LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

10 juillet, 2011

LES MOTS : PROCES ET JUGEMENT, 7

Classé dans : Esclavage,Mot — inconnaissance @ 20:25

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Pourquoi Dieu, la patrie, l’amour, l’humanité, la charité, la résilience, le tiers-monde, les pauvres, la miséricorde etc toutes les catégories attendent-elles seulement que nous les servions, que nous leur soyons dévoués ? Pourquoi Dieu, la patrie etc n’ont-ils en vue que leur propre intérêt et rien d’autre dans leur rapport avec nous ? Pourquoi n’ont-ils pas de compte à nous rendre ?

D’abord, parce que le mot est notre maître.

C’est le mot Dieu, le mot patrie, le mot amour etc qui exigent obéissance et adoration. Le mot seul. Le mot lui-même. Le mot et sa représentation dans la mesure où n’existe aucune réalité sensible, expérimentable, où il n’y a que l’apparition mentale. La soumission à la patrie est la soumission au mot patrie. Eliminez le mot, oubliez-le complètement, ignorez-le, que se passe-t-il ? C’est d’abord tout ce qu’on vous en a dit qui disparaît. Et votre dépendance avec. C’est cela qui vous déterminait. A cela que vous étiez attaché. Le mot et son sens vous régissaient. Juste le mot. Le mot chéri.

Pourquoi est-ce ainsi ?

Parce que le mot est devenu une réalité étrangère à nous, indépendante de nous (il a un pied en nous, un pied en dehors de nous). Nous ne pouvons rien contre lui. Ce genre de mot se suffit à lui-même, ne s’autorise que de lui-même.

Le mot indique la chose, mais quand la chose ne se trouve que dans l’esprit, le mot est la chose. (La liberté est la création du mot, c’est la liberté inventée et définie par le mot. On ne trouvera jamais une liberté qui ne soit pas celle à laquelle on s’attend. On ne la reconnaîtrait pas)

Quand le mot est un idéal humain, c’est notre but, notre autorité suprême

On ne peut être qu’esclave d’une autorité suprême, indépendante, qui n’a en vue que son propre bien. De même, l’esclave dans l’antiquité, était la propriété du maître et devait obéir sans discuter. Même rapport.

Pendant longtemps, c’est le mot Dieu qui régnait, et personne n’avait de compte à demander à ce mot (Tu ne prononceras le nom de Dieu qu’avec etc). Et puis on a commencé à mettre ce mot en doute, Dieu en doute. (Exactions de ses représentants et discréditation des textes sacrés et de ses prophéties)  L’adoration et l’obéissance se sont portées vers la représentation de l’Homme-moral qui s’était constituée, peu à peu, en chacun, à la fréquentation des religions qui devaient bien parler des hommes. D’où l’Homme, notion moins facilement repérable parce que moins dogmatique, mais plus totalitaire encore (il habite parmi nous, il est en nous, il est en partie nous).

Il y a un modèle d’Homme, un modèle moral, on peut s’en faire des idées différentes, mais l’idée de se soumettre à un Homme-modèle moral commun ne se discute pas. Il a suffi que le mot Homme s’impose. Le mot Homme a créé l’Homme. Sa représentation est indépendante de nous, elle se suffit à elle-même, elle est au-dessus de nous, c’est un but, un idéal. Le mot devient incontournable. En même temps qu’on lui fabrique une parure, on endoctrine, on conditionne tout le monde pour que tout le monde en fasse son idée fixe suprême.

Il ne s’agit plus de quelques rites à pratiquer, de quelques pratiques à effectuer pour Dieu. Tous les chemins mènent à l’Homme (à l’Idée Homme, pas à l’individu). Les chemins sont indiqués par ses attributs.

Toutes les catégories humaines sont des causes abstraites à servir. Elles se justifient toutes par le fait que l’Homme, le modèle, existe. Ah ! la Grandidée ou Bellidée  (tel Socrate acceptant sa condamnation inique au nom d’une Idée)

En pratique, un individu sur lequel on peut projeter des concepts très conformes à l’Homme modèle devient une autorité qui nous en impose.

