LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

2 février, 2016

JE SUIS LES AUTRES

Classé dans : Medias — inconnaissance @ 12:54

plutôt que « je suis un autre » comme disait RIMBAUD

Les médias, surtout télévisés et radiophoniques sont une image caricaturale de la société ou de la vie en société. En analysant les premiers, on comprend mieux comment fonctionnent la seconde.

Et on peut commencer par la caricature de la caricature. Soit un homme politique ou un événement à dimension politique. Dans les deux cas, les médias en « feront des tonnes » à leur sujet. Mise en valeur extrême. Omniprésence sur les chaînes. Commentaires des journalistes, interviews, commentaires des commentaires et des interviews. Les commentaires de journalistes et des éternels politologues deviennent des événements par eux-mêmes dont on parle sur les autres chaînes. Matraquage donc. A la suite de quoi on fera un sondage ou on ira interroger des gens de la rue. Pour ne pas paraître idiots mais informés, pour être « positifs » comme on dit, les interviewés prendront en compte tout ce qui précède et iront dans le sens des propos qu’ils ont entendus dans les médias.

Quoi ? Sur quoi d’autre se baseraient-ils ? Ne pouvant juger sur pièce, leur référence, ce sont les médias.

perroq

D’où nouvelle occasion d’en remettre une couche.

Les politiques, pour se faire connaître, pour leur image, pour leur propagande, pour leur influence, dépendent complètement des médias. Sans eux, ils n’existent plus. (ce ne sont pas quelques meetings non couverts par les médias qui vont changer les choses.) Non, ce qui pourrait changer les choses, c’est que plus personne ne regarde la télévision et n’écoute la radio. Mais ce n’est pas demain la veille.

Le sondé, l’interviewé, le politique font donc référence à la vérité médiatique. Ils se construisent une identité, une image conforme à la doxa médiatique. (d’ailleurs le journaliste mène le jeu, il peut même se permettre d’être vicieux, infecte, sans scrupule, offensant avec qui il veut. De toute façon il s’abstrait. Ce n’est pas lui, c’est le jeu, le métier. Attaqué, c’est sa profession, la liberté d’informer qui est remise en cause. Cool ! ) Et étant donné le déferlement continu de commentaires, cette doxa a pris des dimensions considérables. Si les personnes ci-dessus pensent ceci, s’ils sont pour ou contre cela, nul doute que c’est parce que cela correspond à l’air du temps concocté par les médias. (les images des reportages elles-mêmes ont le sens que les commentaires leur donnent.)

meresur

Maman moderne surmenée

meresur

Enfants-rois tyranniques

Lavage de cerveau dans la douceur.

On voit donc se constituer des personnalités sur la base de tout ce que les médias mettent en valeur ou condamnent. Le monde dans un rectangle. Les idées courantes servent de référence, ce qui est répété devient vérité. Et le public absorbe comme une éponge, sans chercher plus loin.

En fait, les politiques sont sur-représentés parce que les médias ont beaucoup trop d’importance, mais les propos des premiers n’ont vraiment pas beaucoup d’intérêt.

C’est exactement ainsi que fonctionne la vie en société. Mais faisons d’abord un détour par nos intellectuels et penseurs. Eux aussi font écho à ce qui se dit couramment sans chercher à vérifier si c’est vrai. C’est obligatoire, car dès que l’on a comme souci, comme thème de réflexion, d’étude, comme raison de penser, le bien collectif, la santé de la société, l’avenir de la communauté nationale ou d’une autre communauté – et c’est presque toujours leur cas, ils se sont auto-confiés cette mission – automatiquement, on est obligé de faire référence à tout ce que l’on appelle « culture ». mais la culture telle qu’elle se manifeste, se dit, se pratique (vous savez, celle que l’on démolit en ce moment) Or, ce sera toujours l’idée que chaque intellectuel se fait de ce qui unit culturellement une communauté ou une collectivité.

S‘ils parlent de tout cela, c’est parce que la société repose là-dessus et que c’est ce qu’ils considèrent être leur job. Penser la collectivité, la société, une communauté implique que l’on se réfère justement à ces éléments censés être communs. (et viennent les grandes réflexions éthiques…)

Ils généralisent nécessairement et ils tiennent à cette généralisation car elle leur permet de penser la société, la collectivité. Le (concept) c’est ceci….dissertation ; le (concept), c’est cela….dissertation.

Tout le contraire de quelqu’un qui tient à exprimer seulement son vécu, son sentiment par rapport à ce que désigne chaque mot, sans aucune intention d’en faire un système..

Exemple : la République. Soit c’est celle, plus ou moins objectivée à laquelle tout le monde est censé se référer, (généralisation) soit c’est son vécu personnel en rapport avec des éléments concrets de la République. D’où la République : soit c’est le totem de l’époque,

tote1

soit c’est, de son propre point de vue, du pour et du contre.

Cette culture, ce sont les devoirs dont nous parlions précédemment, ce sont les valeurs politiques, artistiques ou morales, ce sont les idéaux, ce sont les mythes. Rien de tel que d’assister à un débat où plusieurs d’entre eux sont réunis. A tous les coups on constate qu’ils ont des idées intéressantes, intelligentes, mais qu’ils sont en désaccord, parce qu’ils ne parlent pas de la même chose. Ils se répondent, mais l’un traitait de tel aspect collectif et l’autre traitait de tel autre. L’un avait telle idée d’une valeur et l’autre telle autre idée. Et ce à quoi ils se référent n’est jamais explicité pour être confronté. Les propos se succèdent en ne se rencontrant jamais.

