LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

17 octobre, 2016

NARCISSISME

Classé dans : Narcissisme — inconnaissance @ 13:16

Nous avions un choix à faire : l’individualisme ou l’altruisme et sous la pression générale, nous avons choisi l’altruisme. Ce choix c’est aussi celui entre l’individualisme et le narcissisme. Altruisme et narcissisme sont indissociables. (la religion étant le royaume même du narcissisme : voir les efforts inimaginables faits par les mystique chrétiens pour s’en débarrasser)

Narcissisme, voilà un mot un peu tombé en désuétude. Quand il est employé, c’est dans un sens très limité, très spécifique, alors que c’est un mode de fonctionnement fondamental de l’esprit humain, une façon d’être très étendue et très répandue.

Alors prenons le mot dans le sens qu’il avait au XXe siècle et avant, quand le narcissisme n’était pas aussi « normal ». C’est  » un très grand amour de soi-même  » (tlf) Narcisse se regarde dans un miroir : « Même cette incapacité à sortir de lui qui l’isolait si dangereusement des autres le servait ici puisque , en cette femme semblable à lui, (sa demi-soeur) c’était encore lui qu’il cherchait A son goût pour elle devait se mêler comme un étrange narcissisme  » (MAUROIS) Amour de soi~ amour propre : voir LA ROCHEFOUCAULD. « La vertu n’irait pas si loin si la vanité ne lui tenait compagnie »

Aujourd’hui, bien des bonimenteurs des sciences humaines nous disent qu’il faut s’aimer soi-même. Comment faire la différence entre un amour de soi justifié et un amour de soi excessif ? Quand passe-t-on de l’un à l’autre ? Réponse : c’est une question de degré et de circonstances. Le narcissisme, dans un sens péjoratif, c’est dépasser la dose prescrite. Prescrite par qui, pourquoi ? Question de circonstances : cette dose sera plus élevée dans certaines circonstances et moins élevée dans d’autres – quitte même à devenir quasi nulle quand il faut se sacrifier. Ce n’est pas nous qui décidons.

Et comme toujours quand les sentiments moraux sont de la partie, le fanatisme n’est pas loin. Le respect de la dose est un devoir sacré que l’on ne dépasse pas sans encourir une terrible réprobation. Exemple  » le sauvetage de quelqu’un en train de se noyer : il est moralement approprié de le sauver seulement lorsque le danger pour sa propre vie est minime ; lorsque le danger est plus grand, il serait immoral de le faire puisque seul un manque d’estime de soi pourrait donner plus de valeur à la vie d’un étranger qu’à notre propre vie  » (Ayn RAND) voir les réactions. .

S’aimer soi-même raisonnablement ? Qui aime qui ? Est-ce que celui qui aime est le même que celui qui est aimé ? Ce n’est pas possible, car dans ce cas, la question ne se poserait pas. La dualité, dans la pensée, implique une distinction.

FREUD, piètre thérapeute mais génial philosophe, est un de ceux qui ont vendu la mèche.

« En troisième lieu, enfin, et ce point semble le plus important, il est impossible de ne pas se rendre compte en quelle large mesure l’édifice de la civilisation repose sur le principe du renoncement aux pulsions instinctives, et à quel point elle postule précisément la non-satisfaction (répression, refoulement ou quelque autre mécanisme) de puissants instincts.  ….le développement individuel apparaît comme le produit de l’interférence de deux tendances : l’aspiration au bonheur que nous appelons généralement « égoïsme » et l’aspiration à l’union avec les autres membres de la communauté que nous qualifions d’ « altruisme . …Seulement, celui qui dans l’état actuel de la civilisation se conforme à pareille prescription ne fait qu’agir à son propre désavantage au regard de celui qui se place au-dessus d’elle. Quel obstacle puissant à la civilisation doit être l’agressivité si s’en défendre rend tout aussi malheureux que s’en réclamer! L’éthique dite naturelle n’a rien ici à nous offrir que la satisfaction narcissique de pouvoir nous estimer meilleurs que les autres. L’éthique, qui s’appuie sur la religion, agite ses promesses d’un au-delà meilleur.  » (Malaise dans la civilisation) Voir aussi « L’avenir d’une illusion ».

Le narcissisme est non seulement utile, nécessaire à la vie en société, (« L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu » LR) mais il est aussi exigé. C’est l’amour pour la société. C’est l’amour du miroir. C’est l’amour de l’image que le miroir restitue.

Le plaisir narcissique est une petite compensation au renoncement à ses désirs individuels. Ce n’est plus un plaisir que l’on tire d’un objet de désir personnel, désir qui se trouverait satisfait, c’est un plaisir octroyé par la société, par les autres, sous forme de jugements de valeur. (égoïsme involontaire de STIRNER) Jugements de valeur en fonction de critères sociétaux, moraux, culturels etc ces derniers devenant une référence et un objectif. Les servir de façon altruiste.

