LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

2 janvier, 2016

PAR PRINCIPE

Classé dans : Conformisme — inconnaissance @ 9:44

On n’a pas l’habitude de se vanter d’écouter les rumeurs, les bruits de couloir, les racontars, on ne s’enorgueillirait  pas de suivre le qu’en-dira-t-on, et pourtant….on n’arrête pas de se fier aux rumeurs, aux bruits de couloir, aux racontars, au qu’en-dira-t-on, on engage même sa vie et, si possible, celle des autres sur eux.

Ce que l’on peut regretter dans cette perméabilité aux rumeurs etc c’est la naïveté ou la faiblesse dont on fait preuve et la facilité avec laquelle on répète, sans jamais aller vérifier si ce qui est dit ou ce qu’on répète est vrai. Bien sûr, on ne va pas tout vérifier ou tout redémontrer, il y a des sources de connaissance fiables, crédibles, des savoirs qui ont fait la preuve de leur justesse.

Mais ce qui caractérise notre existence, c’est le fait que l’on accorde foi à des histoires au sujet de choses dont on n’a jamais vérifié l’existence et donc dont on est bien incapable de dire si ce que l’on raconte à leur sujet est juste ou faux. Tout ce qu’on dit à leur sujet, et qui consiste beaucoup en jugements, leur confère une certaine nature. On ne va pas voir si on est d’accord avec cette nature. (Tout le monde n’est pas comme Paul DIRAC) :

http://wavefunction.fieldofscience.com/2005/02/paul-diracsilence-is-golden.html

L’histoire que l’on raconte est tellement souvent et facilement répétée, elle est répétée avec une telle assurance, elle a tant de succès qu’il est devenu quasi impossible, plus qu’inconvenant, de la remettre en cause. Elle fait culture. Elle fait consensus,. Elle fait autorité. Elle fait la loi. (tenez, écoutez certains politiques qui en ont plein la bouche de certains concepts (de vrais hamsters) au point qu’il devient inimaginable de commencer à réfléchir et de relativiser leurs jugements. Ils créent des tabous)

L’histoire sans doute qui occupe le plus de place dans l’existence, c’est l’histoire de soi-même. On s’est mis à croire que notre nom, ou le tu ou le vous qui nous désignaient, désignaient une réalité, avaient un vrai référent, quelque chose qui existait vraiment . On a cru que les autres savaient de quoi ils parlaient. Ensuite, bien sûr, l’histoire s’est développée. Les autres ont raconté des tas de choses sur cette supposée personne, on a accepté, interprété, repris à notre compte, accrédité des tas d’idées à notre sujet. On a prolongé, l’histoire; On s’est identifié à elle. Penser, aujourd’hui, consiste à continuer à nous raconter notre histoire, une histoire qui doit tout, absolument tout, à ce qu’on a entendu, cru et à rien d’autre. « Tout ce qu’on dit de nous est faux mais pas plus faux que ce que nous en pensons » Paul VALERY) On peut repérer la présence simultanée de trois éléments : cette pensée me concerne, (me touche etc) elle fait partie d’un courant d’idées, elle vient de je ne sais où, de je ne sais qui. Et c’est toujours comme ça. Combien de pensées subsisteraient si aucun moi ou aucune personne en soi n’existait. Cette pensée me concerne, mais le me en question dans la pensée, fait partie de la pensée, c’est un morceau de pensée de cette pensée. Ah ah ah. Elle fait partie d’un courant d’idées, d’un système de pensée en vigueur, consacrée. Origine inconnue, donc ça fonctionne tout seul. .

 » Cette question que vous vous posez et que vous me posez naît de l’hypothèse qu’il y a une réalité (un de ces référents supposés dont nous parlions ndr) et cette hypothèse naît de ce savoir que vous avez de la réalité (l’histoire passe pour un savoir ndr) . Ce savoir représente la réponse que vous avez déjà…Il n’y a personne qui pose ces questions. Il n’y a pas d’entité qui pose ces questions  » (‘UG) un perroquet, un magnétophone, c’est personne.

Si cette histoire occupe tant de place, si elle nous préoccupe autant, c’est surtout parce qu’elle est organisée autour de la question de la responsabilité. La responsabilité suppose l’existence de quelqu’un qui choisit, décide, de telle sorte que ce choix ou cette décision puisse ensuite être jugé, ce qui entraîne, ipso facto, le jugement de celui qui décide ou choisit. Mais quoi ? Le seul argument, la seule raison que nous avons de penser que ce décideur existe, est l’histoire qu’on nous a racontée à son sujet. On ne s’appuie que sur cela. On n’a pas d’autre preuve de son existence. Encore une histoire colportée partout. Ayant cru à cette histoire, on s’est identifié au supposé décideur qu’elle pose. Or, s’il est vrai que l’on peut être conscient d’un moment où l’on choisit ou décide, cette conscience n’est pas décidée, choisie par nous. On n’est pas l’auteur du phénomène appelé choix ou décision quand il se produit. Tout ce qu’on peut dire, c’est que c’est cet individu-là (soi) qui a été amené à faire ceci ou décider cela. Mais on ne peut pas prétendre être celui qui commande cet individu-là.

Notre souci est vraiment d’accorder de la valeur, de l’importance, une quelconque vérité à ce roman, ce racontar, cette rumeur à propos de quelque chose dont on n’a fait qu’imaginer l’existence. Tout ce temps à se penser est du temps perdu à entretenir, défendre, on ne sait pourquoi, un héritage, une influence, un roman inventé par d’autres dont on serait bien heureux de se débarrasser. Faisons-le. (de toute façon, cela va arriver) Toute cette énergie dépensée à défendre, consolider une identité greffée, pour quoi faire ?

