LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

7 février, 2015

LE PLAISIR DANS LA TRANSGRESSION

Classé dans : Transgression — inconnaissance @ 18:47

Ou le plaisir de transgresser, et non pas le plaisir de la transgression, comme on écrit d’habitude, ce qui conduit à disserter sur ces deux concepts et sur leur rapport, pour en arriver à une conclusion savante qui satisfait l’esprit mais n’a rien de transgressive. Or, l’intelligence du plaisir de transgresser est transgressive.

On laissera de côté les transgressions proprement sexuelles.  

Si on ne trouvait pas un grand plaisir dans l’acte transgressif et si cet acte ne répondait pas à un besoin profond, on ne l’accomplirait pas, tant il est difficile.

La transgression, bien sûr, c’est la loi, l’interdit que l’on foule aux pieds. Mais pourquoi cette jouissance ? Toutes les transgressions ne procurent pas autant de plaisir, toutes les lois ne sont pas aussi difficiles à enfreindre. (ce qui procure du plaisir, quand on dépasse de beaucoup une limitation de vitesse, c’est la vitesse, ce n’est pas tellement le fait d’enfreindre une loi générale)  Et d’autre part, n’importe qui ne pratique pas la transgression, et si on la pratique, c’est dans certaines conditions, pour certaines raisons. Le petit enfant qui insulte un adulte n’éprouve pas le plaisir de la transgression. Le soldat en guerre qui tue un ennemi n’éprouve pas le plaisir de la transgression. Celui qui méprise complètement un objet sacré ou consacré n’éprouve pas le désir de la transgression s’il le brise. Et ce qui est transgression pour l’un n’est pas transgression pour l’autre, donc le plaisir ne tient pas spécialement à l’acte lui-même.  

S’il n’y avait pas de la revanche, s’il n’y avait pas la libération de sentiments refoulés, réprimés, s’il n’y avait pas une jouissance sensuelle, il n’y aurait pas tant de plaisir. Revanche contre qui ? Quels sentiments ? Pourquoi sensuelle ? 

Passons par STIRNER qui sur ce sujet, est insurpassé. Toutes les citations sont de lui. Elles permettent de mettre en évidence les différentes formes et raisons de transgression.

Partons de ceci  : « Sans-gêne heureux de l’homme avide, avec quelle cruauté tenace n-a-t-on pas cherché à l’égorger sur l’autel de la timidité ! «  (on peut ajouter, si on veut, la résignation à la timidité) Vous savez comment cela se passe : « En face de toute chose ou de tout mot qui se présente à nous, nous n’avons pas la permission d’éprouver ce que nous pourrions et voudrions éprouver….que de peine il faut devant tel ou tel mot pour arriver à se procurer un sentiment propre, pour pouvoir rire au visage de celui qui attend de nous une attitude sainte et une mine contrite « 

Presque tous les éléments permettant de poser le problème sont là. Chaque mot de ces deux citations est à retenir. 

L’interdit, la loi sont intérieurs. La transgression, cela se passe « inside ». S’il y a du plaisir, c’est parce que c’est un triomphe complètement personnel contre un ennemi intérieur dont le pouvoir était quasi absolu. Ce plaisir n’est pas sans ressembler à celui que l’on éprouve quand on a réussi une épreuve difficile. On a repoussé ses propres limites. Victoire sur soi-même.

Grâce à la transgression, la division, le conflit, la fracture entre une autorité intérieure et le moi disparaît. Réunification momentanée. Totalité et puissance personnelle recouvrées.

D’abord, il faudrait se mettre d’accord sur le fait que ce qu’on nous a appris à nommer : la voix de la conscience (ceci est mal, ceci est bien) n’est qu’une pensée involontaire conditionnée. A chacun son histoire et ses pensées. Ces pensées n’ont de pouvoir sur nous, elles ne se fixent, comme dit le bouddha, que pour autant qu’un penseur, une instance supérieure cachée, mystérieuse, est censé les penser.

