LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

4 mars, 2015

ON DIT JE CROIS, J’AI CRU, MAIS PAS JE CROIRAI

Classé dans : Socioculture — inconnaissance @ 13:07

Chère pensée, donc, chers prédicats (postulats, affirmations, propositions, déclarations de la pensée) . Heureusement que des exemples un peu extrêmes nous obligent à admettre que le « chers prédicats » nous conduit souvent à des excès qu’il est inutile de rappeler. (en Egypte – l’Egypte à qui nous avons vendu des « Rafale » – il ne fait pas bon exprimer son athéisme) . Malheureusement, ces exemples semblent trop caricaturaux pour nous permettre de faire le lien avec ce qui se passe pour nous, dans la vie quotidienne. On n’est pas comme ça, on a l’esprit ouvert. On est libre. On n’est pas assujetti à nos prédicats. N’est-ce pas ?

Il y a trois façons d’attaquer une idée, une doctrine, un système, une croyance, et trois attitudes possibles en réponse. Première façon, la mieux acceptée, consiste à vouloir modifier, améliorer, l’idée, la doctrine, la croyance en question. On comprend que cela se fait avec amour puisque l’intention est bonne, généreuse à son égard. C’est ainsi que l’on procède souvent en politique ou dans la vie quotidienne. Il faut être fanatique, comme certains croyants, pour ne pas même accepter que l’on se permette une chose pareille. Deuxième façon, plus radicale. Elle consiste à vouloir remplacer l’idée, le système, la doctrine par un autre. Cette façon de procéder se fait encore au nom de l’amour. Non pas au nom de l’amour de cette idée, de cette doctrine, mais au nom de l’amour de l’idée de doctrine ou de système de pensée. Il en faut obligatoirement une ou un. C’est le combat en politique quand on veut mettre une idéologie à la place d’une autre. C’est une lutte mortelle en religion quand on veut remplacer une religion par une autre qui serait, elle, la vérité. Ni les fanatiques, évidemment, ni les partisans convaincus d’une doctrine n’accepteront cela. L’intolérance pointe le bout de son nez. Voire plus. Il y a une troisième façon de procéder, et celle-là ne se pratique pas au nom d’un amour pour une pensée ou pour le principe qu’il faut un système. Cette façon de procéder est rare. Elle consiste à viser la mort, l’anéantissement de l’idée même de doctrine, la mort de l’idée même de foi, la mort de l’idée même de système politique, la mort de l’idée même d’amour envers tout prédicat possible et imaginable.

On dit quelque chose (prédicat) – peu importe comment – de ce dont on parle. Il s’agit d’anéantir ce dont il est question. Par exemple, inutile de parler de foi, elle n’a pas lieu d’être.

Cette intention meurtrière n’est quasiment jamais admise. Point de liberté d’expression pour ceux qui s’y adonneraient. Point de liberté pour ceux qui réclament une liberté totale. On ne peut pas discuter avec ces gens-là, tandis que l’on peut toujours, si on a les connaissances et le talent requis, argumenter contre les opposants des deux premières catégories. Il ne faut pas sortir de l’amour (ou si on veut, pour reprendre un terme précédent : du respect) . Le contraire de l’amour -qui n’est pas la haine mais le mépris total, l’ignorance absolue – est refusé. C’est pourquoi la bien-pensance, les bons sentiments triomphants (affirmation de l’amour) ne peuvent être qu’intolérance grandissante . Et on aurait tort de laisser les bien-pensants nous prêcher la tolérance alors qu’ils sont gravement intolérants et haineux. (une mère possessive, abusive, fera aussi un usage intensif de bons sentiments). On remarquera combien il semble stupéfiant de préférer la haine (et tout ce qui l’accompagne) au mépris.

Pourtant, il faut bien que ce contraire existe sinon l’être est incomplet. Quoi que l’on aime, on doit pouvoir aussi le mépriser complètement. L’attitude d’amour se manifeste, s’affirme, veut s’étendre. Aucune raison que son pendant, le mépris absolu, ne puisse lui aussi se manifester, s’affirmer, s’étendre. En fait, il est réservé à quelques uns, le peuple doit être dans l’amour, dans le respect  : zentil, zentil.

Anéantissement, cela veut dire aussi que c’est un non-sujet. Dieu est un non-sujet. Non-sujet pour mes sens, non-sujet pour ma conscience. Quid du prédicat le concernant alors ? je vais me gratter ! Si le prédicat est un coup d’épée dans l’eau, personne n’est concerné.

La pensée ne peut inventer quelque chose de tout à fait nouveau en faisant abstraction totale de toute autre pensée. Le non-sujet Dieu n’est pas une pensée. La pensée non-Dieu confirme Dieu. C’est pourquoi tous les mots – inexistence, absence, néant etc – essayant d’exprimer la mort d’une chose ne font que la nourrir.  

