c’est bien le bien ? Si, vous n’êtes pas encore convaincu, partez de l’idée que le monde est ignoble et doit être anéanti. Quel sera votre rapport avec vos pensées ? Ne seront-elles pas vos pires ennemies ? A l’inverse, penser qu’une chose a de la valeur dans la société, qu’elle est estimée par la collectivité, est suffisant pour qu’on en fasse un manque. D’ailleurs, défendre une idée n’est pas défendre une idée (on peut en changer) c’est défendre ses sentiments pour cette idée, sa foi en cette idée.

On peut aborder les choses autrement. On a une certaine conception de soi – « la connaissance que vous avez de vous-même a créé le vous et vous apporte son aide pour expérimenter le vous-même en tant qu’entité «  (UG) – de soi en tant qu’homme, en tant qu’être etc sur cette terre, conception que l’on enrichit de mille façons. En fonction de cette conception, on est sensible ou attentif à telle ou telle dimension ou catégorie d’éléments, on se sent concerné par telle ou telle sorte de chose. (c’est ainsi qu’il y a toutes sortes d’individus différents avec des goûts, des appétences, des désirs, des univers différents) Changer sa vision du monde, c’est changer personnellement en même temps.

Les catégories de gens qui se pensent et pensent les autres différemment, ont des rapports différents. (« quand un vicomte rencontre un autre vicomte, qu’est-ce qu’ils se racontent, des histoires de vicomte » . Oui, mais quand un dealer rencontre un autre dealer, ils ne se racontent pas des histoires de vicomte) C’est folie de croire qu’on peut se mettre à la place de quelqu’un d’autre de différent.

Des spécificités incontestables entrent en ligne de compte dans ces conceptions de soi ou de l’homme ou de l’être. Les sens sont propres à un organisme. La conscience est connectée à ce qui est présent sous une forme ou une autre, pas à ce qui est absent. (« Toute conscience est conscience de quelque chose «  (HUSSERL) , encore faut-il qu’il y ait quelque chose) Le désir est désir d’une réalité physique : personne ou chose. Les codes de conduite proviennent de communautés ou de groupes. Le sentiment pouvant croître ad infinitum, il a besoin d’idéaliser la personne à laquelle il s’adresse Et réciproquement, il y a la promesse, en retour, des plus grands et des plus beaux sentiments. Certaines valeurs sont propres à une culture ou une civilisation données (liberté de penser, égalité des droits par exemple). Le spirituel ou l’essentialisme (l’Homme, la femme, le chrétien ou le musulman, l’immigré etc) est incorporel, hors sol, et sans limites. Quant au psychologique, il ne saura jamais où il habite, naviguant entre l’individuel singulier et l’universel. On remarque cependant que le sentiment et le spirituel se complètent à merveille. Ils permettent au moi ou à l’ego de se dilater, de s’exalter. Exemple plus modeste d’une tentative de souder et de développer certains sentiments, certaines réactions individuelles, en vue, ensuite de les utiliser, au service d’une grande cause. C’est nouveau, cela vient de sortir, c’est ce qu’ils appellent : le Printemps républicain : « nous ne présenterons pas de candidats ni de programme , mais tâcherons de mettre en œuvre un réseau, une force collective composé d’acteurs en première ligne, qui sont confrontés quotidiennement aux renoncements et aux lâchetés de la République : agents de la RATP, professeurs, mères de famille etc « 

La vie selon ces différents registres est différente. Le plus souvent, on panache. Selon son histoire et ses influences, on privilégie plutôt ceci que cela, on prend en compte ceci et cela mais pas ceci ; Reste que le sentiment aime le sentiment, le spirituel le spirituel, le désir le désir, les sens les sens, les codes, les codes etc . On a du mal à renoncer à être le genre de personne correspondant à notre éducation.

Le problème n’est pas la coexistence de ces différents registres, n’est pas le fait que l’on puisse être comme ceci parfois, et comme cela parfois, n’est pas qu’il y ait des échanges entre eux, c’est que certains registres veuillent régner et chasser les autres ou les mettre à leur service. De quel droit quelqu’un qui se concevrait ou concevrait l’homme selon telle et telle dimensions imposerait-il sa conception -fut-il un gouvernement ou un leader – à tous ceux qui se conçoivent différemment et conçoivent les rapports humains de façon différente ? Celui chez qui le sentiment prédomine ne peut pas demander que tout le monde soit pareil. Celui chez qui le spirituel prédomine ne peut pas demander que tout le monde soit pareil. Celui chez qui le désir prédomine ne peut pas demander que tout le monde soit pareil . Celui chez qui les valeurs d’une certaine société prédominent ne peut pas demander que tout le monde soit pareil etc

Si on n’idéalise plus, n’auréole plus une personne, une cause, que deviennent les sentiments ? Si on n’essentialise plus les catégories morales, que devient la spiritualité ? Si on ne se met pas en tête de défendre ou de représenter un groupe ou une société, que deviennent les valeurs ou les codes de conduite ? (n‘y a-t-il pas de quoi sourire en écoutant ceux qui soulèvent des questions morales à propos d’un type de société…..en s’appuyant sur un autre type de société….dont ils ne démontreront jamais la justesse)

Si on cesse tout cela, remue-ménage au niveau du moi ou dans le mental, n’est-ce pas ? .

Tiens ! Quel genre de conception de l’homme est propice à ce genre de dérive, dans quelle catégorie se trouvent les mégalomanes ? . C’est si gratifiant et facile de concevoir le monde à son image , d’être dans le rôle d’un bâtisseur de monde en généralisant, en se situant dans le spirituel ou l’essentialisme, et en attribuant une grande valeur à ces généralités ou ces essences. Mais agir sur le sens d’usage des mots qui concernent les humains, avoir quelque rôle, quelque fonction dans l’évolution de la culture, ce n’est pas forcément, comme nous l’avons expliqué au début, agir sur les gens. Tout le monde n’est pas un dévoué homoncule. D’où les différents moyens, assez connus, d’essayer de lutter contre l’irréductible liberté individuelle. On les voit à l’oeuvre. (il y a, par exemple, de plus en plus de mots connotés, alors qu’au départ ils ne servaient qu’à désigner)

Le panachage n’est donc pas toujours heureux car les modalités entrent en conflit, surtout quand elles deviennent très exigeantes. On retrouve en soi certains des conflits que l’on trouve dans le monde. Spirituel contre la conscience (la conscience de Dieu, cela n’existe pas) , codes du groupe contre désir etc L’homoncule est à l’aise dans certains registres, dans d’autres, il ne trouve pas sa place.

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