LES CHEMINS DE L'INCONNAISSANCE

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18 novembre, 2018

QUE CROYEZ-VOUS DONC

Classé dans : Contrat social — inconnaissance @ 19:11

 

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La Chine a son premier présentateur de télévision virtuel, prouesse de l’intelligence artificielle. On pourrait tout aussi bien, en France au moins, remplacer le Président de la République par ce genre d’automate pour les allocutions et les discours, voire les interviews, tant ils sont calculés, formatés, programmés, stéréotypés, impersonnels. Seuls les journalistes seraient frustrés, sans doute. Par exemple, même la pseudo-contrition de sa dernière intervention, qui sonne comme un aveu personnel, n’a pas d’autre but, c’était prévu, que d’épargner le Président ou la Fonction suprême qui ne peut avoir commis aucune faute .Il suffit donc de reprendre les habits de cette fonction pour retrouver sa virginité et oublier ce qui a été dit et fait. («  Je n’ai pas vraiment réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants politiques «  mais c’est au Président de se réconcilier avec le peuple français. Il semble que le mot « élu » leur monte à la tête avec ses connotations religieuses, presque divines. Le Président est choisi et mandaté par le peuple pour le représenter et défendre ses intérêts, il ne détient pas, à cause de cela, tout d’un coup, la Vérité à laquelle il doit convertir le peuple. Le Saint-Esprit sous la forme d’une langue de feu ne descend pas du ciel sur lui pour transformer, au moment de son investiture, un ancien ministre et ancien banquier en envoyé de la Vérité suprême.

Quand on manifeste dans la rue pour protester contre quelque chose, on trouve en face de soi une Fonction, le représentant d’une Vérité ou d’un Bien suprême. Ce sont des individus, des êtres de chair, singuliers qui s’adressent à une abstraction. Tant que l’abstraction peut rester une abstraction, rien ne la fera dévier de sa route. Rien d’autre ne compte que la vérité qu’elle représente.

L‘autorité dun Président, c’est l’idée que chacun a que cette autorité est une vérité partagée par tout le monde. Quand on pense à lui, on ne mobilise pas un savoir personnel, une opinion vraiment personnelle, on fait référence à une autorité que tout le monde admettrait, reconnaîtrait, respecterait. On pense à ce que pensent les autres. C’est simplement, une croyance, une superstition. C’est la raison pour laquelle ses propos ne peuvent qu’être impersonnels, désincarnés. Quand ils ne le sont pas, c’est que ce n’est pas le Président qui s’exprime.

Le Corps du Roi n’a rien d’humain. Le Corps du Président non plus.

Mais comme ce que représente un Roi ou un Président est une croyance collective, une idée répandue, il faut qu’il entretienne cette croyance ou cette idée, il faut qu’il l’accrédite, la conforte, la confirme. Il ne faut pas qu’il la mette à mal ou la détruise (avec des bévues comme le doigt d’honneur par exemple. Mais la fermeté devant une forte contestation peut réparer un doigt)

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Et il faut sans cesse une armée de communicants pour veiller à son entretien (il faut l’épousseter, la mettre en valeur, la faire reluire, la raccommoder, etc) . Son image est son Talon d’Achille. Détruire cette croyance, c’est le détruire. (d’où le contrôle étroit des médias) Il semble bien que la Révolution française ait échoué sur l’essentiel. Si le régime politique ancien a été mis à bas, la crédulité, la superstition des Français n’ont pas été détruites. SADE a échoué avec son «Français, encore un effort si vous voulez être républicains … «  l’Europe attend de vous d’être à la fois délivrée du sceptre et de l’encensoir. Songez qu’il vous est impossible de l’affranchir de la tyrannie royale sans lui faire briser en même temps les freins de la superstition religieuse les liens de l’une sont trop intimement unis à l’autre pour qu’en laissant subsister un des deux vous ne retombiez pas bientôt sous l’empire de celui que vous aurez négligé de dissoudre. « 

Quand on affronte quelqu’un (sportivement ou pas) il est plus facile de le vaincre si on peut prévoir ses coups, lire son intention. Quand c’est un débat où chacun cherche à l’emporter sur l’autre, on est avantagé quand on peut connaître la façon de penser, les raisonnements ou les présupposés de l’autre Dans une relation, celui qui reste mystérieux et qui connaît l’autre jouit d’un grand avantage. Il n’y a que dans les cas, rares voire rarissimes, où aucun enjeu, aucun intérêt personnel n’existent, que cela ne se passe pas ainsi. C’est pourquoi tant d’argent et tant d’énergie sont dépensés pour connaître nos goûts, nos pensées, nos désirs via internet et d’autres canaux. Ce savoir donne du pouvoir, surtout quand on a affaire à quelqu’un dont on ignore qu’il possède ce savoir. Ah on s’enorgueillissait d’être un être de culture, un être social ? La culture, rien de plus courant et de plus connu. Eh bien si votre culture et vos repères sociaux sont bien connus, on lira en vous comme dans un livre. Si vous êtes prisonnier de votre conditionnement socioculturel, si vous êtes possédé par les valeurs, les principes, les raisons, les croyances que le pouvoir connaît bien, vous devenez son jouet. Il presse sur un bouton…et hop !

