LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

8 juillet, 2015

PARCE QUE C’EST COMME CA, 2

Classé dans : Transcendance — inconnaissance @ 10:30

Certains mots créent donc, tout à fait artificiellement, une égalité – comme on dit aujourd’hui – ou des identités entre les hommes. (lui, c’est un héros, et lui aussi. Nous voilà avec deux héros !)

On aurait pu souhaiter, par exemple, que Jeff FOSTER qui a écrit : « le problème n’est pas que vous n’êtes pas;.(cei ou cela ndr), le problème, c’est que survient la croyance : j’ai besoin d’être » ceci ou cela se demande, cherche pourquoi cette croyance apparaît, ces idées s’imposent et nous « mettent dedans », pour désactiver, éventuellement, le processus.

Peut-être que nous n’avons strictement rien de commun les uns avec les autres mentalement, et les mots seraient là pour nous faire croire le contraire.

Nous venons de voir que l’idée de père que l’on projette sur tous les pères, dès qu’on leur attribue ce statut, les rend semblables d’un certain point de vue. Nous venons de voir que les mots (les attributs habituels) qui lui sont associés définissent le genre de rapport que l’on doit avoir avec cette expression de l’unicité, nous conduisent à adopter ce rapport. C’est que les adjectifs, jugements, qui expriment ce rapport, fonctionnent eux-mêmes de la même façon, à chaque fois, il y aurait une idée commune, unique.

MAGRITTE :      magrit

Dans : « tu honoreras ton père et ta mère » ou « adhérer aux valeurs » : il y a l’idée d’honneur ou d’adhésion qui fait que ce rapport doit être le même pour tous. Bref, il y a du substantif partout, et dans tous les substantifs, il y a l’idée unitaire qu’ils impliquent.

C’est même pour cela que le mot est si important : pour créer un collectif. Pas de mots, pas de collectif.

On voit tout de suite comment fonctionne la communion. C’est le sentiment que l’on a le même rapport à la chose.

Exemple : Patrie, soit « l’idée de patrie », à laquelle sont dus certains sentiments comme l’amour. On communie dans l’idée qu’on partage le même amour, c’est à dire que l’idée d’amour serait la même chez tout le monde. Si on n’avait pas cette idée d’amour dans l’amour, idée unique, si de nombreux mots, donc de nombreux rapports, plus ou moins différents coexistaient, (moi c’est l’amour, lui c’est l’affection, elle c’est la tendresse, elle c’est la sympathie etc) ou si on était conscient de donner chacun un sens différent au mot amour, cette communion ne serait pas possible.

S’il y a un Dieu-le-Père, nous sommes tous ses enfants, pareils de ce point de vue; Mais s »il n’y en a pas…. S’il y a un Homme, nous sommes tous « homme », pareils de ce point de vue, mais s’il n’y en a pas…. S’il y a une république, nous sommes tous républicains, pareils de ce point de vue. Mais s’il n’y en a pas…S’il y a une cité, nous somme tous citoyens, pareils de ce point de vue, mais s’il n’y en a pas..etc etc à chaque fois le « une » ou le « un » est une illusion. L’enseignant entre dans sa classe et aussitôt, l’idée d’enseignant dans l’enseignant se met en place, et le rapport à cette idée se met en place, et il doit incarner ce rapport, tel qu’il a été défini par la culture. Mais si cette idée est une chimère…..

La croyance dans l’unicité de l’idée fait tout. Fixation puis culte.

Je vous défie de trouver un groupe soudé qui ne fonctionne pas de cette façon, avec un idéal commun des plus convenus et un rapport commun à cet idéal. Remarquer comme cela tourne rapidement à la carte postale. Ce n’est pas : plage, palmier et mer, c »est mère berçant son enfant ou plus abstrait encore, l’image idéale et surtout arrêtée de quelque abstraction morale ou politique. Le mieux pour entretenir cela, c’est le rite, l’univocité, les formules, les symboles.

Tout cela s’explique de la façon suivante. L’idée unique de patrie parvient à exister du fait que nous nous servons tous de ce mot, qu’un mot est censé désigner quelque chose qui existe, et une seule chose à la fois. Les objets qui n’existent nulle part ailleurs que dans notre esprit seraient semblables aux réalités sensibles qui peuvent servir de référents communs. Et de la même façon que le monde sensible s’impose à nous, ne dépend pas de nous, nous envoient ses signaux, on a tendance à considérer que l’idée de référent dans le référent non sensible, abstrait, est transcendante, qu’elle descend vers nous pour nous éclairer plus ou moins. Mais c’est la tradition, l’ancienneté, l’autorité morale et le caractère collectif de l’idée qui font foi. « A beau mentir qui vient de loin. » ? A beau mentir qui est plus ancien.

L’idée de patrie, dont l’unicité est illusoire, à créé artificiellement cette identité entre les hommes.

Il est parfaitement clair que dans ce cas, ce qu’on désigne n’est pas quelque chose qui se prête à l’objectivité, c’est un phénomène mental, une formation consciente dans lequel l’imagination et la subjectivité personnelles jouent un rôle essentiel. On ne peut pas, avec un seul mot, tous les désigner, en faire une seule idée.

Ce genre de mot désigne des quantités de référents. Donc aucun mot de ce genre ne crée des identités, du commun dans les individus. Quand je désigne ma conscience, je ne désigne pas la tienne. Tu es toi, je suis moi, tu n’es pas moi, je ne suis pas toi.

