LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

6 novembre, 2017

LA MINIATURISATION

Classé dans : Totalitarisme — inconnaissance @ 9:54

Où va le monde ? Où allons-nous nous-mêmes ? Quels stimuli déclenchent nos réactions et quelles réactions  ? La plupart du temps, quand des personnes « autorisées » parlent du comportement (délictueux ou admirable) de quelqu’un, c’est pour fournir des explications, pour trouver des relations de cause à effet. Nulle part un libre-arbitre intime non soumis à un déterminisme ne trouve sa place. Quand le Charlot en robe blanche de Rome déclare « c’est une honte » en parlant d’un certain naufrage, il part de l’idée qu’il connaît nos mobiles, nos motivations, nos raisons et qu’il peut les condamner, il appelle à un déterminisme différent de notre part, ce déterminisme qui devait nous conduire à faire ce qui devait être fait (selon lui). Si le libre-arbitre synonyme de liberté doit lui-même être le résultat d’un déterminisme, où allons-nous ah ah !

Très souvent, quand on essaye de s’expliquer sur notre comportement, on en vient à dégager des choses qui étaient très importantes pour nous, qui avaient beaucoup de prix à nos yeux. On aurait agi par amour, même si on avoue que cet amour a pu se méprendre ou s’égarer. Les médias nous offrent le spectacle d’un drame passionnel permanent et ce sont ces formes d’amour variées qui font la une, qui font l’actualité. L’amour pour des personnes, pour des idées, pour des causes, pour un parti, pour des choses. Quand on fait ce qui s’appelle le bien, c’est par amour. Quand on fait ce qui s’appelle le mal, c’est par amour. Quand on s’en prend à des gens, c’est par amour pour le bien. Quand on peut mettre quelqu’un dans la case que l’on nous a appris à appeler « besoindenotreaide » le secours ne se fait pas attendre. C’est automatique. Quand le problème de quelqu’un ne rentre pas dans cette case prévue à l’avance, il ne se passe rien. Est-ce que cela ne veut pas dire aussi que toutes les raisons d’agir que nous appelons amour sont de celles que tout le monde chérit. Autrement dit, que doit notre amour pour ces personnes, pour cette cause, pour ces cas de détresse etc à l’amour que les autres, que la société leur portent ? Dans quelle mesure voulions-nous porter un témoignage ? Il n’y a qu’à voir : quand nous avons eu l’idée en question, comment cette idée se présentait-elle ? N’était-elle pas déjà approuvée par tout le monde ou par le groupe auquel nous appartenons  ? Et cette approbation ne nous a-t-elle pas décidé ? Ce ne serait pas étonnant : quand on dit que l’on aime ceci ou cela, on nous demande généralement de nous justifier, de trouver de bonnes raisons – des raisons recevables – à notre penchant. Une fois cette demande générale intériorisée, elle produit ses effets.

Dans quelle mesure pouvons-nous agir sans tenir compte de rien ni de personne ? Si j’aime ou si je désire quelqu’un, faut-il que je me justifie ? Faut-il que je fournisse des raisons recevables ? Si je n’aime pas quelqu’un, faut-il que je me justifie ? Non ? Alors pourquoi devrais-je le faire avec toutes les choses de l’existence que j’aime ou qui me déplaisent ? Pourquoi, pourquoi, des raisons, déraison. L’ogre savoir en réclame toujours plus.

Quand on regarde quelque chose, on regarde notre façon de voir ce que l’on regarde. Bon exemple :

moroi

On regarde notre regard. Je regarde le regard que je porte sur quelqu’un que j’aime ou que je n’aime pas. Ce que je vois n’est pas le message de l’un de mes cinq sens, c’est le résultat d’un fonctionnement du mental.

C’est que quand bien même on pourrait dire que l’on est parfaitement conscient de l’effet que quelque chose a sur nous, on ignore quand même ce que l’on retiendra, l’empreinte de cet effet. La mémorisation est un processus inconscient. Donc on ne peut pas prévoir ce que cette mémoire donnera dans le futur. Inutile de vouloir que les choses se passent en nous comme ceci ou comme cela. On peut juste, peut-être, dans des moments de clairvoyance, prendre conscience de la façon dont on voit quelqu’un par exemple. Il peut arriver que l’idéalisation se casse la figure, que ce qui est regardé prenne le pas sur le regard.

On ne reste pas un petit enfant qui réagit spontanément en fonction de ses quelques expériences passées. Les choses se compliquent ;

Traces laissées en nous par toutes nos expériences, nos contacts, nos rapports, nos relations (indépendamment de notre volonté) + intériorisation de l’exigence de trouver des raisons recevables à nos réactions (témoignage de notre volonté qu’elles soient recevables) = conflit intérieur permanent.

