LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

10 janvier, 2019

LA FABRIQUE DE CULS-BENIS

Classé dans : Democratie — inconnaissance @ 21:33

L’époque est aux culs-bénis. En élargissant à peine le sens de cette expression, on dira que ce qui caractérise le phénomène, c’est

1 un profond, un immense respect pour certaines choses, certaines idées (elles sont presque sacrées)

2 de la piété ou de la dévotion à leur égard

3 l’état d’esprit, les sentiments plus que frileux, plus que timides qui vont avec : une sainte susceptibilité qui sied à la bigoterie.

Impossible de faire entrer chez les culs-bénis le moindre esprit critique, la moindre intention d’approfondir le sujet. Ils tiennent trop à la sainteté de leurs sentiments.

Pour y voir plus clair avant de prendre parti, il serait peut-être judicieux de commencer par comprendre ce qui motive celui qui parle, c’est à dire plus exactement, ce que non seulement il tient pour acquis, mais ce qu’il tient pour admis par ses interlocuteurs. S’il a raison de penser ainsi, la discussion part au moins sur de bonnes bases et les divergences ne seront que le résultat d’analyses, d’interprétations différentes. Entre deux chrétiens ou deux musulmans , il en est ainsi. Mais s’il a tort, si ce qu’il tient pour admis par l’autre ne l’est justement pas, la discussion promet d’être parfaitement vaine si personne ne s’en aperçoit. Deux personnes peuvent avoir des raisons différentes de critiquer quelque chose ou quelqu’un, mais si le but de l’un est de rendre service à cette chose ou cette personne et le but de l’autre est l’élimination de cette même chose ou de cette même personne, ni l’un ni l’autre ne comprendra le sens profond des critiques de son interlocuteur. Par exemple, il me semble clair que le souci, la préoccupation de beaucoup de journalistes est de trouver ce qui pourrait permettre à notre Président de remonter la pente. Qu’est-ce qui ne va pas ? Quel est le problème? Quelles seraient les solutions ou les pistes à adopter ? Que faudrait-il pour que sa situation change ? Quels obstacles faudrait-il surmonter ? Ce qui est acquis et devrait être admis, c’est l’intérêt de ce monsieur et certainement pas l’intérêt de ceux qui lui sont opposés. Quant à avoir comme base de pensée : sa disparition, cela ne traverse l’esprit de personne.

Mais laissons de côté ce grand serviteur de la France et des Français. La plupart du temps, ce qui est acquis et doit être admis, c’est le service de la société au sens où on s’occupe toujours de consolider, de favoriser ce qui fait lien, ses constituants. Tout ce qui a un caractère collectif nous mobilise. En somme, il faut que la société soit une réalité, il faut qu’elle ait un sens et un avenir. C’est le point de départ. C’est ce qui inspire les pensées et les paroles de beaucoup. Et l’idée que l’on pourrait avoir affaire à quelqu’un qui ignore tout cela ne les effleure pas. Les valeurs collectives, les institutions, les projets, les problèmes collectifs, les coutumes, etc sont un sujet de préoccupation et de discussion de ces gens-là.

Là aussi, c’est : qu’est-ce qui ne va pas chez eux, d’où vient leurs problèmes, quelle issue pour eux, que faudrait-il faire pour telle valeur en désuétude, pour telle institution mal en point, pour tel projet qui bat de l’aile, pour telle coutume mal respectée ? Des éternels cas de conscience de FINKIELKRAUT aux injustices sociales dénoncées par tel parti ou organisation, des appels à l’aide (et aux sacrifices) pour sauver la planète de HULOT, de la dette au chômage, de la grandeur passée de la FRANCE de ZEMMOUR aux artistes et écrivains qu’il faut absolument connaître pour France Culte parce que ce sont des trésors culturels, des phares de l’humanité, il est toujours toujours question de ce qui est censé définir la société c’est à dire réunir, être commun. . Et il est toujours question d’agir, de réfléchir, de s’engager en faveur de toutes ces causes collectives. C’est à cause de leur dimension collective qu’il faut s’engager. D’où ils parlent ? Depuis leur histoire, oui, depuis leurs convictions, oui, mais aussi, et surtout, depuis l’intérêt général ou l’intérêt de la société.

