LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

11 novembre, 2014

LIEN SOCIAL

Classé dans : Lien social — inconnaissance @ 12:41

C’est le nom que l’on donne de plus en plus souvent à la société quand on se place, paraît-il, côté peuple, quand société rime avec vivre-ensemble, devient « faire-société », et que l’on oublie tout le reste.

Frédéric LENOIR déclarait dans Le Point du 29/12/2012 :  

« La crise des valeurs et du sens que traversent nos sociétés est en partie liée à l’effondrement des grandes religions. ….. Ce double effondrement a eu pour conséquence en Europe une perte de l’intérêt collectif qui a débouché dans les années 80 sur le développement d’un individualisme consumériste, utilitariste et narcissique. Celui-ci a fait disparaître le lien social qui favorisait le vivre ensemble à partir de valeurs communes. Ce constat m’a conduit à poser une question simple, mais fondamentale : nous vivons à l’âge du village planétaire, mais comment construire une civilisation planétaire sur des valeurs partagées, alors que l’Occident est rongé par l’individualisme utilitariste et que les autres civilisations ont leurs propres systèmes de croyances et de valeurs ? ………….On trouve six grandes valeurs universelles. La recherche de la vérité ou de la véracité : les mots doivent correspondre aux faits. La justice, qui implique une certaine notion d’égalité et de partage. Le respect d’autrui, fondement de toute vie sociale. L’amour et la compassion, qui nous poussent à aider notre prochain, même si nous n’y avons pas intérêt. La beauté et l’art, qui élèvent l’homme. Et la liberté ! L’être humain doit avoir le droit d’exprimer ce qu’il est, sans entrave »

C’est lui qui parle de crise. Crise ? Qui dit qu’il est en crise quand il parle de lui-même et non pas des autres ?

Le convenu, ce qui devrait nous mettre d’accord, ce sont des notions comme : village planétaire, valeurs partagées, condamnation de l’individualisme, égalité, partage etc F. LENOIR se soucie de tout cela comme si c’était dans notre intérêt. Comme si tout le monde devait se mettre en quête de tout cela. Bref : le lien social, c’est quelque chose qui doit nous lier. Il y croit pour les autres, il prétend en savoir davantage que les autres sur le sujet

Quand on jette un regard sur le passé, on peut douter que les tragédies soient plus la conséquence d’un excès d’individualisme que d’un excès de foi dans l’ordre établi ou d’un excès d’influence du lien social.  

C’est la mystification, ou pour parler très familièrement : l’enfumage.

Enfumer : expression argotique synonyme de embobiner ou embobeliner ou manipuler …

On quitte l’enfance quand on commence à avoir des remords, des regrets, des sentiments de culpabilité. La conséquence, c’est la souffrance. La souffrance entraîne la révolte et/ou autres réactions négatives comme le ressentiment. C’est le poison que les adultes dispensent. Remords et sentiments de culpabilité viennent quand on commence à faire siens des jugements de valeur et que l’on s’identifie à une idée pure, l’objet de la pensée-jugement. La caractéristique de ces jugements est qu’ils sont, pour des tas de raisons obscures, admis. Tout ces jugements sont valables par principe. Il est facile de voir que la raison, la cause ou l’origine de ce qui nous met en colère ou nous agace, puis nous fait réagir, est toujours inconnu.

La caractéristique de cette idée de soi est d’appartenir à la socioculture. On voit comment cela fonctionne constamment : la culture, le langage fournissent la catégorie, on prend son petit calepin intérieur, on le consulte et on dit….que dois-je penser de cette catégorie en général….ah oui, voilà ! Lien social..oui, oui, bien, on n’en parle pas assez ! Individualisme…hmmm pas beau ! Partage..ah oui, voilà une idée qu’elle est bonne ! Le mot ou le concept ou l’idée suffit.

Et « autrui » est l’expression commode qui permet aux bonimenteurs de passer de l’intérêt légitime pour un individu singulier, réel, vivant, à une généralité abstraite, qui sera associée aux principes abstraits.

Reprenons les quatre répliques cinglantes de l’article précédent et ajoutons-y une autre : !

