LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

23 juin, 2020

LES RENDEZ-VOUS

Classé dans : Repere — inconnaissance @ 8:45

Rendez-vous, station Javel. Attendez-nous

La bouche de métro. On descend, c’est plus facile que de monter, et on est bientôt enveloppé d’une douce chaleur, un peu rance, j’en conviens, mais c’est tiède quand même, et on se détend quand on n’est pas pressé. On s’amollit même, et si c’est rance, ça pénètre .

Cela ressemble à ce qu’il se passe, dans la vie courante, dans le bain social et culturel. Certaines choses que des mots recouvrent ou désignent sont comme les marches qui nous permettent de descendre. Le sous-sol dans la pénombre, c’est le flou oul’obscurité qui s’attache aux éléments de culture. La tiédeur, ce sont les sentiments qu’on apporte et qu’on partage. Mais Bécaud chantait déjà « ce monstre gris à mille bouches appelé métropolitain, semblait happer ou rejeter l’immense flot humain » C’est aussi une image du monde. Des foules, des multitudes en sortent ou s’y perdent.

Pensées et paroles jouent le même jeu. Mais rien de plus délicat à démasquer que ce jeu. On croit s’en dépétrer par une manœuvre, un éclair de lucidité, et on tombe dans un autre piège. On est complice, complaisant avec les mailles du filet dans lequel on est pris. On se décolle ici, on s’empêtre là. .

Changeons de chanteur. Parfois, dans ses chansons, le seul rendez-vous qui intéresse Georges Brassens, c’est l’amour d’une femme, tous les autres – les repères, les critères de jugement sociaux et moraux, les vérités établies qui servent de rendez-vous à tout le monde – il les dédaigne. (voir par exemple : « j’ai rendez-vous avec vous » et « les sabots d’Hélène »)

Les rendez-vous dont je parle sont verbaux. La communication repose sur eux, s’articule autour d’eux, est à leur service.

La communication, la mère de tous les vices, on dirait. Communiquer, c’est la question. Être compris, être approuvé un minimum, ne pas choquer ou vexer, s’inscrire dans un cadre ou un contexte convenu, éviter de poser des problèmes, de perturber. Le mieux est d’utiliserdes clichés, des préjugés, des idées qui courent, des vérités établies, des mots-valises, du sens commun. Dans tout cela, il y a des repères communs. C’est leur royaume.

Le rendez-vous, c’est le moment, théoriquement, où l’on fait société, où l’on est rassemblé. C’est ce qui permet de remporter tous les suffrages..

Notre rapport aux discours ambiants, aux propos des uns et des autres, à nos propres pensées est difficile à déceler; Forcément, ils sont si nombreux, si mouvants et complexes; Notre rapport aux rendez-vous qui leur servent de pivots, de guides, de bases est plus perceptible,.c’est, à chaque fois, un familier tellement familier qu’il nous paraît consubstantiel. Brassens aimme les braves hommes et les chics filles, pas trop les gens.(tous les gens bien intentionnés) et encore moins certaines catégories d’entre eux. 

« les sabots d’hélène étaient tout crottés  » Peu importe à quel point, depuis quand, pourquoi, ce qui réunit tout le monde, c’est crottés. C’est le point important, l’élément rédhibitoire. C’est ce que l’on retiendra bien.

Le rendez-vous, c’est tout ce grâce à quoi on croit que l’on va rejoindre les autres et qui motive notre communication, qui l’anime, qui lui donne son sens. Les éléments très significatifs caractéristiques de la bonne intention, d’un jugement de valeur, d’une utilité sociale etc

Voir aussi les éléments de rendez-vous possibles dans le poème de Lamartine de l’article : « MUSIQUE ET POESIE »

http://planetdsaintje.unblog.fr/2020/06/23/musique-et-poesie/

Ce sont des points à propos desquels les autres devraient penser comme nous ou à propos desquels on devrait pouvoir penser comme les autres.

Ce sont des points importants que nous avons investis, qui devraient nous permettre de trouver de l’affection, et on est très soucieux que toutes ces concordances et amitiés réussissent. Aussi,ils fonctionnent comme des devoirs, des objectifs, impératifs.

