LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

26 juillet, 2018

CHARGES DE MISSION

Classé dans : Mission — inconnaissance @ 12:58

Peut-on empêcher que l’on nous parle, que l’on s’adresse à nous ? .Je ne vois pas comment sauf à vivre complètement seul.

Peut-on empêcher que l’on parle de nous, peut-on contrôler la façon dont on parle de nous ?

Peut-on empêcher que l’on nous pense, que nous soyons un objet de pensée  ?

Peut-on cesser d’accumuler des connaissances à propos des hommes, de la société ?

Peut-on empêcher le monde de nous fournir des connaissances à propos des hommes, de la société ?

Nous sommes donc un sujet de conversation ou de pensée pour les autres. Qu’en résulte-t-il ?

proce

Peut-on se dispenser d’utiliser ces connaissances pour se penser ?

Peut-on corriger, modifier, arranger les pensées avec lesquelles on se pense ?

Peut-on cesser de se penser, (et de produire un soi-même) ? Cela, précisément, ne semble pas possible, à moins de redevenir un nouveau-né. .L’idée d’être quelqu’un, et quelqu’un de distinct, de séparé, n’apparaît que plus tard.

Les autres, le monde sont un sujet de pensée pour nous.

S’adresser à nous, nous parler, parler de nous, nous penser ….On comprend que l’on naît au monde de la parole, que l’on devient quelqu’un (qui ?) dans ce monde, en fonction de ce monde, grâce à ce monde de la parole. Que ce monde de la parole soit stupide, dépravé, violent, faux ou pas, il nous enfante. . (L’enfer ? Il suffit de naître chez des abrutis pervers. Ce n’est pas éternel, mais c’est terriblement long ) Au fait, comment est-il ce monde ?

- vous êtes ceci, cela

- la ferme !

Utiliser ces connaissances pour se penser …on comprend que l’on échafaude un monde en rapport avec ce quelqu’un, ce soi-même ainsi créé. .

Il faut bien comprendre que du fait de cette immersion dans le monde de la parole, on accepte, on trouve tout naturel que l’on nous interpelle, et même que l’on s’octroie des droits sur nous en nous inscrivant d’office dans une pensée ou une parole.  Il en a toujours été ainsi, n’est-ce pas ? Ce monde est devenu le monde. Mais est-ce si normal, si honnête que cela de s’adresser à nous, de nous interpeller en fonction ou à partir de pensées à notre sujet à la fois secrètes et peu soucieuses de la vérité ? Est-il prudent d’accorder du crédit à l’idée de soi ainsi suggérée voire de s’identifier à elle ?

- vous avez …

- vous avez dit vous, mais ce vous n’est pas moi, je ne suis pas celui auquel vous pensez. .

La chair s’est faite verbe et elle a foutu la m….

« Il faut faire le récit de soi «  déclare CYRULNIK sur France Culte . A qui parle-t-il ? . A nous ? Qui lui donne le droit de nous charger de cette mission ? (Il faut) Qui lui donne le droit de nous interpeller ? Il croit avoir quelques connaissances en fonction desquelles il croit que nous pouvons être celui auquel il s’adresse.. Bah, pour moi, (+a) + (-a) = zéro. Car je pense aussi à « Tu dois abandonner l’histoire de ta vie «  (Miguel RUIZ) CYRULNIK, en bon représentant de la caste des psy, tient beaucoup à ce que nous restions toute notre vie identifié au sujet de la parole (au quelqu’un ci-dessus) , car bien sûr, on va faire le récit de soi avec tout ce que les autres et nous-mêmes ont conclu sur soi au cours de notre existence. Et au bout, il y a des chances que l’on veuille être quelqu’un d’autre que ce qu’on croit être. Être B au lieu de A. Mais si A est faux …. !

On parle de nous donc, on s’adresse à nous, on nous interpelle tout le temps, (ou on se laisse interpeller) en utilisant des mots qui ne peuvent qu’activer des choses qui sont ou devraient être en nous : toc toc y a quelqu’un ? Ah vous êtes là : «  fin du délit de solidarité, début de l’hospitalité ? «  (France Culte) . Hospitalité ? Mais c’est pour moi ça. (l’hospitalité, vous savez, qui fait partie de telle façon de penser qui s’intègre dans telle conception…Il y avait un vous dans ce mot)

La dualité soi-pensées prend le pouvoir, sauf si on est soudain conscient de l’effet de la pensée sur ce sujet.