Une certaine technique de management consistait (ou consiste) à demander au salarié de se fixer lui-même des objectifs, de s’évaluer lui-même en fonction de l’atteinte de ces objectifs et en concertation avec la direction. C’est très efficace, parce que le salarié prend des objectifs qui font partie de ceux que la direction prévoit. Il ne va pas dire : me trouver davantage de temps libre. Il parlera en tant qu’employé et de préférence modèle. Et c’est comme une cause à laquelle il souscrit. Il est facile ensuite de lui demander ce qu’on voudra pourvu qu‘on lui dise que cela sert la cause qu’il s’est lui-même fixé. (il ne va pas se dédire) Il est encore facile de lui demander des comptes en fonction de ces objectifs. (il ne va pas se renier) D’où les promesses, les bonnes intentions, les louables objectifs que les gouvernements allèguent et qui servent à tout puisque ce sont des objectifs auxquels les Français souscrivent.

Quand on passe son temps à bien apprendre, bien intégrer tout ce que la société nous demande d’apprendre et d’intégrer, et quand on se fait un point d’honneur de bien montrer, bien afficher, bien prouver qu’on a bien appris et bien intégré tout ce qu’on nous a demandé d’apprendre et d’intégrer, (et ça peut même coûter pas mal d’argent, ça) non seulement on permet à tout le monde de lire en nous comme dans un livre ouvert, mais en plus on tient à montrer à quel point on est désireux d’être ce genre de livre ouvert et ce genre de serviteur docile de toutes les causes que l’on nous a fait épouser.

Tout est signe, tout fait sens : la façon de s’habiller, la façon de se tenir, la façon de parler, les raisons que l’on donne, son propre rapport aux raisons que l’on donne etc Et donc tout peut être de nature à satisfaire ou contrarier les attentes innombrables à notre égard. D’où l’importance de nous faire épouser toutes les causes que représentent les codes, les valeurs, les objectifs, les règles, d’une société. Ce ne sont pas elles qui sont importantes, ce qui est important, c’est que nous fournissions des moyens pour nous faire faire ce qu’on décidera, et bien sûr, c’est de donner l’occasion à ceux qui ont le pouvoir de contrôler notre obéissance et notre conformité.

Donc on croit savoir ce que le Président est ou doit être : moral (pas immoral), honnête ( pas malhonnête) animé de bonnes intentions à notre égard (pas hostile) capable (pas incapable) digne (pas ridicule) doté des connaissances nécessaires (pas ignorant) faisant respecter la loi et l’ordre (pas l’arbitraire ou la pagaille) Car réciproquement le Président connaît les Français, il connaît les idées qu’ils se font sur lui. C’est cette image qui doit être préservée. Il peut à peu près contrôler beaucoup d’aspects de cette image, il a une armée de serviteurs, et la possibilité de cacher beaucoup de choses, ce qui est plus difficile – d’où son insistance – c’est la loi et l’ordre, cela ne dépend pas que de lui.

Toutes ces causes, c’est le produit de tout ce qu’on nous a raconté. Ce sont des qualités auxquelles on s’est habitué à croire et que l’on ne demande qu’à voir s’incarner. C’est ce qu’on demande, c’est ce qu’on attend. Quand on est satisfait sur ce plan, on peut nous demander beaucoup, on peut nous prendre beaucoup. La nature de notre relation avec le pouvoir ne se situe pas sur un plan pratique, concret. Le Président est un Elu. Il n’est pas mandaté pour faire des choses précises. Il est toujours difficile de demander à quelqu’un qui est le maître, voire l’inventeur, du bien commun, de renoncer à faire quelque chose que, par définition, il fait au nom du bien commun, toujours difficile de prendre à témoin ce bien commun alors que c’est lui qui le contrôle.

C’est ainsi que se présente ce qui est censé être commun. Qui ne connaît l’album pour les tout-petits « Petit Bleu et Petit Jaune « Quand ils se rencontrent et se mêlent en partie, la partie commune, qui appartient à la fois à Petit bleu et Petit Jaune est verte. Petit Bleu et Petit Jaune sont tous les deux, en partie, verts.

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Plus de relation, plus de liberté, pour la partie verte. C’est bloqué.

On nous transmet la croyance en l’existence, en la réalité de tout un tas de qualités abstraites, cette croyance devient collective. Il n’y a plus qu’à trouver, créer, confectionner des Figures censées les incarner. Ces figures, ce seront des gens qui connaissent bien la musique et qui savent en jouer,. C’est tout. Aux deux extrémités, nous avons, d’un côté, le triste sort de ceux qui veulent être cette partie verte, incarner parfaitement des généralités comme celles ci-dessus, et de l’autre ,des gens pour qui cette partie verte n’est qu’un jeu, une tactique, et un moyen..

Nos derniers présidents – et surtout le dernier – caressent ce rêve extraordinaire de pouvoir détruire le contrat social français, tranquillement, sans en pâtir le moins du monde. 

Il y a les moments où l’on compte sur la réalité d’idées communes, partagées, et où l’on y fait référence quand notre interlocuteur est censé lui aussi partager ces idées et en tenir compte. (comme lorsqu’on s’adresse à un Président ). Si cet interlocuteur n’en a rien à faire, c’est peine perdue. (j’entends mais je m’en bats l’oeil. Je n’ai rien de commun avec vous) Et il y a des moments où l’on ne peut compter que sur soi, et où on oublie ses croyances (comme FONCK aux prises avec un ennemi qui cherche à l’abattre. Il ne peut compter sur aucune raison commune, aucun ordre établi, aucune croyance. Il ne s’occupe pas de ce que l’on doit en penser, il sait ce qu’il doit faire. Descendre l’adversaire. A bout portant, comme d’habitude)

aeri

Nous n’avons rien de commun, vous et moi, quand nous écoutons le même morceau ensemble, comme celui-ci par exemple :

https://www.youtube.com/watch?v=YsSI1V713jk

 

 

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