LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

19 novembre, 2013

ET ALORS ?

Classé dans : Valeurs — inconnaissance @ 17:43

Nous avons vu que le moi était une construction de la pensée qui répond aux demandes et idées des autres. On se pense avec ce qui nous semble s’imposer, être partagé par les autres, et si ce « se » est mis en œuvre avec succès, réussit, est approuvé, on s’y identifie vraiment.

Ce moi devient une autre nature. Il prend la place de nous-mêmes ou nous croyons être lui. Nous vivons sa vie à un point que nous n’imaginons pas. Il n’y a rien d’autre. Nous n’imaginons rien d’autre. L’identification au « se » de se penser se fait à chaque instant, instantanément. (prendre au sérieux un mot, une idée, si ce mot, cette idée concerne l’être humain, c’est s’identifier à cet objet de pensée)

Le moi a un idéal qui lui sert de phare, un surmoi qui réprime ses écarts, ses sorties de route. Sa continuité et sa cohérence sont capitales. C’est ainsi que l’on se sociabilise, que l’on s’intègre dans une société dont on contribue au maintien.

Très bien, mais manifestement le moi est toujours mis en difficulté. Sa conception du monde ne colle pas (défenses, protection, remises en cause permanentes). La vie ne lui obéit pas non plus. (FREUD appelle cela l’inconscient) Elle le déborde.

De plus, la conséquence de ce montage, c’est que l’on passe sa vie en cage ou enchaîné. Notre désir d’être ce moi, nous enchaîne à ce personnage. C’est simple à comprendre. Comment pourrions-nous supporter de voir mis à mal un personnage que nous avons mis tant de temps à construire, dans lequel nous avons tant investi, et surtout que nous nous sommes acharnés à accréditer auprès de nos proches, des autres, de la société et auquel les autres nous identifient ; un personnage qu’ils prennent, croit-on, pour nous, sur lequel, croit-on, ils comptent ? Comment pourrait-on renoncer, d’un coup, à l’ensemble des idées que l’on aime se faire de soi et que l’on propose de soi ? Chaque fois que l’on parle, on contribue machinalement à sa défense et à son renforcement. .

Et dire que souvent, on ne s’en rend même pas compte.

Quelle meilleure illustration de cette absolue nécessité de jouer sur du supposé sens commun, et de conforter son personnage, que la littérature mise en valeur par Guillaume Gallienne et sa voix suave (un onguent, un baume agréable) sur France inter le samedi a 18h10 . Exemple avec « La princesse de Clèves » (premier tête à tête avec le duc de Nemours). Ce dernier parle :

«  il y a des personnes à qui on n’ose donner d’autres marques de la passion qu’on a pour elles que par les choses qui ne les regardent point et n’osant leur faire paraître qu’on les aime, on voudrait du moins qu’elles vissent qu’on ne veut être aimé de personne, on voudrait qu’elles sussent qu’il n’y a point de beauté dans quelque rang qu’elle put être que l’on ne regardât avec indifférence et qu’il n’y a pas de couronne que l’on voulut acheter au prix de ne les avoir jamais. Les femmes jugent d’ordinaire de la passion qu’on a pour elles par le soin qu’on prend de leur plaire et de les chercher. Mais ce n’est pas bien difficile pour peu qu’elles soient aimables. Ce qui est difficile, c’est de ne s’abandonner pas au plaisir de les suivre, c’est de les éviter par la peur de laisser paraître au public et quasi à elles-mêmes les sentiments que l’on a pour elles. Et ce qui marque encore mieux un véritable attachement, c’est de devenir entièrement opposé à ce qu’on était et de n’avoir plus d’ambition ni de plaisir après avoir été toute sa vie occupé de l’un et de l’autre. Madame de Clèves entendait aisément la part qu’elle avait à ces paroles. Il lui semblait qu’elle devait y répondre et ne pas les souffrir «  Tout est dans la commune appréciation des marques d’affection possibles, dans l’assurance de communs points de vue, dans le prix de certaines convenances dans les affaires de cœur. (En voilà des détours, Nemours)

A la déception et aux reproches de l’autre parce que nous aurions fait ou dit quelque chose qui démolit ou détériore la bonne image qu’il avait de nous, nous ne répondrons pas : et alors ? Comment pourrions-nous nous contredire, nous renier, rayer d’un trait de plume l’histoire de toute une relation ?

