LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

28 août, 2018

BON A TOUT FAIRE

Classé dans : Servitude — inconnaissance @ 14:13

On fait tant d’efforts, on se fait tant de soucis pour l’idée que l’on se fait de soi, tout seul ou en relation, mais on est bien obligé de constater que ce qui commande, c’est un arrière-plan mental ou psychologique, organique et génétique qui fait que nous avons les limites que nous avons, les désirs que nous avons, les facultés que nous avons, la vie que nous avons. Contre cet arrière-plan, les idées ne peuvent pas grand-chose. On peut imaginer tant qu’on veut l’attitude que l’on veut avoir, une fois dans l’action, ce qu’il se passe est tout à fait différent. « Sur l’écran noir de mes nuits, où je me fais du cinéma «  (NOUGARO) On est bien conscient de ces préoccupations, moins du fait qu’elles sont vaines, sinon elles cesseraient. .

On ne peut pas décider de savoir ce qu’on ignore ignorer, on ne peut pas avoir des capacités que nous n’avons pas désiré avoir autrement qu’en rêve, on ne peut pas comprendre sur le moment les limites de notre compréhension. On ne sait pas non plus quelle est la teinte, le parti-pris de nos pensées quotidiennes, sinon on en tiendrait compte , mais elles en ont forcément . Pas la peine, donc , de nous en faire le reproche ou de s’en faire le reproche. On ne doute pas du prédicat (ce qu’on dit de..) dans nos pensées, le penseur ne se met pas en doute Même si on pense : je doute, j’hésite, on ne doute pas que l’on doute ou que l’on hésite. L’autorité du mot mériterait d’être testée, éprouvée, On est encore moins conscient du rapport qui existe entre le prédicat et la réalité. (qu’est-ce que le doute?) On se satisfait trop souvent du confort apporté par un prédicat. Quand est-ce que la pensée touche effectivement la réalité ? (FC) « .Je crois que la littérature à pour objet et pour objectif de parler du monde tel qu’il est. De tâcher de le décrire «  (Eric VUILLARD) Bon, bon. Mais si vous êtes écrivain, vous ne direz probablement pas la même chose. Pourtant, la littérature, c’est la littérature. Son opinion fait suite à un je crois. Donc il admet qu’il puisse y avoir d’autres opinions. L’affirmation, la certitude, c’est je crois. Très bien ! Et au fait, qu’est-ce qu’elle pense de cela, la littérature ? Pas de risque d’être contredit. Ah pardon, il fallait comprendre : je crois que ma littérature a pour objet…etc ben voilà ! Seulement, ce n’est pas pareil, il n’y a pas autant d’identification au prédicat ( objectif de parler du monde tel qu’il est) avec cette dernière façon de s’exprimer. La différence, c’est….réponse à suivre.

Il est rare que nous ne pensions pas ce que nous pensons ou disons. Il est rare que nous ne prétendions pas savoir. Lorsque l’on parle ou lorsque l’on pense, on conçoit un monde plein, sans absence, sans faille. On ne voit pas les failles et les vides qui font que notre pensée du monde n’est pas le monde. On imagine bien que notre pensée est limitée, imparfaite, mais on ne sait pas où et en quoi elle est limitée ou imparfaite. Sinon, on rectifierait. Notre pensée et la parole qui en découle sont toujours complètes. Donc le sujet de cette pensée ou de cette parole est fini  On ne peut que très difficilement et très rarement sortir de l’univers mental qui est le nôtre pour le mettre en perspective ou le démasquer. Quand cela arrive, c’est d’abord parce que l’on est encore détaché et conscient de la pensée générale qui apparaît. On n’est pas détaché si on a à l’esprit que l’on a une mission, que l’on compte sur nous, Dans la phrase de VUILLARD il y a un paradoxe et un phénomène intéressant à relever . Je = façon de parler. Il ignore ce que ce mot désigne. Pouvez-vous   regarder cette chose que vous appelez JE : c’est une notion très évanescente : observez-la maintenant, ressentez-la, touchez-la et donnez m’en des nouvelles. Comment l’observez-vous ? Et qui est  cela  en train de regarder ce que vous appelez JE ? C’est je, dont on ne peut rien dire sans recommencer la comédie. Allons ! Crois, c’est normalement quelque chose de temporaire et de subjectif. Littérature, monde, sont des repères collectifs permanents. Avec ces repères-là, on devient missionné par la culture, on prend de l’ampleur, de l’importance. Mais ils s’opposent au « crois » subjectif et temporaire. Le sujet de monde, de littérature est un objet de pensée, n’est-ce pas (le soi du monde ou de la littérature) , il est un effet de monde ou de littérature. C’est un objet de pensée comme l’était le je que l’on cherchait.

