LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

6 août, 2014

LA MERE JESUS

Classé dans : Mere — inconnaissance @ 20:22

L’amour dont il est question est plus particulièrement une fonction maternelle. Dans notre civilisation particulièrement, (mais pas seulement) l’amour maternel est synonyme de sacrifice, de soin , de réconfort, de consolation, de protection, de pardon, de compréhension. Le but : faire le bonheur de ses enfants, le rechercher sans cesse. Mais il faut bien constater que cet amour est très rarement exempt de possessivité. Il a toujours un peu tendance à être fusionnel. «  Les mères considèrent très longtemps (l’enfant) comme un morceau de leur chair » «  Ma mère était une mère juive très possessive, elle m’aurait bien remis dans son ventre «  (Serge REZVANI)

Bel exemple avec Jésus. La dimension maternelle de Jésus n’est pas celle qui vient à l’esprit de prime abord. C’est son caractère intransigeant et menaçant qui saute aux yeux en premier lieu. D’où l’intérêt de montrer en quoi, cette figure fondamentale de nos sociétés a à voir avec l’amour maternel dans ce qu’il a d’aliénant.

Possessivité ? Fusion ? Sacrifice ? Prenons comme fil rouge le concept : « coller » . Inaugurons-le avec cette lamentation-exhortation : «  « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes «  Soyez collés à moi.

Mais il n’est pas question de fusionner avec une personne en chair et en os, mais de coller mentalement, spirituellement, avec un être spirituel, mental, en vue d’obtenir le bonheur, la plénitude, la félicité. Comment s’y prendre ?

Ce qui imprègne subtilement nos relations, notre façon de voir le monde, ce qui leur donne une nature particulière et pourtant peu consciente, c’est le fait de coller aux émotions avec de l’émotion, aux sentiments avec des sentiments, aux croyances avec de la croyance, aux désirs avec du désir. C’est le fait d’épouser, d’embrasser un courant collectif, un idéal etc de croire à une complicité ou un accord entre les êtres.  Comme si nous reproduisions la relation que nous avions avec notre mère au début de notre existence. Et il faut bien avouer que cette croyance, cette confiance, cet élan, cette complicité, du début de notre existence ont bien été encouragés, approuvés, confirmés. Peut-être même que cela a duré plus longtemps que raisonnable. Peut-être même que nous n’y avons jamais renoncé. Persistance d’une figure maternelle idéalisée ou fantasmatique . Peut-être que nous rêvons, imaginons, supposons cela dans notre existence d’adulte. Une relation enfant/mère persistante. Un infantilisme persistant.

Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. «  Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme « Mais il vaut mieux, rester ou redevenir un enfant : « quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n’y entrera pas « Enfin un petit, il faut s’abaisser. « Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous «  « Mais celui qui se fera petit comme cet enfant, c’est celui-là qui est le plus grand dans le Royaume des cieux. «  Et question sacrifice, Jésus prétend avoir battu tous les records. C’est lui le champion !

A quoi collons-nous ? A tous les sentiments, à tous les jugements que les discours ne manquent pas de véhiculer. A tous les sentiments exprimés par les autres ou les groupes bien-intentionnés qui ne manquent pas de surgir. A toutes les démonstrations affectives de l’entourage qui ne manquent pas de se manifester. A tous les enthousiasmes associés aux idéals qui ne manquent pas de se vendre. Coller-serrer. Tout le monde il aime tout le monde. Quoi de mieux qu’une identité collective, que d’être ensemble, maillon d’une catégorie englobante pour ressentir ou espérer une union, une fusion totale ? On est tous égaux , pour ainsi dire pareils, dans le giron de cette catégorie garantie par la figure d’amour. Nianniantisation .

Ce qui est assez antinomique de « coller », ce qui voudrait dire « se décoller « , et qui serait ressenti comme de l’ingratitude peut-être ou de l’animosité ou de la mauvaise volonté ou un orgueil insensé, ou un manque de confiance etc etc  serait de vouloir réfléchir, comprendre, de vouloir examiner les choses,de revendiquer une indépendance totale en matière de sentiment. On colle pour ne pas faire cela. On ne se permet pas d’autres désirs, d’autres amours.

