LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

15 août, 2018

ETATS DE SERVICE

Classé dans : Servir — inconnaissance @ 9:06

Jusqu’à quel point peut-on agir sans avoir à l’esprit l’intention de faire plaisir ? Dans quelle mesure nos actions se donnent-elles pour raison, pour alibi le bien ou le plaisir des autres ?

Toute l’éducation, tout le conditionnement socioculturel dont nous avons été l’objet ne consistent-ils pas, essentiellement, à nous donner le réflexe altruiste, désintéressé ? . C’est que les demandes n’ont jamais cessé, que les demandeurs s’identifiaient à leurs demandes, et qu’ils passaient pour avoir beaucoup de valeur. Demandes des parents, certitudes et pressions des parents, importance des parents.  Puis des autorités de toutes sortes – scolaires, religieuses, morales etc – fonctionnant sur ce schéma. Puis les autres en général une fois la socialisation effectuée, puis des organisations professionnelles ou autres ; puis la société et/ou Dieu. C’est que l’on part dans la vie avec un très très gros handicap : on ne sait rien. Et quand on commence à savoir quelque chose, à comprendre quelque chose, cela ne vaut rien ou pas grand chose comparé au savoir des adultes. Donc c’est dit, on naît élève et on le reste très longtemps, parfois toute sa vie. Ce qu’on apprend change simplement de nature.

Depuis que nous sommes sur terre, donc, tout nous enjoint, nous presse, nous appelle, nous invite à faire plaisir, c’est à dire à satisfaire les demandes de l’Autre. Ces demandes ne sont pas toujours formulées clairement, loin de là .  Ce sont souvent des attentes, elles sont souvent implicites, sous-entendues . D’où la difficulté où nous sommes de les satisfaire, car pour les satisfaire, il faut les connaître, et il faut qu’elles puissent être satisfaites.

Mais quelles que soient ces difficultés, les problèmes posés, à partir du moment où on ne sait plus ou ne peut plus faire autrement que de faire plaisir aux autres ou à l’Autre, à partir du moment où on ne sait plus rien faire, rien décider, s’il n’y a pas de l’altruisme, du désintéressement, on s’évertue, on cogite, on cherche, on s’interroge, on se corrige, on fait tout pour essayer de satisfaire l’Autre. On n’en a jamais fini.

Pourquoi « faire-plaisir » ? Parce qu’il serait trop long, trop difficile de chercher à savoir si ces demandes sont justifiées. Il faudrait solliciter sa propre intelligence, parvenir à ses propres conclusions. C’est assez égoïste. Sans compter qu’il est souvent interdit de remettre en cause ces demandes (c’est à dire la valeur du demandeur) . Il est donc plus simple, plus rapide, plus reposant, d’agir simplement pour faire plaisir. On prend donc vite l’habitude de ne pas s’interroger sur les raisons d’une demande, de ne pas chercher à savoir si elle est justifiée, qu’elle émane d’une personne, d’une autorité, d’un groupe ou de la société. Le « faire plaisir » se justifie de lui-même. .L’altruisme favorise la bêtise, surtout s’il est accompagné de la foi. On passe seulement d’un giron à un autre, depuis le giron familial jusqu’au giron de la société en passant par le giron de quelques organisations. Toujours être au service . C’est passé dans les mœurs. (ou être utile) On sert tant de personnes, d’idées, d’intérêts, de groupes. . Il y a quelqu’un ou quelque chose qui est servi, et quelqu’un qui sert. Il y a les serviteurs, les domestiques, les sbires, les instruments, les disciples, les fidèles, les courtisans, les conseillers, les employés, les collaborateurs, les assistants, les représentants, les émissaires, les militants, les prêtres etc etc A chaque fois, c’est pour un certain type de service.

Cette attitude altruiste ou cette habitude de faire plaisir étant une valeur fondamentale, elle est pratiquée par à peu près tout le monde à peu près tout le temps.

