LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

1 décembre, 2015

LE PLOMB EN OR

Classé dans : Morale — inconnaissance @ 14:23

ou l’alchimie qui consisterait à transformer une vie de péché ou de faute morale en vie innocente sans avoir à atteindre les qualités morales que l’on nous recommande.. Et cela consiste à rejeter tout arbitraire.

Ce n’est pas par hasard que l’on se sent immédiatement concerné dès qu’on tombe sur un ordre ou une interdiction quels que soient le contexte et la forme qu’ils prennent. (panneau, message, parole etc) C’est la réactivation d’une profonde habitude et la preuve incontestable d’un effet immédiat et involontaire.

Si faire le mal, c’est ne pas faire ce qui est prescrit, ou faire ce qu’il est prescrit de ne pas faire, quid du bien-fondé de la prescription ? Si la prescription émane de quelqu’un d’autre comme un ordre péremptoire ou si elle surgit dans la conscience avec plus ou moins de force sans que nous soyons pour rien dans cette apparition, ne pas faire le mal revient à obéir aveuglément. Et faire le mal revient, d’abord, à défier le caractère impératif d’une prescription. Si les choses étaient aussi simples, la question du mal n’occuperait pas toute cette place dans nos vies. Mais il y a les affres du sentiment de culpabilité ou du remord, et du conflit interne entre ce sentiment et le désir de ne pas obéir ou la fierté de ne pas se soumettre. Et ce n’est pas demain que la question sera réglée.

Vous pouvez ne pas avoir envie de vous affranchir de ces remords ou sentiments de culpabilité intempestifs. OK. Vous pouvez avoir envie de vous en affranchir

Si le sentiment de culpabilité ou le remord repose sur la connaissance du mal – mal qui existerait bel et bien – cela revient à dire que l’on comprend l’origine et le bien-fondé de la prescription quand elle intervient,. Il faut, pourtant, s’interroger sur la valeur et la justesse de cette connaissance qui se confond nécessairement pour nous avec ce qu’est le mal.

On peut examiner quelques catégories de reproches qui suscitent chez nous des sentiments de culpabilité. Quand on aurait porté atteinte à des critères moraux. Quand on aurait outragé des codes sociaux, des normes sociales. Quand on aurait causé quelque préjudice d’une nature ou d’une autre, à une personne.

La première sorte est éliminée s’il est bien acquis que l’on ignore la conception de l’autre du critère en question, et que l’on n’a aucune raison de s’en soucier puisque ce n’est pas la nôtre. Chacun la sienne. Quoi ? La définition du dictionnaire ? Mais chacun interprète, comprend les mots et les idées du dictionnaire à sa façon. Pour que cela soit bien acquis, il faut s’être débarrassé de l’idée que le signifiant désigne un référent réel, unique et commun.

- Ce n’est pas responsable !

- Ne vous fatiguez pas, je n’ai pas la même conception de la responsabilité que vous. Réservez la vôtre à votre usage.

Codes ou normes sociaux transgressés. Genre : ne pas être ivre, être courtois, être à la mode, être fidèle en mariage, être respectueux de l’autorité etc. (Qui peut assumer de telles infractions sans aucun trouble ?) Ils sont sociaux parce que ce sont des moeurs admises et ces moeurs correspondent justement à des usages, des comportements érigés en dogmes par une société donnée. La force des reproches sera directement proportionnelle à la valeur que l’on accorde à cette société et donc à notre désir de lui appartenir. Que l’on aille visiter une tribu lointaine quelconque où ces codes ou normes ne sont pas de mise, on ne fera pas de reproche parce qu’on ne fait pas partie de cette tribu, et on adoptera même des usages de cette tribu. Que l’on ait le plus total mépris pour la société où l’on vit et que d’y appartenir nous répugne, et on ne se sentira pas coupable d’être ivre ou discourtois, ou infidèle ou irrespectueux de l’autorité. Tout cela n’a que la valeur que l’on accorde à la société correspondante. Si on tient à y rester sans lui accorder de valeur, on respectera les coutumes par jeu. Mais on ne se sentira pas coupable de ne pas les respecter.

On n’en finit jamais de se conformer à ces codes, usages, convenances, coutumes, normes, modes, traditions etc si on les prend au sérieux, et on n’est jamais sûr de ne pas avoir fait d’erreur. On peut aussi s’en affranchir comme celui qui est au pouvoir, et qui se comporte comme il l’entend. Ce sont les autres qui doivent lui plaire. Ce qui fait la transition avec le cas suivant.

