LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

23 juillet, 2011

LES MOTS : PROCES ET JUGEMENT, 8

Classé dans : Esclavage,Mot — inconnaissance @ 13:08

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Les damnés de la terre, les esclaves enchainés ne se distinguent pas. C’est une chaine, ce sont des éléments de série. Nous croyons qu’ils sont victimes de certains hommes et de leur pouvoir ? Ils sont surtout victimes des mots, de leurs mots.
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Les mots sont des catégories, des cases, des boîtes dans lesquelles on range des collections, des séries d’éléments semblables du point de vue des critères de ces catégories. Elles créent l’égalité  entre ces objets de pensée. En dehors d’elles, hors classement, il n’y a que des individus singuliers. Représenter ces catégories, c’est dominer ceux que l’on met dedans.

Pour la catégorie « chrétien », nous avions des autorités religieuses qui parlaient aux fidèles, aux ouailles indistincts au nom de Dieu. Plus la catégorie « chrétien «  a d’importance, de valeur, de réalité pour vous, plus vous êtres dociles et fondus dans le troupeau. La tâche des autorités est de réduire, de résoudre les problèmes individuels qui pourraient surgir.

Le mot est une catégorie ; le mot est (vu comme) commun, (tous chrétiens) donc c’est une catégorie commune où on met des êtres de série. Qui sont ces êtres ? Où les trouver ? Ici, c’est nous, quand les mots sont à notre propos. Ainsi, nous avons, dans le travail, les mots ouvriers, employés, techniciens, chefs de service etc Nous avons tous les termes moraux, psychologiques etc

Bon, on ne s’inquiète pas trop quand on peut quitter son entreprise et redevenir quelqu’un d’autre, quoi que l’on ne réfléchisse pas assez aux conséquences profondes, à long terme, de ce genre de traitement. Mais on ne quitte pas son habit de chrétien, de bon père ou de bonne mère, de citoyen, de bon Français, de tolérant, d’écologiste etc si facilement. Savez-vous pourquoi, vous, vous vous pensez avec ces mots ?

La catégorie a ceci de puissant qu’elle a deux bouts : à un bout il y a celui qui l’utilise, qui s’en fait le représentant, et qui, à lui seul, domine la collectivité ; à l’autre bout il y a les objets indistincts de pensée, tous ceux que l’on peut mettre dans la catégorie et situer par rapport à leur conformité à la catégorie. Position de maître. Positions d’esclave.

Penser ces catégories (maîtres penseurs), c’est penser la chaîne de ceux qui en font partie. Objets de pensée standards. Se penser à partir de ces catégories, c’est à dire croire en elles, s’identifier à elles, c’est accepter d’être mis dans la catégorie par celui qui la représente et accepter d’être traité comme les autres de la catégorie. « Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on est plus de quatre on est une bande de cons » (BRASSENS)

Le maître n’a plus grand chose à faire pour être maître et vous asservir si vous vous abaissez, soumettez «  Devant ce qui est sacré on perd tout sentiment de force, tout courage ; on devient impuissant et humble « « Mon humilité fait son courage, ma résignation lui donne la domination «  (STIRNER)  en entendant des mots comme : travail, courage, Français, capacité d’adaptation, notre économie (« grâce au travail des Français, à leur courage, à leur capacité d’adaptation, à la force de notre économie, aux avantages de notre modèle social, la récession fut moins sévère et d’une durée plus courte que ce que connurent nombre de nos partenaires. « discours de voeux du président), et si vous lui accorder le droit de parler au nom de ces mots, de vous réclamer des comptes au nom de ces mots.

Vous êtes impuissants face aux mots qui pour vous sont sacrés. Vous êtes, par rapport à eux, du côté esclave, pas du côté maître. C’est parce que le mot est sacré que celui qui l’utilise est sacré. 
La pensée est l’instrument de notre esclavage (on peut remplacer égaux par semblables) : « Nous ne sommes égaux qu’en pensée, que lorsque nous sommes pensée, nous ne sommes pas égaux tels que nous sommes réellement en chair et en os….Je suis homme et tu es homme, (ou ouvrier ou musulman ou Français ou pauvre etc etc ndr) mais homme n’est qu’une pensée, une généralité » (STIRNER)

Allons, soyez raisonnables, tout le monde utilise cette catégorie, donc met ces individus dans cette catégorie. Si vous faites partie de cette catégorie, vous n’allez pas vous élever contre une pratique générale.

Si l’individu ignorait, méprisait absolument la catégorie, la faisait disparaître, le maître n’aurait plus ce moyen de dominer par les mots, il perdrait son autorité. Si le maître asservit, par exemple, l’ouvrier, c’est parce qu’en faisant de la catégorie « ouvrier » sa vérité, l’ouvrier s’est identifié à son sort. Si on peut facilement nous donner mauvaise conscience, c’est parce que l’on se sert de certaines valeurs morales auxquelles on s’est identifié. Si Jésus a pu subjuguer ses auditeurs, c’est parce qu’il exploitait savamment une morale de son époque.