Enfin, la pensée générale qui apparaît n’est pas née de la dernière pluie, elle nous est quelque peu familière. Sentiment de confort en quelque sorte. Aucune chance de lui échapper si on cherche ce confort, cette familiarité. Il est rare que nous ne cherchions pas ce confort.

On peut interpréter la phrase de VUILLARD un peu différemment. Il parlait au nom de la littérature ou plus exactement, il croit que la littérature veut qu’il décrive la réalité. C’est sa mission. Parler au nom de la littérature, c’était osé, mais le penseur est sûr de lui, il est sûr de croire que.

C’est souvent comme cela. Le fait que les mots généralisent et représentent les autres, la collectivité, le fait que le sens ne soit pas neutre mais assertif, nous conduit à penser qu’ils expriment la volonté de la collectivité, de la société. La volonté de la littérature, telle qu’elle est décrite, est que…la volonté de l’humanité, telle qu’elle se raconte, est que les passeurs de l’Aquarius transportent les migrants en Europe, la volonté du féminisme, tel que les féministes en parlent, est que l’on augmente les droits des femmes, la volonté de l’hospitalité dont il est question, est que l’on accueille tous les migrants, la volonté de l’entreprise est que…la volonté du parti, tel qu’il s’exprime, est que…la volonté de la planète, telle qu’on en parle, est que… la volonté de l’éducation d’un enfant, telle qu’elle est propagée, est que…. la volonté de la mode est que… la volonté de Dieu est que…les personnes et organismes auxquels nous avons affaire et qui s’adressent à nous passent par des mots, des concepts qui représentent la collectivité et signifient ce qu’il faut faire. Aucun doute, La certitude, le confort, la mission sont là, la pensée et le sujet de la pensée sont collés.

Comme la société ou la collectivité n’est qu’une idée, il faut bien lui prêter sa propre bouche. De bouche (autorisée) à oreille…no reply…

Le fantasme consiste à prendre pour la réalité ce qui ne l’est pas. Le fantasme consiste à coller à tout. Ce n’est pas seulement que notre pensée nous satisfait et nous convainc pleinement, c’est qu’elle doit convaincre tout le monde (mission) « tellement qu’elle est bonne » On marche à fond puisque l’on suit la volonté de la collectivité telle qu’elle s’exprime dans les mots et que l’on est sûr de soi et confortable en pensant ou parlant. Un autre point de vue sur la littérature. Sur France Culture :  « S’intéresser   à la littérature, c’est s’intéresser à l’amour   »   (Christine ANGOT)  Autre mission. 

C’est une banalité de dire que notre pensée s’est forgée progressivement à l’aide des matériaux qu’on nous a fournis ou qui passaient à notre portée et en tenant compte de ce qu’on était, et de dire qu’on s’est pensé avec ces pensées. Mais il faut ajouter que tout cela était une suite de volontés qu’il nous fallait satisfaire. Donc l’idée que l’on se fait de soi est la conséquence de tout ce formatage, et notre volonté serait la volonté de la collectivité pleinement épousée par soi dès qu’on pense .Bons à tout faire.

domes

Vous ne vivez pas pour améliorer votre propre confort, mais pour améliorer le confort des autres. Les autres devraient s’en trouver mieux

Et cette idée de soi comme volonté collective ignore ce qu’aurait été la volonté d’un autre soi. Gare, le fanatisme est à son aise au cœur de la morale.

 Qu’a-t-on le plus souvent à l’esprit ? :

- une bonne intention au cœur d’une démarche en faveur des autres, de la collectivité (l’altruisme est un passe-partout)

- un assemblage de symboles, d’abstractions, d’essences, peu importe de quoi

- l’idée d’accord, d’union, d’entente, entre les membres d’un groupe.

