LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

25 décembre, 2009

LE SUJET DE LA GRAMMAIRE

Classé dans : Origine — inconnaissance @ 12:44

Le sujet est le « focus » de la grammaire. Un verbe ne se conçoit pas sans sujet, il le suggère. Le nom peut se suffire à lui-même. Il prétend renvoyer à une réalité et cette réalité est conçue comme agissante.

Mais alors que dans la nature on ne trouve jamais aucune cause première et unique, aucune origine absolue de quoi que ce soit, tout s’inscrivant dans une chaîne, un tout interdépendant – ce qui fait que les noms désignant les choses de la nature sont inscrits dans des rapports de cause à effet – le nom désignant une personne, sujet de la grammaire, prétend être au départ de tout, désigner une origine absolue, une cause première et unique de quelque chose avant laquelle il n’y a rien.

C’est là que l’illusion est complète.

Le sujet, c’est la postulation de l’existence de cette origine absolue, de cette cause première en tant que faculté essentielle, propre à l’homme. Cette faculté qui fait l’homme, c’est la nature ou la fonction du sujet dans la phrase. Otez cette fonction grammaticale, ou ôtez toute réalité à cette fonction, et le soi-disant libre-arbitre, l’idée d’être un auteur disparaît.

Pas de conscience d’une origine de l’action ou de la décision dans la conscience. Et que je sache, nous n’avons inventé ni la grammaire et ses éléments, ni les concepts.

Nous ne sommes un auteur-décideur-acteur, que parce que nous épousons ce principe, nous ne faisons que nous soumettre à une règle du je(u) qui était là avant nous.

Ce qui fait que la moindre pensée commence par poser l’existence d’une origine de l’action , et la moindre adhésion à cette pensée fait que nous nous identifions à ce décideur-auteur-acteur originel. Penser, c’est d’abord poser l’existence de ce sujet imaginé et de ses attributs.

Par exemple, dans la spiritualité, on entend souvent dire qu’il faut aller au-delà du voile des pensées, qu’il faut se reconnecter à son être inconditionnel. Et on dirait bien qu’on pourrait s’affranchir de la pensée, mais :

« c’est justement que cette question, cette idée d’un soi devant aller au-delà des pensées, est une pensée. La pensée ne peut pas aller au-delà de la pensée. Analyser et essayer d’apprivoiser la pensée est simplement un jeu frustrant et sans fin «  (Unmani Liza HYDE .- Die To Love) Nous croyons que nous pouvons, et c’est la pensée d’un sujet origine voulant aller au-delà de la pensée d’un sujet origine !

Autrement dit, pour détourner les propos d’U.G. Dans « La pensée est votre ennemie » (ed. Les Deux Océans) en remplaçant esprit pas sujet :

«L’instrument dont on se sert pour se libérer de la chose appelée sujet de la grammaire est le sujet de la grammaire. C’est ce que vous faites pour vous libérer du sujet de la grammaire. Mais un jour, s’il vous apparaît par quelque étrange chance ou miracle, que ce sujet de la grammaire dont vous vous servez pour tout comprendre n’est pas l’instrument, et qu’il n’y a pas d’autre instrument, vous serez frappé comme par la foudre de l’éclair «

Ainsi, penser l’inexistence de ce sujet est impossible. Il est impossible de « penser à vous-même comme quelque chose d’autre qu’un soi « (ADYASHANTI)

Le référent imaginé de la désignation dont nous parlions est ce sujet origine absolue et acteur total. Une sorte de volonté. La grammaire le crée, l’institue, avec ses fonctions.

C’est seulement en tant que ce sujet de la grammaire que nous pouvons exister pour l’autre, répondre à sa demande et mériter, en tant qu’auteur-décideur-acteur, son amour. Seul le sujet de la grammaire est pourvu des facultés attribuées à l’être humain. Ce genre de chose se passe dans une communication où le sujet joue le rôle principal, et pour cause, il en arrive – le moi en arrive – à être seul en scène. Et c’est aussi en tant que tel que l’individu identifié et séparé existe.

