LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

18 juin, 2011

LES MOTS : PROCES ET JUGEMENT, 4

Classé dans : Mot,Sacrifice — inconnaissance @ 6:41

(Les citations en italique sont de Max STIRNER .- L’Unique et sa propriété)

A tout pouvoir, conditions du pouvoir. Les mots ont engendré un homme-dieu unique. Voyons comment avant de détailler ses exactions.

Voyez comme c’est pratique et puissant : tous les mots qui parlent de l’homme impliquent des formes idéales, et toutes ces formes idéales sont censées correspondre à une seule Figure, un Homme unique et commun, l’Homme idéal, universel, la Figure immanente à tous les individus. L’Homme-modèle. En effet, chaque mot implique l’existence d’un modèle unique et commun. L’idée d’un modèle unique et commun est commune à tous les mots. C’est une croyance transversale.

« Heureux les miséricordieux » ou « L’homme est pleinement homme dans le citoyen « (Marcel GAUCHET)  : Un même miséricordieux modèle. Un même citoyen modèle etc C’est ce qui est postulé par le mot. Et si c’est la même personne, qui parle du miséricordieux modèle et du citoyen modèle, ou qui y pense, elle renvoie à un même modèle qui serait miséricordieux et citoyen. Pas de distinction ou de séparation à faire : un seul modèle pour tous les mots. (« Les béatitudes », par exemple, ont tendance à désigner une Figure unique de chrétien)

En effet, la première idée qui s’impose à soi, quand on dit « homme » ou « Dieu » etc c’est que le mot désigne quelque chose qui existe. Le seconde idée qui s’impose, c’est que cette chose désignée est unique. Le mot homme n’a pas plusieurs référents différents, à un sens donné du mot correspond un référent donné.

De plus, un mot est reconnu comme étant d’un usage collectif. C’est le même pour tous. Alors le référent unique aussi est commun. La chose désignée par ce mot commun, celle à laquelle chacun pense est censé être celle de tout le monde. Un référent réel, unique et commun donc.

Pour en prendre conscience essayez de nier que l’Homme idéal, modèle auquel vous pensez n’est pas celui auquel pensent les autres. Essayez de nier que votre idéal d’homme est unique.

Le mot introduit donc l’idée que l’on parle (ou qu’il parle lui-même) d’une même réalité – Dieu ou l’homme – que nous soyons deux, trois ou mille.

C’est ainsi que l’idée d’un modèle unique est partagée par tous, comme si tous pensait à la même chose en échangeant. ha ha ha !

Il suffit donc d’employer un mot à propos de nous pour faire référence à cet Homme universel, à une essence, une Figure, un modèle d’homme commun. La croyance en l’existence (ou la réalité) d’un tel référent humain est la catastrophe.

Que vous soyez adepte d’une religion ou d’une autre, d’un système politique ou d’un autre, que vous soyez athée ou humaniste, moraliste ou nihiliste etc peu importe, vous vous réclamez d’un modèle d’Homme idéal, vous croyez qu’il est la Vérité. Dans la religion ce modèle est défini par la tradition ou les autorités religieuses, dans la politique, par l’idéologie ou le mythe etc Il découle du discours établi. Mais cela revient strictement au même. Vous servez le mot. Vous vous réclamez de l’unicité de ce modèle. Il suffit d’une cohérence (sens général) pour servir ce modèle.

Tous regardent dans la direction désignée en écoutant ou produisant des discours à propos de ce qui est désigné, sans voir ce qui est désigné mais croyant en l’existence de ce qui est désigné. Et puisque jamais personne n’a vu, trouvé, expérimenté ce qui est désigné, on peut dire de ce qui est désigné, n’importe quoi. Il suffit juste de l’idée d’un support à tout ce qui est raconté.

