LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

17 février, 2016

LA VIE DERRIERE SOI

Classé dans : Vitalite — inconnaissance @ 12:16

L’expression : « la vie devant soi » est heureuse, jolie, mais elle est fausse. La pensée du monde, la pensée des autres, la pensée des choses, sont, comme toutes les pensées, mortes.

Quel critère socio-culturel en vigueur n’est pas fondé sur un jugement passé dans les mœurs ? (qu’est-ce que telle vertu si ce n’est pas un oui de principe à quelque chose, ou un non de principe à quelque chose. Sa justification est dans sa justification) Dans le même ordre d’idée, qu’est-ce que la culture trop souvent : une promotion de certaines personnes, de certaines idées, de certains concepts, de certains critères (promotion traditionnelle ou transmise de génération en génération) bref la promotion de jugements qui deviennent repères ou objectifs. Qu’est-ce qu’un critère socio-culturel ou qu’est-ce qu’un repère collectif, transmis de génération en génération, dans une société ou dans une classe sociale ou dans une communauté quand on s’interroge sur l’effet et les résultats qu’il a produit dans sa propre vie ? Un point d’interrogation. Sauf si on a comme priorité absolue le bien et l’avenir de cette société, de cette classe, de cette communauté. La question ne se pose plus.

Bon, c’est bien vague, bien général tout cela. .

Quand le plaisir est vrai, incontestable, qu’il soit petit ou grand, quand un ressenti est évident, on se fiche éperdument de savoir si les autres l’approuvent ou pas. Tiens le jugement a disparu, et tout le reste.

peluc

Dès qu’il entre une part de souci de satisfaire des normes, des critères, tel que le désintéressement, ou la moralité, ou la psychologie, (c’est toujours du désintéressement) le plaisir n’est plus vrai, il est mitigé, il faut concilier le plaisir individuel (ce qui était clair pour soi) et la satisfaction d’éléments étrangers, donc autres que soi, et les écouter . Est-ce que cela nous arrive un peu, beaucoup, tout le temps ?

Le ressenti, plaisant ou déplaisant, s’avère d’abord inattendu, mais il est aussitôt pris en charge par le moi pour en faire un objectif culturel. Et c’est le plus souvent fatal au vrai ressenti personnel. Le second va entraîner la mort du premier parce que ce ne sera plus à partir de soi que l’on regardera, mais à partir du moi. Le ressenti a disparu et laissé sa place à ce désir du moi sans qu’on s’en rende compte. Cela va très vite. C’est silencieux, insidieux. Et c’est très efficace, parce qu’il y a bien longtemps que le processus fonctionne. Il a été longuement forgé, il a eu le temps de s’enraciner.. (Abnégation = négation de soi)

Non seulement la pensée, sous l’emprise du moi, s’empare de tout ce qui se passe dans la conscience pour lui donner un sens et une valeur culturels et collectifs, mais elle peut être aussi à l’origine d’une attente d’un désir complètement conditionné culturellement. La pensée sait ce qu’elle veut, ce qu’elle cherche, d’avance, et on sera déçu ou peu satisfait par ce qui se passe en fonction de cet a priori. Par exemple, on est porté, à propos de quelque chose, à tenir compte de l’opinion en vigueur, de l’argument d’autorité, à en faire un usage convenu, à suivre la mode…dommage, ce n’est pas de cette façon que l’on aimait personnellement cette chose. Alors, pour ne pas se falsifier complètement, on peut être conduit à se contenter d’activités qui sont en dehors du champ de la culture, de les restreindre à la sphère privée.

A l’occasion on peut prendre conscience de ce qui a le plus de force dans la régularisation culturelle des ressentis, on découvre le genre d’éducation que l’on a reçue ou de personnalité que l’on possède : est-ce un espoir d’union (j’aime, vous aimez ? ) , ou est-ce un espoir d’affirmation ? (on va m’admirer)

Pour le moi, tout doit avoir un sens et une valeur générale . Une valeur ou un sens pour soi seul ne suffit pas. Dès que l’on est dans le culturel et le général, le moi est totalement aux commandes et la réalité originelle est complètement dévoyée. Dans quelle mesure n’avons-nous pas accepté que seul a droit à l’existence ce qui est culturel et général.. On connaît le genre de personne qui est capable de bassesse pour plaire, mais c’est le même principe que les personnes qui font tout pour être courtoises, bienséantes, aimables, convenables, serviables etc