Elle donne de la valeur au moi puisque l’altruisme ou le « faire plaisir » est un constituant essentiel du moi dans nos sociétés. Sa propre personnalité s’est bâtie avec ça. Le moi se sent meilleur grâce à l’altruisme, et grâce à la reconnaissance de la collectivité. Il se le dit, on le lui dit. Il enfle. Facile pour une société de nous mener par le bout du nez, il suffit de nous donner l’occasion d’être altruiste à ses conditions.

L’altruisme, une structure fondamentale de l’existence qui nous maintient en état de sujétion. Non seulement il nous rend bêtes, mais il fait de nous des gueux.

Penser, c’est ce qui permet d’activer cet altruisme. Dès qu’il y a pensée, c’est à dire emploi de mots, de concepts, d’idées, il y a séparation interne – donc il y a un Autre – il y a généralisation puisque beaucoup de mots, on l’a vu, .impliquent, incluent du collectif. – donc il y a un groupe – et il y a valorisation ou jugement. Donc l’altruisme trouve là tous les éléments nécessaires à son fonctionnement. La langue est comme cela, par nature. L’altruiste que nous sommes depuis longtemps se mire dans l’idée et y souscrit. Le moi est content. Il obéit à son déterminisme.. Sans même qu’on s’en rende compte. Penser, c’est penser le monde. Le monde veut trois choses : continuer, résoudre ses problèmes et réaliser ses projets. Continuer : ce sont toutes les valeurs sur lesquelles il s’est bâti et que l’on se sent un devoir de respecter, de défendre, de promouvoir, de transmettre. Résoudre ses problèmes : inutile d’insister, ils pullulent et nous devons faire ce qu’on nous demande pour participer à leur résolution. Réaliser ses projets : des groupes ou organisations de toutes sortes qui sollicitent notre mobilisation s’occupent de les réaliser. Bien sûr, souvent ces 3 aspects se conjuguent. En ce moment, migrants en quête de port d’accueil .C’est le problème. « Prendre ses responsabilités » tel est l’argument. Cela c’est la continuité. Signer des accords internationaux. C’est le projet.

ital

Je vais et je viens disent les ONG (rejoignez-nous dans la Méditerranée pour les tours de passe-passe)

Donc sa vie est consacrée à assurer la continuité de la société , à essayer de résoudre ses problèmes, à collaborer à la réalisation de ses projets.

L’altruisme est une disposition d’esprit inconditionnelle. Il ne s’agit pas d’apporter du plaisir pour en recevoir. L’intention doit être complètement désintéressée/ Comme ci-dessus. Et que se passe-t-il si vous osez penser et parler à contre-courant ? (contre la continuité, contre la résolution des problèmes, contre les projets) On ne le fait pas, on en a perdu l’habitude, on ne se le permet pas. Tout le monde nous invite à l’altruisme. C’est terrible de se sentir obligé de mettre de l’altruisme dans tout ce qu’on fait et de se justifier en invoquant tout ce que les autres pourraient en retirer comme bienfait. Que croit-on que l’on fasse en voulant être dans la norme ? La norme, au fond, on s’en fiche, ce que l’on veut, c’est plaire à tous ceux qui respectent la norme ou ne pas les heurter, c’est participer à son maintien.

Oui, mais comme on ne peut jamais être sûr du résultat ou de l’effet de notre action, on est obligé d’attendre que l’on nous dise dans quelle mesure on a fait plaisir. On est toujours en quête de connaître le plaisir que l’on peut apporter. Premier aspect de la gueuserie.

Le bouddhiste Fabrice MIDAL remet Narcisse à l’honneur à une époque où on ne parle que d’engagement et où l’on vilipende l’individualisme. Il écrit : «  ce n’est certainement pas en apprenant à « gérer son stress », à être zen, à profiter des petits bonheurs, à apprécier le moment présent, comme on ne cesse de nous le raconter, que nous allons arriver à Narcissiser (sic) quelqu’un. Toutes ces injonctions nous trompent gravement. Narcissiser quelqu’un, c’est le remettre en contact avec la source la plus profonde de la vie. Le remettre en mouvement. C’est aussi le libérer de l’auto-exploitation de lui-même où chacun s’opprime soi-même «  (France Culte) A priori, on s’éloigne de l’altruisme. Oui mais, il est quand même question de : narcissiser, source de la vie, mouvement, auto-exploitation de lui-même. Dites-moi, c’est bon pour tout le monde, cela désigne tout le monde ? Ces mots ou expressions incluent à peu près tout le monde. Ce sont des notions générales. N’est-il pas question de rendre service à tout le monde. Cela ne tient aucun compte de façons de penser différentes. N’avons-nous pas l’espoir qu’un groupe se forme sur ces bases que nous pourrions rejoindre ?