Présentons les choses d’une autre façon. Quand nous croyons désirer quelque chose – et le désir est le quotidien de notre existence – quand nous nous investissons dans quelque chose, en fait, souvent, ce n’est pas notre désir. Ce n’est pas nous qui désirons. Nous ne faisons que désirer pour les autres, désirer ce qu’il faut que nous désirions. C’est le moi qui désire, et nous ne sommes pas le moi. Or, là aussi, on ne s’en rend même pas compte.

Le désir du moi, on l’a vu, c’est : faire partie, être accepté, approuvé, aimé, être ad hoc, être une personnalité solide, stable, réussie. (On a toujours un espoir de faire partie, d’être accepté, aimé, d’être ad hoc, d’être une personnalité réussie dans ce que nous entreprenons, faisons?) C’est le désir du moi, donc, notre désir, croit-on. D’où tous les désirs, ambitions, aspirations, que nous connaissons et qui nous semblent normaux, justes, estimables. Et alors, où est le problème ?

L’Homme, le Bien, le sens commun, la société, bref l’esprit immanent et transcendant n’est pas simplement du sens, c’est de la valeur, c’est précieux, c’est digne d’un grand amour. Amour forcément commun de l’esprit, du général, de l’Homme, du Bien, de la société….Tout le monde compte là-dessus, investit, respecte, admire, sert tout cela. Tout le monde présuppose que tout le monde investit, respecte, admire, sert tout cela. Cet amour est ce dont on parle, ce qui nous rassemble. Il suffit de reprendre les idées précédentes : République (trésor commun) , héros (trésor commun) , morale (trésor commun), amour (trésor commun), vibrer (trésor commun), laïcité (trésor commun) , liberté (trésor commun) , égalité (trésor commun) , fraternité (trésor commun) C’est presque sacré. Evidemment. Cela va de soi. Donc ceux qui utilisent ces notions font appel, référence, à notre amour à tous pour elles.

L’idée ou l’évidence que c’est un trésor de l’homme, a comme conséquence que nous allons le désirer. Je désire, tu désires, il et elle désirent, cela parce que l’on nous a inculqués que c’était désirable. Notre désir obéit donc à ce désir que nous désirions cela. Autrement dit, le jugement de valeur vient d’abord, automatiquement, et on se comporte en conséquence.

Ne pas faire comme tout le monde, ne pas rendre un culte à l’Homme, à la société, à la République, aux valeurs etc c’est s’attirer de sévères reproches sinon une condamnation unanime. Surtout si, à ces objurgations, ces interpellations, on répond : et alors ?

Pourtant, baigner tous dans le même marigot sentimental, c’est être assuré de stagner, d’être bête, de n’aller nulle part. On est bien, hein, Tintin !

Votre désir n’est pas votre désir, vous n’avez pas choisi cet objet de désir. On s’en rend compte si on fait la différence entre un désir qui ne dérive pas d’une pensée construite,  un désir spontané, vraiment personnel, qui n’a que soi comme but, et un désir qui a besoin d’être justifié, fondé et généralisable. Ce dernier est le désir du moi.

Et les reproches seront aussi fondés sur un raisonnement tendant à montrer que ce n’est pas généralisable. Et alors ? Qui parle des autres ? Si on ne nuit à personne, où est le problème ?

A partir du moment où on croit en l’existence d’esprits immanents et transcendants, de formes d’êtres plus grands que soi, supérieurs à soi, tout ce qui émanera d’eux, tout ce qui leur appartiendra, fonctionnera pour nous ainsi. Ils font notre désir puisque nous croyons en eux. En effet, qu’est-ce que l’amour ? Qu’est-ce que l’admiration ? C’est vouloir faire plaisir, c’est vouloir plaire, c’est vouloir ressembler. Vouloir, vouloir, vouloir, désirer. Et désirer conformément au désir de l’objet de désir, satisfaire les conditions.

Exemple Dieu : l’aimer, c’est remplir les conditions stipulées. Et ce n’est pas un hasard si le plus grand commandement est : « Tu aimeras le seigneur…etc » Cela veut dire : son désir est mon désir. Je n’ai plus aucun désir personnel. Le désir propre, personnel, le désir qui n’est au service d’aucune cause, d’aucun esprit, tel est l’ennemi.

Mais comme c’est curieux, n’est-ce pas. Dieu est tout-puissant, mais il n’est responsable de rien, nous ne sommes rien, et nous sommes responsables de tout ;

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