LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

6 novembre, 2015

FONDUS ENCHAÎNES

Classé dans : Stimulus — inconnaissance @ 13:39

Sur la base de ses prédispositions, de ses acquis génétiques, de ses capacités intellectuelles, psychologiques, le petit d’homme qui débarque dans ce monde mémorise, apprend, apprend, apprend, intériorise, absorbe. Et rapidement il mémorise, apprend, intériorise, absorbe en fonction de ce qu’il a mémorisé, appris etc avant.

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Il fait cela dans tous les domaines : données de la nature, comportements des autres, demandes des autres, ressentis personnels, culture (les idées qu’il entend) . Il fait cela naturellement. Il fait cela pour s’adapter, s’intégrer. C’est une nécessité absolue pour lui d’apprendre à répondre à chaque situation. Instinct de conservation, fonctionnement de ses facultés, désir ou vitalité, besoin d’amour etc tout y concourt. Le pragmatisme règne. Qui n’aime pas réussir ce qu’il entreprend ? Et s’il remet des choses en cause, c’est parce qu’il y a des incohérences dans les signaux que lui envoie le monde ou parce que cela entre en conflit avec sa propre nature ou sa propre expérience. Ce puissant besoin explique pourquoi, plus ou moins rapidement, les enfants n’écoutent plus leurs parents : ils se sont aperçus qu’ils se débrouillent mieux dans le monde qu’eux.  

Mais nul ne maîtrise ce qu’il apprend aux autres. Et nul ne maîtrise ce qu’il apprend des autres.

C’est ainsi que se mettent en place les automatismes. L’arrière-plan de pensée, les strates profondes du savoir et de l’expérience étant installés, il y a réponse automatique aux stimuli. Les critères que l’on appelle moraux, sociaux, (les jugements de toutes sortes) font partie de ce que l’être humain mémorise. Il en va de notre comportement, de notre façon de vivre comme de la conduite automobile. Après un temps d’apprentissage et de pratique, on n’a plus besoin de penser ou de réfléchir pour conduire. (D’ailleurs s’il vous prend l’envie d’être pleinement conscient de chacun de vos gestes en automobile, vous aurez un accident. Si le joueur de tennis voulait prendre conscience de chacun de ses gestes, ce serait une catastrophe) Si on hésite, si on réfléchit, en principe, c’est parce qu’il y a un problème. L’automatisme ne conviendrait pas. (D’où la nécessité pour ceux dont le métier ou la raison d’être est de penser de créer des problèmes. Ils aiment soulever des problématiques hypothétiques que nous n’avons personnellement jamais rencontrées et que nous ne rencontrerons probablement jamais.)

Cependant, le petit milieu qui donne un sens au monde et dans lequel le petit enfant vit au début, s’élargit, devient groupe, puis le groupe devient collectivité, puis la collectivité, société au fur et à mesure que les années passent. Le nombre et la complexité des informations souvent contradictoires qu’il a à traiter grandit.

Alors peut-on se vanter de choses qui sont parfaitement automatiques, de réponses qui n’ont en rien demandé de notre part une réflexion et un choix libre et personnel ? Non. Cela se justifierait si on mettait en oeuvre une volonté personnelle libre.. On aurait voulu, personnellement, ce qu’on a fait, dit etc Mais cette volonté propre et libre ne fait-elle pas partie, elle aussi, de ces idées ancrées qui surgissent et suscitent une réaction automatique de notre part ? (volonté libre –> responsabilité–> JE existe) Est-ce que cela ne fait pas partie de ce qu’on a intériorisé ? Est-ce que le petit enfant se sent responsable ? .

Chacun peut remarquer que l’idée de sa responsabilité vient d’on ne sait où, on ne sait comment, sans notre accord. Remarquons que c’est toujours après qu’on se fait des reproches quand l’idée qu’on est libre et responsable refait surface. C’est toujours sur les reproches que l’on se fait après que les autres comptent, pas sur ce qui s’est passé au moment même de l’action. Comme un agent de police qui nous accuse de ne pas avoir mis notre clignotant au moment de tourner, et on admet qu’on a oublié, mais justement sur le moment, on a oublié, on n’a pas voulu (sauf exception) ne pas mettre notre clignotant. (Les enfants disent souvent, après une bêtise : je ne l’ai pas fait exprès. Et c’est stricto sensu, exact. Donc à qui l’adulte adresse-t-il ses reproches ? Ne devrait-il pas plutôt trouver le moyen d’apprendre à l’enfant ce qu’il doit faire en expliquant les conséquences de son acte ?) Reproches donc à propos d’un automatisme qui n’a pas fonctionné, et ceux-ci sont censés pouvoir inscrire cet automatisme. Eh bien dans ce cas, où est la responsabilité personnelle ? On est, soit en face d’un automatisme d’oubli, soit en face d’un automatisme appris.

