LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

7 mai, 2011

DU DECIDEUR ET DU LIBRE-ARBITRE

Classé dans : Libre-arbitre — inconnaissance @ 19:32

Bien des travaux des neurosciences confirment le fait que la conscience de décider ou de choisir apparaît après que sont mis en oeuvre les processus qui vont aboutir au choix ou à la décision en question. On croit que le choix ou la décision est venu de soi, trouve son origine absolue en soi, alors que lorsque la conscience de décider ou de choisir apparaît, elle entre, à son tour dans un processus qui la précède et la dépasse.

Ainsi, Henri ATLAN, déclare que « lorsque l’on effectue une action que nous appelons volontaire parce que nous pensons que nous la déterminons par notre volonté, la main s’est tendue quelques millisecondes avant de l’avoir voulu « 

Quant à notre identité, Lionel NACCACHE indique qu’être conscient, c’est se raconter une histoire, ou construire du sens, ou que le je est une projection hallucinée..

Tout cela va dans le sens de ce que dit la non-dualité.

Chacun peut, en tout cas, déceler ce qui se passe : la pensée donnant du sens à une décision, intervient toujours après la décision en se surajoutant à elles. Et dans cette pensée, un sujet prétend être l’auteur de l’action ou de la décision.

C’est perceptible lorsque l’on veut être conscient de soi : on fait un retour  sur l’instant passé en l’interprétant. Mais on peut découvrir que la vie peut très bien se passer de notre volonté.

Pourquoi ? Parce que tout ce qui se passe, tout ce qui a lieu, toute action réelle, effective, intervient maintenant. C’est maintenant que ce qui se passe, se passe. Et cela concerne notamment notre existence. Le passé est passé. Le futur est futur. Il n’y a que maintenant, le reste n’est pas. Ou c’est la pensée, maintenant, d’un projet d’action.

Maintenant, qui seul, existe, ne peut pas et ne pourra jamais être le résultat, la conséquence d’une décision ou d’un choix. C’est trop long, c’est trop tard. C’est la décision ou le choix qui fait partie d’une action échappant à toute volonté.

Toute réalité est maintenant : la pensée d’une action, le fait de regarder ceci, ou cela, ou de ne pas le regarder, le fait d’agir ou de ne pas agir, rien n’est décidé par nous librement, préalablement. La décision n’est pas décidée par nous.

C’est donc toujours après coup, grâce à la pensée s’appuyant sur une conscience, qu’est attribuée à un sujet une action ou une décision.

Autrement dit, l’action, dans une pensée, n’est jamais au présent. C’est une action future ou passée ; et même lorsque le présent est employé (comme dans « je pense, donc je suis »)  il faut une prise de conscience, après coup, du fait qu’il y a eu pensée.

Même si l’acte demande un certain temps avant d’aboutir, son déclenchement précède toute volonté.

Une autre façon d’aborder la question. L’être est vivant, sensible, sensitif, perceptif, impressionnable. Il est au contact du monde, il est immergé dans le monde et il réagit à chaque stimulus et à chaque pensée engendrée par chaque stimulus. Il réagit selon ses facultés et ses capacités. C’est le déclenchement.

Au cours de notre existence, on ne décide pas de ce que l’on mémorise, on ne décide pas de ce que l’on comprend et de la façon dont on le comprend, on ne décide pas des situations, expériences, événements de notre vie, on ne décide pas de ce que les autres nous apprennent, on ne décide pas de ce qui nous marque, émeut, convainc. Tout est formation incontrôlée.

A chaque moment, on apporte la seule réponse que l’on est capable d’apporter. Une seule réponse à chaque fois puisque c’est aussi involontaire qu’un réflexe..

Car c’est bien en fonction de ce que nous savons, de notre apprentissage, de notre mémoire du corps, de notre savoir-faire que nous réagissons. Immédiatement. Spontanément. L’essentiel ayant été acquis pendant l’enfance. Toutes les facultés, toutes les antennes de l’esprit sont sensibles et permettent d’activer la réponse prévue. Stimulus, réaction immédiate. Instantanée, antérieure à toute velléité de donner un sens personnel, personnalisé. L’idée d’un je décideur n’a rien à voir là-dedans.

D’ailleurs, plus le nombre de sollicitations, de conditions du milieu est grand, et plus ça cogite et ça s’active en permanence dans l’esprit. Mettez un individu issu d’une société traditionnelle simple dans une grande cité ou un individu moderne, urbain, dans un milieu naturel et simple et vous verrez le bouleversement dans l’esprit et la dislocation du moi. A chaque époque, à chaque milieu ses contraintes et ses vérités.

On sait combien la vie dans un milieu donné, restreint et quasi unique, quel qu’il soit, enchaîne l’individu.

Une autre façon d’aborder la question.

Comment pouvons-nous nous attribuer une action, une décision, un choix ? Si nous le faisons, c’est que nous prétendons avoir à l’esprit l’auteur ou le responsable en question. Cela veut dire que c’est un objet de pensée, c’est à dire un personnage dans une pensée. Mais jamais un tel personnage n’a pu faire une chose pareille.

Ce personnage est imaginaire (tout ce qu’il y a dans une pensée est imaginaire),  Il n’y a jamais d’action de la part d’un personnage imaginaire.

Seuls le pouvoir suggestif ou le pouvoir hypnotique de la pensée et notre identification au sujet nous font croire que c’est nous qui agissons. Mais on n’a jamais constaté que ce à quoi nous pensons avait un contact direct avec la réalité. Le mot ne sera jamais la chose. Pensez seulement et ne faites rien , jamais ce sur quoi vous pensez agir ne sera modifié alors que dans la vie quotidienne, vous ne cessez d’agir sans en avoir eu l’intention.

Pensée et action sont d’ordre différent. (Question de temps et question de contact avec la réalité sensible) Nous n’avons aucun moyen de connaître le lien entre la pensée et l’action, entre le choix dans la pensée et ce qui se passe en réalité.

On ne peut pas abandonner l’histoire de sa vie, de soi, tant que l’on conserve l’idée que l’enjeu que nous ont fixés les autres est légitime, valable, tant que l’on se sent responsable. Tant que l’on est un sujet qui croit qu’il décide et choisit.

Le libre-arbitre est l’essence de l’esclavage, puisqu’il consiste à attribuer au sujet – improbable mais déterminé – d’une pensée parfaitement conditionnée, formatée et incontrôlable la responsabilité de quelque chose.

Invention d’une responsabilité et définition du sujet par les clauses conditionnées.

D’où la justesse des propos de NIETZSCHE : » Il ne nous reste aujourd’hui plus aucune espèce d’indulgence pour l’idée du « libre arbitre » ; nous savons trop bien ce que c’est : le tour de passe-passe théologique le plus suspect qu’il y ait, pour rendre l’humanité « responsable » à la façon des théologiens…Les hommes ont été considérés comme « libres », pour pouvoir être jugés et punis, pour pouvoir être coupables : par conséquent toute action devait être regardée comme voulue, l’origine de toute action comme se trouvant dans la conscience « (Crépuscule des idoles )

Le sujet apparemment doté de libre-arbitre, de responsabilité, est notre prison quand nous nous identifions à lui, trompés par le pouvoir persuasif des pensées. Mais les pensées perdent ce pouvoir quand elles sont vues comme des réactions mentales involontaires et des productions de langue sans auteur, sans âme, sans penseur. Le sujet se révèle alors comme étant une simple hallucination.

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