LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

23 juin, 2011

LES MOTS : PROCES ET JUGEMENT, 5

Classé dans : Maltraitance,Mot — inconnaissance @ 10:35

Ce que l’on doit endurer.

Tout le monde a une idée unique de l’Homme ou, pour chacun, le signifiant « homme » renvoie à un seul et unique référent et tout le monde croit que tout le monde a la même idée de l’Homme.

Ce référent ou cet Homme a des attributs. Tous les mots en rapport avec la vie intérieure des êtres humains, c’est à dire tous les mots qui parlent de ce qui se passe dans les individus et que l’on ne peut pas mesurer, observer de l’extérieur, sinon sous forme de symptômes ou d’indices,  sont ses attributs.

C’est tout simplement la vie du sujet de la langue ou de la pensée. Tout simplement ceci :

« Toutes les profondeurs psychologiques intérieures, aussi extraordinaires qu’elles puissent être, sont sans valeur parce que c’est la pensée qui les a créées et qu’elle en assure la continuité et le statu quo « (U.G. Coloquintessence .- Les deux Océans)

«  Tout ce que nous appelons notre vie intérieure, sujet inclus….temps habituel inclus aussi, ce ne sont en fait que des doigts mentaux en train de s’agiter sans que je m’en rende compte, des marionnettes que je mets en place, mais j’ai perdu la sensation de l’acte que j’accomplissais «  (Stephen JOURDAIN .- Une promptitude céleste .- Relié)

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Voyons les caractères et la nature de cet Homme que les mots ont inventés.

Quand on veut s’identifier à un concept, incarner une idée, représenter la valeur exprimée par un mot , ce concept, ce mot étant fixes – le même demain qu’aujourd’hui, et surtout, destiné à rester lui-même quand on y pense – on est contraint d’être fixe. La mémoire de ce qu’on a dit, le fait que l’on sait que les autres peuvent garder nos propos en mémoire et nous interpeller à leur sujet, nous contraignent, si on s’est identifié à ces mots, si on les revendique (tadi tadi tadi, jédi jédi, keskejédi, méparoles méparoles ne passeront papapa), d’assurer la continuité, la fixité d’un moi.

C’est anti-naturel, anti-vie, extrêmement problématique et crispant. Poursuivre le rêve de la continuité d’un certain moi, c’est de la folie, une folie qui rend bien malheureux, l’échec étant assuré, les reproches étant permanents.

Nous sommes victimes, car au moment où nous avons employé ces mots, nous n’avions aucunement l’intention d’en faire des institutions, de leur « coller aux basques ». La pensée et la paroles sont spontanées. Les mots ne sont pas décidés. Nous n’avons fait qu’exprimer ce qui nous venait à un moment donné, dans des circonstances données. Que les mots soient fixes n’a jamais été notre désir, que nous soyons fixes comme les mots n’a jamais été notre prétention. Nous ne sommes pas comme eux. Nous ne faisons que subir la loi du mot auquel nous accordons un soupçon de valeur. Et c’est un sacré traquenard.

C’est la raison pour laquelle Stephen JOURDAIN écrit : «  Je ne suis pas mes mentalisations non plus. Je ne suis pas mes idées. Je ne suis pas mes opinions (et même celle-là, ça, c’est encore une opinion, je la récuse «  (Une promptitude céleste .- Le Relié)

Les mots sont potentiellement ou pratiquement les mots de tout le monde. Ils fonctionnent comme signes de reconnaissance, comme éléments communs. Il le sont en tant que signifiants, il ne le sont pas comme sens. Malheureusement, on ne sépare pas signifiant et signifié. On croit que le sens donné par l’émetteur du mot est le sens donné au mot par le récepteur.

Un mot prononcé, et c’est aussitôt l’idée que tous ceux qui sont présents ou tous ceux qui pourraient en prendre connaissance par la suite, lui donnent le même sens. Un mot prononcé, et c’est la possibilité d’une opinion générale, celle exprimée par le mot. (« Alors Jésus, parlant à la foule et à ses disciples, dit : Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse. Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent ; mais n’agissez pas selon leurs oeuvres. Car ils disent, et ne font pas. Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt. Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes. Ainsi, ils portent de larges phylactères, et ils ont de longues franges à leurs vêtements ; ils aiment la première place dans les festins, et les premiers sièges dans les synagogues ; ils aiment à être salués dans les places publiques, et à être appelés par les hommes Rabbi, Rabbi « )

Utiliser un mot à propos de quelqu’un, c’est inviter tout le monde à employer le même mot et inviter tout le monde à croire à l’accord sur le sens. Les jugements ci-dessus voudraient être partagés.

