LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

30 mai, 2014

JUGER RÊVER

Classé dans : Reve — inconnaissance @ 10:45

Le rêve est au cœur de l’existence. (La vida es sueño. – CALDERON DE LA BARCA) Pas un rêve conscient d’être un rêve, pas une fonction créative, mais un rêve qui tient lieu de réalité, qui est pris pour la réalité. Cesser de rêver, c’est s’éveiller et savoir immédiatement que ce n’était qu’un rêve. La société ou la culture entretient ce rêve-là. Elle fournit même des aphrodisiaques, des drogues, pour l’accentuer . .

Qu’est-ce qui nous fait rêver de cette manière, qu’est-ce qui nous plonge dans le rêve, qu’est-ce qui alimente le rêve ? Qu’est-ce qui fait que les choses du monde et de la vie ne sont pas vues telles qu’elles se présentent mais tout autrement ?

Bien évidemment, en premier lieu, le sentiment et le désir ensemble. Déjà, sentiment et désir semblent pouvoir croître à l’infini. « Le contenu d’un sentiment semble pouvoir croître ad infinitum «  (Paul VALERY) Qu’est-ce qui pourrait bien les raisonner, les limiter ? Où est le garde-fou ? Le sentiment se complaît en lui-même et il nous transforme. Quand on s’ennuie ou quand on se trouve quelconque, comment ne pas bien accueillir cette métamorphose. Et le désir fournit mille idées au sentiment. Il aveugle et embellit ; Qui ? Une personne, une figure, une image d’être. Quand sentiment et désir se portent vers l’idée d’un bien, vers une cause, un Dieu, combien le moi, d’où partent ce sentiment et ce désir, s’en trouve exalté ou valorisé. Mais c’est une exaltation ou une valorisation toute irrationnelle, passionnelle, insensée.

Ainsi, ce que ce genre de sentiment ou de désir touche est transfiguré. Le rêve est total, puissant, impérieux. Sentiment et désir, c’est notre condition humaine (voir L’Autorité morale, 1). Ils tiennent absolument à embellir le monde. Les hommes s’attachent aux plus sordides milieux de vie, ils s’habituent à tout ou presque. Cela a des avantages et des inconvénients. Avantages : survivance et créativité. Inconvénients : on peut presque tout leur infliger, ils subissent sans se révolter. Pour les y aider, on invente par exemple la religion, opium du peuple. Toute la culture nous inspire des sentiments et fabrique un monde de rêve. Et on voudrait changer ce qui est pour que cela corresponde à notre attente, comme si le rêve devait avoir raison sur le réel. Le rêve doit avoir raison, il doit triompher, parce qu’on l’aime. On aime rêver et on aime son rêve.

Mais ces sentiments ne sont qu’un vernis puisqu’ils appartiennent au moi. Il suffit d’un nouveau conditionnement approprié ou de conditions spéciales (guerre par exemple, ou instinct de survie) pour qu’ils disparaissent. «  Certains avaient été touchés une seconde fois alors qu’ils étaient déjà tombés, de sorte que la trajectoire de la balle pouvait se suivre à travers tout le corps. Aucun d’eux n’avait moins de deux blessures. Nous les ramassâmes et les traînâmes vers nos positions . Ils braillaient comme si nous allions les tuer ; mes hommes leur fermèrent la bouche et les menacèrent du poing, ce qui aggrava leur angoisse. L’un d’eux mourut en route mais nous l’emportâmes quand même , car on touchait une prime pour chaque prisonnier, mort ou vif «  (Ernst JUNGER . – Orages d’acier) Certains, qui ont une très très haute idée de la culture ou qui veulent créer un monde à partir d’elle (religions) s’en scandalisent, n’en reviennent pas. Mais c’est ainsi.

Rien n’est véritable, quand on ne part pas de soi.

Sentiment et désir correspondent aussi à un besoin de fusion, c’est à dire d’extinction du moi. Du moi, pas de soi, car dans des conditions normales, de liberté, de bonheur, de non-peur, personne ne songe à vouloir se dissoudre, disparaître. Ce dans quoi ou ce avec qui le moi veut se fondre est idéalisé et spiritualisé. Que de distance entre une grande cause, un Dieu, tels qu’on les voit, et leur réalité. Idéaliser et rêver, c’est la même chose. Pourquoi est-on des cons, comme le chante BRASSENS, quand on est plus de quatre. (ou quand on est plusieurs dans certaines conditions). Mais parce que, aussitôt, du fait de cette fusion espérée, on règle sa conduite, son comportement, sur ceux des autres ; on règle ses idées sur celles des autres ; on règle ses goûts sur ceux des autres. On devient un simple exemplaire d’une série, un simple maillon d’une chaîne, le membre d’un troupeau. On perd sa dignité personnelle.

