LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

5 février, 2014

PARTIR DE SOI, 1

Classé dans : Subjectivite — inconnaissance @ 20:54

Pour notre bonheur, nous avons été un enfant. Pour notre malheur, nous avons été un enfant. Les deux propositions sont vraies. Je ne reviens pas sur la première. La seconde s’explique ainsi : nous avons été profondément subjugué, marqué, traumatisé par les adultes, et particulièrement, les plus proches. Ce fut, plus ou moins selon les cas, une relation d’extrême  impuissance, d’extrême infériorité, d’extrême vulnérabilité, d’extrême influençabilité. 

Une mère et un père, ce n’est pas pareil. Pourtant, il y a un point commun pour l’enfant. Le père sait, il l’aime, il veut son bien. La mère sait, elle l’aime, elle veut son bien. On se retrouve donc avec un grand autre, dont on ne peut effacer la supériorité.

Conjointement à ces fantasmes de l’enfant, ses parents s’efforcent, par leurs paroles d’abord, par leur comportement à son égard également, de donner une belle image d’eux-mêmes. Cela correspond aussi à leur désir. Une image du bien. Image du bien à laquelle il croit , objet de fantasmes et de grandes illusions.  

On se retrouve avec un grand autre supérieur, irréductible, qui représente la valeur. La recherche se met en route : connaître cet autre supérieur – extérieur donc – s’en approcher, lui ressembler. Car par rapport à lui, il nous manque quelque chose. C’est une structuration profonde du mental.

Ce sentiment disparaît rarement tout à fait. Nous conservons une sorte de complexe irrationnel et irrépressible, envers tout ce qui fonctionne, de près ou de loin, comme un père symbolique ou une mère symbolique. (c’est pourquoi la société tient tant aux symboles) Il est donc bien évident qu’un changement important de la société interviendrait si on pouvait éviter que les enfants tombent par trop dans ce piège. 

Le grand autre, l’image du père ou de la mère, et l’idée du bien se confondent quasiment. Le Bien, ce n’est pas soi, c’est lui. Pour un adulte, l’image du père ou de la mère est un esprit transcendant et immanent qui épouse plus ou moins diverses formes symboliques et concrètes du père ou de la Mère. . On est hanté.

Détournons MALLARME :

« En vain ! Le Bien triomphe, et je l’entends qui chante Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus Nous faire peur avec sa victoire méchante, Et du métal vivant sort en bleus angelus !
Il roule par la brume, ancien et traverse Ta native agonie ainsi qu’un glaive sûr ; Où fuir dans la révolte inutile et perverse ? Je suis hanté. Le Bien ! Le Bien ! Le Bien ! Le Bien ! « 

Un Bien-Révélation dont la véracité et la nature réelle, nous sont inconnues et inaccessibles.

Mais c’est un Bien qui pèse, exige, depuis le fond de la conscience. On peut parler d’une sorte de dictature. Dictature du bonheur, dictature de la réussite, dictature de la santé et de la joie rayonnantes, dictature de l’amour. Globalement dictature du Bien quand on a subi les assauts de tous ces théoriciens de l’âme, de tous ces métaphysiciens, de tous ces moralistes, de tous ces marchands de rêves. (voir notamment la couverture des magazines ou les images de la publicité)

Tout cela ayant été intériorisé et étant ensuite projeté sur les autres.

Tuer le Père et la Mère passe donc forcément par l’abandon de l’idée du Bien 

Tuer le Père et la Mère, c’est tuer le Bien. C’est la même chose. Nous parlons du Bien pensé, du Bien image, du bien conçu, du Bien représenté par une quelconque personne ou Figure, du Bien connu par un connaisseur.

Le sujet du sens est prisonnier du Bien. Penser, raisonner, ne peut se faire qu’au service du Bien, pas au service avoué du mal. Pas indépendamment de toute idée de bien. Les politiques sont des caricatures de cette loi quand ils parlent , des exemples d’un affranchissement relatif par rapport à cette loi, quand ils agissent.

De toute façon, cette disposition d’esprit, de fil en aiguille, nous porte à l’idéologie, voire au sectarisme.

MALLARME se demande – c’est la réaction habituelle – « Où fuir, dans une révolte inutile et perverse ? «  Dans le mal ? Le mal est aussi à l’extérieur. C’est juste l’antithèse du Bien. (Satan)  

Pour partir de soi, il faut pouvoir abandonner l’idée que c’est à l’extérieur, chez quelque autre, ou quelque message ou quelque pensée, qu’il faut chercher et trouver une valeur. Il s’agit, bien sûr, de valeur humaine, d’une valeur qui améliorerait notre nature, ce que nous sommes. Il ne s’agit pas d’un savoir-faire secondaire ou de la connaissance de quelque phénomène ou réalité.

Si on cherche, c’est quelque chose de l’ordre d’une valeur. Quelque chose qui comblera un manque.