Mais il va falloir étayer le fait que le sens accordé aux mots par l’auteur est aussi le sens accordé par les auditeurs. Le prouver. Il faut justifier le fait que cela pourrait être l’opinion générale, un sens commun.

Son auteur doit développer des théories générales, l’assujettir à un déterminisme valable pour tout le monde, penser comme tout le monde et penser tout le monde pour que tout le monde parvienne à la même conclusion. Dans ce but, tout le monde devient un objet de sa pensée et de sa logique.

C’est se compromettre gravement en s’engageant dans de telles théories, idées sur les autres. Pourquoi les autres seraient-ils : des imitateurs des pharisiens, des gens qui regardent et saluent les pharisiens, et les appellent Rabbi ? Pourquoi les pharisiens seraient tous ainsi ?

Mais là encore, c’est un viol de conscience pour ce qui nous concerne. Personne n’est responsable de cette fonction généralisante et collectivisante du mot. Sur l’instant, au moment où le mot est venu, personne n’avait l’intention d’alléguer qu’il exprimait une opinion générale. Mais adhérer au mot, c’est endosser sa prétention à être partagé, à notre insu.

Beaucoup de regrets après, de malentendus, de disputes. Les mots généralisent, prétendent, prévoient, attribuent etc beaucoup plus qu’on ne voulait.

Que d’agressivité de la part de ceux qui tiennent très fort à leur système, leur généralisation et qui ne supportent pas la moindre idée d ’un système ou d’une généralisation différents, opposés ; qui en voient partout, comme des paranoïaques.(voir ci-dessus)

Un concept humain n’est pas destiné à un seul individu, particulier ; il n’est pas propre à un seul individu, il ne définit jamais un seul individu. Un mot est une catégorie générale. Esprit, âme, conscience, psychisme, c’est l’esprit, l’âme etc de tout le monde, présent en tout le monde. Charité ne définit pas un seul individu, mais une série d’individus. etc La catégorie exprime un modèle d’individu auquel tous les individus sont susceptibles de correspondre.

Quand cette catégorie représente un attribut de l’Homme, est un idéal, tout le monde est invité à correspondre à ce modèle. L’idéal doit engendrer des types de série.

« Lorsque j’agis, non pas comme moi, mais comme Homme, j’agis comme un exemplaire de l’espèce humaine « (Max STIRNER)  Homme est la super-catégorie.  Cette catégorie, aussi, définit un type d’individu. Comment peut-on être un type de série ?

Quel tourment de vouloir correspondre à un type de série : c’est impossible, et d’ailleurs, ce modèle unique n’existe pas. Ce que désigne le mot charité, le type charitable suscité par ce mot n’est que la représentation que chacun se fait de la charité. Autant de charitables que d’individus puisque l’on ne trouve nulle part ailleurs que dans son esprit (à moins de projeter fortement et obstinément sa représentation sur quelqu’un) le charitable.

Vous ne serez jamais un type de série. Si vous y tenez quand même, vous n’avez pas fini d’en baver ou de délirer.

En tant que généralité, l’Homme, est une abstraction. C’est aussi une catégorie générale, commune.  La singularité (le particulier) est extraite, séparée de la généralité. La généralité devient autre chose que la singularité, l’individu se démarque.

C’est précisément ce qui plaît dans un premier temps. Il n’est jamais question que l’individu devienne le général abstrait, (je suis la charité incarnée hi hi hi –> au cabanon !) il est justement question que ce général abstrait reste séparé et représente un référent et un objectif permanents et inatteignables de valeur qui donne un sens à la marche.

L’individu s’immole, tous les jours, constamment, sur l’autel de la catégorie abstraite, de la cause (entreprise, humanité, christianisme, bons parents, citoyenneté, toutes les qualités humaines etc) de l’Homme. Par exemple, la catégorie Patrie et L’homme patriote : « Les patriotes tombent dans les combats sanglants….La Nation est satisfaite. L’engrais de leurs cadavres en a fait une nation florissante. Les individus sont morts pour la grande cause de la nation. La nation leur envoie quelques mots de reconnaissance et a tout le profit de l’affaire «  (Max STIRNER .- L’Unique et sa propriété . – Table Ronde)

On peut remplacer nation par n’importe quelle grande cause. En fait , on est tout juste bon pour illustrer le bien-fondé, la valeur de la cause et l’animer.