C’est qu’il est quasiment impossible de se mettre d’accord sur une culture qui serait commune, des devoirs qui seraient communs, des valeurs qui seraient communes, des idéaux qui seraient communs. Allez-y, avant d’échanger vos idées sur n’importe quoi de culturel, mettez-vous d’accord sur ce dont vous parlez. Essayez. Non, comme dans les médias, le but est de faire des commentaires sur des commentaires, (commentaires de journalistes ici, commentaires d’une société ou de ses représentants là) et de se constituer une personnalité sur la base de ce que l’on aime dans ces commentaires courants.

Il est vrai que cela peut contribuer à fabriquer une doxa à un certain niveau. Mais attention, attention ! Quand une doxa commence à se former et à se propager, d’autres intellectuels qui sont pour une autre doxa montent au créneau. Amusant !

Et ceux qui ont du pouvoir et décident sans barguigner (ah, tiens , je vais mettre en valeur telle catégorie de personnes) peuvent parler de « pseudo-intellectuels » (ceux qui leur déplaisent) .

Allez, il arrive que l’on se fasse une idée assez précise de ce dont ils parlent et que leurs propos soient intéressants. .

Dans la vie sociale, c’est pareil, surtout quand certains facteurs sont puissants comme : être conforme en paroles et en actes c’est à dire être très soucieux d’être comme il faut, appartenir coûte que coûte à la collectivité (ou la communauté) , donner une grande valeur à cette collectivité, la prendre pour modèle, être très dépendant des autres, de l’opinion des autres, de l’amour des autres, de l’approbation des autres. (le politiquement, socialement, psychologiquement, intellectuellement correct)

Alors on ne se réfère pas seulement à l’air du temps concocté par les médias – même s’il compte de plus en plus – mais à celui qui a cours dans la société (conversations, informations diverses, autorités, modes, coutumes, discours établi etc) on ne se construit pas une identité uniquement sur la base de ce que disent les médias mais sur la base des devoirs, valeurs, idéaux apparemment en vigueur dans la société.

Tout cela a pour effet ou pour but de donner de la consistance, de l’importance au moi, de favoriser la personnalisation. On en vient à se dire  : je suis responsable, ce que je fais a de l’importance, mon choix, mes pensées sont importants, je deviens moi-même un sujet de réflexion ou de recherche. Un enjeu. Là aussi, le moi se nourrit de ce que l’on considère comme le bien de la collectivité ou de la communauté, comme important pour la santé, l’avenir de la société.

Le narcissisme rejoint, en quelque sorte, le citoyen, ou le souci des autres. En effet, à l’origine, le je est une création des autres, une idée des autres, de la langue et l’est resté. Et on a toujours eu besoin des autres pour se penser. Alors on peut être sûr que le souci de soi, l’idée de soi, sa propre identité, ont toujours besoin des autres. Penser à soi, c’est servir les autres, faire exister les autres en soi. .

Les autres sont d’abord intérieurs. S’ils n’étaient qu’extérieurs, ils auraient à montrer leur existence, à justifier leur intervention, et on verrait ce qu’il convient de faire. Et un discours à leur sujet, en leur absence, tomberait à plat. Mais les autres sont déjà là, en soi, avant d’apparaître à l’extérieur. C’est cette image intérieure, son effet, son pouvoir, sa nature, son univers psycho-sentimental qui comptent. L’union psychoaffective avec quelqu’un préexiste à la relation (prenez, en pensée, n’importe qui, et voyez quelle image globale, quelle sorte d’image vous vous en faites)

Plus les autres en soi sont présents, plus le moi est pesant.

Patience, on est né et on a vécu un certain temps sans le moi, on le quittera au moment de mourir ou, plus tôt encore peut-être.

Si on a un sentiment, une opinion à propos de ce qu’on pense, de ce qu’on dit, de ce qu’on fait de ce que les autres pensent ou disent ou font, il y a de fortes chances que le plaisir qui accompagne ce sentiment ou cette opinion vient du fait que l’on pense être approuvé par tout le monde, que c’est ce qui est « coté à l’argus » pas du fait que ces pensées, paroles, actions sont justes et qu’elles produiront un bon résultat . Qu’est-ce qu’on en sait ? On sait à peu près ce qu’on fait, on ne sait pas ce que fait ce qu’on fait. Non, le plaisir est comme à l’origine.. .

Rien de tout cela n’a prouvé sa vérité, c’est juste pour être comme tout le monde. Mais pas de souci, il ne sera bientôt plus possible de croire qu’il y a du commun, un air du temps régnant. La désagrégation est en marche.

En attendant, quand même, si d’autres sont capables de susciter ce plaisir avec des idées, ils ont gagné. Les bonimenteurs savent très bien quels devoirs, quelles valeurs, quels idéaux, quels mythes nous enflamment et nous mobilisent. Avec un moi, cela marche à tous les coups. Il a tant besoin qu’on l’aime et qu’on lui fasse plaisir. Mon amant de Saint-Jean. « car on croit toujours, aux doux mots d’amour, quand ils sont dits avec les yeux «  Mon psychologue de St-Jean, mon spirituel de St-Jean, mon politique de St-Jean etc

« Je restais grisée, Sans volonté, Sous ses baisers. Sans plus réfléchir, je lui donnais Le meilleur de mon être Beau parleur chaque fois qu’il mentait, Je le savais, mais je l’aimais » 

Autres (avec un A majuscule comme Amour) +jugements à portée générale + élément jugé standard = références ou repères hors de soi..

CGT-Energie Anjou 49 |
Bella et le syndrôme " BALBOA" |
Jeunes dans la ville |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Pensée..!?
| targuist
| Gabon, Environnement, Touri...