LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

27 août, 2015

APOLOGIE DU MENSONGE

Classé dans : Mensonge — inconnaissance @ 14:35

Pouvons-nous, devons-nous fonctionner comme le langage, avoir la nature des mots, être engagés par eux, vivre conformément à nos pensées, leur obéir , faire de certaines pensées la vérité de notre vie ? Est-ce que c’est notre idéal ? C’est, en tout cas, ce que veut la société, la culture, d’où leur permanents et gigantesques efforts pour nous enseigner.. (Pour certains, certains écrits sont même sacrés ou sont la Vérité de Dieu. Rien que ça !) Et c’est une idée à la mode : vivre sa propre philosophie. (Vivre = philosophie) Mais il s’agit toujours de vivre conformément à une certaine pensée, conformément à sa pensée (celle que l’on croit sienne, il y a encore des gens pour le croire) ou vivre conforment à la pensée d’un autre (alors là, on va de la religion à la politique en passant par toutes sortes de maîtres à penser)

C’est tentant et tout est fait pour que nous acceptions de fonctionner ainsi. C’est tentant parce que c’est un moyen de ne pas tout à fait disparaître après notre mort, un moyen d’être connu par des gens qui ne nous ont jamais rencontrés, un moyen d’agir sur l’esprit de gens que, souvent, nous ne connaîtrons jamais. Bref un moyen d’acquérir une dimension fascinante, de compter, peut-être dans l’histoire..

Et tout va dans ce sens parce que le langage sert de référence commune. C’est le principal outil de communication. Mais l’outil devient un but en soi, une valeur en soi, un maître. On ne parle que du sujet parlant (il a dit ceci, il a écrit cela) D’où la considération pour les hommes d’honneur, de parole, pour les écrivains, pour les orateurs etc.

C’est ainsi que l’on construit une société : à coups de textes, de discours, de valeurs (soi-disant) partagées censées engager tout le monde, s’imposer à tout le monde. Mais prétendre détenir la vérité en défendant un Etat ou des valeurs, c’est la même chose. C’est mosieur ou madame « jesuislechefdelasociété » qui fait ça. Et nous ne cessons jamais soit de nous fier à des paroles soit d’essayer de deviner le sens même de l’invisible ou de l’informel (la pensée qui est derrière). C’est la pensée en action. La société a d’autant plus d’emprise sur les individus que le langage a de prix et d’importance pour les individus. Rapport aux individus : plus ou moins d’exigences et de pression, plus ou moins d’extension. Cela peut aller jusqu’à un truc comme « 1984″ d’ORWELL. Le mot crée la chose, il doit créer la chose, on doit être créé par les mots. Et les mots créent les choses et nous créent en effet puisque c’est grâce aux mots, à travers les mots que nous avons conscience des choses. Seulement il n’y a pas que cela comme on voudrait nous le faire croire.

La société veut se conserver (évidemment puisqu’elle est le référent et le but ultimes) Le langage est conçu ainsi. La société veut des lois générales, le langage est fait ainsi. La société et les mots classent, catégorisent tout. La société veut une hiérarchie. Le langage compare, juge. Construire une vision du monde, de la vie, cela s’appelle penser, écrire, instituer. C’est la civilisation. Si ce n’est pas gravé dans le marbre, c’est inscrit durablement quand même. Les archéologues en savent quelque chose.

On parle beaucoup du droit à l’oubli sur internet. C’est tout à fait un faux débat. On ne pourra pas cacher longtemps la vraie question qui est : le droit au changement, le droit au mensonge, le droit de ne pas être engagé par ses propos ou ses productions culturelles ou de ne pas être identifié à elles. Comme disait TALLEYRAND : « la parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée » Déguiser, c’est rendre méconnaissable. Rendre méconnaissable c’est donner à l’autre l’occasion de se faire des idées fausses et ne pas les corriger.

L’accord nous engage. Le sens nous engage, surtout s’il implique l’autre. Notre engagement nous engage (penser un comportement d’engagement – exemple s’inscrire dans un parti – c’est penser l’engagement du comportement) .