«  Pourquoi une vérité mathématique irréfragable qui, au sens habituel du mot, pourrait être appelée éternelle, n’est-elle pas sainte ? Parce qu’elle n’est pas révélée, parce qu’elle n’est pas la révélation d’un être supérieur….cet être général et supérieur vit en toi « 

Les pensées sans penseur, sont des phénomènes impersonnels de l’esprit qui ne nous possèdent pas. Ils ne nous possèdent pas parce que c’est nous qui les possédons. Ils sont vus comme des manifestations temporaires et accidentelles de notre activité mentale. Ils sont dénués d’objectivité et de permanence. De la même manière, dans la vie courante, on sait très bien que lorsqu’on écoute distraitement les paroles de quelqu’un en oubliant qu‘elles ont un auteur, en les prenant comme une émission sans intérêt, on ne sera pas touché par elles. (D’où le numéro des éducateurs avec les enfants : tiens-toi droit, arrête de sourire et regarde-moi quand je te parle etc)

Donc, vaincre, anéantir ce supposé penseur qui réveille un interlocuteur (nous) est une condition fondamentale de la transgression. Car bien des formes d’autorité occuperont cette position avantageuse.

Or, nous avons vu qu’une vérité ne passait pour telle, à nos yeux, que parce qu’elle était vue comme collective, partagée. Le penseur de notre pensée serait la voix de tout le monde ou serait pour tout le monde, puisqu’il est penseur d’idée générale.  

D’où la catastrophe, si une personne - et à plus forte raison plusieurs personnes, comme dans une foule - prouve qu’elle n’est pas soumise à cette instance et donne l’exemple d’un comportement contraire. C’est toute la croyance en la généralité d’une vérité qui s’effondre. Et le plaisir est dans la démystification de ce qui, auparavant, nous tenait en sujétion, mystérieusement.

« Celui qui renverse une de ses propres limites montre ainsi aux autres la voie à suivre ; leur affaire est de renverser leurs propres limites « Il montre aux autres que leur maître n’est pas universel. Exemple et contagion redoutés par l‘autorité. Elle est désacralisée.

Une conception globale du bien sous forme de religion, de morale, d’idéologie politique, de psychologie etc (nous avons besoin de cette cohérence générale et nous avons besoin, dans notre propre intérêt et, par suite, dans l’intérêt des autres, que cela se passe sous le signe du bien ) signifie une expression particulière de l’amour des êtres humains. C’est les aimer que de vouloir leur bien à tous, n’est-ce pas ? Le bien, c’est l’amour. Et l’amour rend sacré tout ce qu’il touche. D’où le respect dû à la conception globale.

La morale, par exemple, c’est l’amour. L’immoralité, voire l’amoralité, c’est la haine. Mais il n’y a pas plus haineux que celui ou celle qui ne supporte pas cette entaille à la moralité. Il ne supporte pas d’être déchu de son rôle de porte-parole du bien général. «  Ne pas haïr celui qui a porté atteinte à une chose sacrée est déjà un crime »

Faire usage de la morale, y faire référence, c’est compter sur l’amour de l’autre. A quelqu’un censé m’aimer, et confiant dans cet amour, je demande courtoisement ce que je désire. Si je me trompe sur l’amour de celui à qui je demande, s’il n’agit que dans son intérêt, je n’obtiendrai rien ou pas grand-chose. Or, cette idée d’un monde d’amour est une blague. La preuve en est donnée tous les jours partout. Vivre avec elle, voir le monde en fonction d’elle, c’est se tromper lourdement.

La morale ou cette conception globale du bien est d’ailleurs l’objet d’une comédie permanente, d’un marchandage. Qui gagne sinon le moins naïf ?

Il reste le double-jeu permanent : « on voudrait bien avoir la morale (être dans l’amour ndr) sans être privé de la liberté ; on voudrait avoir une volonté libre sans se passer pour cela de la volonté morale (témoignage d’amour ndr) «  En échange, on attend quelque reconnaissance ou quelque récompense.

C’est la gueuserie morale ou spirituelle.

