LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

8 mars, 2016

VOLONTE INDIVIDUELLE ET VOLONTE COLLECTIVE

Classé dans : Moi — inconnaissance @ 20:29

Les choses commencent donc par être intimes, dépourvues de sens quand elles apparaissent à la conscience.  Puis elles sont nommées par soi-même dans un sens personnel, souvent  dans un cadre privé avec des proches, quand elles peuvent être mises en relation avec des éléments du monde. (par exemple, à propos des émotions, selon Vinciane DESPRET  :  « même l’expérience que nous avons d’être triste, ou en colère, ou d’avoir du chagrin,, ou d’être amoureux, est une expérience que nous forgeons au départ de sensations finalement très informes…dans une culture donnée, une famille donnée, qui vont donner forme à ce que nous sentons «  ) Mais dès que cela passe dans le domaine public, dès que cela peut être su par n’importe qui, interprété par n’importe qui, exploité par n’importe qui, la façon d’en parler a vocation à s’intégrer dans la culture, à se socialiser. La façon d’en parler publique doit donc être normalisée.   C’est la raison pour laquelle un certain nombre de gens, exerçant une profession ad hoc ou une fonction sociale, nous invitent  à témoigner, à nous exprimer en public ou dans des cadres plus restreints mais contrôlés. Bien plus que nos opinions , ce sont nos sentiments et notre vie personnelle qui les intéressent. Le but étant, évidemment, de les socialiser comme il faut, de leur donner une dimension collective et culturelle. Il s’agit de ne pas laisser à l’état brut, naturel, des choses comme des émotions, des pulsions, des répulsions, des sensations, des impressions, des réactions, des goûts. .

Il y a une différence essentielle entre des faits de conscience même nommés par soi mais dans le seul et unique but de servir à soi, et seulement à soi, et sans idée de jugement, et des faits de conscience nommés de telle sorte qu’ils puissent être dûment intégrés dans la culture (dominante)

On ne se rend pas compte que dans l’opération, qui peut sembler sympathique, utile, gratifiante même, la volonté individuelle risque fort d’être remplacée par la volonté collective. C’est que la volonté dérive de la pensée. Pas de volonté sans sens. La volonté suppose de concentrer une certaine dose d’énergie, elle suppose du temps, et au moins, un semblant d’objectif. C’est la pensée qui invente le temps, fournit une raison à cette concentration et fournit l’objectif. Mais le sens est le sien propre (volonté individuelle) ou celui des autres (volonté collective) La volonté est à son propre service (au service de ses propres points de vue) , ou elle est au service des autres. (des raisons culturelles) Quand on lit, par exemple, « Une personne qui veut construire des murs et non des ponts n’est pas chrétienne. » on peut soit relier l’expression « construire des murs » à une expérience personnelle précise et lui donner un sens personnel (d’où dérive une certaine volonté individuelle) soit relier l’expression à un ensemble d’idées déjà présentes dans la culture et qui porte un jugement négatif sur la chose. (volonté collective : lutter contre cela)

Quand le moi épouse la volonté collective, comme c’est sa propension, on est dans la recherche.

Il ne peut pas y avoir de fin de la recherche tant que le moi est aux commandes, parce que le moi est la conséquence de « se penser ». Or on se pense docilement avec les éléments de culture fournis par notre milieu et au-delà, qui sont tous abstraits, spirituels, incorporels, intemporels. « Construire des murs », « la liberté est source d’angoisse » etc sont des jugements sur les hommes, des qualités d’être ou de l’esprit. En même temps, ce sont des idées générales, incorporelles, intemporelles. (vrai demain, après-demain etc) Le moi est cette somme de notions humaines générales et abstraites.