Or, à la moindre volition, c’est la soumission à une des innombrables pensées ou idées conditionnées préexistantes.  Si SPINOZA dit (justement) : « Il n’y a dans l’esprit aucune volition …en dehors de celle qu’enveloppe l’idée en tant qu’idée. La volonté et l’entendement sont une seule et même chose » cela signifie qu’il n’y a pas de volition possible sans recours à la pensée. La pensée secrète notre vouloir. Elle crée sans cesse des volontés.

C’est pourquoi, le chrétien vraiment chrétien, ne peut penser, agir qu’en chrétien, il ne peut aborder le monde, les autres, qu’en chrétien. Tout est chrétien pour lui. (comme tout est loup au loup disait LACAN) Je pense que l’artiste crée dans les interstices entre ses pensées.

Tout n’est pas seulement jugé en fonction des idées et des valeurs qu’elles renferment, tout acquiert une nature conforme à la pensée en question (spirituelle, ou matérielle par exemple), tout doit confirmer, prouver la doctrine, tout doit être utilisé selon la logique de la doctrine.  

La vraie question n’est pas le prédicat qui contient toujours une directive ou une direction à prendre, mais notre rapport à lui c’est à dire à cette directive..

Par exemple, il est impossible d’avoir avec les choses ou les personnes que notre système de pensée a rendu abstraites, lointaines, spirituelles, sacrées, des rapports différents .  

Caricature ? Vous n’êtes pas chrétien, vous n’êtes pas encarté ? Peu importe. Car nous avons tous une vision globale de l’existence à laquelle nous tenons. Nous tenons à sa continuité car c’est la continuité du moi. Il n’y a rien de plus étroitement conditionné que les pensées qui servent à se penser.

Pourquoi le monde, la société, les projets, les demandes émanant de la société ont-ils de la valeur pour nous, ce qui fait que nous ne pensons qu’à les satisfaire, les servir, qu’à nous rendre utiles, qu’à y faire nos preuves  ? Pourquoi cette valeur nous assujettit-elle  ? Pourquoi ce conformisme, ce mimétisme effrénés ? Parce que le monde, la société, les projets sont assimilés à notre vision globale du monde qui elle, commande. Ne pas avoir une telle pensée globale c’est ne pas être sensible aux mirages du monde.

Donc cette vision d’ensemble peut bien être ce qu’elle veut, elle peut bien être du genre qu’elle veut, cela ne change rien au fait que les valeurs, les projets, les demandes de la société, sont vus comme exprimant notre vision, et qu’ils nous détermineront comme le christianisme un chrétien. Ainsi, nous croyons que les choses et les gens sont tels que nous les voyons, tels que nos pensées nous les font voir, mais ce n’est pas la vérité de leur nature. Ce n’est pas la peine de monter en chaire ou à la tribune pour claironner quelques affirmations. Chacun obéit à sa propre subjectivité, à son propre système. Chacun vit dans son monde, dans sa société.

Nos usages, notre attitude, notre conduite, nos propos trahissent la vision globale qui est la nôtre, et comme on la sert aveuglément sans s’en rendre compte, on peut dire que nous sommes prévisibles.

Mais si jamais ces derniers ne peuvent être reliés à aucun système convenu ou connu, c’est le grand malaise chez les autres. Pourquoi ce grand malaise ?  

On a souscrit à une idée parce qu’elle semblait partagée, enfin on a surtout souscrit à des jugements (plus incarnés) parce qu’ils semblaient partagés, car notre désir de faire partie du groupe est très fort. Tout seul, on n’a pas de raison de se penser. Le penseur se pense pour rendre compte à la société, et il se pense avec ce magma en fusion qu’est sa propre culture, son conditionnement culturel. Ainsi, c’est la grande affaire, une affaire de plus en plus gigantesque : on ne vit, ne pense, ne juge, on ne se pense, on n’a des relations, que pour servir la société. Et tout le monde prend fait et cause pour elle, s’investit pour elle, réfléchit pour elle, parle pour elle, se dévoue pour elle etc . La colonisation des esprits est totale.

Quant aux bonimenteurs, c’est bête comme chou, c’est toujours pareil, ils veulent représenter le groupe en parlant au nom des grandes causes censées rassembler le groupe. Il y a des gens, au plus haut niveau, et des moins recommandables, qui espèrent encore vous apprendre ce qui est bien et ce qui n’est pas bien.

« La pensée n’est pas l’instrument qui permet d’atteindre des buts autres que ceux qui sont prévus par la société ou la culture. «  (UG) C’est bête comme chou. C’est le moi qui demande sans cesse comment. On se demande comment répondre, comment se comporter, comment s’habiller, comment faire l’amour, comment éduquer ses enfants, comment être un bon mari, une bonne épouse, comment se corriger…comment comment  comment..ces questions viennent directement de même magma en fusion . Remarquez, avec le temps, il refroidit.

Dans notre société, après des siècles et des siècles, le bien consiste généralement à se sentir responsable du bonheur de tout le monde, c’est le produit d’une synthèse entre les valeurs matriarcales, les valeurs chrétiennes et la montée en puissance du collectivisme. (par collectivisme, j’entends : amour de tous passant par la volonté de faire le bien de tous, cette volonté étant le fruit d’une vision globale du bien.)

