LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

6 mai, 2012

LE PENSEUR ET SON OBJET DE PENSEE

Classé dans : Realite — inconnaissance @ 15:23

Faisons le pont entre la « réalité » et le penseur.

Aux propos de Jeff  FOSTER : «Oubliez le monde et faites connaissance avec votre propre mental, le filtre conceptuel, à travers lequel le monde apparent est apparemment expérimenté. Rendez-vous compte qu’il n’existe pas de monde en dehors de votre propre mental. Le mental est le monde., et le monde est le mental » (Jeff FOSTER .- La vie sans centre)

il faut ajouter ceux d’U.G. : « Ce que vous voyez ici, en vous, est à l’opposé de ce que vous voudriez être, de ce que vous désirez être, de ce que vous devriez être. Qu’est-ce que vous voyez ici ?
Vous voulez être heureux, alors vous êtes misérable. Vouloir être heureux est la cause de votre misère. Ce que vous voyez ici est à l’opposé de votre but, votre désir d’être heureux, votre idée de bonheur. Vous voulez sentir le plaisir sans arrêt, voilà ce qui amène la souffrance. »

Le monde-mental est soit l’image positive soit l’image négative appropriée à l’idéal ou au désir du moi. Si j’aspire à la sainteté, soit je projette mon image de la sainteté sur des gens et des situations divers (enthousiasme, élan, admiration) soit je projette sur le monde, sur les hommes, mon image du péché : « Tu t’es fourré en tête le pécheur, et de là vient que tu le trouves ou le supposes partout. N’appelle pas les hommes des pécheurs, et ils n’en seront pas. » (STIRNER)

Ce n’est pas étonnant, on sait que les mots dont on se sert pour parler des hommes, les mots et concepts qui servent à se penser, à penser la vie, ne sont pas neutres. Ce sont des évaluations, des jugements parce qu’ils se réfèrent à des idéaux, des modèles que l’on ne remet d’ailleurs pas en cause. On se compare pour se connaître. C’est la seule façon de se connaître que l’on connaisse : par le jugement de valeur. C’est le phénomène dont parle UG. C’est la nature du mental : il ne voit pas le monde, il le juge dans un certain cadre.

C’est le monde du penseur, pas de l’être vivant. (Les sens, la conscience, eux, ne projettent rien du tout, ne construisent rien du tout). C’est cette vision duelle, égocentrique et détraquée (idéalisée ou paranoïaque par exemple) du monde que nous transmettons, hélas, à nos enfants en prétendant que c’est la réalité, c’est le monde ! . Et cela fonctionne dès le moment où l’enfant se met à croire que le penseur chez l’adulte est la personne elle-même.

C’est être par trop naïf que de croire que  le psy ou le représentant d’une religion incarne le modèle d’homme qu’il promeut.

Parfois, certains de ces penseurs, pris d’un accès subit de modestie ou de lucidité, admettent, momentanément, qu’ils n’expriment là que leur opinion ou qu’ils ne prétendent pas incarner leur idéal. (Cet aveu n’est là que pour accréditer leur honnêteté, l’honnêteté de leur moi) N’attendons jamais qu’ils aillent jusqu’à admettre qu’ils n’expriment là que leur désir personnel, le désir de leur moi.

Notre conception de l’Homme, notre modèle humain (le mien, le vôtre) doit être commun, donc unique, sinon, ce n’est plus un modèle, et si ce n’est plus un modèle, ce n’est plus un objectif. Mais rien ne confirme ce caractère commun, unique. Au contraire. Et pourtant, les mots prétendent sans cesse qu’il en est ainsi de par leur ambition générale. Voilà où nous en sommes, n’est-ce pas ? Assis entre deux chaises.

Ce que l’on constate avec les religions, on le constate avec chacun d’entre nous. Nos grandes figures spirituelles (Bouddha, Jésus, Mahomet, Krishna) sont-elles donc si semblables ? Non. Et pourtant, elles rejettent toute idée de variété dans la spiritualité pour la simple raison qu’elles se servent de mots, et que ces mots (les leurs) veulent être généraux, exprimer une vérité unique, à destination de tous, pour produire un modèle unique et faire des « saints » en série. Ces figures s’excluent donc les unes les autres, par définition. Il faut que leur vérité soit La vérité.

De même, pour nous. Nous sommes différents. Et pourtant nous pensons et croyons à un modèle unique qui exclut cette différence, en utilisant des mots pour exprimer notre modèle.

On pense que notre modèle d’homme est partagé, il ne l’est pas du tout. On pense aux mots décrivant ce modèle (liberté, créativité, amour etc), on les exprime en espérant recueillir l’accord de l’autre. Il n’y a pas d’accord sur le sens des mots. Il n’y a jamais d’objectivité au sujet de la vie ou de la conscience humaine.