Oui, je sais, on appelle cela la civilisation. Civilisation ? Jugement positif. Pourquoi ? Parce que c’est la civilisation. Oui mais pourquoi est-elle précieuse ? Ah ça c’est notre conception générale du monde qui veut que ce soit un trésor. .On constate que l’on critique tel ou tel fait ou aspect de la société, non pas au nom des effets négatifs qu’ils ont sur soi, des ennuis qu’ils nous causent, mais au nom d’une autre conception de l’intérêt général, de la société, de la civilisation, que l’on a apprise. (vous pouvez avoir plusieurs maris ou plusieurs épouses, mais pas en même temps, l’un après l’autre. C’est notre civilisation judéo-chrétienne) Que se passe-t-il si le critique est mis en face de quelqu’un qui trouve son bonheur dans les faits ou aspects en question ? L’hypocrite lui demande alors de penser aux autres. Si, pour corriger SPINOZA, l’essence de l’homme est le plaisir, tout ce qui nous conduit à le nier, à le renier, à le fausser est malsain. (on en a une preuve éclatante avec la religion) Si c’est la société qui a corrompu l’homme naturellement bon comme le prétend ROUSSEAU, ce n’est pas parce qu’elle était mal intentionnée ou intrinsèquement mauvaise -ses structures, son organisation sont bien utiles, VOLTAIRE n’a pas tort non plus -c’est parce que de moyen, elle est devenue une fin, un modèle, un idéal, un dieu parfois. Elle se fait représenter par des tas de valeurs sacrées. Son égoïsme est très lucratif. Les médias sont d’un grand secours dans la création et la diffusion de ces critères. Ils accueillent toutes les infections mentales à vocation pandémique.

On sait en tout cas que la partie a été perdue quand il ne reste plus comme seul désir, comme seul espoir, que celui de rejoindre la collectivité, et de penser selon les règles de la socio-culture. (alors on a envie de comuniquer, de convertir, de convaincre, d’être confirmé, d’exister socialement etc etc) . Quand une personne s’excuse de ce qu’elle a fait ou dit (et c’est très souvent en politique) on peut être sûr que c’est parce qu’elle a agi ou parlé au nom d’une posture sociale, conformément à un rôle qu’elle avait endossé.

On dira que j’ai déclaré la guerre au surmoi. Je réponds que je prends sur moi quand je le désire, quand je le décide.

Tous les jugements de valeur génèrent des esprits, des fantômes. Un esprit (spectre, fantôme) est immatériel, intemporel et pour le genre qui nous concerne, transcendant et bien réel.

Autrefois, on distinguait les esprits maléfiques et les esprits bénéfiques. On les connaissait assez bien, on leur donnait une définition ou une identité, et on les voyait proches. (on retrouve cela, d’ailleurs dans les tribus traditionnelles) Il y avait même des possédés, des envoûtés. . Superstition dira-t-on. Il y a toujours des possédés, il y a toujours des esprits, mais ils ne sont pas reconnus comme tels parce qu’ils sont plus enfouis et plus laïcisés. (on ne dit plus Dieu est amour, on dit l’amour est divin ou sacré. L’adjectif sacré, s’applique à des tas de choses avec plus ou moins de force) Ces esprits sont les créations des jugements de valeur.

Exemple «  Dénoncer en soi le fait religieux est ridicule. Les religions forment la respiration spirituelle de l’humanité depuis les origines et même les bolcheviques n’ont pu les éradiquer «  (Pascal BRUCKNER) Le fait religieux n’est pas de nature à être rejeté. Religion = respiration spirituelle immémoriale . (Irreligion ? Bassement matérialiste ? Un monstre quoi) Penser cela, en être convaincu, c’est être accroché, comme beaucoup d’autres, à un porte-manteau où pendent des types ayant de l’estime pour la religion. Réaction devant des comportements religieux ou pieux….votre pensée s’en empare, elle vous rappelle que le religieux est un trésor de l’humanité, c’est une certitude. Votre impression initiale doit se plier à cette certitude en se façonnant comme il faut, en se falsifiant. .Je ne dois plus dénoncer le fait religieux. « Tout finit par des chansons » dit-on au théâtre. Tout commence par des jugements dans la pensée.

Autre exemple, pire. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même «  Devoir de l’aimer donc, à égalité. C’est le rapport à l’autre, n’importe quel autre, qui est concerné et objet de jugement. D’abord il y a une impression, une réaction, un premier mouvement devant l’autre. Tout cela doit être nié pour que le rapport soit conforme au jugement prononcé (aimer comme). A chaque fois, par l’intermédiaire d’un jugement censé être partagé par tout le monde, c’est l’occasion de se joindre à la collectivité. Si ce jugement est un amour pour quelque chose (une personne, un roman, une musique) et si cet amour est partagé, c’est l’occasion d’une union sentimentale. Cette union motive la communication et les efforts pour convaincre en exprimant non pas ce que cet amour peut avoir de personnel, mais en se servant, de raisons et critères culturels. . (Dans le genre sérieux, on a, par exemple, la longue histoire des critiques littéraires, musicaux etc)

Être vrai ou être standard, that’s ‘the question.

