LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

29 avril, 2018

A SON IMAGE

Classé dans : Creation — inconnaissance @ 15:15

Que diriez-vous de créer un objet ou une œuvre d’art dans le but de vous mirer dedans, de vous complaire à regarder votre propre image. Il faut bien, pour se regarder, quelque chose qui renvoie sa propre image, sinon on ne peut pas se voir, s’admirer, se détailler, se trouver beau, jouir de constater sa propre existence. Dieu, dans la Bible, a éprouvé le besoin de créer un homme à son image, à sa ressemblance (pas différent, pas autre) , comme s’il avait besoin de cela pour se sentir exister. Il a créé l’homme pour que l’homme l’adore, le loue, lui rende un culte matin, midi et soir et plus. Comme s’il n’était pas sûr de sa valeur. Comme narcissisme, ça se pose là. S’Il est à l’image de l’homme, c’est inquiétant.

Mais ce n’est pas tout, le monde a aussi voulu, et veut toujours, créer l’homme à son image. Entreprise de longue haleine toujours à perfectionner. Le monde veut des hommes à son image. Le monde veut retrouver dans les hommes ce qu’il y a mis : les idées qu’il y a mises, les sentiments qu’il y a mis, les croyances qu’il y a mises. Il ne veut pas être désarçonné, il veut pouvoir compter sur ce que les hommes feront. Il veut des hommes à son service. Mais par monde, je n’entends pas la nature. La nature se fiche de ce que vous êtes, elle n’attend rien de vous. Pendant longtemps, les hommes la craignaient, la subissaient. Maintenant, ce sont eux qui font d’elle à peu près ce que bon leur semble. Grâce à la science. Mais la nature ne se défend pas sauf en restant elle-même (On ne peut pas tricher avec les lois de la nature) Par monde, j’entends : civilisation, culture, société.

Les hommes vivent dans un régime féodal au niveau culturel. Le pouvoir concède des biens (des connaissances, une culture ) pour que les hommes les utilisent à son service. Mais, tiens, certaines machines remplissent mieux cette tâche parfois. On connaît cette phrase de JF KENNEDY : «  Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. « Il s’agit exactement de cela. Qui rendra le meilleur service au pays ? Mais au fait, qu’est-ce que c’est le pays ? Faire pour….faire pour qui, pour quoi exactement ? Et pourquoi ?

Cela s’appelle se penser à l’aide de la culture en question. L’objet ainsi pensé, le « se » devenu soi-même, répond comme il faut, répète, restitue, récite, reproduit.

doigt

Il ne s’agit pas uniquement de restituer un savoir scientifique ou technique, mais aussi de présenter un soi-même que la société puisse reconnaître et approuver.

Des structures s’occupent de notre activité professionnelle et de nos loisirs. Les concepts s’occupent de notre comportement. Les religions, la morale, l’idéologie s’occupent de notre être. Après ma journée de travail, j’ai fait des courses et je me suis occupé de mes enfants (consommateur, père = concepts culturels) et j’ai écouté quelqu’un à la radio qui me parlait du nouvel antisémitisme et je me suis demandé si je n’avais pas à me corriger un peu de ce côté-là. Oui me dis-je, je ne suis pas innocent. Oh là là. ! J’espère que je ne vais pas rencontrer quelqu’un qui va me questionner à ce sujet, je serai mal.

Je fais ce qu’on attend de moi en toutes occasions. Si ce n’est pas un patron qui y veille, ce sont les autres qui ont reçu la même culture que moi, et c’est ma conscience. Je répète, restitue, récite, reproduit. Le monde est-il content ? Reconnaît-il son enfant ? .Reconnaît-il l’employé qu’il faut, le consommateur et le père qu’il faut, l’anti-antisémite qu’il faut ? Et si la culture et le milieu dans lesquels on évolue sont stupides…..

