LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

13 juin, 2011

LES MOTS : PROCES ET JUGEMENT, 3

Classé dans : Maltraitance,Mot — inconnaissance @ 9:50

Chaque fois que l’on invente ou que l’on détourne métaphoriquement un mot pour désigner, définir, caractériser, qualifier, décrire, évoquer etc les êtres appelés humains, aller au-delà de la réalité sensible physique des hommes pour parler de leur esprit, de leur âme, de leur conscience, de leur psychisme etc etc  on crée un modèle humain, une catégorie générale, une essence, quelque chose qui serait commun à tous les individus.

Pourquoi exactement ?

Chaque concept humain n’est pas destiné à une seule personne, il n’est pas spécial à un individu particulier, il n’est pas réservé à un seul et unique individu. Le mot est toujours général. Même lorsqu’il a pour vocation de décrire une personne (un cas), il se propose d’être valable pour un grand nombre de personnes, il range cette personne dans une catégorie en même temps que bien d’autres. Esprit, âme, conscience psychisme, tous les mots concernent, réellement ou potentiellement, tous les individus.

En conséquence :

A chaque fois, automatiquement, on crée une catégorie extérieure, objective, étrangère de par le fait que l’individu particulier fait maintenant partie d’un groupe, un groupe qui le surplombe. Ce mot ou ce concept qui surplombe chaque individu lui échappe, ce n’est plus quelque chose qu’il peut assumer tout seul. 

« Dès l’aurore, dis-toi par avance : je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un insociable. Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance des biens et des maux » (MARC-AURELE .- Pensées pour moi-même) 

Tous ces mots sont des catégories générales.

Qui va assumer la catégorie générale ?

Voulez-vous faire partie de ces concepts généraux, satisfaire les conditions ?

Pour faire partie de la catégorie « homme », il faut satisfaire un certain nombre de critères que l’on peut trouver dans les bons ouvrages ou auprès des meilleurs spécialistes. Vous pourrez alors enrichir cette grande, magnifique humanité. Ou sur la base de quelques indices prévus,  vous serez mis dans la catégorie : ingrat.

On peut remplacer le mot « désintéressement » par n’importe quel concept humain dans la citation suivante :

«  Où commence le désintéressement ? Précisément au moment où un but cesse d’être notre but et notre propriété et où nous cessons de pouvoir en disposer à notre guise, en propriétaire, lorsque ce but devient un but fixe ou une idée fixe, et commence à nous inspirer, à nous enthousiasmer, à nous fanatiser, bref, quand il devient notre maître « (MAX STIRNER .- L’Unique et sa propriété)

Qui va s’occuper des intérêts de ce concept de valeur, de cette idée ou de cette catégorie ?

La catégorie a pour seul et unique but, sa propre cause : son intérêt, son bien, son profit. Elle est autonome. Et maintenant, chaque individu est à son service. On peut dire par exemple : la cause de la charité ne connait qu’elle.

Qui va veiller à ce que chaque individu soit au service de l’idée (idée de nation, de patrie, de parent, de morale, de piété, de citoyenneté etc)

Il faut un contrôle, mais le mieux, c’est que chaque individu intériorise, fasse siennes ces conditions. D’où l’importance de l’éducation, de la diffusion des idées établies, des techniques de persuasion, d’où la mise en valeur de ces idées, d’où la multiplication des catégories.

Tous les mots à propos des hommes étant des conditions à satisfaire, plus le nombre de mots augmente, plus le nombre de conditions à satisfaire augmente et plus la pression sur le sujet augmente..

Nous vivons sous la coupe de ces catégories humaines. Nous ne sommes pas invités à faire partie de ces catégories, nous y sommes sommés.
Imaginons simplement que la moitié de ces mots n’existe pas, c’est autant de tracas en moins, c’est plus de liberté dans la spontanéité.

Dans la socio-culture, dans l’éducation, dans les relations, tout est organisé et déterminé en vue seulement de servir la cause de ces idées abstraites et générales.

Comme le démontre Max STIRNER dans « L’unique et sa propriété » nous n’avons plus affaire à l’arbitraire de quelques individus, mais à des catégories abstraites. Tout le monde les sert. Le fait que ce soit des idées abstraites, générales, permet d’étendre leur champ d’influence et d’absoudre ceux qui parviennent à parler en leur nom.

Dans les propos de STIRNER je remplace « égoïsme » par les mots en italiques « A quelque point de vue qu’on se place pour » me qualifier de ceci ou de cela, ou pour me vanter tel ou tel concept de valeur, ce point de vue « sous-entend toujours que l’on a en vue quelque chose d’autre que moi que je devrais servir de préférence à moi-même, que je devrais estimer plus important que tout le reste, bref, quelque chose en quoi je devrais chercher mon véritable salut « (Max STIRNER)

Autant de mots, autant de maîtres pour m’asservir, me persécuter, m’humilier, me culpabiliser.

L’irréductible séparation peut être décrite d’une autre manière. Dans toute pensée, le temps est un futur ou un passé pensé. S’il y a pensée d’un soi supérieur, c’est la pensée d’un soi futur dans la pensée d’un futur. Il en sera toujours ainsi. C’est toujours une projection Ce soi est projeté, il appartient à un autre monde, une autre époque. Jamais le présent ne peut être pensé. Tant que nous y pensons, nous n’y sommes pas. Quand nous n’y penserons plus, plus de question. C’est une excellente façon de ne jamais vérifier que ce modèle existe. Nous ne saurons jamais si nous sommes ce que nous voulons être.

Si cet être supérieur n’existait pas ?

Cet être supérieur grâce auquel je me pense par disjonction est posé comme n’étant pas moi. Sans cette différence, je ne pourrais me penser, me poser, m’affirmer, le je « n’existerait pas. Dans ce sens, mon malheur semble être de mon fait. Il faut simplement que je prenne le mot au sérieux, que le mot soit vu comme contenant la réalité, sans quoi je ne peux pas prendre « je » au sérieux.

Soit le mot en rapport avec vous est légitime – vous avez accordé du crédit à tous ces propos au sujet des êtres humains dispensés par les cohortes de malfaisants – et c’est fichu – pauvre de vous – soit c’est une pantalonnade.

Le mot nous met sous la coupe d’idées qui nous échappent et nous dominent, qui ne nous quittent pas d’une semelle parce qu’elles sont en nous «  Est-ce que par hasard, je serais affranchi d’un despote lorsque, au lieu de le redouter personnellement, je me mets à redouter toute atteinte à la vénération que je m’imagine lui devoir ? « (Max STIRNER) sommes-nous vraiment plus libres et plus épanouis qu’autrefois ?

Si le mot est notre maître (but et référent) , nous sommes tyrannisés par une multitude de maîtres. Le malheur c’est : se reprocher de ne pas parvenir à être conforme à la catégorie et se faire violence pour essayer d’y arriver. La catastrophe c’est : transmettre cette maladie mentale à ses enfants.

De plus en plus d’enjeux, de responsabilité pour le je. De plus en plus de problèmes. De plus en plus de catégories comme repères et donc encore plus d’enjeux et de problèmes. Cela va très mal finir.


12

CGT-Energie Anjou 49 |
Bella et le syndrôme " BALBOA" |
Jeunes dans la ville |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Pensée..!?
| targuist
| Gabon, Environnement, Touri...