Résultat ; ce monde n’est-il pas souvent constitué d’occasions de faire plaisir en témoignant de notre volonté de plaire, de fournir des raisons recevables  ? (plaire, pour les amateurs d’anagrammes, c’est aussi replia, le contraire de déplia) Arrive-t-il souvent que le monde dans lequel nous sommes ne nous demande rien, soit même offert à nos désirs ? Non je crois hein ? Donc vivre mais surtout en faisant plaisir. Chaque fois que ce que l’on voit ou entend déclenche une pensée, un processus mental signifiant : un truc à faire, une obligation à remplir, un témoignage à fournir, un service à rendre, un bienfait à faire, cela peut-être – et c’est le cas au fond – une occasion de faire plaisir. Être recevable. Vivre de façon recevable c’est à dire pouvoir donner de bonnes raisons au pourquoi. Pourquoi avez-vous fait ceci ? Pourquoi êtes-vous comme ça, pourquoi avez-vous dit ceci, pourquoi n’aimez-vous pas cela, pourquoi ne faites-vous pas ceci, pourquoi vous-y prenez-vous comme ça etc Savoir pourquoi. Se savoir aussi. Pour faire plaisir à une idée. Cette idée tire son autorité du fait qu’elle serait générale et qu’une instance serait derrière. Tout est attente, tout est devoir, tout est sollicitation. La folie nous guette. Pour faire plaisir aux idées de plus en plus nombreuses, il faut de plus en plus faire et de plus en plus ne pas faire. Obligations + interdictions. Faire, ne pas faire. Y-a-t-il une vie au-delà du faire-ne pas faire ?

Et comme cette façon de vivre est la plus répandue qui soit, on peut aussi, en retour, se présenter comme une somme d’occasions pour les autres de nous faire plaisir, et les autres aussi se présenteront ainsi.

La vie individuelle sous le joug de cette nécessité culturelle. Seule la culture peut nous inculquer des rêves fous, des buts-solutions invraisemblables. On reste à l’intérieur, on n’interroge pas sa légitimité. Il faut savoir trouver l’élément culturel dernier cri comme on met en circulation le portable ou la voiture dernier cri.

Comment se fait-il que l’on n’ait pas encore compris et pris en compte le fait que cest pour une idée que l’on assujettit un homme par la force physique (pour être chef par exemple, le chef étant ce que signifie le chef) et c’est pour une idée que l’on assujettit des foules par la contrainte morale , les menaces et les maltraitances, (pour qu’arrive son règne.) . C’est ça le bien, faire le bien, c’est faire plaisir à une idée, c’est sauter sur toutes les occasions de faire plaisir à une idée. C’est ça le mal. C’est la même chose. La volonté de contrôle, de changement des autres, de soi-même est un apport culturel. Si vous frappez votre enfant (qui ne vous a rien fait personnellement) ce n’est pas à cause du péché originel, c’est parce que vous êtes possédé(e) par une idée. N’est-ce pas : quand nous avons eu l’idée de le frapper, comment cette idée se présentait-elle ? N’était-elle pas déjà approuvée par tout le monde ou par le groupe auquel nous appartenons  ? Et cette approbation ne nous a-t-elle pas décidé? 

Ces devoirs et ces attentes, bref ces idées se miniaturisent. Les grandes idées générales ont enfanté des idées moins vastes et plus nombreuses , puis de plus en plus petites et de plus en plus nombreuses. La tête dans le guidon à fond dans le tunnel qui se rétrécit. Le penseur de RODIN regardait-il une fourmilière devenue folle. En se disant : mais..qu’est-ce que…

rodin

La miniaturisation des problèmes et des exigences va de pair avec l’observation de plus en plus minutieuse et détaillée du monde et avec le développement de moyens de pression de plus en plus fins.

Qui peut être contre le savoir, à part LAO-TSEU ? Personne, c’est bien le savoir. Qui peut être contre la pensée, à part UG, personne, c’est bien la pensée. Qui peut être contre une société érigée en référence ultime, à part STIRNER, personne, c’est bien la société,. Et pas question de se demander quel sera le rapport du savoir à l’objet de savoir, le rapport de la pensée à l’objet de pensée, le rapport de la société au membre de la société. Le savoir est au service du savoir, la pensée au service de la pensée, la société au service de la société. Ces objectifs se suffisent à eux-mêmes. Il faut que le savoir, la pensée, la société soient la raison, soient le but, soient la valeur . Et la vie individuelle doit s’écraser. ( Cela s’est révélé dramatique d’avoir laissé les groupes militaires et les groupes industriels utiliser les découvertes scientifiques, parce que là, le rapport pensée-objet de pensée, on peut le deviner. Comme disait ZEMMOUR ; « le pouvoir économique n’a pas d’âme, il n’a que des intérêts » Mafieux ou financier, c’est caïman pareil) Le savoir veut tout, la pensée veut tout, la société veut tout. Tout ! Vous êtes prévenu ! Rien ne l’arrêtera, rien ne supplantera la suprématie du savoir, de la pensée et de la société. Comment appeler cela ? N’est-ce pas une forme douce de totalitarisme ?