Mais dans ce jeu des désirs en miroir, dans cette formation de l’individu séparé sous l ’égide de la demande, du manque et du désir de la satisfaire à travers la communication, comme nous en avons parlé dans « La prison du désir », si le sujet de la grammaire a pris corps, est devenu réel, c’est parce que l’enfant l’a confondu avec l’autre.

Le monde connu est, a toujours été, et sera toujours sa propre conscience du monde.

C’est l’adulte qui parle, qui dit je, moi, maman ou papa, qui s’identifie à ces mots. L’enfant ne dit rien. Mais il en vient à confondre sa pensée naissante de l’autre avec ces mots que l’autre prononce avec tant de conviction. L’enfant s’ignore lui-même complètement. Le premier sujet à prendre corps, à devenir réel dans sa conscience, au point d’apparaître comme la cause première est le sujet dans la parole de l’adulte. La parole de l’adulte crée le monde, l’ordonne au fur et à mesure. Il n’y a rien avant. Autant dire, le sujet, auquel l’enfant a identifié l’adulte, est l’auteur de tout.

Ensuite, l’enfant commence à parler en disant innocemment je . Les adultes lui attribuent ses paroles, attribuent au je ces paroles, s’adressent à lui en disant tu.. L’enfant se prend pour l’auteur de ses paroles. Il se met à exister en tant que je en rapport avec ces paroles. L’objet-je produit recueille l’approbation, la reconnaissance de l’autre, il est investi.

Mais on voit que ce n’est que mimétisme, c’est pour copier l’adulte.

On pourrait dire qu’il n’aurait pas fallu accepter d’être ce je auquel sont attribués les paroles, les actes, les réussites et les échecs lorsque nous étions enfants.

Il n’aurait pas fallu croire que la langue est conforme à la réalité des choses.

Il n’aurait pas fallu se laisser griser par les avantages, par le sentiment d’exister et surtout de reconnaissance, que procure la langue et le je, par tout ce que véhicule la langue.

Tout a toujours été attribué, imputé au je, au sujet, à l’intérieur de la langue. Après, la force de conviction fait le reste. Nous ne sommes que l’actualisation de la puissance des convictions qui nous ont été transmises. La conviction, nous n’avons que cela pour cacher la nature machinale, mimétique de ce que nous faisons et disons.

Seulement le sujet de la grammaire ou l’autre qui lui a donné consistance est une pensée.

La langue est un système clos sur lui-même, auto-suffisant, gratuit.

La libération c’est la réalisation qu’on n’est pas ce sujet de la grammaire et que ce dernier n’a aucune réalité, c’est un jeu. Elle passe par la réalisation que soi, ou l’autre, c’est à dire le sujet de la grammaire, est une pensée, et par la démystification de cette pensée.

Le sujet de la grammaire doit se détacher pour pouvoir errer librement. Mais on ne peut rien faire pour cela puisque la volonté est l’apanage unique – et illusoire – du sujet de la grammaire.

« aussi longtemps que vous faites quelque chose pour atteindre un but, vous êtes pris dans la recherche « (Jeff FOSTER)  vous vous prenez, du coup, pour le sujet de la grammaire et sa supposée volonté et, ce faisant, vous prenez au sérieux cette dernière.

« Mais cet individu, cette recherche, ce soi, ce je n’ont pas besoin d’être déniés. Ils apparaissent dans le jeu de la vie. C’est absolument magnifique. C’est ce qui se manifeste (dans le jeu gratuit de la grammaire)…. pour personne » (Jeff FOSTER).

Le sujet de la grammaire n’a pas besoin d’être récusé. On ne récuse pas ce qui n’existe pas, on ne se bat pas contre des moulins à vent. Ce serait en faire une réalité. Et ce serait se prendre pour l’origine de l’action en s’identifiant à nouveau au sujet de la grammaire. Le sujet de la grammaire n’est personne, et il n’y a personne.

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