LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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21 mai, 2019

MEA CULPA, MEA MAXIMA CULPA

Classé dans : Altruisme — inconnaissance @ 13:43

On ne l’a probablement pas remarqué, mais quand on critique la société (organisation, culture, gens) ou des aspects de la société, on le fait avec des mots qui nous viennent de la société , en leur donnant un sens qui nous vient de la société. En conséquence, il est impossible que l’existence même de la société soit remise en cause. Ce serait nier les mots mêmes que l’on emploie. Il faudrait utiliser des mots étrangers avec des sens étrangers.

Si c’est la société ou certains de ses aspects que l’on critique, les mots et leur sens qui servent à désigner l’objet de notre critique viennent de la société. «  La révolution féminine sera corporelle ou ne sera pas «  (Camille Froidevaux-Metterie. France Culte) Autrement dit, une révolution féminine qui ne serait pas corporelle ne peut pas exister. Ou bien cette révolution corporelle n’existe tout simplement pas dans les pensées, dans les discours, et pourquoi en parler, ou bien elle existe dans les pensées et les discours, et de quel droit décréterait-on qu’elle ne peut pas exister ?

Pauvre Vincent Lambert. Il est au centre d’une dispute métaphysique. C’est métaphysique des uns (des médecins entre autres) contre métaphysique des autres (parents et Justice) On sait ce qu’il en est. C’est une discussion sans fin. C’est le plus fort qui gagne. (l’État) Si Vincent Lambert pouvait parler, la famille n’aurait plus cette importance. Et ce que dirait Vincent n’en aurait pas beaucoup non plus.  Ce serait les médecins qui décideraient tranquillement.

Donc vouloir changer la société, c’est demander à la société d’approuver ce que nous disons sur la société en utilisant des discours de la société. On lui demande de se réformer elle-même pour s’adapter à nos nuances, et cela sans aucun pouvoir et sans rien démontrer. Pourquoi le voudrait-elle ? S’il vous plaît, adoptez mon point de vue qui contrarie la façon dont vous fonctionnez. Pourquoi vouloir convaincre les autres ? Qu’avons-nous besoin de demander l’autorisation, si on peut le faire directement ? 

Vous qui pensez être un bon citoyen, toujours plein de bonne volonté, toujours prêt à montrer de quoi vous êtes capable, toujours soucieux d’être comme il faut, participez à l’un de nos trois grands concours. Le premier est le concours du mieux disant socialement ou politiquement. Il plaira aux militants de tous poils. Le deuxième est le concours du mieux faisant. Il plaira à beaucoup de gens toujours occupés à se comporter comme il faut. Le troisième est le concours du mieux sachant, plutôt réservé à ceux qui ont quelques responsabilités dans la société. Même si vous n’êtes pas disponibles, je sais que vous vous entraînerez quotidiennement pour pouvoir participer un jour à l’un de ces concours.

Là, la critique est très discrète, modeste. Tellement occupés à être les mieux disant, les mieux faisant, les mieux sachant, tellement dépendants de cela, tellement prisonniers de cela, que ce qui s’en écarte n’est pas concevable..

Il faut dire que nous étions la dépendance même quand nous sommes arrivés au monde. Dépendance totale à l’égard des autres. Logiquement, naturellement, on s’est mis à apprendre tout ce qu’il fallait faire, savoir, pour s’inscrire dans ce monde et y fonctionner. Par définition, ce n’était pas au monde de s’adapter à nous, mais à nous de nous adapter au monde. Cela devait forcément aboutir à : que faire pour participer aux projets de la société. Et puis, de fil en aiguille, que faire, comment être pour faire en sorte que le monde aille mieux, que les autres aillent mieux. L’élève est devenu un altruiste fondamental. La part minuscule d’égoïsme qui justifiait le fait d’apprendre à bien se débrouiller dans le monde a fini par disparaître complètement. Seules les demandes, les désirs, les exigences du monde comptent. In fine, on est minés, plus ou moins, par le souci des autres. obsédés, plus ou moins, par le bien à faire. bien des autres qui doit constituer, en permanence, le sens de notre action. 

On est donc altruiste ou désintéressé par l’éducation qu’on a reçue, le conditionnement que l’on a subi. On en arriverait même à venir au secours d’un tyran, si ce tyran est la société dans laquelle on vit. La conformité, l’obéissance aux normes, exigences, valeurs diverses et variées, innombrables peuvent tourner au drame. Drame pour celui qui les prend trop au sérieux et qui s’acharnent à être un citoyen modèle, drame pour ceux qui sont sous sa coupe.

On a toute sa vie affaire à des robots sociaux et moraux, incapables d’agir autrement.

Mais dès que l’on se met à réfléchir sur ce qu’ont été notre éducation, notre conditionnement, dès que l’on cherche à se comprendre ou à comprendre sa propre histoire, on commence inévitablement à remettre en cause cet altruisme parce que c’est leur essence. On s’aperçoit que dans presque chaque personne que l’on rencontre, chaque objet, chaque événement, les 3 niveaux se retrouvent plus ou moins  rassemblés : 1 qu’ai-je appris à faire pour fonctionner convenablement dans ce monde 2 comment être utile aux projets de société 3 comment faire le bien. Comment être utile et comment faire le bien relevant toujours d’une idéologie (politique, religieuse ou autre) On ne vous demande pas ce que vous voulez, vous, on ne se demande pas si vous ne voulez pas le contraire du discours en vigueur ;(il y a des questions qui ne feront jamais l’objet d’un référendum)

C’est le schéma de base, la vision, le rapport au monde. On a une disposition d’esprit qui va orienter tout ce qu’on va dire et faire. Déjà la réponse apprise, déjà l’attitude bienfaisante sont actives.