Vous remarquerez donc que le mot responsable ou responsabilité qu’on entend à longueur de journée veut dire : automatisme. Ecoutez bien chaque occurrence, ne pas être responsable, c’est ne pas avoir appliqué à la lettre les directives.

Ce n’est pas seulement, comme dit SPINOZA, que l’on ignore ce qui nous fait agir, c’est que toute réponse, immédiate (et même différée) vient d’on ne sait où et on ne sait pourquoi. Non seulement on ne saurait agir sur chaque instant de notre existence pour le façonner à notre guise – on arrive toujours trop tard- mais on ne peut rien prévoir de ce qui va surgir dans la conscience ou de la façon dont on va réagir. Le connais-toi toi-même de SOCRATE est précieux parce qu’il fait de ses propres réactions et réponses successives aux stimuli une source de connaissance afin de les intégrer. Notre nature, notre passé sont ce qu’ils sont.

Mais si on s’adapte au monde dans lequel on vit, le monde dans lequel on vit peut changer, il peut être d’une nature ou d’une autre. Pourtant, dans la vie quotidienne, on se gratte rarement la tête (rarement ou pas très souvent, cela dépend de ce que nous faisons) . Quand on le fait, soit on va chercher un renseignement supplémentaire et alors on prend en compte la nouvelle connaissance acquise, soit on réfléchit et on obéit à une pensée ultérieure.

Puisque le milieu dans lequel on vit, les expériences qu’on y fait, le sens qui est donné à ce milieu comptent tant dans la formation d’un esprit et dans son conditionnement profond, on ne sera pas étonné que le contrôle de ce milieu devienne un enjeu capital pour ceux qui veulent dominer le monde. Car s’ils peuvent maîtriser au moins en partie l’univers dans lequel seront plongés les individus, ils les auront façonnés à leur guise et peut-être pour toute la vie. (projets de la religion, des idéologies) Chaque système est construit autour de quelques notions fortes. Le malheur donc, c’est que les stimuli efficients peuvent être toxiques et nous rendre la vie très pénible.

On est, quand même, plus ou moins fondus dans ce monde et plus ou moins enchaînés à lui. La force de ces automatismes dépend de certains facteurs. De toute façon, la conscience et la réaction précèdent toujours la raison que l’on se donne pour agir. L’état dans lequel nous sommes, la fluidité de notre esprit comptent davantage que tout le reste. (On sait que si on se sent très bien, très clair, on est sûr de soi) Mais si on ne veut pas rester scotché toute sa vie sur des principes ancrés, sacrés, et stupides (fondu-enchaîné) il vaut mieux détruire le pouvoir de ces principes. Nous risquons d’être terriblement fondus enchaînés si l’instinct de conservation, le processus d’adaptation le pragmatisme en question ont pour objectif ultra-prioritaire : le désintéressement, plaire, être aimé, c’est à dire si les signaux envoyés par le monde sont impossibles à objectiver et à enfreindre car cela accroit considérablement l’énergie que l’on doit déployer pour s’adapter..