On peut tous remarquer que les qualités que l’on attribue à quelqu’un appartiennent toutes à notre idée de l’Homme modèle et pas à une autre idée. Dis-moi pourquoi tu l’admires et je te dirai quel est ton idéal. (Voir les valeurs des différentes sortes d’instructeurs)

Cela veut dire aussi que non seulement on a des conduites systématiques – il y a des tas de concepts à appliquer systématiquement – appliquant toujours le mot dès que l’occasion se présente, mais que l’on cherche à devenir un être authentiquement conforme au modèle suggéré par le mot.

Cela veut dire – autorité du mot oblige – qu’il suffit quasiment de faire référence aux mots, de les citer, sans rien avoir à prouver de plus.

«  Celui qui s’exalte pour l’Homme, tant que dure son enthousiasme, ne fait aucune attention aux personnes et nage en plein intérêt idéal et sacré. L’Homme n’est pas une personne, mais un idéal, un fantôme. Maintenant, on peut à cet Homme reconnaître et conférer les attributs les plus différents. » (Max STIRNER)

Cela veut dire que les impressions, sensations, ressentis, désirs, émotions, pourtant spontanés, vrais, doivent être conformes aux impressions, sensations, ressentis, désirs, émotions qui sont censés être ceux de (notre idée de) l’Homme. Tout écart sera jugé, rejeté, chez soi et chez les autres.

Se rebeller contre un concept, c’est se rebeller contre l’idée de modèle. C’est se rebeller contre l’idée d’Homme.

Mais qu’est-ce que l’Homme ? Quand on considère attentivement, sans penser, un individu particulier, l’idée d’Homme est absente. Quand on considère attentivement un individu, puis un autre, puis un autre, l’idée d’Homme est absente.

« Homme » n’est qu’une idée, un mot purement idéologique : ce mot est utilisé pour nommer plusieurs individus différents. C’est la catégorie générale dans laquelle on range tous les individus.

Ah c’est malin ! Maintenant il va falloir trouver ou plutôt inventer quelque chose – un référent ou des critères – qui seraient communs aux individus que l’on pourra appeler Homme. Comme on ne trouvera jamais rien de rien qui soit du domaine non-anatomique, et comme Homme a un sens moral, il va falloir inventer complètement ce commun moral ou spirituel.


Le fonctionnement est le suivant : chaque concept humain renvoie à son idéal humain : le concept résilience renvoie au résilient modèle. Ce résilient modèle est vu comme unique et commun. C’est le résilient modèle de tout le monde selon chacun. Ce résilient modèle est un homme.

Il y a beaucoup de modèles, n’est-ce pas, autant que de concepts. On en crée ou réactive sans arrêt en religion, en morale, en psychologie, en sociologie etc C’est accréditer, épaissir, alourdir l’Homme en nous puisque chaque concept est un aspect, une facette de l’Homme modèle moral qui englobe, réunit tous ces modèles.

C’est ajouter des espions de notre vie aux espions déjà existants. Des censeurs aux censeurs. Des exigences aux exigences.

Tous ces mots pointent vers l’Homme. L’Homme est le référent des référents. Si l’Homme n’existait pas, si chacun était unique, ces mots n’auraient plus aucun sens.

L’Homme existe parce que le signifiant (collectif) l’affirme. Puisqu’il n’y a qu’un signifiant, il n’y a qu’un référent. CQFD !  Le même signifiant pour tous les individus, tous les individus sont classés Homme. Cet Homme a le sens du concept Homme pour chacun et chacun croit que les autres utilisent le même concept. S’il n’y a qu’un Homme, il a une seule nature. Cette nature, c’est le sens (conditionné) du concept. Ce sens est un idéal.

Donc en chaque individu se trouverait l’Homme postulé, un modèle en puissance, tel que la culture de chacun le définit. Et chaque individu est vu à partir ou en fonction de ce modèle-là, défini selon sa différence, son écart, sa ressemblance avec le modèle.