Comme ces généralités (source profonde de la vie) ne correspondent à rien, quand vous êtes en rapport ou en dialogue avec elles vous n’êtes en rapport avec rien, rien de réel, c’est juste une boucle interne entre deux imaginaires : le moi et la pensée. L’auto-exploitation continue.

L’impermanence, voilà l’ennemie. Que croit-on faire en objectivant, en portant un jugement sur un musicien ou une de ces œuvres, en portant un jugement sur un comportement, en portant un jugement sur une idée politique etc on espère qu’il sera vrai durablement pour tout le monde, on se prépare à agir en faveur de ce que tout le monde doit trouver bien et on prévoit d’être comme tout le monde. (c’est la raison pour laquelle on espère convaincre tout le monde et que tout le monde nous donnera raison) On parle au nom du collectif. On aime bien célébrer les gens et les choses qui sont collectivement appréciées, cela nous permet d’être comme tout le monde et de faire plaisir. Et puis on pense tenir quelque chose de durable. Hélas, l’impermanence est partout, en soi et dans la société. L’objectivation est inutile.

Deuxième aspect de la gueuserie. 

Sachez que les bonimenteurs, qu’ils soient religieux, psychologues, politiques, moralistes, ne veulent qu’une chose, c’est que vous adoptiez leurs vues, que vous vous conformiez au modèle d’homme qu’ils décrivent. Dans ce cadre, les autres ne sont que des exemples pour leur démonstration, ils n’ont qu’un rôle utilitaire. Par exemple, la femme adultère dans l’évangile ne sert qu’à illustrer la disposition d’esprit qu’il faut avoir, mais cela finit par : « va et ne pèche plus «  Si quelqu’un se met à ignorer les commandements de Dieu, là, tout change. Le mot ennemi dans les évangiles est un terme général : il sert seulement pour demander aux chrétiens d’adopter une certaine attitude. Mais quand ce sont de vrais gens qui s’opposent à Jésus ou à Dieu, alors là la réponse est impitoyable Une invitation à se comporter de la même manière à l’égard des impies, hérétiques, athées etc. (sur ce modèle, encouragés par ces paroles, les générations suivantes s’en sont donné à cœur joie avec les contrevenants. Car où s’arrêtent les comportements contraires aux commandements de Dieu ? ) Déjà Jésus disait à la femme qui pleurait sur son sort , de ne pas pleurer sur lui mais sur ses péchés. (l’adultère par exemple. La lapidation non, mais la condamnation, oui)

La conclusion qu’il faut tirer est la suivante, chacun de nous, dans ce système, n’a que des devoirs envers les autres. C’est sous cet angle qu’il faut lire les évangiles. Cela continue n’est-ce pas. Nous sommes des devoirs ambulants. On ne fait que nous accabler de devoirs en sachant que l’on peut compter sur notre altruisme foncier, sur notre tendance irrépressible à vouloir plaire ou faire plaisir. .Mobilisation générale permanente pour assurer la continuité du système.

Notre rapport aux jugements collectifs, aux opinions répandues a toujours été ambigu. D’un côté on veut coller à eux, de l’autre, on veut s’en démarquer. On veut bien ne pas être tout à fait dans la norme, mais on ne veut pas être le seul à être comme ça. Et moins on est dans la norme, plus on milite pour convaincre les autres. L’esclavage : avoir à l’esprit, automatiquement, ce que les autres pensent de tout ce qu’on voit, entend, touche, sent, et s’y ranger. Pire que ça peut-être, essayer de retrouver dans sa vie, dans le monde, des choses que les autres nous ont fait imaginer  pour les aimer. : Dieu ou autres billevesées du même genre. Troisième aspect de la gueuserie.

