LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

12 juin, 2015

FUNNY GAME !

Classé dans : Libre-arbitre — inconnaissance @ 11:50

Les monothéismes, la philosophie, et pour une moindre part la psychologie reposent sur l’existence d’un libre-arbitre et d’une volonté propre qui permettent de choisir entre le bien et le mal, entre la bonne raison et la mauvaise raison, entre le vrai et le faux. (D’où jugement ou raisonnement ou prise de conscience) Je choisis et ce choix est de ma responsabilité. On conçoit juste qu’il peut être obscurci, limité. Quand la conscience de sa décision n’existe plus, il n’y a plus, non plus, de responsabilité. (Cas de folie)

En tout cas, si ce libre-arbitre et cette volonté propre n’existaient pas, il n’y aurait plus de monothéisme, plus de philosophie, plus de psychologie. Pour ces trois disciplines, le logos, la parole, sont efficients, pour ces trois disciplines, ils éclairent la conscience du sujet pour lui permettre de choisir. Et ces trois disciplines interpellent le sujet en essayant d’améliorer sa conscience selon leur propre doctrine. En écoutant bien tous les discours qui s’inspirent de ces trois disciplines, on s’aperçoit qu’ils font appel, sollicitent, cette conscience et ce choix. (Dieu est le fantasme de la cause absolue qui ne serait la conséquence d’aucune autre cause, et qui serait aussi l’origine absolue de tout)

Si on veut bien quitter le domaine des généralités, des belles dissertations stériles et des théories officielles et en revenir à son cas personnel, on a un gros problème. Car enfin, comment nier, refuser de voir que sa propre vie (sa propre réalité vécue) est constituée d’un flot ininterrompu d’instants présents, d’immédiates immédiatetés. On est scotché au présent le plus immédiat. Sa vie, c’est ce qui se passe à chaque micro-instant. C’est tout. Ce qui s’est passé est passé, ce qui est futur, n’est pas, du point de vue de la vie. Tout ce qui se passe pour soi, c’est à cet instant, à cet instant, le reste n’est pas. Comment admettre dans ces conditions, un libre-arbitre fondé sur la conscience des choses, sur la volonté propre du sujet qui lui succède et capable de changer ce micro-instant réel. Car on ne peut agir réellement que sur ce qui existe réellement. Pas le temps. Trop long. Les pensées qui viennent, involontairement ou en relation avec la situation arrivent aussi maintenant, comme tout le reste. Elles agissent maintenant. Mais ni les conditions de nos pensées ou de notre conscience, ni notre conscience ou nos pensées elles-mêmes, ni le moment où on décide, ni la décision elle-même ne nous obéissent. On ne commande jamais rien. Il y a juste des facteurs, des paroles qui peuvent agir sur les conditions dans lesquelles tout cela se passait, tant il est vrai que la réaction est informée de quelque chose (propre du vivant) La certitude où l’on est que l’on choisit, qui est également une chose qu’on ne choisit pas, peut aussi être éliminée par un conditionnement, un reformatage adéquat.

Donc inutile de juger un sujet au nom d’un système de pensée, d’une morale étrangers au sujet. Et on le sent bien, au fond, honnêtement, que ce que l’on a fait dans le passé, on n’aurait pas su ne pas le faire.

Peut-on échapper à l’arrière-plan de pensée qui colore, interprète, juge en amont tout ce dont nous prenons conscience en lui associant les mots, le sens, les valeurs qui sont les siens ?

Prenons, par exemple, la morale, qui, quoi qu’on s’en défende peut-être, nous imprègne tous à sa façon. En principe, la morale est destinée à réguler les relations humaines, de telle sorte que personne n’ait à souffrir d’elles, que personne ne soit lésé, qu’elles soient les plus agréable possibles. En ce sens, elle semble d’utilité publique. Mais en fait, elle est au service d’une religion, d’un système, d’une conception générale du bien indépendante des individus, et d’ailleurs préexistantes aux individus. C’est un héritage que l’on veut préserver et c’est une chose qui fonctionne sans consulter les individus, sans évaluer sa pertinence et ses effets. Elle est devenue, comme nous le disions, une fin en soi. Pourquoi ? Miracle du conditionnement réussi. A bien s’examiner, on s’aperçoit que cette morale est gravée dans le marbre de notre esprit, c’est à dire qu’on lui est automatiquement soumis, elle inspire nos réactions malgré nous.