Bref, que reste-t-il de cette identité mentale sans cette idée de référent dans le référent non sensible dont l’existence est illusoire, et sans cette communion autour de cette idée dont la réalité, pour les mêmes raisons, est illusoire. Il y a des mots, mais il n’y a pas d’idée dedans. Il y a le mot citoyen, mais il n’y a pas l’idée de citoyen dedans. Citoyen évolue, et prend des sens différents, propres à chacun. Ensemble on le fait évoluer.

On voit comment fonctionne le politiquement correct. Plusieurs éléments entrent en ligne de compte.

D’abord il y a un mot (exemple : fascisme) , qui implique une idée unique (the). Certains s’arrogent le droit de fixer le genre de rapport que l’on doit avoir avec cette idée en fixant les seuls mots, les seuls jugements possibles, comme s’ils étaient les gardiens du temple où se trouve l’horrible idée de fascisme. Et gare aux récalcitrants !; Et quand on sait que cela peut se renouveler avec un nombre de plus en plus considérable de mots, on peut trembler. Retour à l’époque où l’eglise pourchassait ceux qui avaient des propos quelque peu différents de la doctrine officielle. (Combien y-a-t-il de mots à propos desquels les jugements sont sévèrement contrôlés ,) Quoi de plus ridicule d’entendre quelqu’un parler au nom de cette transcendance. Alors qu’en réalité, il n’y a pas de référent commun, unique quand il n’y a pas de référent sensible.

boud

.                    .  C’est dur d’être élevé par des gens bornés

Qu’avons-nous en commun quand on ne parle pas ou quand on ne pense pas ? Nous pouvons être au même endroit, au même moment, des sources sensibles peuvent être partagées. Mais quand il s’agit d’objets de pensée qui n’existent que dans notre esprit et nulle part ailleurs , qu’avons-nous en commun ? Juste les mots – les signifiants qui sont des réalités sensibles – qui les désignent, c’est tout. Et nos rapports à ces objets ne sont pas les mêmes. Nes réactions qui s’ensuivent non plus. Nos sentiments à leur égard non plus. (les sentiments à propos d’une idée ici ne sont pas les sentiments à propos d’une idée là) Ce qui sauve ces idées de référent dans le référent, c’est la foi.

Le langage, le verbe, c’est la croyance, la superstitution. Avec eux, elles ne cesseront jamais; Qui a des problèmes existentiels, psychologiques ? Le je. Qu’est-ce que le je ? Le résultat de tout ce qu’on nous a fait croire au sujet des hommes et qui était censé être important. Et celui ci penche pour ceci, celui-là pour cela, tout dépend du milieu; Et on n’est jamais ok puisque ce qu’on est ne collera jamais avec une idée fumeuse. Le je se plaint toujours au nom de la culture, d’idées dont il a été nourri. C’est surtout l’histoire de ce qu’il est convenu de faire les uns pour les autres, les uns avec les autres, dans les différents cas, en fonction des différentes situations sociales, des différents contextes. (la croyance dans l’objectivité de nos idées concernant toutes ces abstractions joue à plein)

Tout ce qui se doit parce que c’est comme ça. Le jugement n’a jamais rien prouvé mais il est devenu sacré. Le « je » ne se plaint ou ne revendique qu’en fonction de tout cela.

Que peut-on constater ? Que cette pression sociale, cette influence des autres diminuent en même temps que diminuent le pouvoir et le culte de toutes ces idées centrales et convenances sacrées.

C’est à la foi que l’on se reconnaît. Quelqu’un qui la méprise est insupportable. Les autres ont juste besoin de vérifier, par exemple, que vous croyez aux mêmes vertus qu’eux. C’est tout. Jusqu’à la fin du monde, il y aura des guerres de religions. Ce n’est pas demain, hélas, que toute forme de transcendance, disparaîtra.

Quand il y a foi pour l’idée de référent dans le référent abstrait, on tient à ce que tout le monde ait le même rapport à ce référent. On voit alors cette idée unique du bien comme quelque chose de sacré parce c’est collectif, mystérieux, hors de soi, essentiel au moi. ,

Chacun à sa manière, selon sa nature, ses moyens, conformément à son destin incarne sa propre idée. Inutile de copier, inutile d’imaginer que les autres incarnent la même idée. C’est ce qui se passe quand on se pense en se comparant aux autres, en les prenant comme référence. Ils aiment ce qu’ils aiment, il y a tel ou tel amour ici ou là, ce n’est pas notre affaire.

Si on aime le multiculturalisme, en voilà. Mais le multiculturalisme triomphant qui nous pend au nez, ce n’est pas le pluralisme et l’individualisme éclairés et respectueux, c’est plutôt le multicommunautarisme,  c’est la guerre de religions.

Cela modifie la façon de voir le monde selon que l’on colle partout, sur tout, une idée de la chose ou de la personne ou pas. Les repères abstraits n’en sont pas. Prendre des repères qui n’en sont pas pour des repères, c’est s’égarer. Surtout, regarder dans la bonne direction. Où se trouvent les référents non-sensibles indiqués ? Pas à l’extérieur.

On ne peut pas sacraliser quelque chose qui n’existe pas et on ne peut pas sacraliser non plus cette pluralité de référents ou de sens. Pas de blasphème en France, contre un objet de croyance comme Dieu, alors il ne devrait pas y avoir de problème si on moque, si on outrage tous les autres mots abstraits. Rien de sacré là-dedans.

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