Ce qui ne se conçoit pas, c’est que l’on n’ait aucune envie, aucune intention, de ce genre, c’est que l’idée de ce qui est collectif soit absente.

Mais à qui donc les zélés serviteurs du collectif sont-ils utiles ? A qui font-ils plaisir  à part à eux-mêmes? Quel bien font-ils réellement ? Ils ne le savent pas, c’est un pli qu’ils ont pris. Un pli qu’on a pris. On a pris le pli de se fuir, de renoncer à soi conformément au commandement de Jésus. Le service d’autrui permet de ne pas faire droit à ses propres sentiments ou désirs. Le service de la collectivité tout entière, c’est encore mieux. Se négliger pour bien servir les autres ou ne pas se négliger quand cela plaît aux autres. Défendre mordicus ses propres convictions, ses propres croyances quand ce sont celles de toute une collectivité, pas quand c’est seulement les siennes. Il y a des pays comme, paraît-il, le Japon où l’individu n’existe pas indépendamment de la société. La pression de l’Etat et des normes est terrible. (on peut comprendre les hikikomori) En Chine, il est question de surveiller les achats des consommateurs pour s’assurer qu’ils sont de bons petits Chinois. Aux Etats-Unis, on vous fait un procès pour un rien. Et je me demande ce qui arriverait à un Anglais qui ferait un discours public où il insulterait leur chère Queen. Quand les constituants supposés d’une société sont égratignés ou mis à mal, gare ! En France, le politiquement correct, le moralement correct, le socialement correct gagnent du terrain tous les jours. Les médias participent activement à la propagation de cette pandémie. Les groupes, communautés, minorités, catégories, lobbys règnent en maître.

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En voilà des sujets de réflexion, de discussion et d’action pour tous les zélés serviteurs de la société, du collectif. Nous sommes tous des sociétologues. .Y a ci, y a ça, cela fait débat. Qu’en pensez-vous ?

Il y a ainsi quelque chance pour que l’on écoute des émissions ou lise des livres du fait de l’importance que le sujet peut avoir en pensant que de cette manière, on sera connecté à quelque chose alors que, premièrement, ce n’est pas vraiment notre désir de le faire et deuxièmement, on sera plus facilement influencé qu’instruit, n’ayant pas les connaissances nécessaires pour juger.

Et vous voudriez que je me dévoue pour cette société étouffante et oppressante ? Vous voudriez peut-être que je l’aide à l’être ? Je ne souhaite qu’une chose : la perte de tout ce qui est collectif et hostile.

Mais est-il donc prouvé que tout ce qui fait lien, tous les constituants de la société, tout ce qui passe pour collectif, tous les repères communs, soit bénéfiques à la collectivité ? Tout ce que les groupes en tous genres réclament ou défendent est-il utile à la collectivité ? Toutes les valeurs communes sont-elles utiles à la collectivité ? Les institutions sont-elles utiles à la collectivité ? Mais non, c’est seulement que dans chaque cas on prétend dire que cela devrait être bon pour tout le monde, que cela ferait partie d’une société idéale. La société selon tel groupe, tel lobby, telle catégorie etc Et vous voudriez que je fasse partie d’un de ces clans ?

Leurs valeurs – surtout certaines d’entre elles – font l’objet d’une propagande et d’une promotion extraordinaires de la part du pouvoir.. La mode, la norme s’installe. Ces valeurs inspirent bientôt un profond respect à tous ceux qui sont conformistes dans l’âme. (touche pas à mon pote) Bientôt, la dévotion, la piété apparaît. (chères images d’Epinal,  exemplaires des valeurs en question. Et les plus conformistes, les plus sentimentaux ou les moins intelligents deviennent de terribles culs-bénis. Plus ils sont nombreux, moins le pouvoir a de souci à se faire. Dans tous ses discours, il les chérit, les caresse, les cajole, les rassure. Il distribue les saintes huiles, les saints hommages, les saintes prières, les saintes horreurs. Amen ! Alleluia ! Ils n’aiment pas ce qui bouge, ce qui change, ce qui perturbe.Ils sont vraiment un boulet, un poids mort. Ils votent, mais ils voteraient pour un âne si l’âne portait la pancarte de leur parti .