- l’idée que l’on sait que c’est bien ou que l’on sait que c’est mal (évidence conditionnée)

- l’idée de normalité. (la normalité mène le monde : votre psy, votre médecin, votre autorité favorite, votre journaliste, votre candidat politique, l’entourage détectent ce qui n’est pas dans la norme et s’occupe de le corriger)

- l’idée de quelque chose – n’importe quoi – qui nous permettrait de rejoindre les autres, d’être comme les autres, d’avoir de la valeur pour les autres,

- le projet, l’ambition, l’objectif, socialement estimé.

A partir du moment où un désir est devenu existentiel, psychologique, moral ou spirituel, il est facile de bâtir tout un système qui consiste à nous proposer ce qu’on désire : le bonheur, la paix, l’amour, la grandeur, la vertu, la sagesse, l’équilibre en prétendant détenir la clé de ces biens et en prétendant pouvoir les offrir à tout le monde. Le problème n’est pas que nous ayons éprouvé, à un moment ou à un autre, un besoin quelconque en fonction de notre état, il est dans le fait que nous ayons cru que certains concepts étaient la solution pour un bien durable. Parce que ces concepts ne nous appartiennent plus. Ils désignent la collectivité. Ils sont censés exprimer le désir de la collectivité qui a bon dos.

Dans chacun des exemples ci-dessus, vous reconnaîtrez facilement la volonté de la prétendue collectivité. Un mot général fait de moi quelqu’un quand je l’utilise. Une valeur collective que j’utilise fait de moi quelqu’un.  Un savoir qui fait partie du savoir fait de moi quelqu’un. Un partage fait de moi quelqu’un. Une similitude avec les autres fait de moi quelqu’un. Oui, mais quelqu’un que l’on veut que je sois.

Au moins dans la musique (et en dehors de tout jugement) , on ne nous emm …pas . Elle peut même mettre à distance des pensées collantes .

Ecouter https://youtu.be/aDF9C-QaLk0?t=81et lire en même temps ce genre de propos de monsieur « de sourcesûre » où chaque mot ou expression en italique est porteur d’une volonté à venir de la collectivité:  « Comment éviter les catastrophes humaines (ce qu’on dit d’un événement) liés aux récentes migrations (ce qu’on dit d’un événement) ? Face au refus de certains états d’ouvrir leurs frontières, (ce qu’on dit d’un événement) l’idée d’une gouvernance mondiale (objectif) pour les politiques migratoires fait son chemin. Une atteinte à la souveraineté des Etats (ce qu’on dit d’un événement) ou une promesse d’un accueil plus humain (ce qu’on dit d’un événement) ? » (FC) Qu’est-ce qu’ils disent les événements en question ? Vous ne le saurez jamais. Servir n’importe quelle notion de ce genre, c’est être au service de la collectivité, c’est faire sa volonté pure et simple. Lui faire plaisir. .Admettez-le. (et dire qu’on nous traite d’égoïstes)

L’absence de certitude, l’absence de confort, l’absence d’ambition ensemble sont de nature à nous faire prendre conscience, soudain, que l’idée que l’on se faisait de soi n’était qu’un malentendu, qu’elle n’était qu’un jouet. Et réaliser que celui que l’on croyait être – puisqu’on s’était identifié à cette idée – n’était qu’un jouet, c’est dur à avaler. Car dans ce cas-là, tout ce qui plaisait à cette idée, tout ce qui la satisfaisait ne plaisait qu’à une illusion. Et si c’était une illusion, si on ne sait plus qui on est, qui voulez-vous libérer, améliorer, présenter, sauver ? Pourquoi diable voudrions-nous être quelqu’un d’autre que ce que nous ne sommes pas ?

La société ne supporte pas que l’on se prenne comme référence au lieu de faire sa volonté. Et nous non plus puisqu’on fait sa volonté. Le vrai je, soi, à propos duquel on a vu qu’on était dans l’inconnaissance totale, veut coller au je-objet de la pensée qui lui est connu, (je suis celui ou celle qui a, je suis de ceux..) c’est ce qui nous conduit à coller aux pensées. Accepter l’impossibilité où nous sommes de savoir qui on est. C’est tout. Et il n’y aura plus de capture d’esprit par les pensées.

Aux dernières nouvelles, Oui-oui II n’aime pas les réfractaires.

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