Arago est le plus jeune candidat au concours d’entrée de l’École polytechnique.

Comment quelqu’un d’aussi jeune peut-il atteindre un tel niveau ! Sur quoi voulez-vous que je vous interroge ?

Sur ce que vous savez le mieux.

Surcouf, un corsaire français fut fait prisonnier par les Anglais

« Monsieur, vous vous battez pour de l’argent; nous autres Anglais, nous nous battons pour l’honneur.

« Monsieur, on se bat pour ce que l’on ne possède pas. »

Je ne sais plus quel animateur de télé pose cette question fondamentale à Michel Blanc :

Etre chauve, est-ce un handicap ?

J’suis chauve, mais j’ai une queue de cheval !

Lady Astor apostropha un jour Winston Churchill :

« Monsieur Churchill, vous êtes ivre ! »

Réplique de Churchill : « Et vous, Madame, vous êtes laide… Mais moi, demain, je serai sobre !

Sir Lewis MORRIS poète oublié, se plaignit à oscar WILDE de ne pas figurer parmi les candidats du poète Lauréat .

Il y a une véritable conspiration contre moi ! Une conspiration du silence. Que dois-je faire

Rejoignez-la.

Il y a plus ou moins de condescendance chez tous les premiers intervenants. D’abord parce qu’ils croient parler au nom d’un ordre établi de valeurs, ce qui leur procure une certaine importance et leur permet de mettre leur interlocuteur en position d’infériorité.

joues

Aussi parce que ces premiers intervenants sont sûrs de pouvoir compter sur l’adhésion de leur interlocuteur à ces valeurs, et de pouvoir les manier à leur guise..

Moi professeur plein de connaissances et d’expérience, moi noble anglais distingué, moi journaliste qui connaît la musique en matière de vedettes, moi noble parlant au nom du savoir-vivre dans la bonne société, moi écrivain de talent qui croit être admiré par mon confrère. ,

Vous jeune brillant prétendant, vous mercenaire sans honneur, vous vedette courant après les cachets, vous dont la conduite est honteuse, vous à qui je fais la faveur de demander conseil ;

Enfumer, c’est partir de ce qu’on ne sait pas, être assez sûr de soi, assez convaincant, assez malin pour éluder et cacher cette ignorance, et avoir le talent de persuader les autres que l’on sait.

Enfumer, c’est savoir exploiter la croyance des autres dans l’ordre établi, c’est savoir exploiter les valeurs constitutives du moi des autres. (voir article précédent)

Comment enfumerait-on quelqu’un qui est insensible à l’autorité de celui qui parle. Comment enfumerait-on quelqu’un qui ne s’identifie pas à ces valeurs. C’est ce qui caractérise les seconds intervenants. Ils méprisent le savoir et l’expérience du professeur, la prétention du noble anglais, l’expérience du journaliste, la morale de la noble anglaise, la complaisance. C’est un mépris pour des valeurs convenues, pour un ordre établi. 

La fierté avec laquelle les premiers intervenants s’appuyaient sur ces valeurs en toute confiance est tournée en dérision. Ces valeurs s’écroulent. C’est le plus important.

Les seconds intervenants sont capables de parler à partir de ce qu’ils sont, sans vergogne.

A la suite de quoi, le dominé devient dominant et le dominant dominé. La gêne change de camp.

Mais encore faut-il avoir le talent de sortir un trait d’esprit percutant parce que juste et précis.

Il y a le monde, la vie, et il y a soi, entre les deux, il y a la pensée, la connaissance, les désirs. On s’aperçoit que si la pensée est vue comme un simple phénomène mental, son contenu, n’en est qu’une conséquence, le monde ou la vie qui auparavant imposaient leur vérité s’éclipsent.