Bien sûr, on n’a jamais trouvé un courage, une générosité, une créativité, une miséricorde etc etc identiques chez plusieurs individus (que différents ersatz), donc la généralité de ces mots n’a pas lieu d’être ; de même on n’a jamais trouvé incarnée notre idée de l’Homme courageux, de l’Homme généreux etc ou incarnée notre idée de l’Homme. Donc ce signifiant Homme n’a pas lieu d’être.

On est seulement victime de notre croyance dans l’autorité du mot. Le mot Homme crée l’Homme.

Ensuite, ce fantôme deviendra la réalité de référence de chaque individu. Chaque individu sera l’esclave total de cette invention. Or, on connaît les caractéristiques du mot, des mots. S’il faut être comme les mots, c’est pire qu’un esclavage, c’est un enfer.

En effet si le sens des mots nourrit le sujet, le mot, du fait de ses caractéristiques, (celles que l’on a vues particulièrement dans l’article procès et jugement, 5) est étranger à l’être vivant. Ces caractéristiques sont mortes !. Ce qui est fixe, n’est pas vivant. Un objet de système n’est pas vivant. Ce qui est standard n’est pas vivant. Ce qui est abstrait n’est pas vivant. Ce qui est imaginaire n’est pas vivant. On est vivant, et on veut être non-vivant. Embrasser un mot, c’est embrasser quelque chose qui n’a jamais été vivant. Les mots sont donc adaptés aux objets, pas à la vie.

Vouloir être conforme à ces caractéristiques, c’est se suicider lentement, forcer les gens à s’y conformer est un assassinat lent.

 » En toute occasion, vos actes sont destructeurs des intérêts fondamentaux de l’homme puisqu’ils sont issus de la pensée qui est une chose morte. Forcer la vie à s’adapter à vos idées mortes et à vos hypothèses est votre difficulté fondamentale. «  (U.G.)

Alors, que ferez-vos des inventeurs et promoteurs des attributs de l’Homme ?

Etonnez-vous des horreurs perpétrées par les humains.

Humour d’affreux :

- Maîtresse, Sébastien, il a fait un gros gribouillis sur mon dessin. Je l’avais bien réussi, maîtresse, comme tu voulais.

- Qu’est-ce qui t’a pris Sébastien, pourquoi tu as fait cela ? Va au piquet !

- Nin nin nin ! Mais non, c’est pas la faute de Sébastien, c’est ta faute pouffiasse ! Pourquoi tu as suscité l’esprit de compétition et provoqué la jalousie de Sébastien en accordant beaucoup de valeur au dessin qu’on devait faire.

Comment se produit cette embrassade avec la mort ? Par l’intermédiaire du désintéressement. (dévouement, sacrifice, abnégation, oblativité etc) Le désintéressement, c’est la déshumanisation. Fantasme morbide suprême.

L’effet immédiat de l’abstraction, de la fixité, du standard, c’est la négation, la haine, le déni de ce qui n’est pas abstrait, fixe, standard. De soi. Le désintéressement, c’est le sacrifice de soi, c’est à dire de sa vie : ses émotions, sa spontanéité, ses désirs, sa personnalité, au profit d’une cause abstraite, fixe, standard etc Le désintéressement (choisir le désintéressement, c’est choisir une cause) , c’est la mort à l’oeuvre. Obéir à une idée générale, une abstraction répandue : l’idée de patrie, l’idée de citoyenneté, l’idée de virilité ou féminité, l’idée de probité etc en faire un engagement, c’est se définir de façon abstraite, en tant que généralité.

Homme, voilà bien un mot vide. Tout ceci peut nous amener à conclure que l’éducation des enfants est une entreprise de déshumanisation.

«  Tant que je pense devoir faire en sorte que celui qui vit en moi ne soit pas Moi, mais soit le chrétien ou quelqu’autre moi spirituel, c’est à dire quelque fantôme tel que l’Homme, l’essence de l’homme etc il m’est à jamais interdit de jouir de moi « (Max STIRNER .- L’Unique et sa propriété)

Voir :

http://www.philosophie-en-ligne.fr/index.php/recommandations2/138-philo-poietique-le-blog-de-guy-karl-/2391-singularite-et-idiosyncrasie.html 

 

La séance reprend bientôt…

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