Préjudice à quelqu’un. Ce quelqu’un se définit comme il le veut et on n’a pas de raison, a priori, de lui dénier ce droit. Sauf qu’il peut être gourmand. .

Cela peut être sans limites, tout peut déranger, offusquer, blesser, contrarier une personne qui veut régenter tout ce qu’elle voit, tout ce qu’elle touche, tout ce qu’elle entend etc La maniaquerie peut s’ajouter à la susceptibilité et à l’intransigeance.  L’attention à elle, son service, la courtoisie, le respect de ses désirs, le souci d’elle bref l’attitude désintéressée et serviable mène à la catastrophe, à l’esclavage. La seule façon d’en sortir est justement l’abandon du désintéressement et le mépris de tout ce que cette personne a décidé d’ériger en valeur sacrée pour elle. Si on a posé le désintéressement, l’abnégation comme vertu cardinale, ce sera impossible. Si on refuse la guerre ce sera impossible. Si on veut parler au nom d’une certaine éthique, défendre une façon d’être générale différente, c’est inutile, vain. C’est son propre intérêt, indépendamment de tout système, qu’il faut défendre, car cette personne le nie. La même dose d’intransigeance, être sensible à son propre ressenti et être décidé à le défendre sans aucun frein. Cette personne ne compte plus pour rien en tant que régente.

Cette personne aussi veut le pouvoir, étendre son pouvoir dans son domaine. Faudrait-il nous mettre à son service de façon désintéressée ? C’est qu’on est faible et qu’on a une mentalité d’esclave.

C’est le même principe qui fait ses ravages dans les trois types de cas que nous venons d’évoquer, c’est l’idée qu’il faut se sacrifier pour une raison abstraite générale, pour une pensée qui doit pouvoir être appliquée à tout le monde.

C’est perpétuer un conditionnement qui veut que depuis notre enfance, nous ne comptons pour rien et les autres pour tout . Que de considération, dans le dernier cas cité, pour les raisons abstraites et générales subjectives plus ou moins maniaques ou démesurées d’une personne ! Seule l’idée que le désintéressement doit passer avant l’intérêt personnel permet la victoire de ce genre de comportement. D’ailleurs le tort est mesuré, non sur la grandeur de l’offense, mais sur la faiblesse de l’agresseur. Raison de plus pour avoir en soi la force nécessaire.

Il n’y a jamais aucun problème à l’intérieur d’un bien-être. Pour qu’un problème apparaisse, il faut penser.

Ce qui prouverait la défaite totale de la morale ou de l’idée du mal serait le plaisir éprouvé à faire ce qui est interdit, ce qui est considéré comme mal, sans que n’y entre, en aucune façon, le plaisir de défier la morale. Ce serait l’action elle-même, en tant que telle, qui nous apporterait du plaisir, fut-elle condamnable et condamnée, à cause de son effet sur soi, mais sans que ce jugement entre en ligne de compte dans ce plaisir.. (si la transgression donne du plaisir, c’est qu’on est, en partie, dépendant de cette transgression pour l’éprouver)

C’est aussi, idéalement, un rapport aux êtres et aux choses qui ne doit absolument rien aux caractéristiques que la culture attribue à ces êtres et à ces choses. (un rapport aux autres, par exemple, qui ne doit absolument rien à tout ce que la culture a raconté au sujet des hommes et synonymes. Un rapport à la société qui ne doit rien à la façon dont on nous a défini la société etc)

Plus concrètement, c’est le fait de ne jamais éprouver la honte ou de n’être attaché à aucune image de soi. Ce n’est possible que si l’opinion des autres est sans valeur, c’est à dire que si les autres, mentalement parlant, sont sans valeur. MONTESQUIEU écrivait : « « C’est notre orgueil, qui nous empêche de sentir notre petitesse, et qui fait, malgré qu’on en ait, que nous voulons être compté dans l’univers, y figurer, y être un objet important. Nous nous imaginons que la perte d’un être aussi parfait que nous dégraderait toute la nature, et nous ne concevons pas qu’un homme de plus ou de moins dans le monde, que tous les hommes ensemble, que cent millions de terres comme la nôtre, ne sont que des atomes subtils et déliés, indifférents à la nature.» Valable aussi si on écrit  » c’est notre orgueil partagé qui nous empêche de sentir la petitesse des autres, et qui fait que malgré qu’ils en aient, ils veulent être comptés dans l’univers, y figurer, y être des objets importants « 