Cela ne fonctionne que parce qu’il s’agit d’une abstraction impossible à connaître et examiner par un individu. Cela ne marche que parce qu’il y a séparation. Séparation radicale, définitive entre l’individu et l’Homme-modèle. Le mot en tant que catégorie, est là pour s’acharner sur nous, tel un dieu impitoyable.

Nous nous pensons, nous nous faisons une idée de nous par disjonction, séparation avec une autre idée.  On n’est pas l’Homme puisque c’est ce qu’on doit devenir.

Si c’est par rapport au mot bonheur que l’on se pense, on se pense misérable. Si c’est par rapport au mot charité, on est égoïste. Si c’est par rapport au mot liberté, on n’est pas libre. Si c’est par rapport au mot vertu, on est mauvais. Si le mot bonheur ou liberté ou vertu n’existait pas, si ce n’était pas l’attribut de L’Homme vrai, accompli, nous ne nous penserions pas malheureux ou mauvais etc

Ces idées de bonheur, de liberté etc etc sont des poisons parce que nous cherchons cette liberté-là, ce bonheur-là, tels que la culture les définit, dans la vie, et nous ne les trouvons jamais. Ce qui confirme notre idée que nous ne sommes pas libres ou que nous sommes malheureux. Victoire du poison !

«  N’appelle pas les hommes pécheurs, et ils n’en seront pas «  (Max STIRNER . – L’unique et sa propriété »)

« Ce que vous savez est toujours relié à ce que vous voulez être. Ce que vous voyez ici, en vous, est à l’opposé de ce que vous voudriez être, de ce que vous désirez être, de ce que vous devriez être. Qu’est-ce que vous voyez ici ? Vous voulez être heureux, alors vous êtes misérable. Vouloir être heureux est la cause de votre misère. Ce que vous voyez ici est à l’opposé de votre but, votre désir d’être heureux, votre idée de bonheur. Vous voulez sentir le plaisir sans arrêt, voilà ce qui amène la souffrance. »  (UG)

« Dans le monde, lorsque tous les hommes ont su apprécier la vertu, alors le vice a paru. Lorsque tous les hommes ont su apprécier le bien, alors le mal a paru. » (LAO-TSEU)

Lorsque l’Homme, référent unique des concepts humains, modèle unique, pourvu de tous les attributs désirables, a paru, alors, comme d’une boîte de pandore, tous les maux se sont échappés. L’espoir est peut-être le pire des poisons, car c’est à cause de lui que nous endurons, à perte de vue, tous ces maux.

Ainsi, on ne peut pas se penser, partir de mots à cet effet, sans subir toutes les avanies décrites ci-dessus, elles sont inhérentes à l’usage des mots.

Si un petit enfant pouvait nous comprendre quand on lui dirait : on essaie d’être quelqu’un de permanent, on essaie d’assumer un savoir sur les autres hommes, on essaie de correspondre à des tas d’idées préconçues, on essaie d’être une abstraction, on essaie d’être un individu de série, on se sacrifie pour une cause abstraite qui ne voit que son intérêt, il s’enfuirait en courant en criant : au fou !

Ainsi, le mot impose sa loi de l’extérieur aux pauvres humains. Ils doivent s’adapter à sa nature, se plier à ses exigences, se contraindre à lui ressembler, se soumettre à ses caprices, servir de souffre-douleur, d’esclave, en faire un but. C’est le pouvoir exorbitant et tyrannique du référent, de l’Homme, c’est la nature de l’Homme, sa manifestation.

Cet Homme, sa pensée, que les mots représentent, est une image mentale déconnectée de la Vie, évanescente, intangible, fascinante, spectrale, récurrente, harcelante, exténuante, opprimante. On devient malheureux dès qu’elle approche, dès qu’elle se trouve dans les parages. Mais on ne la voit pas arriver. Elle s’infiltre, s’étend, envahit la conscience subtilement, comme une humeur, un nuage, insensiblement. On prend surtout conscience de la présence douloureuse d’un moi ou d’un je, né par disjonction, et pour servir de souffre-douleur.

A suivre …..

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