Nous avons amplement montré qu’un échange ou une conversation est une violence en soi. C’est d’emblée, par définition, une violence. Ses lois, son objectif obligent à se falsifier, à se mentir, à se soumettre à des règles non voulues. Le simple fait de parler ou d’écrire, nous met déjà en fâcheuse posture tant l’écart est grand entre l’économie de l’être vivant et les structures fondamentales du langage. Langage = fixité ou permanence, saucissonnage du monde, généralisation, accords illusoires sur les mots (le changement, c’est maintenant ha ha ha hi hi) , rapports prédéterminés entre le sujet et les objets entre les objets eux-mêmes par exemple. Est-ce que l’être vivant, plongé dans le monde, interagissant avec lui, fonctionne ainsi ? Non bien sûr. Est-ce qu’il souhaite fonctionner ainsi ? Non plus. Pas de jugement, seulement cela ne colle pas. Les sens, par exemple, fonctionnent d’instant en instant, pas de cohérence ou de continuité nécessaires. La spontanéité exclut la généralisation. L’organisme ignore le bien et le mal, la cohérence ou le saucissonnage. Donc prendre au sérieux ce qu’on dit ou écrit est dommageable. D’emblée, il y a lutte, et le vainqueur soumet l’autre à sa loi. Violence du langage, ou violence de la société ou de la culture qui a un culte du langage et impose son règne. Quand le verbe gagne en pouvoir, en importance, c’est l’être vivant qui en pâtit.

Le mensonge ou la contradiction sont, alors, un crime de lèse majesté, un sacrilège. On a osé ridiculiser le maître. (mépriser la permanence, récuser la généralisation, se moquer de l’accord, refuser le saucissonnage, attenter aux logiques prévues) Ce qui est le plus important dans le langage, c’est sans doute la permanence. Elle est indispensable à la mémoire, à la continuité, au projet. La mode actuelle du présentisme, (forme moderne et extrême du carpe diem) manifeste la prise de conscience plus ou moins claire et judicieuse de ce fait. Mais il faut dire aussi que nos valeureuses et magnifiques élites pommadées ont quand même pas mal écorché l’auréole du maître avec leur cynisme, leurs trahisons et leur sectarisme chroniques.

Si on est déjà en décalage, en rupture avec le langage, pour de bonnes raisons, pour se protéger, à plus forte raison n’est-on pas responsable du sens que les autres donnent à nos propos.

Si la liberté nous est essentielle, tout ce qui tente de la restreindre ou de l’entraver mérite une réponse adéquate (contre attaque proportionnée) de notre part.

Connaissez-vous une parole mensongère qui soit comme l’instant zéro de l’univers (instant zéro qui n’existe d’ailleurs pas). Ou au moins connaissez-vous quelqu’un qui, de façon gratuite, inattendue et délibérée ait proféré un mensonge ? C’est rare, en politique oui.. La parole mensongère vient toujours après quelque chose, elle s’intègre dans quelque chose. Or, il est rare que l’on donne à l’examen de ce quelque chose un peu d’ampleur ou de profondeur tant on est pressé, généralement, de condamner le menteur. Pourtant le mensonge est un moyen de se défendre contre une atteinte à sa liberté. Remarquons que ce qui caractérise un échange entre deux amis sincères, proches, qui se font totalement confiance : c’est l’absence de pression, l’absence d’exploitation des mots, le respect de la liberté de l’autre.. Plus il y a de liberté, de non engagement et moins il y a de mensonge.

A l’inverse pourquoi, de quel droit attente-t-on à la liberté d’autrui ? Au nom de quoi ? D’une grande cause, du Bien, ou du service d’une autorité quelconque la plupart du temps. On le fait dans l’exercice d’une fonction. C’est pas moi qui attente à sa liberté, c’est ma fonction ! (en tant que) bien sûr. ! !

Il est trop facile de faire pression voire de coincer quelqu’un qui se sent engagé par le moindre de ses mots, quand soi-même on est en dehors de tout engagement, ou que l’on s’abstraie en jouant simplement le rôle du représentant du langage. (exemple la police)

- Vous nous avez dit que bla bla bla

- Ah ouais, c’est ce que les mots semblent dire, mais vous n’êtes pas, à ma connaissance, le porte-parole officiel des mots. Alors à part cela, vous, qu’est-ce que vous dites ? Rien ?

