LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

11 décembre, 2009

LA PRISON DU DESIR

Classé dans : Chan,Desir — inconnaissance @ 12:53

Comment l’enfant en arrive-t-il à croire qu’il est l’objet des attentions de l’adulte, le référencé de ses paroles ?

Nous avons vu que l’adulte déclenche une pensée chez l’enfant, par ses demandes, ses désirs, ses expressions diverses de sentiments, ses paroles. Soumis à cette suggestion, l’enfant finit par épouser les démarches de l’adulte et imaginer un référent, au bout de la direction indiquée, dès qu’il peut penser celles-ci.

On ne se penserait pas, on n’irait pas imaginer un référent-soi des mots, tout seul, comme ça, pour soi-même. Il faut une raison externe.
Mais comme l’enfant ne perçoit pas le référent auquel l’adulte s’adresse de différentes manières, il est obligé de l’imaginer lui-même, de s’impliquer. Il donne un sens aux manifestations et aux paroles de l’adulte et le référent est son ouvrage. C’est l’oeuvre de sa pensée. C’est déjà, sans conteste, son référent.

Pour l’instant, ce référent est assez théorique, c’est juste un produit de sa faculté de penser naissante. Mais désormais, tout ce qui viendra de l’autre en passant par la pensée sera dirigé vers ce référent, l’objet de pensée.

Il le pensera désormais chaque fois que l’adulte s’adressera à lui, confondant ses paroles avec sa propre pensée. D’ailleurs, non expérimentable, ce référent dépendra toujours de sa propre pensée.

De quoi s’agit-il ? L’adulte exprime surtout des désirs, des sentiments, des demandes. C’est cela que l’enfant interprète, c’est avec son interprétation de cela qu’il pense un référent.
La façon dont il va penser ce référent – objet de demande – le traduire, va être interprété par l’adulte comme une réponse à la demande, au désir et susciter des réactions de plaisir ou de déplaisir, d’encouragement ou de rejet

L’enfant prend alors conscience de son pouvoir, de son influence involontaires sur l’autre.  En effet :
«En observant l’effet de ses actions, l’enfant conçoit peu à peu une notion d’un centre agissant, une idée de lui-même « (NAN-SHAN .- Au sud des nuages .- Ed. Les deux Océans)
Mais si : «Le moment où le petit enfant prend conscience du pouvoir de ses pleurs n’est pas différent de celui où il en fait un moyen de pression et de gouvernement «(Paul VALERY)
à plus forte raison, le moment où l’adulte prend conscience du pouvoir sur l’enfant de ses expressions, comportements et paroles n’est pas différent de celui où il se saisit de ce pouvoir.

Car enfin, où se trouve le désir premier, le désir le plus fort, les manifestations les plus éclatantes de sentiments divers, les premières démarches en direction de l’autre ? Du côté de l’adulte évidemment.

L’adulte et l’enfant se prennent l’un l’autre au piège de leurs propres désirs en miroir, l’adulte ayant quand même l’antériorité, et généralement, pendant un temps plus ou moins long, l’avantage.

«De ses observations diaboliques, l’esprit pertinent tire la matière de ses concepts dont il se croit être le centre substantiel. Il crée pour lui-même un monde satisfaisant son obscure volonté de puissance qu’il peut manipuler à loisir, ajuster à ses désirs et ses peurs» (NAN-SHAN .- Recueil de la Colline du Sud .- Ed. Les Deux Océans)

En tant que demande, désir, la pensée servant à se penser implique un demandeur, donc un autre, et quelqu’un à qui s’adresse cette demande ou ce désir.

Sa propre pensée de la demande de l’autre représente donc l’autre. On se met à la place du demandeur en même temps que l’on s’identifie à celui à qui il s’adresse.
L’enfant cherche donc à satisfaire le demandeur qu’il perçoit en se pensant. Il se «met en scène» conformément à ce qu’il comprend de la demande, du désir ou des réactions positives ou négatives de l’autre.

C’est pourquoi on veut toujours savoir qui existe, qui l’on est, quel est cet objet de pensée, à cause de l’enjeu qui pèse sur la nature de «qui l’on est», de cet objet. Sinon, pourquoi s’en inquièterait-on ?
L’objet-soi de la pensée, ainsi progressivement investi et mobilisé, sera le bénéficiaire de la reconnaissance et des témoignages d’affection du demandeur pensé par l’enfant. Tout ce qui passe par la pensée concerne un objet de pensée.

L’amour supposé de l’autre devient amour électif de cet objet particulier de pensée en tant que tel. Cet objet de pensée élu pour ce qu’il est et en tant que tel est donc celui qui peut obtenir amour ou affection et reconnaissance. L’enfant va donc définitivement s’identifier à lui.
Si les parents étaient totalement dépourvus de désir à l’égard de l’enfant venant au monde, il est possible qu’il ne vivrait pas longtemps. (Qu’est-ce que je fais là ?

bebee.jpg

 Pourquoi m’a-t-on fait venir ? J’étais bien où j’étais)

Nous dépendons terriblement de l’idée d’être utile, de l’amour qu’on nous porte, de la reconnaissance des autres. Quand une de ces choses manque, c’est parfois la dépression. Si tout cela manquait – pas d’utilité, pas de reconnaissance, pas d’affection – la vie vaudrait-elle d’être vécue ? Voyons comme nous cherchons sans cesse quelle demande satisfaire. C’est le référent-soi qui dépend complètement des autres, ou de l’existence d’une demande.
Et pour cause : en tant que désir de satisfaire son idée de l’autre, le référent-soi n’existe que si le demandeur existe; il n’existe que pour le demandeur ; il est défini par l’idée de la demande de l’autre.

Avec comme alibi : l’idée de ne pas trahir l’amour électif de l’autre.

L’idée d’une demande ne peut disparaître pour sauvegarder le chercheur. C’est donc aussi l’idée d’un manque qui ne peut disparaître.

 

CGT-Energie Anjou 49 |
Bella et le syndrôme " BALBOA" |
Jeunes dans la ville |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Pensée..!?
| targuist
| Gabon, Environnement, Touri...