Si on oeuvre pour la construction d’une certaine société, si on se soucie du sort de la société, on ne peut pas être libre du jugement de la société. Cela signifie que l’on place l’intérêt général au-dessus des intérêts particuliers. Car nous parlions de la connaissance du mal. On voit que cette connaissance, ce sont des concepts creux, des préjugés sociaux, des conceptions personnelles conditionnées. Rien qui vaille en soi. En toute logique, si la conscience de blesser l’autre ou de causer un préjudice à l’autre signe la mauvaise action, pourquoi ce ne serait pas le cas de la conscience de se blesser ou de se causer un préjudice ou d’être la victime d’un préjudice ? D’autant que la conscience de blesser ou de causer un préjudice à l’autre est sujet à erreur étant donné notre connaissance insuffisante de l’autre, tandis que la conscience de se blesser ou d’etre victime d’un préjudice est beaucoup plus fiable.

Mais l’interdit ne fonctionne que parce qu’il émane d’une forme d’autorité, et parce que cette forme d’autorité est acceptée comme telle, l’arbitraire est accepté. Il n’y a que deux formes d’autorité, l’autorité que l’on reconnaît spontanément, librement à quelqu’un dans un domaine donné, pour le temps qui nous convient, – et là, aucun désintéressement n’est nécessaire – et l’autorité synonyme d’arbitraire . .

Facile de mettre en évidence le lien entre l’arbitraire et les qualités morales. Que dirait-on en voyant quelqu’un s’acharner à vouloir se tenir sur une main les jambes en l’air et se lamenter, se faire des reproches parce qu’il n’y arrive pas. On lui demanderait : mais que faites-vous ? Pourquoi essayez-vous de faire cela ? Et lui nous répondrait : parce qu’on me l’a demandé. Alors on lui rétorquerai : mais vous, vous voulez le faire. Non, dirait-il . Il en est de même avec toutes les qualités morales qu’on nous a demandé d’incarner. On n’y parvient jamais complètement ou pas du tout. Et avant que nous fassions nôtre cet objectif, avant qu’on nous ait fixé cet objectif, nous n’y pensions pas. Nous le faisons uniquement parce qu’on nous l’a demandé, sans nous demander pourquoi on nous l’a demandé et si on est d’accord pour atteindre cet objectif. . Et nous sommes incapables d’arrêter parce que nous sommes incapables de nous affranchir du désir de l’autre, de la société, l’autre ou la société représentant pour nous l’autorité morale. Les demandes de l’autorité morale à l’enfant sont d’autant plus efficaces que ces qualités sont véhiculées par toute la culture et toute la société et que lui-même aime son entourage, les autres, a envie de leur faire plaisir,, de les imiter, d’appartenir au groupe. Les qualités, les règles, les raisons abstraites et générales peuvent bien changer, d’abord parce que de toute façon, il ne les a jamais analysées et approuvées par-lui-même, ensuite parce que la chose importante est de plaire au groupe et à ses représentants.

Notre désir de plaire au groupe fait suite à notre désir de plaire à nos parents (de façon différente à la mère et au père) Notre haute image du groupe fait suite à notre haute image de nos parents puis maîtres. Notre obéissance automatique à des règles fait suite à notre foi totale et naïve dans le bien-fondé des règles parentales. C’est une habitude prise de ne pas les remettre en cause et de ne pas réfléchir. Ce n’est pas seulement la loi qui est mémorisée mais aussi et surtout son caractère intangible et inviolable. C’est le destin des enfants de subir une terrible et désastreuse structuration de l’esprit du seul fait de leur ignorance, de leur vulnérabilité, de leur naîveté, de leur influençabilité et de leur dépendance. Notre bon Raphaël ENTHOVEN fait d’ailleurs le lien entre la morale sociale et la morale reçue, telle quelle de nos parents lorsqu’il dit sur Europe « l’homme ne respecte pas la loi, mais l’uniforme  » C’est si vrai que la loi peut changer selon le milieu, l’époque, on obéira à la nouvelle loi, à l’uniforme local. Ce qui ne change pas, précisément, c’est ce caractère intangible et cette légitimité de la parole de l’autorité ou des moeurs.