C’est plus évident quand on lit ou écoute quelqu’un qui parle ouvertement de lui-même ou de la personne à laquelle elle s’adresse. Sans même aller jusqu’aux finasseries qui se veulent inspirées (FC oblige) de Laure ADLER s’adressant à Sharunas BARTAS. Je souligne  : « D’où vient votre sens de la beauté ? …Vos premiers films ressemblent à des méditations philosophiques et esthétiques…est-ce que vous vous perdiez dans la forêt pour ne pas effaroucher les biches ? » etc si on veut bien être attentif à ce qui se trame au fond de notre conscience, à la nature des pensées sourdes qui montent et nous envahissent, on s’apercevra qu’elles sont fréquemment ou très souvent plus ou moins sentimentalo-spirituelles. Quand le thème est la société, on est dans la croyance en une unité morale. Quand il s’agit des hommes, c’est rarement concret, charnel. Quand il s’agit de sa propre place dans le monde, ce sont des critères socioculturels qualitatifs qui comptent. Les raisons d’être de la philosophie, de la psychologie, de la politique sont de nature générale et sont représentées par des qualités abstraites de toutes sortes. Et quand on est dans la religion, c’est encore pire. Bref, le moi, identifié à tout cela, doit être un pur esprit, marié non pas avec la logique mais avec l’imaginaire. Beaucoup d’athées excluent de ne pas avoir un tel moi moral ou métaphysique Mais c’est faire du moi une substance isolée, indépendante de l’organisme, capable de tirer des pensées d’elle-même, indépendamment du contexte, des sollicitations extérieures. La tendance du moi est d’être déconnecté du réel. Pas question de dire qu’une pensée peut être le prolongement de ce que nos sens perçoivent et de nos sensations intimes. Et c’est grâce à cette idée que l’on peut nier que la pensée n’a pas d’auteur, nier qu’elle est un phénomène psychique. Pas trace du cheminement et des conditions organiques de la pensée dans la pensée. La pensée semble surgir ex nihilo. De là à en faire une sorte d’esprit pur avec des pouvoirs spéciaux, il n’y a qu’un pas. Conséquence de tout cela, le moi méprise, ignore, l’individu de chair et d’os, il se projette dans le temps, mais il est sans genèse.

Pas étonnant qu’on se croit et qu’on croit les autres si précieux. On ne s’étonnera pas non plus, dans ces conditions, de la nature de l’univers du moi. Il n’est pas égoïste et isolé comme on le dit. Ces généralités sentimentalo-spirituelles, incorporelles ou immatérielles, intemporelles qui font sa substance lui font croire qu’il est en communication avec le monde entier , tout le temps. Le moi est l’altruisme même. C’est la volonté collective puisqu’il représente la culture quand elle parle des hommes. Mais quand la culture parle des hommes, elle ne parle que de leur être, de leur esprit, de leur âme, de leur essence, de leurs qualités morales, de généralités creuses, d’universaux. C’est pour cela que le moi est une sorte de divinité.

Or on ne peut pas être cela. On n’est pas cela et on ne parviendra jamais à être ce genre d’être hors-sol, hors-chair, hors évolution. La volonté individuelle épuise son énergie à coller à la volonté collective exprimée par ce genre de pensée. « Le désir de nous intégrer dans ces systèmes de valeurs épuise nos ressources d’énergie «  (UG) Ah qu’il est beau ce monde de principes, d’intentions louables, de beaux sentiments, de qualités morales admirables, de communion permanente, d’idéaux immarcescibles, d’essences et d’universaux, de pureté d’âme, et comme on y tient ! Et on croit toujours que cela va régler des problèmes bien réels.

Donc toute pensée issue de la culture qui a un rapport avec soi, qui a soi comme objet, qui a les hommes comme objet, qui part de soi vu comme concept, est régie par ce schéma. . Elle alimente et renforce ce schéma. Etre soi, devenir soi etc c’est encore passer par ce genre d’activité mentale, c’est une forme perfectionnée du processus ci-dessus. La culture et ses mythes (religion, société, futur, humanité) a fait du moi une sorte d’alien. Elle nous condamne à être définitivement séparés de ce que nous sommes dès qu’on prend cela au sérieux. Quand on en est là, on ne peut, en tant que moi-spiritualisé, que faire écho à tout ce que la culture propose dans le genre. «  nous sommes possédés par cette quête obsessionnelle d’un Roi, d’un Bonaparte, d’un de Gaulle qui pourrait relever ce pays en crise, à droite en particulier on est hanté par cette culture cheffaïonne du chef qui doit cheffer «  (Nicolas DOMENACH) volonté collective, donc, surtout à droite : la quête de l’homme providentiel. Si ce n’est pas votre cas, vous n’êtes pas de droite. Si c’est votre cas, vous êtes de droite.

