LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

21 octobre, 2016

SE RETROUVER GRÂCE A MOZART

Classé dans : MOZART — inconnaissance @ 8:34

Tellement d’organes sont impliqués dans la voix humaine (depuis les poumons jusqu’à la bouche en passant par le larynx, les cordes vocales etc ) il y a tant de facteurs (physiques, psychologiques, émotionnels) qui interviennent dans sa production que l’on a pu dire que la voix de chacun est unique. Ses caractéristiques sont uniques. Et il faut ajouter les facultés ou capacités extraordinaires et plus ou moins volontaires de la moduler. (voir l’art du chant) Et encore, ne parle-t-on ici que des sons, de la voix, des caractéristiques vocales. A cela il faut ajouter une complexité supplémentaire : celle qui découle de l’association intime, étroite, nécessaire entre des propos, des paroles avec leur sens, et la voix qui les porte et les met en valeur et que l’on décrit alors en parlant d‘intonation, de fluidité, d’accents, d’inflexions, de chaleur, de profondeur, de gaieté ou de tristesse etc On n’en finirait pas d’explorer ce qui se passe.

La parole est un moyen d’expression privilégié puisqu’il joue sur trois plans : un plan abstrait, symbolique – le sens – un plan plus physiologique – la phonétique (les sons) - et un plan psycho-émotionnel. Autant dire que les paroles que nous avons prononcées dans le passé et que nous avons entendues, celles qui sont restées en mémoire et celles qui sont devenues plus ou moins inconscientes, ne sont pas seulement du verbe, du logos, c’est aussi un vécu, du charnel, ce sont des morceaux de vie avec leur dose d’émotion. Quand j’écrivais dans l’article : « Musique MOZART « , que la musique pouvait être considérée comme une expression humaine vocale à laquelle on aurait simplement retiré les mots, la langue, pour ne laisser que ce qui sous-tend, anime cette expression, c’était une façon de parler qui permettait de mettre en évidence les rapports, les ressemblances, les résonances, qui pouvaient exister entre la musique et toute notre vie de producteur et d’auditeur de sons et de paroles.

Pour être encore plus précis, je fais l’hypothèse que si un morceau de musique nous plaît, c’est parce que l’on se reconnaît en lui, on reconnaît des voix, des séquences de conversation – sans les mots – que l’on a aimées. On reconnaît des inflexions, des timbres, des accents, des modulations de voix que l’on a aimés. Et a contrario on rejette des choses qui nous sont étrangères ou désagréables. Les sons proprement dits ne seront pas exactement semblables, mais leur articulation, leurs circonvolutions, leur dessin, leurs inflexions, leur tonalité et accent propres nous permettent de nous retrouver. Autrement dit, ce sont des souvenirs chers que l’on aime. Ou des émotions personnelles importantes que nous voulions exprimer que l’on aime. On se reconnaît mieux dans tel compositeur que dans tel autre, dans tel morceau que dans tel autre, dans tel instrument que dans tel autre, dans telle séquence que dans telle autre.

On se reconnaît de l’intérieur (du moins, c’est le cas pour certains d’entre nous et avec certains compositeurs) Et en plus, la mesure met de l’ordre dans la confusion ou le chaos. (relire, à la fin de « La nausée » de SARTRE, la séquence ou le narrateur tire les conclusions de la chanson qu’il vient d’entendre.) Et quand je parle de souvenirs, je ne parle pas d’images, de situations, mais de moments intimes, indicibles. Et il me semble qu’il serait intéressant, parfois, de faire précéder, par exemple, un morceau de musique par la lecture d’un texte littéraire (comme ici, hélas en russe https://www.youtube.com/watch?v=Z2wkeHnrFM8 ) qui ferait écho au premier. (ou le faire accompagner par une danse)

Il devrait donc être intéressant, même si c’est très difficile, de chercher les raisons de l’émotion provoquée par certaines séquences musicales, d’essayer de remonter vers leur source, leur origine, de réveiller ces pans de notre vie tombés dans les limbes - cela pourrait même permettre d’en découvrir de nouveaux-. plutôt que de disserter sur la technique musicale, sur la valeur d’une œuvre prise dans sa totalité ou sur les rapports entre les courants musicaux. (laissons cela aux musicologues qui refusent d’admettre que le plaisir de la musique est une affaire personnelle, intime, de disposition, d’humeur, de besoin, de circonstances ou d’ambiance) . Dans un sens, on peut voir les notes, les séquences, les accords, comme des têtes chercheuses. Et l’objectif à atteindre est aussi vaste que possible. Quand cela reste superficiel, c’est raté. Ce n’est pas forcément la clarté de l’émotion qui compte, mais sa profondeur dont on ne prendra conscience que progressivement.

D’ailleurs, en dehors de la virtuosité créative, il y a des chances que la création musicale, l’inspiration d’un compositeur s’originent dans les profondeurs de son âme « Je mets ensemble les notes qui s’aiment  » «  Amour ! Amour ! Amour ! Voilà l’âme du génie « (MOZART)

Non, les notes ne s’aiment pas ou ne se détestent pas, c’est nous, chacun d’entre nous, qui établissons un lien, un certain rapport entre elles en fonction de ce que nous avons écrit plus haut. .