Parce que le principe d’un bien unique, commun, inspire la pensée, l’anime, la mène, il y a un moment où ce qui était subjectif, ce qui était valable pour un individu, ce qui était expression du fait intérieur (l’émotion, le sentiment, le ressenti, le désir en tant que phénomènes propres à un individu particulier etc) doit prendre une dimension générale. Cela se fait par le biais des mots. 

Le mot peut se rapporter à une subjectivité et il peut se présenter comme une règle collective ou une vérité générale. Dans un cas, on peut dire : c’est votre opinion (ou mon opinion), Dans l’autre : c’est vrai pour tout le monde.

Même avec une phrase dont l’ambition est aussi catégoriquement affichée comme « je pense, donc je suis ». On peut dire : ce n’est que votre « je » (votre sentiment ou entendement du je), ce n’est que votre sentiment de « pense », de « suis ». Mais DESCARTES prétend que le je, le pense, le suis sont ceux de tout le monde, et que sa phrase est vraie pour tout le monde. Cela repose seulement sur le fait que le signifiant « je », par exemple, (son ou graphique) est reconnu par tout le monde. Mais si on s’interroge sur ce que désigne ce signifiant, rien ne va plus. C’est subjectif.

Alors pensez : « S’engouffrant dans la crise de projet et de leadership de la droite, et face au recentrage du Front national, une droite conservatrice et réactionnaire s’est libérée. » (Manuel VALLS) Se reporter aux phénomènes eux-mêmes qu’il appelle «  crise de projet et de leadership » et « « libérée », c’est conclure : ce n’est que son opinion, rien de plus. Et quand l’opinion personnelle vise à passer pour une vérité objective, cela dévoile le désir propre de son auteur.

Partir de soi, c’est se tourner définitivement vers ce qui se passe en soi en toute occasion, et abandonner l’objectivation ou la généralisation.

Fin de la vocation politique ou institutionnelle des mots.

« Cher monsieur, m’ont-ils dit, vous en êtes un autre », Lorsque je refusai de monter dans leur train. Oui, sans doute, mais moi, je n’fais pas le bon apôtre, Moi, je n’ai besoin de personne pour en être un. » (BRASSENS)

La seule chose qui soit générale jusqu’à un certain point, c’est l’expérimentation scientifique dans les conditions stipulées.

Comment une subjectivité pourrait-elle être jugée par une autre subjectivité ?  Comment une subjectivité pourrait-elle être jugée par une prétendue objectivité qui n’existe pas ? (Ou comment la ridicule prétention à l’objectivité de M. VALLS pourrait-elle juger un sentiment différent ? Ou comment la ridicule prétention à l’objectivité sur les rapports sexués garçons-filles, ou la nature des garçons et des filles, pourrait-elle juger un sentiment différent sur ces rapports ? Le désir qui se dévoile, c’est celui d’imposer, d’en haut, à tous, un modèle d’homme) 

Par la loi, on peut interdire l’expression de certains sentiments personnels. S’abstenir et continuer à avoir ce sentiment n’est pas un problème si cela reste exceptionnel. Ce qui serait inacceptable, ce serait d’obliger les gens à exprimer des sentiments contraires à leur conscience.

Demi-tour : au lieu de mater ou de poursuivre ce qui est autre, on peut coller à ce subjectif, partir de lui, se baser sur lui. Il est toujours nouveau. Il est vivant. Les questions du bien et du mal, de valeur ne s’y posent plus. La subjectivité ne se soucie pas une seule seconde de durer, de juger, de convaincre ou de généraliser.

Cela n’empêche nullement l’expression de ses points de vue en tant que tels, et la découverte.

Mais : si je dis subjectivité, je ne parle pas de la subjectivité ; si je dis soi, je ne parle pas de soi etc Chaque mot a sa représentation, et cette représentation va passer pour objective. C’est ainsi que le penseur voit sa pensée.

«  Ce n’est que lorsqu’il n’est plus dupe de l’illusion du pouvoir de la représentation mentale, de la maya du nom, qu’il peut alors s’ouvrir véritablement à sa nature foncière, car en vérité, sa nature foncière vide, sans forme, ne peut être nommée, ne peut être atteinte par le nom «  (NAN-SHAN) 

Au coeur du conflit qui oppose les pro et anti théories du genre, (non, non, pas de théorie du genre, sauf que, suite à « l’adoption pour tous », et bientôt de la pma et de la gpa, le sexe biologique devient un peu ringard) Laurence ROSSIGNOL a lancé imprudemment ou naïvement : «  les enfants n’appartiennent pas à leurs parents ». Voilà une question qu’elle est intéressante ! Qu’est-ce qui peut bien justifier les droits que s’arroge quelqu’un de contraindre un enfant de penser comme ceci ou cela, qu’est-ce qui peut bien justifier que quelqu’un présente à un enfant, une idée sur la vie, les relations humaines, la nature humaine, comme La Vérité sinon la revendication d’un certain pouvoir sur lui ? Doit-on remettre ce droit en cause ? (celui des parents ou de n’importe qui) Chiche !

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