Me suis-je bien pensé avec la bonne culture ? Me suis-je bien identifié à cet objet de pensée ? J’aimerais bien que quelque bonimenteur (maître de la culture) passe par là et me dise ce qu’il en est.

Des gens intelligents, cultivés, examineront tout cela, prendront du recul et de la hauteur, et émettront quelque jugement d’une portée supérieure, mais jamais ils ne diront au nom de quoi ils jugent, parce que ça relativiserait.

En fait, la seule chose qui compte, c’est de répondre à l’attente ou la demande du groupe auquel on appartient, que ce groupe soit un petit cercle (une famille) , une association définie, une cause (le christianisme ou le socialisme) une catégorie sociale ( père, ingénieur, philatéliste) ou une valeur quelconque. A chaque fois, il faut plaire au groupe explicite ou implicite, à tous ceux qui reconnaîtront ce cercle, cette association, cette cause, cette catégorie, cette valeur comme repères culturels, en se pensant avec eux pour être reconnu par lui. Il faut renvoyer l’image attendue.

Par exemple, le mensonge est très mal vu. Mais on ment sans vergogne au nom d’un intérêt supérieur, d’un bien supérieur, C’est le mensonge égoïste qui est condamné, pas le mensonge en lui-même. Tous ceux qui adhèrent à cet intérêt ou ce bien supérieur non seulement ne nous en voudront jamais de mentir, mais en plus ils nous le demandent. Donc il s’agit toujours de montrer au groupe que comme lui nous évitons le mensonge égoïste et adoptons le mensonge pour la cause . Mais si le mensonge était une valeur admise par tout le monde, on mentirait pour plaire à tout le monde.

De même, il est d’usage d’aimer son prochain, d’être bien disposé à l’égard d’autrui. Mais il faut haïr ceux que le groupe auquel nous appartenons nous demandent de haïr. (les hérétiques ou les ennemis d’un parti ou les patrons, exploiteurs des ouvriers, ou les héritiers d’une certaine idéologie etc) Quand on fait partie d’une collectivité qui attend que l’on aime autrui, on aime autrui, quand on fait partie d’un groupe qui demande de haïr autrui, on le fait. Si on refuse, en conscience, de faire ce que demande un groupe, c’est pour faire ce que demande un autre groupe. C’est normal puisque ce sujet, produit de la pensée, n’a pas d’autre raison d’être que d’être une image attendue par le groupe. Inutile de parler de langue, la langue est celle d’une culture. Sauf que si on nous résume à cette image, si on ne veut connaître qu’elle, on se sent quelque peu étranglé.

Si on passe sa vie à s’occuper, se soucier de ce qu’éprouve l’autre, de ce qu’il désire, de ce qu’il pense, on ignorera ce qu’on éprouve, désire, pense. Pour le connais-toi, toi-même, on repassera.

Il s’agit toujours de choisir ce qui plaît au groupe, ce qui est favorable aux intérêts du groupe, plutôt que ce qui plaît à soi, ce qui est favorable à soi en oubliant que quand on choisit ce qui plaît au groupe, c’est pour son propre bien, son propre plaisir. Dans le premier cas, il faut bien un moyen de témoigner de notre fidélité, ce seront tous les critères possibles et imaginables, qui servent de liens aux membres du groupe. Ils peuvent évoluer, ce n’est pas un problème.