Alors, chez l’homme moderne, l’imagination offre la possibilité d’avoir les deux pour de faux.

« Pourquoi certaines oppositions ne réussissent-elles pas, uniquement pour cette raison qu’elles ne veulent pas abandonner la voie de la moralité ou de la légalité. De là cette immense comédie de dévouements, d’amour etc qui, vue de près, suffit pour dégoûter radicalement du caractère corrompu et hypocrite d’une opposition légale….Si l’opposition voulait réellement, voulait avec la pleine énergie de la volonté, qu’en résulterait-il ? Non, elle doit renoncer à la volonté pour vivre d’amour » 

Toute action doit se faire dans cet esprit. «  tu ne peux pas toucher à une épingle que tu n’en aies obtenu la permission. Et la permission de qui ? Du respect. «  Agir dans cet esprit aboutit à n’être que l’agent docile d’une conception du bien, d’une idéologie. Le chrétien ou le musulman pense et agit en chrétien ou en musulman et s’adresse à autrui en tant que chrétien ou non chrétien ou en tant que musulman ou non-musulman, conformément à l’esprit de sa religion, c’est à dire dans le respect de sa religion 

Dans la transgression on s’autorise, seul, à rejeter la morale par exemple, ou la religion, c’est à dire, que l’on met en cause, seul, cet amour en s’en affranchissant et en se faisant seul le juge de tout en fonction de son propre bien. Plaisir de la liberté, de la tranquillité et de la clarté intérieure. (Attention : « les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux » ) La transgression consiste, là aussi, à renier, ignorer une pensée que l’on nous a inculquée et l’instance supérieure qui serait son penseur.

Cette idée que l’on partageait cette conception du bien et que l’on était animé par des sentiments d’amour puisque l’on voulait le bien des autres est ce qui nous réunit, nous lie. C’est même la seule chose qui nous lie a priori, c’est la seule façon de nous penser tous a priori. C’est le fondement de la société : elle doit établir un bien commun (C’est bien la raison pour laquelle plus ce bien se mêle de notre intimité, et plus la société est tyrannique ou totalitaire) Car «  Si vous avez ensemble connexion, vous ne pouvez vous séparer, si un lien vous attache ensemble, vous n’êtes quelque chose qu’ensemble « Et le rejet de cette idée transgresse une pratique, une coutume générale . 

Liberté d’expression ou de penser. Là aussi, il y a des pseudo-transgressions permises et des transgressions interdites. Ce qui est permis, c’est ce qui ne bouscule pas trop l’ordre moral établi ou ce qui s’inscrit dans la marge de cet ordre ou de cette conception du bien. « en retour, tu ne dois concevoir aucune pensée, dire aucune parole, commettre aucune action, qui trouve uniquement sa sanction en toi, au lieu de la recevoir de la morale, de la raison ou de l’humanité « 

La transgression - et le plaisir qui va avec - consiste à recouvrer toute sa liberté de penser, d’aimer, de détester sans se soumettre à d’autres juges que soi-même, à ne consulter que soi-même. Ni permission, ni respect de quoi que ce soit, car le respect, en tant que concept séparé de soi, est toujours une allégeance à une conception étrangère. L’ordre moral, lui, veut que l’on puisse généraliser, théoriser des propos osés. Les propos ne sont plus traités comme de la pure subjectivité qui n’engage que leur auteur, mais comme la manifestation d’un esprit de système. L’individu est contraint d’être autre chose. : « Ainsi donc il faut que toute opinion personnelle soit abolie ou rendue impersonnelle. …l’opinion individuelle doit être transportée à un être général , à l’homme, et devenir par là une opinion générale «

C’est la preuve que seul existe cet esprit de la société. Lui seul est reconnu et a des droits. Et elle ne permettra à personne de s’en affranchir : soit elle inventera des raisons pour le sanctionner, soit cette expression sera ostracisée. Bien sûr, comme chez SADE, il y a un grand plaisir à insulter cet esprit et ses fétiches.