La voix et la nature humaines étant ce qu’elles sont – riches, complexes – le compositeur n’a-t-il pas intérêt à jouer sur tous les registres, à faire varier tous les paramètres de la musique, à créer toutes les conditions possibles pour toucher l’auditeur ?

Une des meilleures occasions de toucher l’auditeur est aussi une des plus difficiles à réussir. Il s’agit des moments où, dans un concerto pour piano particulièrement, une note ou un accord prend place au cœur d’un moment de silence assez marqué. Quand on a un flot rapide et, de plus, régulier, de notes, chaque note est plongée dans ce flot, dans cette production quasi continue. Mais quand une note apparaît au milieu d’un silence, le silence est, comme nous l’avons expliqué dans l’article «Ecoute MOZART «  habité, par les impressions que nous ont laissé les moments précédents. Et la note doit porter à incandescence ce silence habité. Mais allez savoir quelles impressions et quelles attentes flottent alors dans notre subconscient  ? Et comment ces impressions et attentes pourraient-elles ne pas être en partie propres à chacun.

Rien de plus difficile donc, tant pour le compositeur que pour l’interprète.  que des passages comme ceux que nous trouvons dans l’adagio du concerto 23 https://youtu.be/srfbdxAYIZ4?t=235, ou dans l’andantino du concerto n9 https://youtu.be/TlouxnNomiA?t=315  (pour moi, pas tout à fait assez de relief, et un peu trop lent)

Et rien de plus fort qu’un mariage réussi dans ces conditions.

Une autre façon d’avoir un impact sur l’auditeur consiste à répéter un certain nombre de fois presque à l’identique une séquence musicale. Chacune, en principe, creuse un peu plus profondément ou sensibilise un peu plus l’auditeur. A la fin, il y a souvent, un décalage et fréquemment un accord qui a d’autant plus d’effet qu’un lien spécial le relie à la séquence précédente.

https://youtu.be/7PpVomuJZOs?t=675 (on semble frapper à la porte avec insistance. L’hôtesse ouvre et apaise le visiteur en trouvant les mots)

dommage que le son soit mauvais, parce que je préfère cette façon de jouer https://youtu.be/aqeeat5jQP4?t=680  

(il faut dire que le « toucher » de KOBAYASHI, c’est quelque chose ! exemple avec CHOPIN  : https://youtu.be/Na38E4vZPr8?t=27 

(cela change du boucan qu’on appelle communément musique) ou avec BEETHOVEN : https://youtu.be/LtWWo8H5D_Q?t=647 

Comparaison un peu cruelle quand toucher et sensibilité doivent varier beaucoup et rapidement (Waldstein. écouter 30 sec) :

https://youtu.be/dL0JLNt_3EE?t=150

https://youtu.be/hoTdKWOVGVs?list=PL13C549F0D870B769&t=230 

Il y a encore la richesse, la sensibilité et limprévisibilité des inflexions, modulations, contrastes, intonations qui se produisent successivement et rapidement, comme si on avait trouvé sa vérité et qu’elle éclatait..

https://youtu.be/PwY_tuftnrI?t=995

L’écho, lui, semble prouver que la communication est réussie (reçu 5/5) et il est rassurant. Il installe un sentiment de confiance ou de familiarité. Grâce à cela, la nouveauté sera mieux accueillie, on y sera plus sensible.

https://youtu.be/5rYzhxFk67U?t=158

ou https://youtu.be/5rYzhxFk67U?t=630

ou  https://youtu.be/ZjQMtK_d6Ao?t=905

C’est histoire de pointer des séquences, et quelques conditions pour qu’apparaissent ces moments que l’on n’oubliera pas.

Mais les questions qui se posent sont : où, comment ces sons nous touchent-ils ou d’où viendraient-ils, où naîtraient-ils s’ils devaient émaner de soi ? Quels sont nos rapports avec les notes, les accords, les séquences ainsi entendus ou produits en soi ? Que se passerait-il si on épousait intérieurement les séquences ou si on devait les produire  ? Je parlais précédemment de paradis des sens et d’enfer du sens. Il n’y a aucun problème avec les messages des sens en tant que tels s’ils ne nous agressent pas, s’ils ne sont pas pénibles. Un son est un son, une saveur est une saveur, une odeur une odeur. Pas de conflit entre eux. Les conflits naissent entre les idées ou les pensées. Ce serait une erreur de faire de la musique des pensées. Au contraire, ces dernières doivent se taire, pour laisser libre cours à la sensitivité. (comme cela, aucun système de pensée ou aucune façon de penser n’est mobilisé ) La musique doit rester un événement intérieur qui met ou mettrait en jeu la voix, le souffle, le cœur, tout ce qui peut vibrer ou tressaillir, et, éventuellement, le corps tout entier. On peut juste déceler de la gaîté, de l’appréhension, de la raison, du doute, de la colère, de l’enthousiasme, de la tendresse, de la mélancolie, de la nostalgie, de la joie, des sursauts etc etc c’est même le but. L’accord, ici, ne nous engage à rien.

(Exemple : la partie qui suit, des adieux un peu tristes :   https://youtu.be/TbeDm0haLUQ?t=620  )

 

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