Dans l’esprit, il y a une séparation apparente entre le penseur et ses pensées, entre soi et ses pensées. Dans l’esprit, ces pensées – comme indiqué dans l’article précédent – représentent, désignent, un groupe, une collectivité. Cette apparente altérité est l’occasion rêvée pour le penseur, pour soi, de faire preuve de désintéressement, d’altruisme. C’est ainsi que l’on peut se donner en permanence l’impression que l’on est généreux. C’est ainsi qu’il suffit que quelqu’un évoque une idée, un concept incluant une collectivité, pour que l’on se rende , qu’on se rallie. Et avant, il a pu y avoir une idée de la personne qui nous parle qui soit de nature à être une fonction sociale. Si on vous dit justice, vous ne pensez pas à vous mais à tout le monde. Si vous pensez juge, vous pensez à une fonction, à un groupe que la société valorise. Mais que devient le prestige du juge si la justice ne signifie plus grand-chose ? Que devient le prestige du militaire si la patrie ne signifie plus grand-chose, que devient le prestige du professeur si l’éducation ne signifie plus grand-chose, que devient le prestige du médecin si la santé ne signifie plus grand-chose, que devient le prestige du religieux si la religion ne signifie plus grand-chose ? Comment vont-ils faire pour plastronner ? Ces corporations ont intérêt à s’activer pour donner de l’importance à ces idées. Certaines le font et prospèrent. L’importance d’une idée et le prestige de ceux qui sont officiellement à son service progressent ou déclinent ensemble.

Que raconte-t-on depuis que le monde est monde dans les récits, les livres, le cinéma etc sinon l’histoire du rapport entre les individus et les idées collectives ?

Les pensées sont discontinues. Les images ou représentations se succèdent, se substituent les unes aux autres. Ce que l’on croit être – le je, soi, son âme, ce qui est désigné par son nom – est tout à fait culturel car ces mots n’ont de sens que dans et par la culture. Quand les concepteurs de l’IA le comprendront, il y aura du remue-méninges et du remue-ménage. C’est la connaissance que l’on a de soi qui crée le soi en question. Elle apporte son aide pour expérimenter le soi en tant qu’entité comme l’indique UG. C’est une invention de cette connaissance culturelle et elle ne cesse de l’entretenir. Sans cette connaissance, celle que le nouveau-né acquiert progressivement mais qui vient de beaucoup plus loin, celle que les animaux n’ont pas parce que nulle religion, nulle philosophie, nulle morale, nulle psychologie ne leur ont inculqué d’idées sur eux-mêmes, sur leur nature, la question de soi n’existerait pas. C’est ainsi que les pensées, les émotions, les souffrances sont reliées, attribuées à quelqu’un et que ce quelqu’un croit être celui dont elles émanent. Non, celui dont elles semblent émaner ou qui semble en être le siège est une fabrication de la culture. On sait que pensées émotions et souffrances sont attribuées à un autre type d’être dans les autres civilisations.

Donc cette invention de la culture est faite pour servir la culture. Sa propre idée de soi doit sans cesse être le reflet de la société. Les connaissances périmées ou inappropriées doivent être remplacées par celles qu’il faut, puis par d »’autres, puis par d’autres.  Si vous pouviez détenir les connaissances appropriées sur vous-même, sur votre comportement et fonctionner comme un ordinateur, à l’usine et dans la vie quotidienne – question, réponse – la société serait ravie.

La musique en tant que telle étant pré-verbale, étant en amont des pensées, elle nous délivre d’elles. On peut lui associer toutes les images, toutes les qualités que l’on veut sans qu’aucune d’elles ne s’impose à nous. Ce n’est pas gratifiant pour l’ego mais tant pis. C’est un peu ça : (pardon VERLAINE)

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une
musique inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème
Son
secret? Je l’ignore. Mais je sais qu’il est doux et sonore.

https://www.youtube.com/watch?v=JlMHjo7Jwhk

L’homme, l’humanité, ce n’est rien d’autre que ce qu’une culture a décidé d’appeler homme ou humanité, c’est le résultat de tout un discours. Il se pourrait très bien que ce discours change et donne un tout autre sens à ces choses. Car de quoi homme ou humanité est-il le nom ? Je ne trouve rien en moi que je puisse appeler comme cela. Pour être un homme, il faut faire appel à cette connaissance reçue, se penser avec elle, et s’identifier à cet objet de pensée. Quelle garantie offre cette connaissance ? Changez la connaissance et vous changerez cet objet et votre prétendue nature ; Se montrer humain, c’est donc être ce qu’une culture nous demande d’être. On le sera pour plaire. 