Alors, quels goûts, quelles opinions, quelles appréciations, quels désirs, quels objectifs, ne sont pas pollués, contaminés, gangrenés par l’altruisme, par l’idée que cela doit plaire, convenir, obéir, servir à ce qui passe pour des vérités générales, du bien commun, du consensus. Impossible, quasiment, de ne se référer qu’à soi. C’est notre misère, quand nous sommes en présence d’une œuvre d’art, nous sommes sous le coup de l’idée qu’il faut la trouver belle. Un tableau, on veut la beauté, une musique, on veut la beauté. C’est qu’on a déjà été mis en condition par tout ce qu’on a lu ou entendu, tout ce que la culture raconte sur « œuvre d’art « Ce qu’on voit, ce qu’on entend, ce sont des couches et des couches d’idées culturelles, de jugements, d’arguments d’autorité de la même manière qu’un métal précieux est enseveli sous des couches et des couches de terre et de matières diverses . S’autoriser à avoir un avis qui ne tient compte que de l’effet de quelque chose sur soi. Impossible. Il nous faut une justification socio-culturelle. On utilisera alors des mots et du sens qui nous viennent de la société pour parler d’une chose présente dans le discours ambiant. Quel choc !

Pourquoi perdre son temps à aller voir ou écouter un chef d’oeuvre, faites comme les journalistes, lisez ce qu’on en dit. Ils sont le parfait exemple d’une existence purement socioculturelle.

Rendre service, être utile, trouver sa place, c’est participer, collaborer à un projet, un objectif qui se retourneront peut-être contre nous. Se mobiliser pour une cause, pour un problème social n’est pas forcément agir pour le bien commun, Hier, on participait par devoir, par bonté à la construction de la société de consommation. Aujourd’hui, on est puni, au moins financièrement, et culpabilisé parce qu’on l’a fait. Hier, c’était servir la grandeur de la France et être un bon citoyen que de soutenir l’oeuvre de civilisation des pays sous-développés en les colonisant. Aujourd’hui, c’est être un bon citoyen d’accepter que les gens des anciennes colonies viennent nous imposer leur culture.

La structure altruiste ou l’idée que les autres, la société sont la référence sont tellement profondément ancrées, c’est tellement devenu un automatisme que la société peut, à la fois, sans que cela nous choque, passer son temps à appeler au secours, demander notre aide, battre la pitié, et se comporter en maîtresse autoritaire, exigeante, intraitable. En principe c’est l’un ou c’est l’autre. Quand on est dans le premier état, on ne peut pas être dans le second. Et vice versa. Quelqu’un qui fait la quête ne va pas vous commander. Alors il faut qu’elle choisisse.

L’altruisme, la charité, la bienfaisance inconditionnels sont le résultat d’une éducation qui n’a accordé aux individus ni le droit d’exister, ni la liberté de penser, ni une valeur particulière. L’individu tente de recouvrer cela. Il voit en autrui un autre lui-même, une autre victime. . Il répond présent dès qu’il perçoit un problème chez un proche, dès que des voisins se disputent, dès qu’une catégorie de personnes se dit victime, dès qu’il faut sauver la planète. Responsabilité et devoir à l’égard de son pays autrefois, à l’égard du monde entier aujourd’hui. C’est perdant-perdant. Il faut bien pour que d’autres, quoi qu’ils fassent, soient gagnants-gagnants.

L’européisme + l’écologisme + le néolibéralisme et la mondialisation : Désastre total annoncé.

Vous êtes content d’être un avocat, un policier, un chrétien, un socialiste, un homosexuel, une femme, un père, un Marocain, un bénévole etc tant mieux pour vous ; mais tout ça, ce sont des reflets de la société. Alors sans moi, débrouillez-vous.

« Car le juge, au moment suprême,
Criait : « Maman ! », pleurait beaucoup,
Comme l’homme auquel, le jour même,
Il avait fait trancher le cou. «  (Brassens)

Les civilisations meurent, les hommes restent.

On méconnaît le mal que l’on nous a fait – on mourra sans le savoir – (sauf en tant que membre de quelques catégories sociales particulières et en tant que tel seulement) d’abord parce qu’on n’est pas très fier d’avoir été victime, de n’avoir pas su se défendre. Il n’y a pas que les femmes victimes de viol qui préfèrent garder le silence ; c’est valable dans d’innombrables cas. Ensuite, pourquoi conserver de mauvais souvenirs, mieux vaut les reléguer, les oublier, les refouler ; tout le monde ne sait pas passer sa vie à obtenir réparation.  Enfin parce que démêler les responsabilités est une affaire si ardue qu’on préfère y renoncer. Les coupables peuvent donc dormir sur leurs deux oreilles. Ils peuvent même recommencer, puisqu’on n’est pas supposé être une victime. Toute société se bâtit sur la haine de l’enfant et de ce qu’il est, et sur la haine de l’individu singulier.

N’étant pas conscient de tout le tort qu’on nous a fait, (et si vous voulez en avoir une idée, il faudrait pour cela lire un bon nombre des articles précédents) on se retrouve dans la position de ceux à qui on n’a fait aucun tort, des favorisés quoi, et à qui on peut en demander beaucoup. On mourra aussi sans comprendre l’énormité des déterminismes auxquels on a obéi en croyant qu’on était libre de nos choix et responsable de leurs conséquences. On mourra sans avoir pu comprendre l’étendue de tous les dommages que notre culture et notre éducation ont causé en nous. On mourra en ignorant combien était iniques les reproches des autres et en ayant complètement oublié que l’on s’est retrouvé sur terre sans que nous l’ayons voulu.

 

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