Les autres ont la réponse aux questions : qui suis -je ? Comment je suis ? Qu’est-ce que je vaux ? Comment dois-je être ? parce que jamais de la vie, on ne se serait posé ce genre de question tout seul, sans raison. Déjà, nous avons vu que l’idée d’un soi découle de la culture et a simplement été acceptée sans preuve. Dans ces conditions, on est complètement sous la dépendance des autres quant à la réponse à ces questions. Nous avons un problème d’identité, de nature d’être, mais nous devons toujours et toujours trouver : par rapport à quoi ? Donnez-moi un « quoi » certain, sûr, qui me permettrait d’avoir un savoir sur moi sûr. Ce quoi est introduit par les autres, cherché à l’extérieur. Ce problème est une invention de la culture.

Alors inversement, que se passe-t-il quand le je, identifié à ses dadas conceptuels, décrit le monde et s’exprime selon son propre point de vue ? (en l’idéalisant ou en le noircissant)

Quand est-ce que le tableau deviendra réalité et que l’idéal humain, par exemple, sera réalisé ? (voir les citations dans les articles précédents ou les citations de cet article) Jamais. Quand est-ce que le monde humain sera exactement semblable à la représentation ? (bonheur, liberté, etc) Jamais. Le monde, tel que vous vous le représentez, les autres, tels que vous vous les représentez, l’idéal d’homme, tel que vous vous le représentez, vous-même, tel que vous vous représentez, n’existeront JAMAIS !

Aujourd’hui, notre représentation du mot, du cadre humain n’est expérimentée, vérifiée nulle part. La réalité vécue est différente. (Essayer de vous la représenter tout en étant attentif, perceptif) Cette représentation n’est qu’un rêve, une supposition, une thèse. Pourquoi en serait-il autrement demain ?

La créature humaine est bien rigolote. On lui dit : horizon. Ses petites pattes se mettent à pédaler. On la pose par terre. Et là voilà qui s’élance vers l’horizon.

Donc le penseur, pensé à l’aide de cette représentation, à partir d’elle, n’est qu’une pose, une supposition, une création mentale également. Il est facile dans ces conditions de s’inventer un beau rôle, de jouer les bonimenteurs dans cet espace onirique, théorique, de faire la morale aux enfants. Quelle tartufferie ! Jamais ce penseur ne sera vrai. Il n’est qu’un rêve éveillé.

Et pourtant, ce rêve est l’idée de soi qui voudrait être continue. 

On reconnaît, on identifie un état de soi parce que les idées, pensées étaient là en mémoire. Stimulus –> apparition de la représentation mémorisée –> apparition de l’idée de soi correspondante. Si ces pensées préalables n’existaient pas, comment saurait-on comment on est ? On ne prend conscience d’une chose qu’en la pensant, c’est à dire en la recréant dans un mode imaginaire.

Si on n’avait jamais entendu parler du bonheur, comment saurions-nous que nous sommes malheureux ? Il nous faut une image du bonheur. Et notre conscience du malheur dépend de notre image du bonheur.

Ce n’est pas un savoir. C’est avec cette image fantasmatique et purement personnelle que nous nous pensons, à partir d’elle, en contrepoint. Cette pensée est fausse, l’idée que l’on se fait de soi, à partir des mots et de leur représentation, est fausse. Tout ce qu’on pense, quand on se pense, est faux. (Pareil pour la pensée des autres) 

« Une fois que le besoin de faire advenir un changement et d’être différent de ce qu’on est est absent, ce qui nous reste, est ce que nous ne pourrons jamais expérimenter « (U.G.)

Si ce n’est pas vous qui pensez vos pensées (fonctionnement d’ordinateur : comment nier cela, voir aussi les neurosciences) vous n’assumez pas, ne pensez pas ce que vos pensées disent de vous. Donc ce qu’elles disent vous est étranger. De même, si ce ne sont pas les autres qui pensent leurs pensées, vous n’accordez aucune importance à ces pensées impersonnelles.

Cette généralité homme (psychique, spirituelle) est introuvable. Vous me dites quoi, silence, bonheur, perception, amitié, prochain ? Croyez-vous que mon silence, mon bonheur soit quelque chose de figé, de permanent ? Si c’est vrai, vivant en ce qui me concerne, ce n’est pas possible. Croyez-vous que mon silence, mon bonheur, sera semblable à votre silence, votre bonheur, au silence, au bonheur de tout le monde ? Qui va prétendre cela ? 

Utiliser des mots impliquant les hommes en leur donnant une portée, un sens général, ce n’est tout simplement pas possible.

 Pas de référent objectif. Notre représentation de la liberté, de la résilience ou de la responsabilité implique tout un contexte, un petit monde, au sein duquel se profile et s’exprime l’image idéale et rêvée de l’homme libre, de l’homme responsable etc (Quand je me pense, je me pense dans le monde, quand je pense le monde, je pense le monde dans lequel je suis) A chacun sa représentation, son image.

L’enseignement est faux, donc le maître est faux puisque cet enseignement parle du maître (de l’idéal). L’enseignement est un rêve, donc le penseur est un rêve.

Si chacun est unique, différent, on ne peut pas engager les autres hommes, décider pour eux, penser pour eux.

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