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On peut aussi appeler l’intérêt supérieur du collectif : l’ordre. Ordre moral, social etc cela prouve que cela fonctionne bien. Et quand je dis « cela » cela renvoie à quelque chose d’assez clair. Si la société existe, son ordre existe. Tout ce qui la constitue manifeste cet ordre. On ne peut pas penser que la société ou l’ordre que l’on cherche à consolider, corriger, défendre est mauvais. On ne peut pas ne pas être à son service et penser en même temps qu’il est mauvais, malfaisant. On ne supporterait pas de se dévouer pour le mal. Si ça existe, et si le pouvoir accepte, c’est que c’est bien.

Donc lorsque nous sommes déçus, dépités, lorsque des événements injustes se produisent, on pense à des dysfonctionnements, à des défauts secondaires, on incrimine des formes dévoyées de la société, jamais on n’envisage qu’elle peut être intrinsèquement fondamentalement mauvaise. Le principe suprême, l’ordre originel est toujours bon. Le pouvoir ne peut pas être totalement corrompu. Mais qu’est-ce qu’on en sait ?

Il en faut beaucoup, énormément pour que la population accepte l’idée qu’il en est ainsi. Quand l’ordre est vu comme le mal, quand le pouvoir est vu comme mauvais, sans recours, alors c’est la fin. Mais jusque là, on se sert de tout ce qui est censé faire lien ou constituer le pacte, pour protester, réclamer en pensant que le pouvoir comprendra, compatira. Que dalle ! Il ne lâchera quelque chose que s’il perd en ne le faisant pas .(rapport de forces) Les sans-dents, cela ne compte pas. Quel pacte ? Cela ne l’aurait pas gêné que tous les gilets jaunes sombrent dans la misère ou deviennent SDF.

On a vu qu’on ne pouvait jamais démontrer l’objectivité d’un jugement de valeur. (article« Emmenez-moi au bout de l’amer ») Un jugement de valeur est soit idéologique soit individuel. Idéologique : il sert une conception particulière de la société. Individuel, subjectif, il dépend du plaisir, du bonheur qu’un individu éprouve.  Si un ordre n’est pas mauvais, il est au moins partisan, idéologique. Alors quand on a à cœur d’être utile à une société, on est utile à un certain modèle qui n’a pas été choisi, validé par la population, mais par quelques uns, (la démocratie n’existe pas, le peuple à l’origine de la constitution, cela n’existe pas. Encore un gros trompe-couillon) et ensuite vendu et accepté grâce au fait que la majorité des gens veut le servir. Comment résister. D’abord le réflexe altruiste, désintéressé profondément ancré. Ensuite l’importance de la dimension collective d’une cause. Enfin la conviction que l’ordre servi est une réalité, et qu’il est bénéfique. Servir, s’engager, on nous y incite. Que la cause soit collective, partagée, consensuelle, on nous l’assure. Que l’ordre soit une réalité et soit bénéfique, on nous le répète. On peut même le changer constamment, ce sera toujours pareil.

En musique, ce n’est pas pareil, l’orchestre sait se taire complètement pour laisser place au soliste : https://youtu.be/pqsfv8ROtrQ?t=537 puis l’accompagner

https://youtu.be/zCfcII50D9s?t=506

https://youtu.be/t6tm31c7CJI?t=197

Un événement musical : le concerto pour piano n3 de Rachmaninov par Alexander MALOFEEV :

https://www.youtube.com/watch?v=SCHg9tup9NA

 

 

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