On peut même réaliser que cette dualité soi-pensées était au pouvoir dans sa vie, on peut réaliser que ce processus de création d’un quelqu’un par la pensée ou la parole ne date pas d’hier. On peut, dans un éclair de lucidité, assister à sa propre mise au monde par une pensée. . On sent quand un champ de forces s’établit entre une pensée et soi nous ôtant toute latitude. Et même, souvent, on sait d’avance quand on se trouvera dans la situation où on sera la dupe de ses pensées, incapable de prendre de la distance par rapport à elles. Ce sont vraiment des moments où on est pris, sans comprendre pourquoi, dans ce monde du sens ou de la parole, où on vit, péniblement, son emprise. La vie, c’est plus ou moins cela. Cela peut être la pensée de n’importe quoi. Cela intervient à tout bout de champ. C’est le moment où l’on passe d’une simple perception assez brute, comme ça : «Petite, ronde de partout, grasse à lard, avec des doigts bouffis, étranglés aux phalanges, pareils à des chapelets de courtes saucisses ; avec une peau luisante et tendue, une gorge énorme qui saillait sous sa robe, «  (MAUPASSANT – Boule de suif) à une implication de soi qui n’a rien à voir avec un désir conscient et assumé mais tout à voir avec un flot affectif.

On peut, en regardant en arrière, prendre conscience de ce dialogue habituel, intense entre soi et les pensées On peut s’étonner de l’effort permanent du soi pour se mettre en adéquation avec les pensées. Et se dire : mais mais, mais c’était moi ça ! .On prend conscience qu’on est bel et bien ce sujet du verbe ou de la parole. . C’est comme si, à un moment donné de notre histoire, les mots, la parole avaient gagné, étaient devenus la réalité, et qu’on ne vivait plus, ne fonctionnait plus que dans le monde de sens qu’ils créent. On s’immobilise pour assister, médusé, à cette naissance qui continue encore et encore. On voit l’origine de ce qui nous crée, on voit le personnage en train de naître.

Cela peut être un choc de constater qu’on n’est jamais sorti de ce dialogue, qu’on n’a jamais cessé de vouloir faire correspondre pensées et soi-même ; Mais chaque personne, chaque chose ou chaque situation dépend complètement des pensées que l’on a à son sujet, si on n’en a pas, elle peut toujours courir.

D’abord, il n’y a pas d‘au-delà de la parole pour le penseur de cette parole (dans l’instant, il n’y a que cette parole) . Et il n’y a pas d’autre monde que cette parole pour celui qui se pense avec cette parole. Si j’adhère à l’idée qu’il faut que je fasse le récit de moi-même, si pour moi cette idée a de la valeur, je suis défini, déterminé par elle. Je vis dans ce monde-là. Je suis le chargé de mission de cette idée-là. Le chargé de mission agit. Avec quelle vie, quelle énergie ? La mienne. Restez immobile intérieurement, restez indifférent, et cela s’arrête. Dans « il faut faire le récit de soi » il y a une promesse. On est séduit par cette promesse.

Quel est le problème ? Le problème est que la pensée qui est la nôtre à un moment donné est un problème , et c’est alors le problème du sujet. Mais alors pourquoi accueille-t-on cette pensée source de soucis ? Parce son thème a de la valeur. « un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets «  (JP SARTRE France Culte) Regrets , problème. Enfant, problème, Soi problème. Vie problème ; Hospitalité, problème. Mes valeurs, problème. Mes défauts, problème. Tout ce qui n’existe que dans l’esprit et nulle part ailleurs est un problème. De quoi alimenter un dialogue intérieur perpétuel. Mais c’est important. Il faut assumer sa propre importance. A chacun ses problèmes et son rapport à eux. « Et la tendresse bordel ! « :  https://youtu.be/Sfm-zJLYWB8?t=612

On est le chargé de mission de toutes les idées qui ont de la valeur, de l’importance pour nous, de toutes les idées auxquelles on a adhéré. En tant que chargé de mission, on est convaincu de sa propre importance.Le chargé de mission d’une idée de père ou de mère, le chargé de mission d’une cause, d’une religion, le chargé de mission de l’entreprise dans laquelle on travaille, le chargé de mission des valeurs auxquelles on croit, le chargé de mission de « soi », de « hospitalité «  etc Côté pile : valeur, importance gratifiantes pour soi. Côté face : problèmes insolubles, soucis constants. Ces problèmes à n’en plus finir apportés par la parole tiennent le sujet occupé.