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Il manque une liberté fondamentale à celles que l’on connaît. Si l’amour est associé à la haine ou au sentiment de culpabilité, cette liberté est celle de ne pas aimer, d’être neutre.

D‘autre part, l‘opinion, le jugement de valeur, c‘est la défense de son rêve, son expression. Si je suis un croyant ou le militant d’un parti, je juge, j’évalue tout en fonction de ma religion ou de mon parti, j’interprète tout en fonction des intérêts de ma religion ou de mon parti. Ce seront des sources inépuisables de jugement. On ne se rend pas compte à quel point cette évaluation, cette opinion, sont un rêve, à quel point ce qui sert de critère de vérité est onirique. (On appelle cela : prisme, parti-pris, oeillères, mauvaise foi, préjugé, chauvinisme, sectarisme etc etc) On aime ce critère. On souffre toujours du fait que les choses ne sont pas telles qu’on les rêve quand le rêve est pris pour la réalité.

Certains pensent non seulement que leur rêve aura raison de la réalité, s’imposera, mais qu’il régnera pour toujours. A l’inverse, jamais une vérité scientifique ou mathématique n’a transporté et entraîné les foules.

Le jugement est rêve, c’est un désir quasiment jamais satisfait. « Toute souffrance est une variation de : ceci n’est pas suffisant «  (Jeff FOSTER) (pas suffisant ou pas parfait) Car que jugeons-nous sinon ce qui est ? Et comment jugeons-nous sinon au nom d’un monde théorique ?. Juger en généralisant – ce que l’on fait tout le temps – c’est rêver des généralisations dont on a vu l’inexistence. C’est être un fantôme. Genre de propos moralisateur que l’on tient souvent aux enfants : « Coopérer, ça enrichit la vie…si tu coopères, tu en seras gagnant. En effet, si tu agis dans ton coin, que tu veux toujours tirer la ficelle à toi, tu n’arriveras pas à obtenir ce que tu veux «  (J.C. MORI L’heure de la morale) Généralité (creuse) LA coopération. Généralité (creuse) L’enfant. Jugement de valeur : gagnant, enrichit etc Rêver à l’existence de ce monde totalement fantomatique qui fonctionnerait ainsi, lui consacrer sa vie, c’est proprement croire au père-Noël. C’est le moi au final : un concentré d’âneries.

C’est bien le genre de propos auquel il ne faut accorder aucune importance. Et pourtant, on passe son temps à ça : inventer des mondes qui n’existent pas et leur être conforme. (et faire du mal en leur nom). Profiter de la naïveté des enfants pour les soumettre à ce genre de stupidité, c’est vraiment dégueulasse.

Dabord on a commencé par vouer sa vie, accorder toute sa foi, aux mots, en tant que mots. Naissance du sujet pensant. Puis on a voué sa vie, accordé toute sa foi à certains mots, certaines idées, par affection, par conformisme. C’est devenu des pensées familres, récurrentes, évidentes, quon aime. Développement et règne du sujet pensant-pensé. Puis avec la généralisation assumée, le moi (baudruche) s’engage, se prend au sérieux. Et c’est parce que ces pensées sont bourrées de sentiments, de désirs, d’opinions, d’idéaux, d’espoirs, qu‘elles font la loi et nous maintiennent dans un rêve. Le monde est notre mental. Ce qui fait dire à HOUANG-PO,« Les imbéciles chassent les situations et non leurs états d’esprit, tandis que les sages chassent leur esprit sans chasser les situations….Il suffit pour cela que dans votre vie de tous les jours, lorsque vous vous déplacez ou restez debout, assis ou allongé, et dans tout ce que vous dites, vous ne vous attachiez pas à ce qui est composé «  C’est quand même gonflé ! Il y a du HOUANG-PO dans CIORAN. : « Le mépris est la première victoire sur le monde, le détachement, la dernière, la suprême « 

Un collectif qui serait le bien, est la substance même du moi ou du je. Ce qui le pousse à chercher sans cesse ce qui est coté collectivement ou à s’y référer. Mais cela n’existe pas. Ce qui n’existe pas ne vaut rien. Il le devinait MONTAIGNE : « Il me semble que nous ne pouvons jamais être assez méprisés selon notre mérite « 

 

 

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