Les jugements au nom du bien ou de l’intérêt du savoir, de la pensée, de la société, enfantent – comme on l’a vu dans l’article précédent – des entités incorporelles, intemporelles, qui exigeront notre amour en de maintes occasions et nous devrons leur rendre des comptes..

L’homme-sandwich, qui est devenu rare avec les moyens modernes de la publicité, était pourtant une image très ressemblante de ce que nous sommes. Qu’arborons-nous sinon des signes distinctifs, des comportements distinctifs, des postures distinctives, des paroles distinctives destinées à faire plaisir à toutes sortes de gens et d’instances, à témoigner de la recevabilité de notre façon de nous habiller, de marcher, de consommer, de jardiner, de nous soigner, de nous déplacer, de travailler, de nous tenir, de vivre. -Je vous fais plaisir, faites-moi plaisir aussi. Rendez témoignage à mes signes distinctifs. Complimentez-les, tenez-en compte. J’ai besoin de votre amour parce que je fais ça pour vous et je prends de la peine. L’homme-sandwich aime sans doute bavarder avec un autre homme-sandwich. Ils parleront sans doute de leur condition de travail, ils se plaindront peut-être de celles-ci et de leurs employeurs. Cela soulage.

sandw

De la même manière, des employés commentent voire raillent les décisions de leur patron, mais c’est inoffensif. Dès que celui-ci paraît, on rentre dans le rang.

Les bonimenteurs sont des professionnels chargés de donner plus d’attrait et plus de nouveauté aux innombrables occasions de faire plaisir. Il se servent toujours dans le même sac, mais ils changent régulièrement leurs joujoux. Aujourd’hui, c’est telle idée, demain ce sera telle autre. Et plus tard ils reprendront la première. En la dépoussiérant. Comment s’étonner ? Franchement ! A partir du moment où on ne parle que de ce dont on a parlé précédemment, sans pouvoir se reporter à un véritable objet d’expérience, c’est fatal.

Des questions qui fâchent.

Toute tentative de nous convaincre de quelque chose sous prétexte de vouloir notre bien, si ce n’est pas rationnellement, devrait nous paraître louche. Que savent-ils de notre bien, de notre besoin  ? Il n’est en effet question que de l’idée générale qu’ils se font de notre bien.

La question de savoir ce que vaut une idée n’a aucun intérêt, c’est ce que valent les gens qui incarnent cette idée et veulent l’appliquer sur nous qui compte.

La question de savoir si ceci ou cela est bien ou pas bien en général disparaît si on ne cherche plus à plaire à la société ou aux autres, autrement dit la question de savoir ce que vaut un intérêt général, un sens commun, ne se pose plus quand on décide d’agir sans s’en occuper. .

La question de savoir ce qu’il faut faire de toutes ces idées-valeurs ou buts-solutions ne se pose plus quand seul le présent existe c‘est à dire, très exactement, quand il n’est plus du tout question d’entités incorporelles et intemporelles objets de culte auxquelles il était question de ressembler, autrement dit quand il n’est plus du tout question – plus du tout du tout – de se changer, de se contrôler et de changer ou de contrôler les autres.

Ce qui nous est imposé n’a aucun droit à obtenir de nous quelque adhésion que ce soit. Et si cela nous nuit, c’est comme une déclaration de guerre.

C’est de la folie daider quelqu’un dans son projet de nous nuire. Maman, s’il te plaît, tu peux m’aider, je cherche ma batte de baseball pour t’en fiche un coup et je ne la trouve pas.

Se penser en fonction de quelque chose d’autre, ou en rapport avec quelque chose d’autre, c’est être le simple produit de ce rapport. Or si on se pense en fonction de quelque chose d’autre, c’est forcément en fonction d’une idée générale, car tout ce qui n’est pas soi, tout ce qui est autre que soi ou extérieur à soi, est nécessairement une pensée, et cette pensée fonctionne nécessairement avec des catégories, des généralités. On est donc condamné, dans ce cas, à être le produit de ce rapport avec des catégories ou des généralités. Croit-on vraiment que la vie puisse n’être qu’un produit de ce genre ?

creps

https://youtu.be/PMfWVRyc5z8?t=666

 

CGT-Energie Anjou 49 |
Bella et le syndrôme " BALBOA" |
Jeunes dans la ville |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Pensée..!?
| targuist
| Gabon, Environnement, Touri...