Voilà donc des objets de pensée (religion, amour du prochain) d’un certain genre. Voilà des critères culturels, collectifs. Ils peuvent être innombrables si les jugements sont innombrables. C’est le défilé des porte-manteaux ou sont accrochés des uniformes ou des symboles ou des essences ou des notions générales ou des actions etc Mais ces critères issus de jugements de valeur sont des esprits. Ils sont censées habiter de façon semblable de nombreux individus. Ils sont intemporels et transcendants. Ils sont puissants. Ils sont hors d’atteinte. Ils sont là, comme le horla. Ils ont pris possession de vous. Pascal BRUCKNER vous parle lui-même du fait religieux, de l’esprit religieux qui habite les hommes depuis toujours. Il faut bien qu’il existe en tant que tel, reconnaissable et de nature immatérielle. Il faut bien qu’il perdure. Il faut bien qu’il agisse. Il faut bien qu’il habite beaucoup de gens. Il faut y croire. Il faut que sa présence se révèle. Il faut pouvoir le reconnaître chez les autres. (il est là, non il est là, il est passé par ici, il repassera par là) Il faut, si on y croit, si on s’en réclame, si on lui accorde beaucoup de prix, régulariser ce qui en soi viendrait à poindre, à se manifester.

Voilà donc une puissance indépendante de soi, au-dessus de soi, à laquelle on se soumet et qui devient un objet de quête. Elle réclame pour s’imposer que l’on meurt.. C’est le grand bal des esprits dont l’existence est rendue nécessaire par la généralisation. En étant attentif, on peut s’apercevoir que l’idée même de collectif, de groupe, d’ensemble, de lien, de cadre, de notion etc, dès qu’elle prend corps et s’installe, acquiert vite une âme, devient vite un esprit. Effet du mental. Et nous voilà en quête, aspirant à je ne sais quelle expérience spirituelle ou communion. Plus ces esprits sont puissants, réels, et plus nos pensées nous poursuivent, nous tourmentent.

On veut être animé par les esprits que nous avons créés, les incarner le mieux possible. L’esprit de ceci, l’esprit de cela etc. Si le sens de nos pensées n’était pas détaché de l’activité même de penser, c’est à dire de l’activité psychique personnelle, s’il allait avec, on n’aurait jamais créé d’esprits transcendants, supérieurs. C’est parce que la pensée s’affranchit de sa source, et parce qu’elle suppose du général et de l’abstrait que les esprits se forment. Mais on peut créer tous les esprits qu’on veut. Zeus ne déclenche plus l’orage, il anime des concepts. Fraternité (devise) devient humanisme. Egalité devient égalitarisme. Liberté devient multiculturalisme. Homme devient droitdel’hommisme. Nature devient écologisme etc Cause toujours.

Qui cela contente-t-il de se soucier constamment de coller à la collectivité et de correspondre à des critères culturels ? C’est la vie du moi : se penser avec préoccupation inside. . PRAJNANPAD disait : «  nos pensées sont des citations, nos émotions des imitations «  et Paul VALERY : « « Les mots, les actes, les sentiments même sont appris « On aime imiter, citer, répéter. Le mimétisme nous fait tout craindre.

Tout cela est d’autant plus vrai qu’on se rapproche des critères socio-culturels que l’on a embrassés, qui font partie de notre vision du monde et de la vie. Plus on s’approche d‘eux, moins on est libre, moins on est soi, plus on est un jouet. Coller à eux c’est être parfaitement convenu. (Meilleurs modèles pour y parvenir : les politiques) Et il y a des gens qui voudraient nous en rajouter tous les jours ! ! .

« A celui qui n’a rien, on lui enlèvera même ce qu’il a «  A celui qui n’a rien : celui qui n’est pourvu d’aucun talent particulier qu’il pourrait développer pour s ’épanouir et s’affirmer, qui est psychologiquement faible, vulnérable, craintif, qui a eu la malchance de tomber dans un milieu qui loin de l’aider l’enfoncera encore dans ses problèmes, aura les pires difficultés pour affronter l’existence et y trouver sa place. Dans sa détresse, il cherchera avidement une solution à ses problèmes, un sens à son existence. On lui enlèvera même ce qu’il a : ce pauvre humain risque de tomber sous la coupe de ceux qui prétendent posséder la Vérité suprême, la Vérité éternelle, la grande Vérité.  Voilà de quoi, soudain, acquérir de la valeur s’il embrasse ce système. Sauf que malheureusement, on lui bourrera l’esprit avec des esprits tous plus éthérés, délirants, invraisemblables, métaphysiques, les uns que les autres . Et le voilà devenu encore plus incapable, inadapté, impuissant dans ce monde.

Tout le mal vient du fait que l’on ne considère pas, que l’on n’a pas toujours considéré que celui qui parle de ce genre de sujet n’est rien. Rien

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