L’intégration dans la société des hommes, être reconnu comme un des leurs, passe par ces points-là. Leur importance est vraiment proportionnelle à notre désir d’être des leurs.On met tous ses espoirs dans les autres, on n’existe que pour les autres, d’où l’importance de la communication. . Communiquer est un devoir.

On sent bien que c’est à cause d’eux qu’on ne peut rien penser sans inclure les autres, sans penser aux autres, sans tenir compte des autres. On doit passer par eux comme sous des fourches caudines, et leur être fidèles.

On n’est absolument pas dans le cas où on se dirait : ça me parle à moi, ça a tel effet sur moi, ça vient de moi.

On pense et on est persuadé que les autres pensent de même, on aime parce qu’on est persuadé que les autres aiment la même chose, on veut parce qu’on est persuadé que les autres veulent la même chose. C’est le carrefour, c’est la jonction.. On n’existe que pour les autres, d’où l’importance de la communication. . Communiquer est un devoir. ;

 Ce qui devient plus clair, c’est que ce sont les autres qui pensent dans notre tête on ne fait que leur obéir. Ce sont les autres qui pensent crottés et tout ce à quoi Brassens renonce pour être avec sa belle dans « j’ai rendez-vous avec vous »

On sent bien que lorsqu’un de ces noeuds, un de ces rendez-vous se manifeste, son pouvoir sur nous est total. On sent bien qu’il représente, dans le cadre des relations sociales ordinaires, l’occasion quasi unique de partager les mêmes sentimnts de communier dans un même amour pour lui.

 Peut-être que notre mental s’est construit autour d’un certain nombre de rendez-vous, de carrefours, de noeuds ferroviaires dont le rôle et l’action dans nos pensées sont primordiaux. Ce sont nos liens avec les autres, avec la société. On retrouve les autres, on entre en relation avec eux principalement à partir de ces noeuds. Tout le monde est censé les connaître, tout le monde est censé les pratiquer, tout le monde est censé les approuver, tout le monde est censé les aimer. Tout le monde ou, du moins, tous ceux qui comptent pour nous.

Censé : ce n’est pas quelque chose que l’on vérifie, que l’on creuse. On en a tous besoin, plus ou moins, pour faire partie de la société, pour être reconnu, accepté, approuvé,. Plus que ça encore, en tant que noeuds vitaux pour notre mental, on sent bien que nous nous investissons énormément pour les respecter et bien les employer. On sent bien que c’est un devoir impérieux de nous y soumettre parce que la communication est pour nous vitale, ei ils sont importants dans la communication.

C’est comme sous l’effet irrésistible de la gravité qui sévit aussi dans la langue. On commence à parler pour soi ou pour désigner quelque concept connu, on poursuit en pensant à tout le monde, en incluant tout le monde quand on passe par un de ces noeuds, et on finit par s’engager pour eux et par compter que les autres penseront comme nous.

 UE d’abord une simple opinion personnelle. UE penser aux opinions des autres sur l’UE. UE : concevoir l’existence d’une opinion commune sur l’UE. UE Exprimer sa conviction en pensant que ce sera ou cela devrait être celle des autres.

Pitié : mot comme un autre, prononcé distraitement, sans y accorder d’importance. Pitié : la pitié selon tout le monde. Pitié un engagement plus ou moins important des gens en sa faveur. Pitié une conviction de ma part que c’est une solution pour tout le monde. Pitié : on pense pouvoir convertir et mobiliser beaucoup de monde avec ça.  » La pensée n’a rien fait d’autre que de glisser insensiblement vers quelque chose qui devient un rendez-vous incontournable. :

Le flou. Il concerne le sens de ce que les mots UE et pitié désignent, il concerne nos sentiments pour cela. . Mais la généralisation implicite aux mots nous sert bien dans cette affaire de rendez-vous, de points de rassemblement, la généralisation du sens devient généralisation de l’opinion et des sentiments.

Avec ces rendez-vous, ces noeuds, on ne peut penser sans les autres, sans la pensée des autres, on ne peut aimer sans les autres, sans l’amour des autres, on ne peut vouloir sans les autres, sans la volonté des autres. Ils sont les autres.

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