Le moi, c’est tout le monde. « J’ai jeté l’éponge comme monsieur Tout le monde «  dit la chanson. .Monsieur tout le monde, c’est le nom que l’on pourrait donner aux pensées sourdes, au bruit de fond mental dont nous parlions. Pour monsieur tout le monde, la réponse est déjà incluse dans les mots et les idées qu’il emploie. On refuse l’immobilisme (pas beau caca) , parce que l’immobilisme est déjà, en lui-même, un tort selon ce qu’on en dit. Elle a eu des propos constructifs (ah cha ché beau cha. C’est ce qu’il faut)

Se référer à ce qui est extérieur à soi et qui fait autorité du fait notamment de son caractère général, collectif, c’est l’activité du moi. Tout ce qui sert à se penser et qui ne se base pas uniquement sur ce qui n’a de sens que pour soi, appartient au moi. Alors ces pensées qui servent à se penser n’ont aucune réalité. L’objectivité en ce qui nous concerne n’a aucun sens. L’extériorité – non pas ce qui est extérieur à notre main, notre corps, notre appartement, « l’extériorité spirituelle est une hallucination «  disait Stephen JOURDAIN.

Pensée-jeu, pensée sans autorité ou pensée hors de notre pouvoir et qui s’impose. Dans la pensée-jeu, sans autorité, rien n’est interdit, rien ne nous effraie.

Le moi a passé son temps à se compromettre, il est tellement discrédité qu’il ne peut plus se regarder dans une glace. Il s’est compromis en partant de la volonté individuelle et en épousant sans cesse la volonté collective, en cédant sans cesse à tous ceux qui prétendaient parler au nom de la volonté collective et s’en prenaient aux autres en supposant, d’emblée, qu’ils sont soumis à la volonté collective. Autrement dit, au départ, moi me désigne. A l’arrivée, je ne fais plus la différence entre l’idée que je me fais de moi et l’idée que les autres se font de moi, car j’ai voulu coller à cette dernière. PASCAL notait déjà : «  si on m’aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m’aime-t-on, moi ? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même « 

Exemple «  Dénoncer en soi le fait religieux est ridicule. Les religions forment la respiration spirituelle de l’humanité depuis les origines et même les bolcheviques n’ont pu les éradiquer «  disait donc Pascal BRUCKNER. Ridicule = volonté collective. Respiration spirituelle de l’humanité, c’est une bien belle idée , mais elle est absente de mes pensées. Je suis étranger à cette idée, et j’ai d’excellentes raisons de dénoncer le fait religieux. C’est ma volonté fruit de mon expérience et je me fiche de ce qu’en pensent les autres. . (A méditer : il est de bon ton de dénoncer les croyants radicalisés. Quelle distance y-a-t-il entre un croyant sincère, fervent -c’est le but – et un croyant radicalisé ? Et qu’est-ce que c’est qu’un croyant républicain, quand il s’agit de Dieu et de ses Vérités absolues ? )

Qu’est-ce que la propagande ? Cela consiste à fournir les éléments nécessaires pour se penser d’une certaine façon. Cette façon de se penser ou ces éléments sont vivement recommandés sinon obligatoires., car ces éléments font partie de la culture officielle ou du discours dominant. C’est la vérité etc Avec les enfants , on s’en donne à cœur joie. La religion vous dit comment être chrétien ou musulman, les psy vous disent quoi faire et comment faire, les politiciens vous disent que vous devez forcément être pour ceci et contre cela, les journalistes vous disent ce que vous devez penser. (que faut-il penser de…voilà ce qu’on pouvait dire..) Tout cela pour vous constituer une identité . La propagande ne cesse guère . Il est rare que l’on nous permette de nous exprimer en respectant notre façon de voir, on nous invite à nous exprimer pour nous rallier à la bonne façon de voir ou pour nous faire un procès. Nos propos deviennent entièrement la propriété des autres. Cela fait fureur à notre époque où la socialisation est devenue une valeur sacrée.

Mais non seulement on en vient à contredire sa propre volonté – quand délaissant son propre rapport au monde on adopte le rapport au monde préconisé par la société – on se constitue une identité totalement déconnectée de ce que nous sommes, totalement abstraite, spiritualisée, irréaliste. On est le jouet des mythes, des rêves, de l’imaginaire, des idéologies.

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