En me pensant et me jugeant à l’aide de ces critères, en fonction d’eux, j’aime, conformément à l’opinion publique, une idée de moi. Reste quand même à vérifier que je ne me trompe pas. Blessure narcissique toujours possible. Pas besoin pour cela d’être critiqué, dénigré, condamné, il suffit que quelqu’un méprise ou ignore complètement ces critères, ou qu’il soit complètement indifférent à l’amour que l’on a pour soi sur la base de ces critères, pour être blessé; (exemple facile : ignorer complètement la position sociale de quelqu’un -eh je suis ancien élève de l’école Machin – Autre exemple plus courant : se ficher du plaisir que quelqu’un éprouve à se conformer aux normes sociales)

Cela veut dire précisément que ce qui est recherché n’est ni matériel, ni sensoriel, ni singulier, mais abstrait. C’est une idée.(le sens d’un bien, d’un objectif, d’une conduite, la valeur d’une éthique etc) qui doit satisfaire une autre idée, l’idée de soi, c’est un bien spirituel qui a la particularité d’avoir été investi, pour lequel nos sentiments sont assez forts. Le narcissisme ne fonctionne pas avec des pensées neutres, impartiales, objectives, scientifiques. Et ce bien spirituel est soit exprimé par un entourage, soit identifié mentalement à un groupe intérieur(d’où le fanatisme de ceux qui ont beaucoup investi certains biens spirituels, les remettre en cause, c’est les écorcher vifs) Ne dirait-on pas qu’il s’agit d’être un saint du point de vue du surmoi ou d’atteindre l’idéal du moi ? (une parole non conforme de la part d’une personne publique, et c’est le scandale !)

Se penser, attendre de la société, des autres, un plaisir que l’on a renoncé à obtenir tout seul et pour soi seul, même le narcissique invétéré ne le fait pas toujours, même si, quand il n’est pas en société, ses pensées involontaires prennent le relai. Il y a des moments où il s’oublie. Il y a des moments où l’on est spontané. (Et il y a les pertes de mémoire, les moments de désorientation …) Le narcissisme n’est plus là; A l’évidence l’idée de soi n’est pas soi. Aussi est-elle toujours fragile.Même avec une volonté de fer, difficile de faire régner toujours et complètement cette idée gratifiante de soi. (éternels cas de conscience ou défaillances)

Le génie de la publicité est de vendre à la fois du plaisir narcissique et du plaisir non narcissique dans des proportions variables. (plus de plaisir narcissique avec la mode, plus de plaisir non narcissique avec les produits de consommation courants)

Le narcissisme se porte bien et se prête à la névrose, c’est tout ce dont il faut tenir compte pour avoir une bonne opinion de soi, c’est l’extrême importance que l’on donne à cette opinion et c’est l’extrême dépendance à l’égard des autres. Le narcissisme se porte tellement bien que, sous un autre nom, un autre visage, on en fait tout une morale pour notre temps. Et sérieuse ! Se caresser le nombril, épancher ses états d’âme ou de conscience, se référer à des critères sociaux pour se plaindre ou se vanter, revendiquer toujours plus de considération sociale, se victimiser, faire du foin pour une cause qu’on aime, militer pour toujours plus et plus et plus de citoyenneté bien-pensante, épouser les dernières exigences sociales ou les dernières causes à l’ordre du jour, rechercher des signes de reconnaissance ou se mirer dans un parti, faire feu de tout bois pour prouver ses bons sentiments, être victime de l’empire du bien, entretenir une idée de soi-même etc ça occupe !

Et ce qui aide beaucoup, c’est quand une certaine catégorie de personnes est valorisée par la société, est à la mode, a le vent en poupe ; ce qui aide beaucoup, c’est quand la culture a l’habitude depuis longtemps de faire de cette catégorie un centre d’intérêt au point que cette catégorie a entériné la chose et le fait valoir en permanence. .

Que se passe-t-il quand quelqu’un de narcissique (qui a besoin de ce plaisir narcissique) rencontre quelqu’un qui a pris l’habitude de montrer ou de manifester ses émotions, ses peines, ses humeurs, ses états d’âme, parce que cela a des effets sur les autres ? Je vous laisse deviner.

Ne dirait-on pas que nos concitoyens sont de plus en plus tracassés, angoissés à l’idée de se faire pardonner quelque chose. (et tout une clique qui exploite à fond cette mentalité pitoyable !) Normal, quand ce à quoi on se refère gagne en importance, en valeur, en exigences et quand la culpabilisation est partout.

« Les hommes ne vivraient pas longtemps en société s’ils n’étaient les dupes les uns des autres  » LA ROCHEFOUCAULD.

Tout le monde est plus ou moins narcissique, recherche plus ou moins l’accord et la reconnaissance du groupe, des autres, tout le monde sait cela, tout le monde voit venir tout le monde. Banalité et concurrence.

Les raisons de notre conduite en société ou sous l’oeil du surmoi ne sont pas si fondées que cela. Il vaut mieux éviter de les approfondir, car ce qui nous motive bien davantage, c’est le plaisir narcissique que nous retirons de notre conformité et de notre acceptation par le groupe, que ce dernier soit extérieur ou intérieur. Une vie sans plaisir serait-elle possible ? Que se passe-t-il quand le plaisir narcissique est le seul qui soit vraiment encouragé, estimé, admis, que ce soit une impression ou une réalité ?

La quête du plaisir apporté par le groupe ? Une perte de temps en comparaison de ce que l’on ferait si on s’en affranchissait et si on faisait ce qui nous tient à coeur personnellement.

S’émanciper de ses parents quand on est adolescent, c’est s’autoriser à aimer ce que ses parents n’aiment pas ou à aimer sans s’occuper de ce que ses parents aiment ou détestent, plus tard, il convient de s’autoriser à aimer ce que la société n’aime pas ou à ne plus s’occuper de ce que la société ou l’ordre établi aime ou déteste.

Comme nous le disions, le narcissisme est une donnée fondamentale de l’existence. Nous avons d’illustres et suprêmes modèles avec Dieu et, jusqu’ici, la société qui ne veulent aimer qu’une image d’eux-mêmes, que des individus en tous points conformes à leur attente ou leurs idées. On souhaite que l’autre nous apporte du plaisir. Aimer quelqu’un, c’est aimer être avec lui ou elle parce que c’est un plaisir. Dans le narcissisme, le plaisir que l’on souhaite obtenir avec l’autre est un plaisir pour le moi (idée de soi).

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