Ce support, donc, est une forme d’Homme (transcendante et universelle). Une idée d’Homme qui serait présente chez tous les individus. Quelqu’un qui…Kelkinki… C’est le grand Kelkinki. Qu’il s’agisse de X, de Y, de vous, de moi, il s’agit toujours de nous comparer au même Kelkinki capable d’être résilient, créatif, ou miséricordieux etc etc -tout dépend du système – et de nous inciter à lui ressembler.

Peu importe les individus, il semble à chacun d’eux que le mot, lui, renvoie au même Kelkinki. C’est une idée fixe.

« Qu’appelle-t-on, en effet, une idée fixe ? Une idée à laquelle l’homme est asservi. Lorsque vous reconnaissez l’insanité d’une telle idée, vous enfermez son esclave dans une maison de santé. Mais que sont donc la Vérité religieuse dont il n’est pas permis de douter ; la Majesté (celle du peuple par exemple) que l’on ne peut secouer sans lèse-majesté ; la Vertu à laquelle le censeur, gardien de la moralité, ne tolère pas la moindre atteinte ? Ne sont-ce point autant d’idées fixes.? «  (STIRNER) qui est ce Kelkinki que célèbrent les mots dans une idéologie, sinon une idée fixe, un fantôme qui nous hante ?

Quelle vérité cherchez-vous pour vous-même, sinon une vérité qui doit être valable pour les autres et approuvés par les autres, parce qu’elle est attribuable à ce Kelkinki, universel et transcendant ?.

Quand on dit vérité, quand on dit bien, quand on dit vie, quand on dit bonheur, quand on dit valeur (valeEEUUUUr disent les politiques) c’est forcément valable pour tous. Le seul tous concevable , c’est ce Kelkinki, au-delà de l’horizon, dans la direction que l’on désigne.

Nous sommes donc soumis à des critères extérieurs qui nous échappent alors que l’enjeu est nous-même.

Donc nous avons à affronter une sorte de dieu qui a envoyé des milliers de sbires contre nous (ce sont les différents mots, concepts à notre sujet). Chaque sbire a une arme différente (chaque sens du mot), mais c’est le dieu qui donne à chacune de ces armes, son pouvoir, sa force. Impossible de neutraliser chaque arme, il y en a tellement, et c’est sans fin, c’est ce pouvoir qu’il faut anéantir. Et ce pouvoir, c’est celui de l’existence du modèle unique.

« Chaque homme doit tenir quelque chose pour plus que lui-même. Tu dois oublier ton intérêt privé dès qu’il s’agit du bonheur des autres, du bien de la Patrie ou de la Société, du bien public, du bien de l’Humanité, de la bonne cause etc « 

Rien n’a changé, il faut sacrifier sa vie à la recherche d’un fantôme – l’idéal – ; ce dieu mauvais a toujours besoin de sacrifices, d’immolations, d’holocaustes, de charniers, de victimes vivantes. C’est un Skeksès assoiffé de vie, de sang. Que vous vous sacrifiez pour Dieu, la Patrie, l’entreprise, une grande cause ne change rien.

« Encore s’il suffisait de quelques hécatombes, pour qu’enfin tout changeât, qu’enfin tout s’arrangeât, depuis tant de grands soirs, que tant de têtes tombent, au paradis sur terre, on y serait déjà. Mais l’âge d’or sans cesse est remis aux calendes, les dieux ont toujours soif, n’en ont jamais assez, et c’est la mort, la mort toujours recommencée  » (BRASSENS)

Nous nous sacrifions avec joie pour quelqu’un que nous aimons, nous savons exactement pourquoi et nous n’avons pas à attendre longtemps pour connaître le résultat, l’effet du sacrifice. Quand on se sacrifie pour ce Kelkinki, on ne sait pas si, on ne sait pas comment, on ne sait pas quand, on ne sait pas à quel point ce sera utile. On ne sait pas ce que l’on fera de notre sacrifice. On se sacrifie à sa foi.