Elle nous détermine et ce n’est pas sans conséquences. Car qui dit relations humaines et système, dit que nous attendons de l’autre qu’il se comporte conformément à cette morale. Le sujet s’est formé de telle sorte qu’il correspond à ce qu’on attend de lui. Il s’attend à ce qu’on attend de lui, mais il postule qu’il en est de même chez l’autre, que l’autre s’applique ce qu’il attend de l’autre. (Personne n’accepterait, par exemple, qu’on lui demande d’être poli en sachant que celui qui le lui demande n’est pas poli). Si vous prétendez juger, savoir le bien – et vous le prétendez puisque c’est gravé dans le marbre, vous n’êtes plus libre de faire autrement – vous ne pouvez accepter que l’autre agisse autrement. Et d’ailleurs vous devez accepter que l’autre vous juge et vous enseigne le bien.

Selon notre arrière-plan de pensée, le bien préside en secret à la marche du monde, il inspire le sens du monde, il justifie toutes les demandes, tous les désirs, tous les projets qui émanent de la société. S’il y a jugement, c’est au nom d’une conception générale de ce qui devrait être, au nom d’un système. Et ce système est devenu une fin en soi, . C’est même pour cette raison qu’il s’impose à tous, qu’il commande, et qu’il n’a pas à écouter les avis et les besoins des uns et des autres. Il justifie le don de soi. Il déclenche notre bonne volonté.

La pensée morale de ces relations conduit à l’intolérance voire pire. Un comportement contraire au système est insupportable. (officiellement, on va faire la guerre pour des raisons morales, et tout le monde approuve) Le sujet associé indéfectiblement à une morale, indissociable d’elle, ne peut que réagir automatiquement selon sa loi. Pas de choix, pas de libre-arbitre. On ne se rend pas compte qu’on lui obéit. On ne se rend pas compte qu’on ne peut pas s’empêcher de le faire, on ne se rend pas compte qu’on est le jouet d’un conditionnement peut-être stupide. On ne peut s’en dégager. C’est à dire que la disposition d’esprit, le jugement se forment instantanément, et de façon si profonde qu’on ne peut se situer en amont. C’est la pensée qui est involontaire, instantanée et déterminante. (Une fois de plus : «  c’est la pensée qui vous fait frapper quelqu’un, votre enfant par exemple, pas la colère «  (UG) qui est naturelle et sans destinataire.

Le sujet est le jouet du sens, ce sens étant constitué de toutes les valeurs sociales et culturelles qui lui sont particulières. Qui êtes vous si la pensée des autres ne vous juge plus. ?

Le penseur croit avoir choisi ses pensées alors qu’il a été choisi par elles, qu’il en est le produit. Car dès le moment où c’est soi que l’on présente, où c’est sa personnalité, son identité que l’on défend, cela veut dire que des pensées ont été mobilisées pour penser cette identité. On s’est pensé avec des pensées que l’on ne commande pas.

Cette identité a une longue histoire, on n’est pas libre d’en changer. Il faut être bête à manger du foin, ou mégalomane, comme un moraliste effréné, pour ne pas comprendre que la vie n’est pas une vallée de roses et un paradis des plaisirs, mais une suite continuelle d’épreuves, de déceptions, de trahisons, d’injustices, de blessures, d’avanies de toutes sortes et que, face à cela, on réagit comme on peut, selon ses moyens et sa nature. Les forts s’en tirent beaucoup mieux que les faibles, les gentils beaucoup moins bien que les pas gentils. On ne choisit pas non plus les occasions de plaisir qui nous marquent. A la suite de tout cela, une personnalité se forme de façon involontaire. Et cette personnalité doit assurer sa continuité.

Doit-on, après s’être adapté aux manigances et vicissitudes anciennes, c’est à dire aux systèmes de bien qu’on nous vendait et qui était toujours douloureusement démenti, s’adapter aux manigances et vicissitudes nouvelles ? Puis aux suivantes ? Il n’aurait pas fallu écouter, croire les autres, mais pouvait-on faire autrement ? Il n’aurait pas fallu croire que toutes ces traditions, ces institutions, ces mœurs, ces valeurs morales partagées, qui découlent tous d’un système, étaient le bien, étaient forcément bien pour nous et pour les autres, sans chercher à vérifier. Mais pouvait-on le faire ? Il n’aurait pas fallu tout faire pour faire vivre, incarner, défendre ces institutions, ces traditions, ces mœurs, ces valeurs si elles n’étaient pas faites pour nous. Mais était-ce possible ?

boud

C’est dur d’être élevé par des cons !