Autorité. Que de contorsions mentales, que d’encre gaspillée pour éviter de voir les choses en face. L’humiliation n’est pas dans la reconnaissance de la supériorité d’autrui (l’inégalité est dans la nature) , dans le rapport d’admiration à autrui (il faudrait être stupide pour se croire supérieur en tout) , elle est dans la prosternation forcée, non spontanée. La dissymétrie, posée ou pas par les institutions, n’est pas la question, la question, c’est : doù vient l’autorité de quelqu’un ? Si elle est décrétée par la personne elle-même ou par une institution, cela ne va pas. Si cette personne détenant l’autorité dispose d’un pouvoir quelconque – direct ou indirect – sur le corps de l’autre, a une influence, immédiate ou future, sur les conditions d’existence de l’autre, cela ne va pas. Son autorité est fondée sur la force, comme autrefois. Et la force a pour objectif d’inspirer la peur. « la plèbe cesse d’être la plèbe dès qu’elle prend. Ce n’est que la peur de prendre, la peur du châtiment corrélatif qui la fait plèbe » 

Le sacré, l’inviolable, c’est la forme extrême du respect. C’est un amour démesuré qui donne à son objet une valeur démesurée, une nature très spéciale. C’est l’idée d’universalité, qui court à travers le verbe, poussée à son paroxysme. Face à lui, l’individu n’est plus rien. Conférer à quelque chose ou quelqu’un une part de sacré, c’est établir un fossé profond entre lui et les autres. Par exemple, il y a le saint, et il y a le pêcheur : (citation de l’évangile pour l’exception) : « Entre vous (les damnés de l’enfer ndr) et nous (les élus du paradis ndr) un grand abîme a été fixé, afin que ceux qui voudraient passer d’ici chez vous ne le puissent, et qu’on ne traverse pas non plus de là-bas chez nous « Aussi la transgression est immense.

Intérieurement, le sacré se présente ainsi, inspire les sentiments suivants : « Devant ce qui est sacré on perd tout sentiment de force, tout courage ; on devient impuissant et humble « (Je ne suis pas digne de regarder celui qui a regardé les lacets de ses sandales avec l’idée qu’ils pourraient être dénoués hi hi hi) Ou bien sacré négatif déterminé par le contraire de l’amour démesuré : je suis accusé d’avoir croisé dans la rue quelqu’un qui a dit bonjour, autrefois, à un nazi. Transgression et plaisir de s’approprier ce qui était sacré, ce qui était inviolable et d’en user à sa guise. (voir la fin de l’article : « l’univers impitoyable de SADE ») L’abîme est comblé. L’état d’humilité extrême est annulé. Les sentiments d’humiliation sont vengés.  

Bref, c’est se mettre en position de transgresser, en emprunter la voie, que d’abandonner l’idée de vouloir faire le bien, le bonheur, de vouloir servir les intérêts, de la société, c’est à dire du collectif, sous quelque forme ou de quelque façon qu’on les conçoive ou qu’on se les représente.

Le plaisir dans la transgression vient du fait que l’on s’élève au-dessus de tous ceux qui sont encore soumis, dociles, craintifs devant l’ordre établi et l’image de l’autorité. Le plaisir, c’est de rendre profane, familier quelqu’un ou quelque chose qui était sacré, inaccessible Il vient du fait que l’objet, autrefois abstrait, étranger, saint, sert au plaisir sensuel. Le plaisir, c’est celui de triompher d’une instance intérieure ennemie qui nous a longtemps tenu sous son joug. Le plaisir, c’est de transformer le monde virtuel, symbolique, imaginaire en monde réel. Le plaisir accompagne le « sans-gêne heureux de l’homme avide » Il accompagne le libre déploiement de soi-même. En fait, tant qu’il y a la conscience de transgresser, il y a encore du sacré, de l’interdit à violer mais cela peut être un moyen de régler quelque problème. Au-delà de la transgression, il y a le plaisir de faire ce que l’on fait avec un esprit totalement libre.

 

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