On n’a jamais vu une généralité – L’Homme, le Bien – traverser la rue, ni faire quoi que ce soit d’ailleurs. On n’a jamais vu ce Kelkinki, cet homme-dieu montrer toute sa suprêmatie. C’est une abstraction. (Faire le lien avec le nominalisme)

« Votre amour de l’Homme fait de vous les bourreaux des hommes « et pour commencer votre propre bourreau. 

Voilà où on en est :

« Mes rapports avec l’essence de l’homme ne sont pas des rapports avec les hommes «

On fait du bien à quelqu’un en fonction de notre idée de Homme, pas à l’individu réel, particulier, unique, et ce n’est pas le bien auquel cet individu réel, unique, particulier aspire. Ce n’est pas à ce quelqu’un que l’on fait du bien, c’est à une idée générale découlant de notre idée de l’Homme. Mais on fait du mal à quelqu’un de réel, particulier, unique au nom de notre idée de l’Homme.

« Notre état de civilisation tout entier est un système féodal, où la propriété appartient à l’Homme , ou à l’humanité (ce modèle tel qu’il se décline ndr), où rien n’appartient au moi…l’individu n’apparaît plus en fin de compte que comme foncièrement mauvais »

Pour mieux faire comprendre, le contraire serait : je ne suis que moi, vous n’êtes que vous. On ne trouvera (connaissance) jamais rien de commun entre vous et moi. Pas de solution, de bien, de vérité communs, uniques. Ma formule, mes besoins, sont les miens seuls, votre formule, vos besoins sont les vôtres seuls. Quand j’écoute les autres, j’interprète, je traduis, je transforme leurs paroles automatiquement en fonction de mon propre univers. Il y a des humanités différentes, il n’y a pas d’essence ou de vérité de l’Homme.

Il faut voir un individu comme un individu réduit à lui-même, rien de plus, et non comme une sorte d’incarnation particulière d’une essence, d’un Principe. C’est d’ailleurs ce que nous enseigne la réalité : dès que le malheur ou la maladie frappent ou que le sort tourne.

A un mot, un concept n’appartient aucune beauté, aucune vérité. Pas de qualité générale, de catégorie à admirer. Inutile de chercher une essence, un esprit collectif dans le monde. Il n’y a pas, dans les mots, quelque chose à saisir qui serait universel, unanime, essentiel.

Ce repère extérieur collectif, c’est ce que les psy et les spi et autres propagateurs de l’idée d’Homme appellent : donner du sens. Une fois trouvé, chacun lui donnera un sens.

Dans le cas contraire, une autorité n’a plus qu’à parler au nom de cette essence ou de cet universel en passant pour mieux informée et plus conforme à eux (C’est pourtant bien ce que toutes les autorités en matière humaine prétendent et sans jamais avoir à en faire la démonstration). Le sujet-je, en quête de réel, ne demande qu’à la croire.

« On ne doit rien, ni à son essence, ni à celle des autres. Toutes relations qui reposent sur une essence, sont des relations avec un fantôme et non avec une réalité »

«  je suis possesseur de l’humanité. Je suis l’humanité. Et je ne fais rien pour le bien d’une autre humanité. Tu es fou, toi, qui étant une humanité unique, te guindes afin de vivre pour une autre que celle que tu es toi-même »

«  Vous êtes l’unique, supérieur à tout cela (tradition, héritage socio-culturel ndr). Tout est consommé – toute la tradition si sacrée, si sainte soit-elle – Alors seulement vous pouvez être vous-même : c’est cela l’individualité. Vous devenez pour la première fois un individu. Tant que vous dépendez de quelqu’un, d’une autorité quelconque, nous n’êtes pas un individu. L’unicité individuelle ne peut s’exprimer tant qu’il y a dépendance. Vous n’avez pas à dépendre d’une autorité extérieure : l’état naturel possède une autorité qui lui est propre. » (U.G.- Rencontres avec un éveillé contestataire .- Les Deux Océans) .

L’Homme-dieu ou l’Homme-idéal unique : l’idée fixe.

A suivre…

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