Qui ne s’est pas trouvé, un jour, dans la situation embarrassante de choisir entre trahir délibérément sa propre parole et s’identifier au sujet de sa propre parole dans un contexte où cette parole est utilisée par quelqu’un d’autre dans un certain but ? Les deux solutions paraissent alors détestables. Mais la première est le plus souvent celle qui dégoûte le plus. Et c’est justement ce qui prouve que l’on s’est identifié au sujet parlant, que l’on a fait du langage la vérité de soi. Et c’est ce qui montre de la façon la plus éclatante qu’un mensonge complètement accepté, déculpabilisé, est un moyen efficace de préserver sa liberté – la liberté de l’être vivant – contre toute tentative de la réduire à rien, contre la tyrannie du langage. C’est ce qui montre encore que la logique de la parole est différente, étrangère, à la façon de fonctionner de l’être vivant. C’est ce qui montre enfin que la logique de la parole règne tellement bien que celui qui s’appuie dessus est sûr de gagner.

Surtout, cela démontre de façon incontestable, que la parole sert de référence commune. Et c’est là que se trouve le noeud de l’affaire. Imaginez une situation où (suprême cruauté) on déclare tout son amour pour la personne qui se trouve en face en même temps qu’on la gifle. Voilà un portait extrêmement résumé de la société.

fessenf

                              Qui aime bien, châtie bien. Et vlan !

Que penser, que croire ? (être pour la justice sociale – discours – et aggraver les inégalités de richesse) Eh bien souvent, ce sont les paroles qui l’emportent. Fais-moi mal Johnny Johnny.

Ce n’est pas tout, c’est que l’atteinte à la liberté peut être sourde, diffuse, ancienne, progressive, obscure.. Elle peut s’être installée lentement, progressivement, insidieusement, comme dans l’éducation. Au début, plein de confiance, l’enfant est sincère. Mais au bout d’un certain temps, il s’aperçoit qu’il s’est laissé enferrer. Il est coincé alors que la nouvelle atteinte à sa liberté est légère. D’où le mensonge qui, sur le moment, dans le contexte, parait inacceptable. Ce qui s’est passé, c’est que le sujet parlant, en cohérence avec tout ce qu’il a dit précédemment, est en contradiction avec l’être, l’individu. Mais pourquoi a-t-il été pris au piège ? Parce qu’il a laissé son interlocuteur – trop malin pour lui – le confondre avec le sujet parlant. Il a même entériné cela imprudemment. (Vas-y, mon petit bonhomme, mens ! Mens effrontément, car la partie n’est pas égale, pendant ce temps, les traquenards de l’adulte tombent à plat)

On n’a pas une nature de langage. Peut-être que, comme le disait LACAN, l’inconscient est structuré comme un langage, mais on ne se confond pas avec cet inconscient. Or, savez-vous que celui qui se sert du langage pour vous coincer ne fonctionne pas, lui non plus, comme un langage. Pour un faux-cul, c’est un faux cul. Un faux-cul, ça s’ignore, ça se méprise, ça s’écrabouille si possible. (exemple : les journalistes)

La référence commune ne doit pas être la référence commune. L’idée que son interlocuteur fait d’une parole quelconque une référence commune ( base de réflexion) ne doit pas nous influencer. Pour cela, la pensée de l’interlocuteur pensant à notre parole ne doit pas nous occuper. Le rappel de propos anciens ne doit pas nous intéresser (tiens, on est devenu célèbre, on nous cite !). La parole, comme la pensée, est un phénomène qui n’a rien de consistant.  Le mensonge n’est la plupart du temps qu’un moyen naturel d’échapper au pouvoir.

Super efficace cette importance, cette valeur, accordée au langage : de quoi donner le trac, de quoi paralyser ses facultés, alors que si on prend cela pour un jeu, c’est tout à fait différent.

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