Mais de la même manière que Dieu a conduit les hommes à se comporter comme des monstres , la société qui l’a remplacé et avec laquelle on se pense peut aussi nous rendre inhumains. Quand les hommes devaient prendre Dieu pour modèle, adopter les qualités morales requises pour lui plaire, obéir à ses commandements, Dieu était du moins une image de l’homme. Il était vivant, il avait une conscience, une sensibilité, une volonté, tout comme les hommes. Maintenant que la société remplace Dieu et qu’elle est notre référent, il faudrait qu’elle soit aussi dotée de vie, de conscience, de sensibilité, de volonté.  Est-ce le cas ? Comment évolue-t-elle ? De plus en plus ou de moins en moins d’humanité (selon le sens qu’elle donne à ce mot) ? Société inhumaine = hommes inhumains. L‘avalanche de bons sentiments, de bonnes intentions, de bons conseils que l’on subit quotidiennement n’est qu’un paravent.

En société, il faut penser, c’est à dire préparer ses réponses ou ses discours en vue de répondre aux interpellations, sollicitations, mises en cause, questionnements, soupçons, insinuations, provocations etc et produire des discours capables de convaincre. Mais en dehors de cela, on n’a pas besoin de se penser, si on le fait, c’est parce que l’on n’arrive pas à oublier ou régler des problèmes que l’on a rencontrés en société ou parce qu’on accorde beaucoup d’importance aux gens qu’on a rencontrés.  (ou parce qu’on est devenu un bonimenteur ) C’est pour parfaire l’image que l’on doit renvoyer.

Vous êtes coupable d’être un humain (péché originel) vous êtes coupable d’être sur terre alors qu’on vous y a jeté (dette de KENNEDY) vous êtes coupable d’avoir hérité de telle personnalité (alors qu’on vous disait que c’était bien de plaire à votre milieu) vous êtes coupable des dégâts qu’a fait cette personnalité (alors que vous n’aviez pas d’autre raison d’être) vous êtes coupable de n’avoir pas acquis la personnalité qu’il faut à une époque donnée dans un nouveau milieu, vous êtes coupable de prendre de la distance par rapport à la culture en vigueur, vous êtes coupable de ne pas embrasser des idées généreuses susceptibles de sauver le monde et vous êtes coupable d’avoir embrassé des idées généreuses qui n’ont pas donné le résultat attendu et qui servaient les calculs d’une petite clique. Vous êtes coupable de souscrire à une culture et coupable de ne pas souscrire à cette culture. Normal, la société joue avec son jouet et le manipule de toutes les manières.

Pause

Vous assistez à une réception assez mondaine. Au bout d’un temps indéfinissable au milieu des smokings, des verres qui tintent, des bavardages, des rires affectés, dans une chaleur devenue pesante,vous éprouvez le besoin de faire une pause, de prendre l’air. Vous sortez du grand salon bruyant fortement éclairé, empruntez un petit couloir et entrez dans une pièce plongée dans la pénombre. Au fond, la croisée est ouverte, les rideaux sont fantomatiques. Vous allez vers elle, mais au moment de sortir, par une porte entre-baillée sur votre droite, vous entendez du piano. C’est Chopin. Vous approchez, ouvrez plus grand la porte, en silence, et au fond de la pièce, comme une apparition,  une très jeune fille dans une robe blanche, près d’une autre fenêtre, doucement, joue ceci , et les notes, elles-mêmes, ont 11 ans, et le piano aussi. Vous l’écoutez….. L’air venu de la croisée vous caresse comme ses doigts, le piano.

https://youtu.be/CIepg9rmK10?list=PLZKXelXrbMWmJtbw8C-Aji2QEejRRROdy&t=743

+ ? ?    https://www.youtube.com/watch?v=uHYX_U–b2Y

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