Ainsi donc, on n’a jamais été que la dupe de ce processus qui n’a jamais de fin. Je pense, je me pense. On me pense. Je me pense . On n’a jamais été qu’un jouet. On n’a jamais été que la dupe de ceux qui savaient être persuasifs, convaincants, de tous ces beaux parleurs si sûrs d’eux-mêmes. .Sans trop le savoir, on languit toujours après une libération qui consisterait à rejeter cet étau

Notre existence se justifie en tant que nous sommes le chargé de mission d’une société, entendez par là qu‘on donne un sens à sa vie parce qu’il faut donner un sens à sa vie, et que ce sens correspond au désir de la société. (un désir qui s’exprime dans la culture) Il nous est ainsi extrêmement difficile de supporter l’idée, surtout quand on est petit et totalement vulnérable que l’on est haï, rejeté. La seule raison que l’on peut donner à notre existence est le désir de l’autre que nous existions.(sinon, on l’a vu, mystère insoluble, et notre ignorance est absurde) , Nous n’avons, pour commencer, aucune autre raison consciente de vouloir exister (mais qu’est-ce que je fiche là moi) que le désir de nos parents que nous existions. Les plus grands désespoirs ou les plus grandes dérélictions sont pour les enfants.

marty

https://youtu.be/TbeDm0haLUQ?t=820

 - ce sont vos parents, ils vous ont donné la vie

- oui, je sais quelle vie ils m’ont donnée, tuez-les !

Mais à la base de tout cela, on est d’abord le chargé de mission de soi, d’une idée de soi La continuité de soi, la fidélité à soi, la préservation de soi, la connaissance de soi, la promotion de soi, la valorisation de soi, le salut de soi, (et le récit de soi et demain, ce sera autre chose) voilà la mission essentielle. Voilà ce qui nous occupe ; Pourtant, soi est une pure invention des autres, de la langue, de la culture. Si jamais personne ne s’était adressé à nous, n’avait parlé de nous, on n’aurait pas cette idée de soi. L’idée de soi, est une illustration de ces propos de Paul VALERY : « Tout le monde s’entend sur les mots, ce qui ne veut pas dire que chacun s’entende et puisse mettre sous les mots une pensée précise «  «  La merveille des merveilles est la faculté des hommes de dire ce qu’ils n’entendent pas comme s’ils l’entendaient, de croire qu’ils le pensent alors qu’ils ne font que le dire «  Quand on pense ou prononce les mots toi, tu, vous, soi, il s’agit bien de cela. car s’il y a bien une chose qui n’existe que dans l’esprit et nulle part ailleurs,, une chose autour de laquelle tout tourne, sur laquelle tout repose, c’est bien celle-là. Il n’y a pas de je, de soi, d’âme etc au sens où ces mots ne désignent aucune réalité, mais seulement des créations de l’imagination.

Tant que l’on reste le chargé de mission de soi, du sujet de la parole, on n’en sort pas, on ne desserre pas l’étau, parce qu’on est ce sujet de la parole et qu’on investit sa vie dans sa mission.

On sait que des chrétiens fervents se sont faits anachorètes, ermites, cénobites ou moines pour laisser de côté le personnage social et n’avoir pas d’autre interlocuteur que Dieu. Et des bouddhistes sincères et radicaux ont cherché à aller au-delà ou en amont de ce sujet de la parole ou de ce personnage social pour réaliser la nature de Bouddha, si bien que l’un deux, quand on lui demanda qui il était, répondit : personne. (autres temps, autres mœurs. LACAN n’était pas né) ;

On est fait comme un rat : création du sujet de la parole + besoin de trouver un sens à ce sujet et au monde + l’univers de mots qui se substitue à la réalité, qui devient la réalité.

Faire le récit de soi ? Mon pauvre ! On ne fait que cela. On se promène, on écoute les autres, eh bien on se raconte l’histoire de celui qui se promène ou écoute les autres parce que la conscience de soi est la conscience d’un soi suggéré par la pensée de cette promenade ou des paroles des autres ; Tiens, en plus, on se prend en photo.

Tient-on vraiment à se rendre responsable de l’absurdité de l’ignorance où l’on est des raisons de l’existence de ce monde ? Tient-on vraiment à se rendre responsable d’avoir souscrit à des paroles insensées, nocives comme si on savait qu’elles étaient ainsi quand on y a souscrit ? Tient-on vraiment à se rendre responsable d’avoir été le dindon de cette énorme farce de la parole  ? Tient-on vraiment à se rendre responsable du fait que les idées auxquelles on a adhéré ont eu une telle valeur pour nous ? Tient-on vraiment à se rendre responsable de toutes les peines endurées pour ne pas avoir réussi à faire triompher notre sens de la vie ? Que suggérez-vous de faire à celui qui oserait nous rendre responsables ? Que suggérez-vous de faire aux bâfreurs de jolis mots, aux très sales types qui exploitent l’état de faiblesse, de vulnérabilité (décrite en détail ci-dessus) où nous sommes à leur profit ?

Facile à comprendre : la langue s’incarne dans une culture, un certain type de société, Les généralités et mots creux qu’elle véhicule sont destinés à alimenter nos croyances et à fonder le lien social. Ceux qui ne jurent que par le sujet de la langue sont de fervents défenseurs de la primauté absolue de la société.

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