Tant que l’existence, la réalité des catégories est reconnue, le maître est maître par sa maîtrise du langage, de la socio-culture, et son initiation. S’il ne s’agit que de discuter des mots, des idées, que de les commenter, que de les amender, le maître, aura toujours l’avantage puisque vous ne le dépossédez pas de son pouvoir, vous ne faites que le reconnaître. Il perdrait son pouvoir si ces catégories n’avaient plus aucun pouvoir.

Que penser de ceux qui exploitent ces catégories pour dominer les autres, de quel droit le font-il ? Pourquoi seraient-ils des classeurs, et vous des classés ? Faire un détour par là :

Nous avons vu que la catégorie chapeau était : L’Homme, et que ses attributs étaient représentés par tous les mots à son propos. Tous ces mots sont des catégories. Si bien que nous avons affaire à un arbre immense. Sitôt que nous y grimpons, nous ne pouvons que vivre la vie des esclaves.

La nature des rapports des individus aux catégories humaines, aux attributs de l’Homme, dit le degré de superstition, de dépendance, de gueuserie (faiblesse, lâcheté), de peur, de naïveté, d’asservissement dans lequel ces individus se trouvent.

Ces catégories sont d’autant plus totalitaires qu’elles sont vastes, importantes. A l’évidence, l’esclavage est plus profond, à valorisation ou identification égale, s’agissant d’une catégorie morale importante que s’agissant d’une fonction professionnelle étroite et bien définie.

Ainsi, les mots qui ont le plus de pouvoir sont ceux dont le sens humain est le plus étendu et qui sont les plus investis. Le mot probablement le plus considérable et le plus investi est le mot Homme dans son sens moral.

Ainsi, chaque concept humain accepté nous fait entrer, comme les autres, dans la case prévue . Chaque concept humain ou chaque case nous assigne un rôle déterminé, précis, standard, nous réduit en esclavage.

C’est comme un cheval que nous admirerions, que nous observerions, dont nous ressentirions l’humeur, ce cheval singulier, unique, qui deviendrait un simple numéro, une simple fonction précise une fois mis sur un hippodrome. Un cheval de course parmi d’autres dont la fonction est de courir.

L’inconnaissance, cela veut dire que la connaissance de soi est impossible. Cela veut dire qu’il n’y a rien dont on puisse faire une connaissance (pas de je, pas d’esprit, pas de conscience, rien à identifier et qualifier). Une connaissance signifierait : fixité, généralité. Jamais on ne trouvera de fixe et de général dans un individu particulier.

Echappant à toutes les catégorisations, qualifications, on est singulier.

Les disciplines sur les êtres humains ont apporté la peste. LA FONTAINE écrivait : « Un mal qui répand la terreur, mal que le ciel (s’il existe ndr) en sa fureur inventa «  pour tyranniser les individus : l’idée d’Homme. N’ayant aucun moyen de connaître un individu singulier, on le compare sans cesse à un schéma fixe. L’idée d’Homme en cours. L’Homme général, représentant le bien commun ou général des hommes. Cette idée évolue au cours des millénaires, mais on se réfère toujours à l’Homme, comme s’il existait.

Inconnaissables, quand on se connaît, c’est par rapport à cette idée, et comme cette idée désigne un idéal, si on se connaît, c’est pour s’éprouver médiocre, mal fait etc Toute connaissance ou conscience de soi est malheureuse. Même les instants fugaces de victoire sont mêlés d’amertume, de tristesse, de doute. Tout ce qui augmente, via des mots, idées nouveaux, cette connaissance est une catastrophe nouvelle, un poison nouveau.

Aucune connaissance des hommes ne justifie que l’on pense les hommes et que l’on prétende à un savoir sur chacun d’eux. Alors on fabrique un mythe.

Le mot apporte le général, le commun, le fixe. Le mot Homme apporte l’Homme commun, général, fixe. Le mot apporte l’imagination, l’idéal. Le mot Homme apporte l’Homme idéal. Le mot, c’est l’extériorité du repère. Le mot Homme, c’est un repère extérieur à l’individu. Nous avons donc l’Homme, repère extérieur, unique commun et idéal. (Nous y reviendrons)

Soit le mot est l’autorité, soit je suis l’autorité pour ce qui me concerne. Soit c’est l’Homme qui existe, et je n’existe pas vraiment ; soit j’existe, et le mot n’a pas de réalité propre. Soit il y a un Bien objectif, commun, universel, soit le bien est le bien particulier d’un individu singulier.

Je suis donc je pense, et non pas, je pense, donc je suis. Ce n’est pas parce que vous n’avez aucune idée de vous que vous n’existez pas – un petit enfant doute-t-il de son existence ? – c’est parce que vous avez une idée de vous que vous doutez de votre existence.

 

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