On peut être sûr que si quelque chose, une cause ou un principe est vu comme une fin en soi, indépendante de tout ce que l’on pourrait penser, alors c’est vu comme le bien en soi. (et cela veut dire qu’on n’y peut rien) Si c’est le bien en soi, il nous aime. Et tout ce qui vient de lui est bon.

Et si c’était l’inverse ? ? …Il faut se poser la question au lieu d’être naïf – si cette fin ne nous aime pas, tout ce qui vient d’elle est du même genre. Si Adam et Eve avait pensé que Dieu ne leur voulait pas du bien avec son arbre, ils auraient agi différemment. (et d’ailleurs, déjà, ils auraient pu se rendre compte que l’ambiance à l’Eden était pourrie par la présence de cet arbre) Si Epiméthée avait écouté son frère Prométhée qui lui recommandait de ne rien accepter des dieux, il n’aurait pas pris la boîte de Pandore. C’est être idiot, non, de se sacrifier pour une cause qui ne nous strictement apporte rien.

On peut facilement savoir si sa propre culture, sa propre éducation nous aiment puisqu’on a vu que l’on ne prend conscience d’une chose qu’en la pensant, c’est la pensée qui établit la distance ou la séparation nécessaire entre le sujet et l’objet et qui confère à l’objet une nature ou une identité particulière. C’est avec soi, plutôt qu’avec le monde ou les autres, que ce sera sans doute le plus sensible. Est-ce qu’on s’aime ? Est-ce qu’on aime son corps, ses expressions personnelles et ses états de conscience ? Si ce n’est pas le cas ou pas trop le cas, c’est parce que les mots qui sont venus des autres, leur sens qu’on a appris des autres, les jugements qui sont venus des autres, et qui ont servi à nommer, caractériser tout ce qui nous concerne sont plus ou moins désobligeants, pernicieux, négatifs. Alors on se réfugie dans le pendant : l’idéal, le non-soi. .On fait le don de soi pour se racheter. Révolution : et si ce qui était jugé mal devenait bien pour tout le monde ?

Léo FERRE chantait en son temps : « On est damné ! Viens ! Viens ! Tout ce qui est mal, c’est bon ! Damne-toi ! On est damné ! Viens ! Viens ! Tout ce qui est bon, c’est mal, damne-toi, damne toi ! «  (La damnation)

Notre gentillesse à l’égard des autres, c’est notre dépendance à l’égard des valeurs que partagent les autres, à l’égard du sens en vigueur. Avez-vous déjà réussi à satisfaire un objectif spirituel ou moral ? Avez-vous déjà pu cesser de faire plaisir à ce genre d’objectif parce qu’il était atteint ? Non, c’est sans fin. Et ça doit l’être. Puisque ce qui est visé, ce n’est pas de réussir cela, c’est d’entretenir le don de soi, le dévouement pour autre chose que soi.

Toutes les façons de penser à soi sont des façons de penser au bien. Les masses, la plèbe ont toujours eu tendance à avoir la tête sous le même bonnet, le bonnet de la morale établie confectionnée par le pouvoir. La pensée à deux balles. Et on ne peut pas espérer que cela change rapidement et que l’on fasse droit aux destins individuels, singuliers. Mais il y a une étape intermédiaire entre la crédulité, la naïveté et la sottise inhérentes à la morale et l’avènement de l’individu, c’est le pragmatisme, le réalisme défendus par certains penseurs aujourd’hui. Quant aux intellectuels qui partent en guerre contre les idées d’aujourd’hui et qui regrettent la société d’hier, ils ne se rendent pas compte qu’en défendant la société d’hier, ils défendent le principe même qui veut que l’on se dévoue pour la société du moment. Il ne peuvent reprocher à quiconque de faire comme autrefois : épouser l’ordre établi en pratiquant le don de soi.

 

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