« les gens n’aiment pas que l’on suive d’autres routes qu’eux ». (BRASSENS)

Combien d’enfants sont en échec scolaire pour ne pas avoir su s’émanciper parce qu’ils ne se sentaient pas le droit de penser et de sentir par eux-mêmes, de mobiliser leurs propres ressources et leur propre désir en toute indépendance, de parvenir à des conclusions contraires aux croyances de son milieu familial.  Le personnage social, désintéressé, convenu (parent, maître) fera comprendre à l’enfant qu’il doit travailler parce qu’on le lui demande, parce que cela fera plaisir aux parents, au maître, parce que cela permet de s’intégrer dans la société, d’être utile, parce que ce serait honteux d’échouer etc On n’admet pas qu’il puisse travailler dans son propre intérêt, que réussir à l’école donne de bonnes chances d’avoir plus tard une vie agréable et intéressante. On peut faire le lien avec la volonté (ou le désir) de l’enfant comme en parlait STIRNER dans « le faux principe de notre éducation » Plus tard, on racontera au petit subalterne la même histoire : il doit se dévouer pour l’entreprise, pour la société etc et non pas viser son intérêt.

Nous parlions de compréhension, plus haut. C’est bien plus que cela. C’est plus que « ça colle parfaitement entre nous » C’est une unité, une symbiose entre la mère et l’enfant, même si elle est intermittente. « Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent « . « Ne vous inquiétez donc pas en disant : qu’allons-nous manger ? Qu’allons-nous boire ? De quoi allons-nous nous vêtir ? Ce sont là toutes choses dont les païens sont enquête. Or votre père céleste sait que vous avez besoin de tout cela »

D’autre part, l’amour maternel est inconditionnel. L’enfant n’a pas besoin de se justifier. Sa responsabilité est évacuée. Il n’a pas de conditions à remplir. Il lui suffit d’être son enfant. C’est au contraire le devoir, la responsabilité de la mère d’agir ainsi. Dans le christianisme, tous les hommes sont des enfants. « J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie, il faut que je les y amène «  Les chrétiens, tous ceux qui ont épousé la morale chrétienne ou qui s’en inspirent sans le savoir ou le reconnaître, ont un devoir de sollicitude, de secours, de charité envers tous les hommes. Nul besoin de réfléchir. La responsabilité, les devoirs, les droits de ceux-ci sont évacués. C’est inconditionnel. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. C’est l’amour à manifester pour se rendre digne du supposé amour divin. (voir article précédent) « Montrez-vous compatissant comme votre Père est compatissant «

La catégorie génère le groupe, le lien entre les membres du groupe est forcément bien plus sentimental, affectif que raisonnable .

Nous avons dit que la Mère était associée au bonheur. Elle désire le bonheur de ses enfants. Elle ferait tout, elle se sacrifierait pour que ses enfants soient heureux. En voilà un bel exemple d’abnégation, de désintéressement. L’aimer, c’est aussi lui ressembler. C’est un modèle à imiter. Et on veut aussi rendre heureux tous les autres sur le modèle maternel. Le devoir d’assistance, le devoir d’amour, s’étend et s’applique à tous les secteurs de l’existence, à tous les domaines. « Heureux les affligés, car ils seront consolésHeureux..etc» Il y a un présupposé comme quoi l’amour (contrairement à ce que disait BETTELHEIM) devrait suffire à éliminer tous les problèmes. Tout le monde, il est gentil, et tout le monde veut faire plaisir à tout le monde. Il suffit de demander. Bouillie affective. On voit à quel universalisme, à quel humanisme tout cela correspond. On se sent plus ou moins responsable de tous les malheurs du monde. « j’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli, nu et vous ne m’avez pas vêtu, malade et prisonnier et vous ne m’avez pas visité » résultat, je suis devenu encore plus étranger, encore plus nu, encore plus malade. Malheur à vous ! Ca en fait des soucis !

Tout cela n’est pas sans éclairer quelque peu la mentalité bien-pensante, bienséante, bienfaisante des Français. Charity-business ? C’est plus que ça. C’est toute l’époque.

Et inversement, ce qui est embêtant, c’est que, en retour, comme preuve d’amour, on épouse aussi le désir de la mère. On veut être heureux pour lui faire plaisir, pour ne pas la peiner. Son propre bonheur acquiert une grande importance parce qu’il correspond au désir de la mère. Et on a les attentes correspondantes à l’égard des autres. On reçoit comme une injustice, presque une impiété, le fait de ne pas être compris, aidé, aimé, heureux. On s’en sent coupable.

« combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes « sans leur demander leur avis.

 

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