C’est presque un crime contre l’humanité de s’employer avec acharnement à forger l’histoire de quelqu’un en attribuant à celle-ci un enjeu énorme. Les effets de cet investissement plus ou moins important peuvent être constatés dans notre vie quotidienne : selon que l’on fait de tout une affaire plus ou moins personnelle, selon que l’on pense que notre responsabilité dans la marche du monde est plus ou moins importante, selon que l’on est plus ou moins la victime de pensées de jugement, selon que l’on se sent plus ou moins représentatif ou porteur d’une mission. Si on se pense avec des pensées d’une grande importance, il est normal, que le « se », soit aussi d’une grande importance, et dans ce cas…attention ! .

Pourquoi est-ce grave ?

Quand on parle de volonté ou de responsabilité aujourd’hui, nous avons vu qu’on entend par là une certaine forme d’irresponsabilité et de passivité. En tout cas, il est clair que ce qui est exclu, évacué, rejeté, condamné par le sens que l’on donne à ces deux concepts, c’est l’idée qu’une passion personnelle, une volonté personnelle, une force personnelle, une ambition personnelle pourraient se déployer et s’accomplir. Sans elles pourtant, pas de grand destin, d’oeuvre marquante, de grande invention ou création, de talent remarquable. Et si on n’a pas la chance de posséder ce genre de qualité, de trempe spéciale, du moins vaut-il mieux ne pas en être totalement dépourvu ou ne pas se priver du peu qu’on a reçu. Or tout cela suppose l’accomplissement individuel et non pas le conformisme et la normalité. Pensez-vous que ce soit là les valeurs proposées par notre société ? Mais quel rapport entre ce déploiement d’une force personnelle et le fait de tout ramener à soi, de faire de tout une affaire personnelle. Je n’en vois guère.

Les suites logiques du désintéressement, de la primauté accordée au général vont dans le sens inverse. . Et cela se décline de façon très malheureuse.

Qu’est-ce que cela vaut , une chose que l’on fait parce que les autres la font, une chose que l’on dit parce que les autres la disent ? Qu’est-ce que cela vaut, une chose que l’on fait suite à la pensée que les autres trouvent cela bien ? Qu’est-ce que cela vaut, une chose que l’on fait ou que l’on dit parce que quelque autorité l’aura consacrée ? Qu’est-ce que cela vaut, une vie passée à chercher ce que les autres font, disent ou aiment, une vie passée à défendre les idées des autres, les façons de faire des autres parce qu’on les a soi-même adoptées ?

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Qu’est-ce que cela vaut si aucune espèce ou trace de passion, de volonté, d’ambition personnelles ne rentrent en ligne de compte parce qu’on sera devenu totalement désintéressé, voué au conformisme ? Cela s’appelle être emprunté. Et dans quel domaine les autres ont-ils une grande influence, dans quel domaine risque-t-on d’être emprunté ? Va-t-on se laisser donner tort ou raison sur la base de ce genre de généralités ? Va-t-on se laisser impressionner ou diriger par des hamsters ? Faut-il espérer trouver chez les autres ou dans la culture consacrée, le désir, les raisons d’être ou la valeur qui semblent nous manquer ? Pourquoi devrait-on trouver une bonne raison, une justification, une cause générale à un plaisir que l’on éprouve spontanément ?

Les autres ? Une pensée ? Qu’est-ce que c’est ?

Le général, on est obligé de l’imaginer. Les idées, concepts, les mots dont on aura fait une vérité générale ne se trouvent que dans l’esprit et nulle part ailleurs. Ce sont des images mentales dépourvues de corporalité.

On n’a jamais vu une généralisation ou une généralité traverser la rue. Si c’est à cette image que l’on veut ressembler, si c’est elle qui nous sert de référent, si, parce qu’on s’est consacré aux autres en général, ou parce qu’on veut servir une vérité générale, on a décidé de mépriser ou de nier tout ressenti personnel, désir personnel, on devient une sorte de mirage, un être totalement emprunté. On ne peut pas être soi-même et être emprunté, ou avoir l’air d’incarner des qualités générales. Si cela se trouve, on peut être conduit par notre éducation, notre milieu ou notre tempérament à adopter d’innombrables personnages d’emprunt. La condition est de tout miser sur l’idée de plaire aux autres ou à la société. Si on force les autres à adopter cette voie, c’est très grave. C’est qu’on aura vraiment, consciemment ou inconsciemment, fait du bien commun, de la société un dieu qu’il faut servir à tout prix, quitte à sacrifier tous ceux que l’on côtoie. Monsieur ou madame « jesuisleporte-paroledelasociété » a encore sévi. Ces généralités tirent leur force des histoires que l’on raconte à leur sujet, du prix que l’on accorde à ces histoires, du succès qu’elles peuvent avoir. Que d’encre, que de paroles dépensées à leur sujet. Que deviendrions-nous si plus personne ne parlait de ce qui doit être vrai, bien pour tout le monde par principe. Par principe, cela veut dire : c’est ce qu’on raconte, c’est ce qu’on dit, tous, depuis longtemps, et qui ne peut pas être remis en cause. Cela veut dire aussi : faire un système de ce qui est raconté, colporté, répété etc c’est le propre de la rumeur.

A force de passer son temps à mépriser, rejeter, condamner, refouler tout ce qui est soi, qui est propre à soi, au profit d’images de ce qui serait général, collectif, commun, on finit par perdre sa substance. Ces images elles-mêmes sont le fruit de notre propre imagination et elles voudraient correspondre à ce qui n’existe pas. L’histoire, c’est le collectif qui semble en mouvement . Il y a des gens qui savent raconter des histoires. C’est mieux pour l’union dont nous parlions. Et puis c’est tentant.

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