Il y a beaucoup de naïveté à dire des mots des choses comme : «  ils ne peuvent pas toucher la Vie, ils ne peuvent pas la capturer, mais peut-être seulement peut-être, ils peuvent pointer vers elle «  (Jeff FOSTER) Les mots pointeront toujours vers le moi si on ne sort pas de la dualité et si on ne s’affranchit pas de l’altruisme que cette dualité permet. On ne peut que trouver biens les mots avec lesquels on a été conditionnés. (effet miroir décrit précédemment) Il faut rejeter la dimension collective, générale qu’ils contiennent comme on se débarrasse de l’écorce d’une orange. Reste la pulpe, c’est à dire le sens qui réveille la conscience personnelle, subjective que l’on pouvait en avoir. Mais ce sens doit aussi se résorber, disparaître puisqu’il ne peut pas pointer quelque chose que l’on ignore, qui nous est inconnu : la vie, l’être, la mort, l’homme, la conscience , le je . C’est le vide de la pensée. De la même manière, un musicien reconnaît sans doute les notes de la musique qu’il écoute  .Les notes sont un patrimoine commun, des codes reconnaissables. Mais le mélomane n’a que les sons, et les sons, après avoir fait leur effet, se perdent dans le silence, un silence qui déjà était présent particulièrement avec certains instruments. (piano, guitare, harpe )      https://youtu.be/g1-HbX5zBmA?t=864

C’est la raison pour laquelle ces derniers me semblent introvertis, alors que les autres sont extravertis. De l’intériorisation-introspection à l’extériorisation-affirmation. https://youtu.be/8NOF_ueaxJ4?t=205

Prenez, par exemple, au hasard, le mot espoir . Il y a l’espoir dans la culture, l’espoir tel qu’on en entend parler, l’espoir tel que le politique en parle (un politique est un monstre aux mille bouches, il prétend qu’il parle au nom de tous ) C’est un espoir qui n’est pas le vôtre. Un espoir quasi officiel. Vous pouvez vous mettre au service de ce genre de généralité. Et puis il y a ce qui germe dans votre conscience quand vous pensez à ce mot, c’est votre sens de l’espoir, votre expérience intime . Mais l’espoir de qui ? Qui espère ? Le corps ? Vos cellules ? Votre être ? Votre vie ? Vous ne savez pas ce que c’est que votre être ou votre vie, vous n’en savez que ce qu’on a bien voulu vous raconter; Mais vous-même, vous n’en avez aucune connaissance de première main. Vous êtes d’autant plus incapable de savoir ce qu’est la vie ou l’être que vous êtes dans l’impossibilité totale de dire ce qui, en vous, est indépendant du milieu où vous vivez, hors d’atteinte de toutes les vicissitudes de l’histoire, bref de l’existence dans ce monde. Quand êtes-vous séparé et quoi est séparé du tout ? Vous ne savez pas qui espère. Donc ce qu’il y avait dans la conscience à propos de ce mot espoir doit se résorber dans cette inconnaissance . Si on est dans l’inconnaissance de ce qu’on est, comment pourrait-on s’attribuer quelque qualité, vertu ou caractéristique que ce soit ? Mais bien sûr, il vous reste les arguties et facéties de ce que l’on raconte depuis des siècles.

Pas d’altruisme quand on est arrivé là. L’altruisme fait partie de la comédie sociale. Plaire ou faire plaisir n’a plus aucun sens puisqu’il n’y a plus d’Autre au niveau pensée.

P.S. Manifestement, l’Eglise catholique est pourrie, si Dieu existait, comme le prétendent les catholiques, on serait obligé de conclure qu’il cautionne tout cela puisqu’il laisse faire : Ihttps://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins-dete-1ere-partie/eglise-le-sexe-au-peril-du-dogme-premiere-partie

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