Mais il faut bien vivre dans ce monde. On est enfant de ses parents, puis enfant de ses modèles, puis enfant de la société, puis enfant d’une conception de l’existence qui nous plaît : éthique, psychologique, spirituelle etc. Autrement dit, avec le temps, grâce au savoir que l’on acquiert – ensemble de ce qu’on a lu et entendu – à la suite de ses expériences, des plaisirs et déplaisirs, sous l’influence des gens qui ont su nous plaire, conformément aux valeurs et vérités qui nous semblent, à nous, convenir au monde et convaincre les autres, on en arrive à se faire sa philosophie, sa conception de la vie et du monde. Ce qui signifie que notre personnalité est conforme à cette conception, cette philosophie. On croit très fort à cette conception ou philosophie. On la défend et on défend sa propre personnalité, comme étant celle qu’il faut. On en est fier. On pense pouvoir rendre service à tout le monde avec ça, on ne comprend pas que les résultats se fassent attendre, que les autres n’acceptent pas nos bons conseils, nos leçons, ou les rejettent. 

Ces traits d’esprit s’adaptent à une situation donnée, à des cas particuliers.

Cette personnalité, on l’a vu dans l’article précédent, n’est qu’un reflet, une partie de la socioculture dans laquelle on baigne et on a baigné. C’est elle que l’on défend quand on croit affirmer ou protéger sa personnalité. Les principes une fois établis, on se crispe autour d’eux, on se fortifie, on se durcit parce qu’ils sont toujours en danger et on peut aller loin dans la rigidité. Mais comme on ne le sait pas, ou qu’on ne s’en rend pas compte, comme on croit que sa philosophie ou sa conception est vraiment la sienne et est mûrement réfléchie, on passe sa vie à la mettre en valeur, à la transmettre, à l’imposer quand on est en position d’autorité, à abuser des droits que l’on nous a donnés pour la transmettre. (Si vous êtes conformes, la société vous soutient et vous permet d’exercer votre pouvoir, si vous ne voulez plus servir la socioculture, il faut être discret)

Il n’y a aucune différence entre la naïve croyance et confiance dans les valeurs et normes des premiers intervenants de nos cinq exemples, et la naïve confiance que nous avons dans notre conception du bien ici-bas. Ce bien est juste un peu plus difficile à ridiculiser dans la mesure ou il est plus vaste et moins clair. C’est tout. On sait très que lorsque l’on parvient à rendre claire cette conception du bien, cette philosophie, elle est rapidement discréditée.

D’où les subtiles, nombreuses, étonnantes finesses de langage de ceux qui savent parler. Mais en fait, si vous isolez le prédicat, si vous abandonnez votre culte pour les mots, pour la production d’idées, si vous éliminez toute admiration pour le locuteur, si vous refusez de croire, il ne reste quasiment plus rien.

desert

 La crise des valeurs et du sens que traversent nos sociétés est en partie liée à l’effondrement des grandes religions. village planétaire, valeurs partagées, condamnation de l’individualisme, égalité, partage….et autres bonimenteurs. On voit bien que l’on se situe au niveau collectif, sociétal. C’est leur but, c’est l’enjeu. Comme si on cherchait éternellement une société qui réglerait nos problèmes.

Si j’étais chrétien, je dirais, moi aussi, que j’ai une âme. Mais il n’est pas question de dire que la société a une âme. La société est seulement constituée de personnes qui ont une âme. N’étant pas chrétien, je ne dis pas que j’ai une âme, et je ne dis pas, bien sûr, que la société a une âme.

Le truc, c’est la référence au commun, la mise en valeur du commun, la confiance dans le fait que l’interlocuteur accepte ce commun, le truc, c’est l’autorité de celui qui parle au nom du commun. C’est à dire du général abstrait que l’on peut associer à des principes. Tout le reste s’ensuit. L’échange est une super-supercherie, une énorme mystification. 

Les remords, les sentiments de culpabilité qui naissent et se développent à partir d’un certain âge sont aussi le signe que l’on cesse d’être la référence, le référent, pour choisir les références que la société nous proposent. Ne sont-ils pas insolents car imperméables aux convenances, et proches d’eux-mêmes les seconds intervenants de nos exemples. 

Lien social = illusion collective + effet d’entraînement.

On parle, on parle, mais quand est-ce qu’on ne raconte pas d’histoire, quand est-ce que que ce n’est pas un roman ? Quand est-ce que l’on ne parle pas de choses qu’on a été obligé d’imaginer, de choses dont on n’a fait que nous raconter l’histoire ?

 

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