Les valeurs chrétiennes, c’est l’idée d’amour, l’idée de secours qui nous détermineront. Pas question de penser que nul en particulier n’est responsable de ses problèmes et qu’on a à les résoudre tout seul.

Les valeurs matriarcales, c’est la relation affective privilégiée qui veut que l’autre veut être aimé pour être heureux. Son bonheur dépend de notre amour, il dépend de nous. Cela devient un devoir ; (On n’avait pas cette idée-là avec le père.) Pas question de penser qu’on n’est en rien responsable du bonheur des autres.

Il faut comprendre qu’autrui, qui a tant de valeur pour les psychologues, les philosophes, les moralistes, les politiques etc ce n’est pas l’individu. C’est la société, le collectif qui donne son sens, son importance, son prestige à autrui. Servir autrui, c’est servir la société. Le mot « autre » trompeur, (très utilisé dans certains milieux) sert juste à masquer ce fait.

Prenons CASTORIADIS par exemple, qui disait : « nous sommes des êtres sociaux et ce n’est qu’à partir de là que le terme de liberté prend un sens quelconque…Je ne peux pas être libre seul. ..je ne suis libre qu’en tant que je suis être social et historique. Chacun de nous est ce qu’il est au plus profond de lui-même en fonction des autres «  (Emission Hors-champ..et Cynthia FLEURY d’approuver) Si le paradoxe liberté/être social et historique n’apparaît pas, c’est parce que finalement, il n’y a plus que ça : l’être social et historique. Le reste s’évanouit. Pas question de répondre à CASTORIADIS : pourquoi pas le contraire, pourquoi l’être social et historique ne serait-il pas un esclave ? 

L’anéantissement ou le mépris dont nous parlions, c’est le contraire de l’amour et de la haine.

L’amour. OK Mais à part celui qui marque les bonnes intentions, les valeurs et idées du même genre, à part vouloir le bien, vouloir faire plaisir conformément à ces pensées qu’avons-nous ? En quoi consiste-t-il en dehors de notre soumission aux directives introduites par ces pensées ? Quelle autre volonté en dehors de ces pensées conditionnées ? Qu’aime-t-on en dehors de notre vision globale de la vie – quelle que soit celle-ci ? Qu’est-ce que c’est que cet amour des idées, des concepts de valeur dont on nous rebat les oreilles. . Il produit aussi les déchaînements collectifs, les passions meurtrières, les grands engouements (dans ce cas, on vous dira : ils se trompent, c’est pas le bon. Parce qu’il y a des spécialistes autoproclamés du bon ceci, ou du bon cela, ) C’est bête comme chou. Là, aussi, on suit pour coller au groupe, pour aimer la même chose pour faire partie du groupe.  

Si je dis : la valeur n’est pas « outside », elle est « Inside ». La valeur n’est pas une idée, c’est le référent-soi qui n’est pas une idée, qui n’est jamais fixe. On me dira (CASTORIADIS par exemple me dira) que c’est de l’égoïsme pur ou du solipsisme . D’accord. On peut aimer l’autre, même plus que soi, à condition que l’autre ne soit pas vu comme une idée incarnée ou sa représentation , à condition que l’on n’aime pas l’autre à cause d’une idée, pour servir une idée, à condition d’aimer l’autre sans aimer son idée du bien . Autrement dit, aimez si vous voulez, mais sans volition, sans vouloir, sinon vous obéissez à une pensée préconçue conditionnée. C’est une pensée que vous aimez. Ah ! Vous êtes perplexe.

Puisque la pensée d’arrière-plan est une vision globale du bien collectif, c’est un jugement accompagné de sentiments. (l’identification à des personnes n’y est pas pour rien) Quels sentiments ne sont pas la conséquence d’un : j’ai cru…suivi d’une déception. Cru quoi ? Comment vous n’ignorez pas la littérature d’hier et d’aujourd’hui. Dans les romans de tel et tel genre, sur tel et tel thème, vous avez la description détaillée de ces sentiments inspirés par toutes les catégories de déception.

Jugement et sentiment : c’est un regard permanent sur le monde. C’est comme si on s’était plié d’une certaine façon, comme si on avait adopté une posture spéciale, que depuis on n’avait pas quittée et à partir de laquelle on appréhende le monde sans s’apercevoir que ce n’est qu’un jugement particulier. CASTORIADIS parle depuis ce genre de position.  

posture

Le critérium capital doit être la vérité.

Dans ce cadre, autrui n’est qu’un élément de sa pensée du monde. On a la société ou le collectif au cœur, c’est l’alibi, la légitimité. Le bla bla peut continuer. Et autrui fait partie intégrante de sa propre vision, il faut l’y inclure. Ce n’est pas un individu hors société, c’est un objet de pensée, comme on est, soi-même, un objet de pensée. . .

Il faut respecter cet alibi, cette bonne intention sociale. L’anéantissement c’est l’anéantissement de l’autorité de tout prédicat.

 

 

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