On connaît les arguments que l’on va opposer à l’individualisme et au fait de ne voir dans la morale qu’une pure convention sans valeur propre : ce serait le règne du chacun pour soi, de la jungle, du tout est permis, c’est le déchainement de la violence etc

Quel mal avons-nous commis sans que nous nous donnions une raison abstraite et générale pour le faire ? Quel mal faisons-nous sans obéir à quelque despote ou sans fonctionner en tant que concept, fonction sociale ? Quel mal se font mutuellement les enfants de 4 ans ? Quand les animaux n’obéissent-ils pas à la nature ? Quel mal faisons-nous sans concevoir préalablement son idée et son alibi ? Quel mal est perpétré spontanément ? Quelle nature mauvaise se manifeste-t-elle dans les moments de solitude ou de sommeil ?, quel mal n’est pas une réponse au mal subi ? Ne sommes-nous pas une parcelle d’humanité, pourquoi ne ferions-nous pas le bien de cette parcelle d’humanité ?

Tout nous montre que nous ne sommes pas du tout mal disposés, mal intentionnés, intrinsèquement mauvais par nature. Maintenant, il faut se demander si l’ordre établi, est bien intentionné, bien disposé à notre égard. Car nous savons bien que ce qui est difficilement supportable, c’est la trahison, le vice consenti, l’injustice voulue perpétrée contre nous. Arbitrairement. Si nous ne les supportons pas, c’est parce qu’en retour de nos bonnes dispositions, nous avons besoin de compter sur les bonnes dispositions de l’ordre établi, des autorités officielles, symétriquement. Si nous étions mauvais, nous nous attendrions à ce que l’ordre établi soit mauvais.

Pas de morale si on ne peut pas croire à la bonne intention, à l’absence d’hostilité de notre interlocuteur. Dès qu’il est établi que ce n’est pas le cas, on fait la guerre. Et c’est le plus fort qui gagne. Ce qui n’est pas moral. Autrement dit, pour faire triompher la morale, on s’embarque dans une entreprise étrangère à la morale qui a toutes les chances de parvenir au résultat opposé puisqu’on a justement convenu que la loi du plus fort est immorale. . Ah zut alors ! D’où la nécessité absolue où sont, par exemple, les politiques, de nous convaincre qu’ils agissent dans l’intérêt général, qu’ils sont bien intentionnés à notre égard. D’où ce concours Lépine du plus moral, des meilleurs sentiments, des meilleures intentions. Pour éviter qu’on leur fasse la guerre. Car si un peuple, comme probablement en 1789, pouvait se convaincre que son gouvernement conspire contre lui ou même qu’il se fiche éperdument de lui, il ne pourrait que se révolter. Or justement, un gouvernement voire une société ne veulent pas admettre qu’ils passent leur temps à convaincre les individus de leurs bonnes intentions, de leurs bons sentiments, de leur désir de faire leur bien, ce serait admettre que c’est ce qui les légitime, et admettre qu’ils doivent rendre des comptes

En tout cas c’est clair, pour autant que l’ordre établi ignore ou méprise le bien que nous nous voulons, le bonheur que nous nous voulons, le vrai, le réel, le nôtre, nous sommes les seuls, individuellement, à pouvoir nous en occuper.

Morale d’esclave . La gueuserie et le désintéressement fonctionnent de concert de la façon suivante. Il s’agit de faire droit aux désirs, sentiments, idées de l’autre, . Il s’agit de servir les désirs, les sentiments, les idées de l’autre. Il s’agit de donner la priorité aux désirs sentiments et idées de l’autre. C’est le désintéressement proprement dit. Il s’agit de renoncer à ses désirs, ses sentiments, ses idées s’ils peuvent nuire aux désirs, sentiments, idées de l’autre; Il s’agit de recevoir de l’autre les désirs, sentiments., idées que l’on a le droit d’avoir. C’est la gueuserie. Les deux font la morale. Toute la morale se trouve résumée dans le désintéressement et l’humilité. Ces deux principes fondamentaux président à l’existence de toutes les vertus. Vérifiez vous-même si vous en trouvez une qui n’implique pas l’un ou l’autre ou les deux. C’est si vrai que cela fonctionne dans nos relations avec les personnes, les groupes, la société.

Alors d’accord pour être moral, chiche, mais sans jamais se rabaisser si peu que ce soit, et sans jamais se sacrifier pour qui que ce soit ou quoi que ce soit, de quelque façon que ce soit. .

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