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Qu’est-ce qui nous blesse le plus, qui nous anéantit le mieux : qu’on démolisse (plutôt publiquement) notre moralité, notre personnalité, nos facultés intellectuelles, notre apparence ou nos convictions ? L’identification n’est pas quelque chose que l’on ferait ou qu’on ne ferait pas, c’est l’impossibilité où l’on est de ne pas être pris pour ce qu’on veut être pris. On réagit automatiquement dès que notre moralité ou nos facultés intellectuelles ou notre personnalité etc sont sérieusement remis en cause. On n’osera pas dire que c’est un choix de notre part. Si ça l’était, on se passerait bien d’être blessé, bouleversé, anéanti peut-être. (On peut faire du mal à un petit enfant avec des qualificatifs blessants s’il en a appris le sens. On ne peut pas lui faire grand-chose en démontant une de ses convictions, il n’en a pas encore. )

Quand est-ce qu’on est absolument libre de tout jugement, ou absolument libre de choisir ce qu’on veut dans la vie, c’est à dire quand est-ce que l’on ne dépend pas terriblement d’une idée de soi, de ce genre d’idée qui représente rapidement un enjeu pour nous dès qu’une relation s’installe et qui fait que l’on obéit immédiatement à tout un tas de stimuli qui peuvent l’abimer ou la conforter ? Peut-être jamais. Peut-on s’enorgueillir de souscrire ou de croire à des idées, des critères de personnalité, d’intelligence, de moralité etc que nous n’avons pas choisis et dont nous n’avons pas la liberté de nous affranchir (T’as le look, coco, coco t’as le look, t’as le look qui te colle à la peau) Ainsi les adultes ont du mal à supporter le fait que les enfants n’apprennent pas les codes assez vite, ne les respectent pas assez bien, parce que eux-mêmes sont terriblement dépendants, identifiés à ces codes. Mais ils n’ont pas choisi de l’être) . Rien de mal à cela, en toute occasion on répond aux stimuli de telle sorte de s’en tirer à notre avantage selon notre conditionnement Le problème, ce n’est pas notre besoin naturel, inné, de réussir et de nous adapter, c’est éventuellement la nature de ces stimuli et notre esclavage. Il est clair que chaque fois que l’on désactive une réaction conditionnée ou discrédite un repère, ça donne de l’espace.

Prenez un de ces innombrables mots qui concernent les hommes – au hasard : mensonge – placez-le entre vous et quelqu’un d’autre (ou imaginez, si vous préférez, que quelqu’un d’autre l’emploie à votre sujet, de toute façon ce mot est un stimulus qui est déjà là, dans votre mémoire). Votre réaction ou votre rapport à ce mot ne sera-t-il pas le même aujourd’hu et demain ? Pour qu’il change, il faudrait une importante évolution de votre part. La nature automatique de cette réaction ne sera-t-elle pas la même demain et après-demain ? Votre décision ou l’action qui s’ensuivra sera-t-elle libre et personnelle ? Où est le problème ? En vous ou dans la valeur inconsidérée et involontaire que vous avez été habitué à donner à ce mot ? Et quid des conditions et raisons exactes pour lesquelles vous avez menti ? Mystère. Et si vous dites que vous avez menti consciemment et délibérément, quid des conditions et raisons pour lesquelles vous avez décidé de mentir ?

Quand ceux qui ont fait profession de penser soulèvent des problématiques hypothétiques, cela permet de conforter l’idée d’un libre-arbitre qui aurait alors à intervenir. Mais si d’aventure le cas se présentait, soyez sûrs qu’on attendrait de vous que vous agissiez de façon automatique dans le sens prévu. La violence est proscrite, sauf en service commandé. A contrario, le fait de se détacher des critères culturels – en les démystifiant – comme stimuli de nos réactions conduit à prendre en compte préférentiellement les signaux que constituent notre ressenti personnel, et notre intuition qui se renouvellent bien plus rapidement. Et on retombe sur la dualité habituelle : défentre les intérêts d’une certaine société, de la collectivité dont la conception nous aura été inculquée ou ne pas nous falsifier..

Mais tout ce que nous avons dit n’est rien d’autre que la conséquence du fait qu’un objet de conscience est un objet de pensée. Vous appelez courtoisie, mensonge, générosité, responsabilité etc etc des choses, des perceptions que l’on vous a appris à appeler ainsi. Vous n’avez que cette solution parce que à la question : de quoi objectivement la courtoisie ou le monsonge est-il le nom ? vous serez bien en peine de répondre si vous devez trouver cette chose courtoisie ou cette chose mensonge en vous-même. (puisqu’il était question de vous et de votre nature) Et si on vous avait inculqué un autre mot, avec un autre sens, cela fonctionnerait aussi bien ou si on ne vous avait rien dit, vous ne réagiriez pas. .

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